Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s18: XVIII. — Inscription du Chasal-tol, à Patan
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s18
- Language
- French
XVIII. — Inscription du Chasal-tol, à Patan
v3.c10.s18.1
Cette stèle, très mutilée, se dresse dans une vieille fosse à ablutions du Chasal Tol, près d'un stûpa insignifiant attribué à Açoka (v. II, 346). La partie inscrite couvre une hauteur d'environ 0m,45; la largeur en est de 0m,55. La hauteur moyenne des caractères est d'environ 0m,01; l'espacement des lignes, de 0m,015. L'orthographe est conforme à la pratique introduite par Amçuvarman; la muette après r n'est pas redoublée. Le caractère est sensiblement le même que dans les inscriptions datées de l'an 143 (Bh. 13) et 145 (Bh. 14). L'inscription, au moins dans ce qui en subsiste, est en prose; elle n'introduit ni vers traditionnel, ni stance originale d'appel à l'avenir. C'est une charte de donation; le protocole initial a disparu, avec le nom du roi. Les 19 dernières lignes, seules conservées, contiennent une description minutieuse des limites de la donation (1-13), puis les recommandations usuelles (13-18), enfin la mention de l'ordre personnel, le nom du délégué royal et la date (18-19).
v3.c10.s18.2
Le bornage va du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest et remonte au Nord. Il atteste, comme les autres documents de la même époque, la civilisation florissante du pays et le développement énorme de la propriété ecclésiastique. Tous les terrains mentionnés, jardins (vâṭikâ) ou champs (kṣetra)
v3.c10.s18.3
appartiennent à des confréries religieuses, *pâñcâlî* et *goṣṭhî*. Nous ne savons pas ce qui distinguait l'une de l'autre. Le terme de *pâñcâlî* ne se retrouve pas, à ma connaissance, en dehors de l'épigraphie népalaise. Déjà Bhagvanlal (note 26 sur son incrip. 8) a rapproché le mot du Pâñcakulika méridional et du Pâñch moderne ; il a indiqué aussi que les biens des temples sont présentement encore administrés au Népal par des comités nommés *guṭṭhî* (= *goṣṭhî*). Le village de Loprim a une *pâñcâlî* et une *goṣṭhî* ; la *pâñcâlî* possède un jardin (9) dans le voisinage de Dolâçikhara, c'est-à-dire de Changu Narayan (cf. stèle de Harigaon, an 32, l. 7), et au Nord-Ouest de ce terrain, à quelque distance, un champ (10). La *goṣṭhî* de Loprim, qui semble porter le nom d'Indragoṣṭhî, possède un peu plus loin au Nord, un champ (12). La limite du terrain concédé par l'inscription de l'an 143 (Bhag. 13) rencontre aussi les biens de la *goṣṭhî* de Loprim (*Lopringrâmagauṣṭhikakṣetram*, l. 19, et *Lopri... takṣetram*, l. 24). Le peu que nous savons des *goṣṭhîs* par d'autres documents ne nous permet guère de reconnaître ce qui les distingue des *pâñcâlîs*. L'inscription de Pehoa, de l'an 882 J.-C., qui institue une fondation religieuse, en confie la gestion à des *goṣṭhikas*, à qui incombe le soin de recueillir les fonds et de les répartir (BÜHLER, *Ep. Ind.*, I, 186) ; une autre inscription, datée du règne de Bhojadeva de Kanauj, comme celle de Pehoa, et antérieure de vingt ans (862 J.-C.), mentionne un *goṣṭhika* (Deogaḍh Pillar ; KIELHORN, *Ep. Ind.*, IV, 309). De même une charte Câlukya de 1207 J.-C. (HULTZSCH, *Ind. Ant.*, XI, 338). Il n'est pas sans intérêt d'observer que la *goṣṭhî* du temple de Nârâyaṇa (l. 11) porte un numéro d'ordre : « la dixième *goṣṭhî* » (*daçamîgoṣṭhî*). L'inscription de Nangsal, qui mentionne aussi plusieurs biens de *goṣṭhî* dans un passage très mutilé, a préservé du moins le nom de « la septième *goṣṭhî* » (*saptamîgoṣṭhibhûmer*, l. 48). Le cas de « la *goṣṭhî* du temple de Nârâyaṇa » (*Nârâyaṇadevakuladaçamîgoṣṭhî*, l. 11), de la goṣṭhî d’Indra (*Lopriṃgrâmendragoṣṭhî*, l. 12), peut-être aussi de la [*Cam*]karagoṣṭhî (Nangsal, 48) donne lieu de supposer que les goṣṭhîs étaient plutôt de culte brahmanique et les pâñcâlîs de culte bouddhique; mais l’hypothèse est encore très hasardeuse.
v3.c10.s18.4
Je relève encore la mention de la Pûṅka pâñcâlî (? l. 10), du vihâra de Puṣpavâṭikâ (13), du Mânîyakṣetra qui est sans doute un bien de Mânadeva (12). Enfin je signale le « pont de pierre » (*çilâsaṃkrama*, l. 8).
v3.c10.s18.5
La date de l’inscription, nettement lisible à la dernière ligne, est le cinq de la quinzaine de Jyeṣṭha, an 137. Le dûtaka chargé de l’ordre est *bhaṭṭâraka çrî Vijayadeva*. Un personnage du même nom figure comme dûtaka dans une charte très mutilée (Bhag. 14) datée de l’an 145 ; mais il y reçoit le titre de *yuvarâja çrî Vijayadeva* « l’héritier présomptif ». Une charte antérieure de deux ans (Bhag. 13) a pour dûtaka le *bhaṭṭâraka çrî Çivadeva*. Bhagvanlal observe à ce propos que l’épithète de *bhaṭṭâraka* ne se donne qu’à un roi ou à un grand-prêtre. « Il n’y a point de cas, ajoute-t-il, où un prêtre ait fait fonction de dûtaka, tandis qu’en plusieurs circonstances le roi est son propre dûtaka ». L’alternance de *bhaṭṭâraka* et *yuvarâja* appliquée successivement, à huit ans de distance, au même personnage, infirme l’explication donnée par Bhagvanlal. En fait, nous trouvons successivement : en 119, dûtaka, le râjaputra Jayadeva; en 137, le *bhaṭṭâraka çrî Vijayadeva*; en 143 (dizaine douteuse), le *bhaṭṭâraka çrî Çivadeva*; en 145, le *yuvarâja çrî Vijayadeva*; enfin, en 153, le roi régnant est Jayadeva. Un autre indice semble trahir un changement politique dans la même période. L’inscription de 143 (?) et celle de... deva sont datées, non pas de Kailâsakûṭa, comme l’inscription authentique de Çivadeva en 119, mais d’un nouveau palais, le Bhadrâdhivâsa-bhavana, et le roi de ce 12. puṣpavāṭikāvihārakṣetrasya sīmāvadhir ity anar . e paçcimenottar. . . . ma.
13. laprāsādamaṇḍalāny. . . koṭṭamaryādāsmābhiḥ prasādaka. . . . .
15. dbhir asmatpādaprasādapratibandhasamarthair anyair vā na kaiçcid ayam prasādo vyatikramaṇīyo . ce
16. . . . nām asmadīyām ājñām evollaghya kurvīta . kārayeyur vā te smābhir na. . . .
17. . . . narādhipatibhiḥ pūrvamahīpālakṛtaprasādasmāribhir loka. . . .
18. . titarāṃ na marṣaṇīyāḥ | svayam ājñā dūtako py atra bhaṭṭārakacrī Vijayadevaḥ | saṃvat
19. 100. 30 7 jyeṣṭha çukla pañcamyām ||
v3.c10.s18.6
(1). . . . au Sud. . . le jardin. . . (3). . . au Sud. . . le jardin. . . (4). . . jusqu'à. . . . l'Ouest. . . de Mâna. . . (5) en longeant. . . . à l'Ouest. . . un peu au Sud, à l'Ouest. . . de Çaṅ- kara. . . (6). . . à l'Ouest. . . , en allant de là au Nord. . . le cercle de maisons. . . (7). . . et en allant au Nord, le grand. . . . ., en allant à l'Ouest, par l'Ouest, par l'Ouest du Pont de Pierre, . . . de la pâñcâlî de Reṭâ (8-12), et en allant au Nord-Est, en allant au Nord-Ouest du jardin de la pâñcâlî de Lopriṃ, . . . du Dolâçikhara, en allant au Nord-Est, en allant au Nord- Ouest du champ de la pâñcâlî de Pûṅka (?), en allant Nord-Ouest du champ de la pâñcâlî de Lopriṃ, en allant
v3.c10.s18.7
L. 16. Le singulier *kurvīta* a été introduit ici par erreur ou par confusion. La formule ordinaire est : *kuryuḥ kārayeyur vā*, par exemple, Bhag. 12, l. 17 ; 14, l. 13. On trouve aussi le singulier *kuryāt kārayed vā*, par exemple, Bhag., 13, l. 32 ; mais l'optatif moyen est une rareté.
v3.c10.s18.8
au Nord du champ de la Xᵉ goṣṭhî du temple de Nârâyaṇa, en allant au Nord du champ de la goṣṭhî d’Indra du village de Loprim, en allant au Nord du champ de Mâna, de là jusqu’à. . . telle est la limitation de bornage du champ du couvent de Puṣpavâṭikâ.
v3.c10.s18.9
(12-18). . . , à l’Ouest, au Nord. . . . les palais, les cercles. . . limite de fort a été concédée par nous. Et personne, qu’il soit en état de faire échec à ma volonté gracieuse ou quelqu’autre que ce soit, ne doit enfreindre cette prescription de ma volonté. Et quiconque, au mépris de mon ordre, agirait en personne ou par intermédiaire, je ne le. . . . Et les monarques à venir, se rappelant les concessions gracieuses des souverains antérieurs,. . . ne devront absolument pas le tolérer.
v3.c10.s18.10
(18-19). Ordre direct. — Le mandataire royal est ici bhaṭṭâraka-śrî-Vijayadeva. An 137, jyeṣṭha, quinzaine claire, cinquième tithi.