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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s17: XVII. — Inscription de Sanku

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s17

Language
French

XVII. — Inscription de Sanku

v3.c10.s17.1

Sanku est une petite ville située à l'extrémité Nord-Est de la vallée. L'inscription fragmentaire que j'y ai recueillie est gravée sur un débris de rigole, déposé pêle-mêle avec un tas de décombres contre un petit temple de Çiva.

v3.c10.s17.2

Le texte formait deux lignes, de longueur incertaine ; il n'en subsiste que la partie initiale, mesurant 0m,26. D'une ligne à l'autre, les caractères varient considérablement de dimension ; ceux de la première ligne sont petits et serrés : 0m,010 de hauteur, 0m,007 d'écartement ; ceux de la seconde sont amples et espacés : 0m,014 de hauteur, 0m,020 d'écartement. La différence saute aux yeux, mais l'état du texte ne permet pas de déterminer si elle est intentionnelle et calculée pour attirer l'attention sur la partie la plus importante de l'inscription, ou si le graveur a simplement essayé de couvrir tout l'espace libre avec un nombre insuffisant de caractères.

v3.c10.s17.3

La date manque, mais l'écriture indique avec assez de précision l'époque. Le *dha* (deux fois à la ligne 1) est franchement arrondi, comme dans la praçasti de Samudra gupta ; à partir du ve siècle, le côté droit tend à se raidir en manière de hampe, à la façon d'un D retourné. Le *ya*, d'autre part (ligne 1), a une forme tardive qui se manifeste seulement à partir de la fin du vie siècle (inscrps. de Mahânâman, puis à Lakkhamandal et à Aphsad, cf. Bühler, Paleogr., t. IV). La forme du sa est celle qui paraît dans les inscriptions des Maukharis au VIe siècle et qui figure constamment chez Amçuvarman. Enfin la consonne n'est pas redoublée après r, contrairement à l'usage ancien; la réforme semble dater du temps d'Amçuvarman. L'inscription semble donc se placer dans la première moitié du VIIe siècle.

v3.c10.s17.4

L'objet en est une donation, instituée sans doute par un fonctionnaire préposé aux monuments bouddhiques, en faveur des religieux de l'école [Mahâ]sâmghika. Aucun document jusqu'ici ne signalait la présence d'une communauté Mahâsâmghika au Népal. Des témoignages épars montrent toutefois les adeptes de cette école dans des régions fort diverses de l'Inde. Deux des inscriptions de Karle (Senart, Ep. Ind., VII, p. 64, n° 19, l. 2; et p. 71, n° 20, l. 3), vers le confin du Ier et du IIe siècle ap. J.-C., commémorent des œuvres pies au profit du « corps des Mahâsâmghikas » (pavajitāna bhikhuna nikāyasa Mahāsaghiyāna) dans la montagne en arrière de Bombay. L'inscription N du Pilier au lion de Mathurâ (J. R. A. S., 1894, 525-540) célèbre le bhikṣu Budhila de l'école Sarvàstivâdin, qui a mis en lumière la Prajñâ des Mahâsâmghikas. J'ai déjà proposé (J. As., 1896, 2, p. 450 n.) de reconnaître dans ce personnage le Fo-ti-lo désigné par Hiuen-tsang comme un maître des çâstras qui composa un traité spécial (T'si tchen loen) à l'usage de l'école des Mahâsâmghikas, et qui résidait dans un couvent du Cachemire où son souvenir se perpétuait encore au temps du voyageur chinois (Mém., 1, 186). C'est à Patna que Fa-hien se procure le Vinaya des Mahâsâmghikas. La préservation du Mahâvastu dans la collection népalaise semble apporter une autre preuve de l'existence des Mahâsâmghikas au Népal, car l'ouvrage se présente lui-même, et à juste titre, comme « une partie du Vinayapiṭaka de la recension de la branche des Mahâ- sâmghikas dite les Lokottaravâdins du Madhyadeça » (I, 2, 13). Hiuen-tsang ne signale un couvent de cette branche qu'en dehors de l'Inde propre, dans le pays de Bamyan (Mém., I, 37).

v3.c10.s17.5

1. deydharmo yaṃ çrīdhārmarājikāmātyasu.
2. sāmghikabhikṣusamghasya. . . . . . . . .

v3.c10.s17.6

Ceci est la donation pieuse. . . . . . ministre des fondations religieuses. . . la communauté des mendiants [Mahâ]sâmghikas. . . . . . .

v3.c10.s17.7

1. *Deyadharma*. Expression consacrée pour les donations bouddhiques. Cf. Burnouf, *Introd.*, p. 42, note; Fleet, *Gupta Inscrip.*, p. 25, n. 5. Les donations brahmaniques renversent l'ordre des termes et emploient *dharmadeya* ou *dharmadāya* (osthityā). L'une et l'autre expression impliquent sans doute l'idée d'une donation désintéressée, en vue seulement d'obéir à la loi. [Pour *dharmadeya*, *odāya*, cf. mes *Donations Religieuses*... de Valabhi, p. 87].

v3.c10.s17.8

*Dharmarājikāmātya*. Je ne connais pas d'autre exemple de ce titre. *Amātya*, qui signifie au propre « une personne de la maison (domesticus) » semble indiquer les hauts fonctionnaires parmi lesquels le roi choisit ses conseillers (*mantrin*). Cf. l'article substantiel du dictionnaire de Goldstucker, s.v. Amātya. — *Dharmarājika*, avec une voyelle longue à la première syllabe, est une forme nouvelle. Le terme *dharmarājikā* est appliqué par excellence aux 84000 fondations pieuses du roi Açoka. On est surpris de retrouver dans l'index du *Divyāvadāna*, éd. Cowell-Neil, la traduction : « édit royal sur la Loi », adoptée autrefois par Burnouf et critiquée avec raison par St.-Julien (*Hiouen-Thsang, Mém. I*, 417 n.). La graphie employée dans notre inscription paraît supposer que *dhārmarājika* est une dérivation de *dharmarāja* « le Roi de la Loi » c'est-à-dire le Bouddha. Le mot serait proprement un adjectif, signifiant : « relatif au Roi de la Loi ». Cf. *Mhbh. VII*, 74, 1 : *ākhyānam... ṣoḍaçarājikam* « l'histoire relative aux seize rois. »

v3.c10.s17.9

2. La forme *sāmghika* ne laisse pas de place à une autre restitution que [mahā]*sāmghika*.