La formation de la langue marathe c4.s2.t3: Préliminaires; l'accent
La formation de la langue marathe c4.s2.t3
- Language
- French
Préliminaires; l'accent
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§ 32. Bien que le vocalisme marathe soit constitué avec les mêmes éléments que le vocalisme du moyen-indien, les voyelles marathes ne répondent pas toujours dans les cas particuliers aux voyelles prākrites correspondantes. Celles-ci ont en effet subi une évolution variable suivant la place qu'elles occupaient dans le mot.
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1. — Les voyelles finales des polysyllabes sont toutes tombées. Donc, sauf en quelques formes archaïques, toute voyelle finale du marathe est le résultat d'une contraction de la voyelle finale ancienne avec l'ancienne voyelle pénultième.
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2. — Les voyelles pénultièmes ont subsisté; elles ont conservé leur timbre et, lorsqu'elles étaient brèves, ont pris la quantité longue. La syllabe pénultième ancienne est devenue en marathe la syllabe finale et le sommet rythmique du mot : de là l'usage de la rime dans la poésie marathe.
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3. — Les éléments précédant la pénultième ont perdu leur quantité, et même, s'ils étaient en syllabe intérieure, leur timbre propre.
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On a souvent remarqué l'analogie que présentent ces altérations avec celles qu'ont subies les mots du latin dans les langues romanes, et l'on en a généralement déduit qu'elles étaient dues aussi à l'action de l'accent d'intensité pénultième, combiné avec un contre-accent initial, selon la formule de Darmesteter (v. p. ex. Beames, I, p. 17 et suiv. ; cf. Brandreth, *The Gaurian compared with the Romance Languages*, J.R.A.S., 1879, p. 287 et suiv. ; 1880, p. 334 et suiv.). On a en conséquence fait précéder l'histoire phonétique de l'indo-aryen moderne d'un exposé de l'accent et de son histoire (v. Grierson, *Phon.*, p. 395 et suiv. ; Geiger, § 4 et suiv.). Méthode nécessaire, si l'existence et les lois de l'accent étaient établies pour chaque période Mais l'histoire de l'accent et par conséquent les conséquences de son action sont plus malaisées à déterminer qu'il ne paraît au premier abord.
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§ 33. En ce qui concerne la période ancienne, les données positives manquent absolument. Ni la littérature ni les textes grammaticaux ne fournissent d'indication claire. Il est pourtant présumable que si l'accent d'intensité avait été sensible à l'époque classique, l'enseignement relatif au ton védique aurait eu son équivalent dans l'étude de la *bhāṣā*, au prix de quelques corrections ou même de quelques malentendus. Cela serait arrivé presque certainement si l'accent d'intensité avait pris la place du ton ancien, comme le voulait Pischel (v. § 46). M. Jacobi a fait justice de cette opinion; d'après lui l'accent se serait posé sur la première voyelle longue à partir de la fin du mot; de plus un accent secondaire aurait frappé l'initiale. Ce n'est pas le lieu de discuter en détail cette théorie, qui admet d'ailleurs des exceptions graves, v. Jacobi, *I. F.*, XXXI, p. 219; mais on verra, en parcourant l'article de M. Jacobi dans *Z. D. M. G.*, XLVII, p. 574 et suiv., que la faiblesse des finales, ce qu'on sait du rythme indo-européen et les lois ordinaires de la contraction prākrite suffisent à expliquer la plupart des exemples cités, surtout si l'on tient compte de la présence de nombreux tatsamas en prākrit. Il faut cependant noter les règles curieuses des *Phiṭ-sūtra* de Ṣāntanava que M. Jacobi cite *K. Z.*, XXXV, p. 568, et où il semble se trouver trace d'un ton placé selon une règle rythmique à côté du ton traditionnel : ce second ton serait-il en réalité un accent d'intensité? Dans l'ensemble, la présence d'un accent n'est pas prouvée pour la période ancienne; il faut même se rappeler que les théories à ce sujet ont pour point de départ les observations de savants d'origine germanique (Haug, Bühler) sur la prononciation moderne du sanskrit, observations qui ont pu être faussées par un préjugé naturel à ces savants, et qui sont d'ailleurs contredites non seulement par mon expérience personnelle, mais aussi par des enregistrements phonographiques (v. Felber, *die indische Musik der ved. u. der klass. Zeit, Sitzsber. kais. Ak. Wiss. Wien, phil.-hist. Kl.*, CLXX, VII, 1912, p. 77 et suiv.
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§ 34. La description de l'accent moderne est, elle aussi, difficile et incertaine. Beames se reconnaît incapable d'en fournir
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une théorie satisfaisante; il allègue que le sujet, obscur dans tous les cas, l'est particulièrement dans des langues qui ont passé une longue période de leur existence sans littérature (I, p. 17-21) ; raison évidemment fausse; mais un auteur d'un esprit si clair et si pénétrant aurait sans doute déterminé les lois de l'accent dans les langues indo-aryennes, si l'observation en avait été tant soit peu aisée. Un fait est certain, c'est que là où d'autres observateurs signalent l'accent, ils le donnent comme très peu marqué et se confondant pour ainsi dire avec la quantité. C'est par exemple le cas au Behar (v. Grierson, *Maith. Gram.*, § 28). En hindi, Greaves déclare l'accent inexistant (*Hindi Gram.*, § 26); Kellogg avec moins de fermeté dit en somme la même chose (« ... although unquestionably existing is much less marked than in English and is quite subordinate in importance to quantity... », § 35). Presque partout ailleurs les grammairiens s'accordent à ne point signaler l'accent. En bengali, M. Anderson note l'existence d'un accent de phrase qui, comme en français par exemple, rend l'accent du mot insensible (v. *J. R. A. S.*, 1912, p. 1074-1075). En marathe, Joshi admet qu'il existe et le place « généralement » sur la pénultième, ou sur la finale si elle est longue (§ 176). Navalkar s'exprime ainsi (§ 39) : « En marathe, chaque mot est prononcé sur un ton égal, la syllabe initiale étant seule dans l'effort de la prononciation levée légèrement au-dessus des autres ; mais l'accent, dans le sens d'une intensité accrue comme en anglais, est inconnu au marathe, sauf dans les trois cas suivants. » Les cas qu'il cite sont celui d'une voyelle suivie de deux consonnes (*ghaṭṭ, pakkā ; ҫabda, bakka*, etc.), d'une brève suivie d'un anusvāra (*baṇḍ*, etc.), d'une voyelle suivie d'un visarga (*duḥkha*, etc.) : on voit aisément qu'il s'agit partout de groupes consonantiques, et par suite de mots empruntés, soit au sanskrit, soit à d'autres langues modernes. Enfin, et ceci est un fait particulièrement caractéristique, les grammaires écrites en langue indigène (Goḍboḷe, Ciplūṇkar) omettent totalement la question de l'accent. Du reste, de témoignages recueillis récemment, il résulte que les indigènes n'ont ni l'idée de l'accent, ni un mot pour le désigner.
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§ 35. De plus, en admettant les descriptions courantes de l'accent sanskrit et moderne, on ne saurait établir à coup sûr un lien entre les deux périodes. L'abrégement et la décoloration des voyelles intérieures se sont produits à dates différentes, et ne
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présentent pas ce caractère de nécessité et de constance qu'on attendrait s'ils tenaient uniquement à l'intensité. L'allongement des voyelles pénultièmes devenues finales peut aussi s'expliquer autrement : on a observé des cas où la chute des voyelles finales détermine à elle seule l'allongement de la voyelle précédente (v. Streitberg, *I. F.*, III, p. 310-311); du reste l'allongement marathe es d'origine récente. La difficulté n'est pas propre au marathe : en faisant la théorie de l'accent pour d'autres langues, les savants se sont heurtés à des contradictions ; M. Geiger (§ 4) est obligé de supposer deux périodes différentes dans l'histoire de l'intensité en singhalais, et deux couches différentes dans le langage ; dans son exposé général de la phonétique indo-aryenne (*Phon.*, p. 398-399), M. Grierson a dû admettre des attractions d'accent d'une syllabe sur l'autre, des absorptions de l'accent principal par le contre-accent. Qu'est-ce à dire, sinon que l'histoire de l'accent ne saurait se faire d'une manière continue ?
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§ 36. Il convient de rappeler encore que les faits de dissimilation signalés plus bas dépendent tous de lois qui, d'après les recherches de M. Grammont, ne supposent pas l'accent d'intensité.
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§ 37. Par suite de la chute des consonnes finales du sanskrit, le moyen-indien ne connaissait plus que des fins de mots vocaliques. Or la faiblesse caractéristique de l'élément final du mot a atteint à leur tour ces voyelles. Il semble que la première trace de ce phénomène se constate déjà dans les inscriptions d'Açoka : dans les rédactions orientales des édits sur piliers, -ā final est noté bref (v. T. Michelson, *I. F.*, XXIII, p. 228-239 ; cf. Meillet, *J. As.*, 1908, II, p. 312). Mais, sans doute parce que la longue finale abrégée était cependant restée plus longue que les voyelles brèves non finales, les prākrits littéraires ont tous conservé jusqu'à basse époque la graphie traditionnelle. En prākrit classique on trouve quelquefois -ā final abrégé : mais c'est dans des conditions morphologiques déterminées. Ainsi *jaha* = skr. *yathā*,
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Dès lors il convient de considérer les variations régulières de quantité et même de timbre des voyelles comme dépendant d'un rythme purement quantitatif. C'est ce qui sera fait dans l'exposé qui suit.