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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s8: VIII. — Inscription de Tsapaligaon

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s8

Language
French

VIII. — Inscription de Tsapaligaon

v3.c10.s8.1

Tsapaligaon est un petit village situé environ à 1 kilomètre de Budha Nilkanth (vol. II, 394). La stèle qui porte l'inscription est dressée contre le petit temple de Narayan. Elle est décorée au fronton d'un cakra entre deux conques (çaṅkha). La disposition de l'ensemble et le tracé des conques reproduit exactement le décor d'une stèle de Vasantadeva publiée par Bhagvanlal (n° 3). L'inscription est en grande partie effacée, mais il subsiste des traces de toutes les lignes, au nombre de 23. La partie inscrite couvre environ 70 centimètres de hauteur, sur une largeur d'environ 26 centimètres. Ce format allongé rappelle par un trait de plus la stèle de Vasantadeva. Les caractères, d'un dessin élégant, mesurent en moyenne 0m,014 de hauteur ; les interlignes sont de 0m,02 environ.

v3.c10.s8.2

La stèle portait sans doute une donation, comme l'indiquent les lignes finales, seules bien conservées. Mais le nom du roi, le nom du bénéficiaire et l'objet de la donation ont disparu. Toutefois le début de la première ligne, lisible encore sur la photographie, montre que le roi résidait au palais de Mànagṛha ; il appartenait donc presque certainement à la dynastie des Licchavis. Il suit d'ailleurs leur usage graphique, en redoublant la muette après r (l. 22 Vṛṣavarmmā).

v3.c10.s8.3

La date de l'inscription, mal venue sur l'estampage, très nelle sur la pierre et sur la photographie, est de 489 saṃvat, un siècle après l'inscription de Changu Narayan, un peu avant le règne de Çivadeva I. Les caractères épigraphiques marquent bien en effet une phase intermédiaire, voisine des inscriptions de Çivadeva. Les deux traits que Bhagvanlal avait notés comme essentiels à l'époque de Çivadeva s'y rencontrent déjà, à un degré légèrement moindre : l'i en fin d'akṣara, qui descendait à peine au-dessous du niveau supérieur de la ligne avec Mānadeva, s'allonge graduellement de Vasantadeva à Çivadeva ; le trait gauche du va est en voie de s'arrondir. Le ya continue à développer sa boucle initiale, portée à la hauteur du niveau supérieur de la ligne. D'autre part le ha n'a pas encore tourné son axe et présente son ouverture à la gauche du scribe. L'intérêt de l'inscription consiste surtout en ce qu'elle relie par une étape certaine la série Mānadeva-Vasantadeva à la série Çivadeva, qu'on avait voulu en séparer.

v3.c10.s8.4

Le dūtaka, Vṛṣavarman, appartient déjà par son nom à la série des Varman ; Bhogavarman, Aṃçuvarman, Candravarman, qui occupent une situation prépondérante à la fin de la dynastie Licchavi. Il porte le titre énigmatique de bhaṭṭāraka-pādīya, que je n'ai pas rencontré ailleurs. Le Dictionnaire de Pétersbourg ne donne pas le mot pādīya, mais l'expression est formée régulièrement au moyen du suffixe īya qui marque en général une fonction de subordination. Bhaṭṭāraka-pādāḥ est l'expression consacrée pour désigner respectueusement le bhaṭṭāraka, seigneur royal ou seigneur divin. L'épigraphie népalaise fournit deux cas où le dūtaka est un bhaṭṭāraka : L'inscription du Chasaltol, saṃvat 137 ; dūtaka : bhaṭṭāraka çrī Vijayadeva ; l'inscription 13 de Bhagvanlal, saṃvat 1[4]3 ; dūtaka : bhaṭṭāraka çrī Çivadeva. Le bhaṭṭāraka-pādīya doit être un personnage en rapport de subordination avec le bhaṭṭāraka lui-même. S'agit-il dès ce moment d'une sorte de maire du palais ? Une charte qui peut être du VIIe siècle fournit une désignation assez analogue. Çântilla, général (balâdhikṛta) au service du bhogikapâla et mahâpalupati Nirihullaka, qui lui-même est le tatpâdânudhyâta de Çamkaragaṇa, communique une donation qu'il institue « aux paramapâdîyas et aux siens propres » (sarvvân eva paramapâdîyân svâṃc cāvedayati. Ep. Ind. II, 23, l. 5). L'opposition de svân à paramapâdîyân précise assez bien le sens : d'une part ses ressortissants propres, d'autre part les ressortissants de l'autorité souveraine.

v3.c10.s8.5

1. ... Mânagṛhāt pa.....
2. rakamahārāja.....
3. ... pa... nava.....
4. ... manu.....
5. ... jñāpayati viditam astu.....
6. ... māna.....
7. ... guptavijñap.. na [8-17 effacés.]
18. ... d api.....
19. greṇa na kena(cid a) nyathā karaṇ.....
20. nyathā kuryyāt kārayed vā tasyāham akṛtyakā
21. riṇo bādhaṃ na marṣayiṣyāmīti bhaṭṭāraka
22. pādīyo py atra dūtako Vṛṣavarmmā || saṃvat
23. 400. 80. 9 çrāvaṇa çukladivā dvādaçyā(m)

v3.c10.s8.6

(1-18.) De Mânagṛha . . . le grand roi . . . . . . fait savoir : sachez ceci . . . . l'avis de . . . . gupta. .

v3.c10.s8.7

(19-21.) Personne ne doit y rien changer ; et si quelqu'un le fausse, en personne ou par intermédiaire, je ne tolérerai pas un pareil méfait¹.

v3.c10.s8.8

(22-23.) Et le délégué ici est Vṛṣavarman qui tient à la sainte personne du seigneur.

v3.c10.s8.9

(24.) Année 489, mois de çrāvaṇa, quinzaine claire, le 12.

v3.c10.s8.10

1. A partir de Çivadeva (I), le verbe *marṣay*, quand il est employé dans les formules analogues, gouverne régulièrement le nom de la personne à l'accusatif : par exemple dans mon inscription du Tulacchi-tol, l. 14 : *tam aham atitarān na marṣayitāsmi* ; dans Bhag. 7 (Amçuvarman, samvat 39) l. 19 : *tam vayan na marṣayiṣyāmaḥ*. Le génitif, en tout état de cause, n'est pas incorrect. Le dictionnaire de Pétersbourg¹ (supplément au vol. V) renvoie à deux stances du Mahâ Bhârata, construites sur un type identique et qui ont le nom de personne régi par *marṣo* au génitif :

v3.c10.s8.11

¹ 1.

v3.c10.s8.12

*trāyate hi yadā sarvam vācā kāyena dharmaṇā*
*putrasyāpi na mṛṣyec ca sa rājño dharma ucyate.* XII, 3434.
*pāpam ācarato yatra karmaṇā vyāhṛtena vā*
*priyasyāpi na mṛṣyeta sa rājño dharma ucyate.* XII, 3437.

v3.c10.s8.13

Au surplus, la même construction semble se retrouver dans l'inscription de Vasantadeva, samvat 535 ; le fac-simile de Bhagvanlal donne aux ll. 19-20 : *°d vā tasyāham dṛḍham aryya.....mīti*. *°mīti* contient sans doute la finale de *marṣayiṣyāmi*, que le sens et l'usage amènent naturellement ici.