La formation de la langue marathe c5.s3: Pronoms personnels
La formation de la langue marathe c5.s3
- Language
- French
Contents
- c5.s3.t1 1. Cas direct et oblique — 5 parts
- c5.s3.t2 2. Instrumental — 3 parts
- c5.s3.t3 3. Adjectif possessif — 2 parts
Pronoms personnels
c5.s3.1
les formes nouvelles s'étant établies assez tôt, et paraissant dès lors peu en harmonie avec la tradition littéraire, les reconstructions savantes pouvaient se faire de façons diverses et arbitraires.
1. Cas direct et oblique
c5.s3.t1.1
§ 208. Les formes les plus claires sont celles du pluriel. Celles du nominatif *āhmī*, *tuhmī* remontent à pkr. *amhe*, *tumhe*, qui sont de par leur origine des formes de cas indirect (véd. *asmé* *yuṣmé*, cf. skr. véd. et class. *asmán* *asmábhiḥ* etc.) ; le thème des nominatifs a donc disparu, ici comme dans les adjectifs pronominaux, devant celui des autres cas. — Les formes de l'oblique *āhmāṃ*, *tuhmāṃ* représentent pkr. *amhāṇaṃ*, *tumhāṇaṃ*, dont la désinence est empruntée à la déclinaison nominale. Du reste toutes les langues s'accordent ici avec le marathe, à légères variations près (*v.* BEAMES, II, p. 307-308, 310-311).
c5.s3.t1.2
Au singulier, l'oblique seul est tout à fait clair. De skr. dat. véd. *máhya*, class. *mahyam*, devenu en prākrit gén. *majjhaṃ*, provient le thème de première personne *majh-* *maj-*, que le marathe est seul à posséder avec le guzrati et l'hindi (en hindi et en mervati, — dialecte du Rajputana contigu à l'hindi — la voyelle est devenue *u* sous l'influence de *tujh-*). De même skr. *tubhyam* adapté à la forme de la première personne, devient pkr. *tujjhaṃ*, d'où provient la forme marathe, guzrati et hindi *tujh* *tuj*. On trouve encore des formes d'oblique *mā-* *tu-* (p. ex. *mā* *teṃ*, Jñānecv. XII, 233 = mod. *malā* « à moi ») dont la première au moins est plus difficile à expliquer ; on ne saurait admettre avec Pischel que pkr. *maha* remonte à *máhya* ou *máhyam* tout comme pkr. *majjha* (*v.* § 418) ; peut-être *maha* provient-il d'une contamination du thème des cas indirects *ma-* avec le nominatif *aham*.
c5.s3.t1.3
Au nominatif, le pronom de la 2e personne, *tūṃ*, remonte à pkr. *tumaṃ* ; la forme prākrite est d'ailleurs fort obscure, et semble ne pouvoir s'expliquer que comme une transcription de la forme moderne, qui serait alors véd. *t(u)vám* dont la nasalité aurait gagné la première voyelle : on sait en effet que *m* pénultième devant voyelle nasale a perdu son articulation propre dans des désinences comme *-āmi* (*v.* § 67) ; à plus forte raison ne devait-il représenter aucune articulation définie entre une voyelle labiale et une voyelle nasalisée. La nasalisation manque dans ce pronom en tsigane et dans un groupe comprenant l'hindi, le népalais et les langues situées à l'est de celles-ci.
c5.s3.t1.4
La forme de 1re personne, mī est beaucoup plus obscure. Elle a un doublet récent mīṃ qui sert à la fois de sujet et d'instrumental ; la nasalisation y est peut-être analogique de tūṃ ; peut-être provient-elle aussi de la forme d'instrumental. A m. mī correspond sans doute la forme mmi, mi attestée seulement chez Hemacandra ; mais c'est là une forme, qui étant donné son apparition tardive en prākrit, demande elle-même à être spécialement expliquée. Pour Pischel c'est la 1re pers. sing. du verbe « être », asmi (§ 417). Il est plus vraisemblable qu'il faut voir ici encore une forme pronominale. Nous avons vu que skr. asme, mama avaient pu prendre la valeur du cas sujet : ceci nous autorise sans doute à voir dans mī (dialectalement me, v. L. S. I., Marathi, p. 211) soit skr. pkr. me soit pkr. mai (attesté seulement en çauraseni) provenant de skr. mayi. Le témoignage des autres langues n'est ici d'aucun secours : un groupe important composé des principales langues occidentales (kaçmiri, sindhi, guzrati, concani de Goa, marvari, braj) a conservé des représentants de aham jusqu'à aujourd'hui ; en penjabi, rajasthani, hindi, l'instrumental maim a pris la place du nominatif ; le tsigane me, le népalais ma sont obscurs, le singhalais aberrant.
c5.s3.t1.5
Dans le groupe oriental, bg. mui ṭui, or. mu tu semblent bien remonter à des locatifs du type mayi, tvayi (véd. tve), et donner les singuliers correspondant à skr. asme, yuṣme, et dont mar. mī pourrait être un représentant isolé.
2. Instrumental
c5.s3.t2.1
§ 209. Ce cas comporte des formes encore vivantes aujourd'hui, et la postposition neṃ : nīṃ ne s'applique pas aux pronoms personnels.
c5.s3.t2.2
Ici encore le pluriel est seul clair : de pkr. amhehiṃ, tumhehiṃ où l'ancien oblique issu de véd. asmé yusmé a servi de thème et s'est coagulé avec la désinence traditionnelle, proviennent régulièrement mar. āhmiṃ tumhiṃ.
c5.s3.t2.3
Au singulier, les formes anciennes et toujours vivantes sont miyāṃ, myāṃ ; tāṃ, tuvāṃ, tvāṃ. Skr. mayā, tvayā ont fourni les formes de cas oblique en singhalais (v. Geiger, § 47, I, 1) ; mais mae tae, qui représentent en prākrit classique skr. mayā tvayā, ne sauraient être à l'origine des formes marathes. Il faut supposer que les pronoms sanskrits ont été élargis très anciennement avec la désinence d'instrumental des noms : *mayāṇa* ou *māyāṇaṃ*, *tvayāṇa* ou *tvayāṇaṃ* (v. § 66) sont les prototypes probables de m. *myāṃ*, *tāṃ* ou *tvāṃ* en moyen-indien.
3. Adjectif possessif
c5.s3.t3.1
§ 210. Au pluriel des pronoms, la relation de génitif est marquée comme dans les noms par *cā*, qui s'ajoute, non à l'oblique, mais au thème de l'oblique : *ām-* *tum-*, c'est-à-dire pkr. *amha-* *tumha-*. Les adjectifs *āmcā* (*āmucā*), *tumcā* sont attestés depuis les plus anciens textes jusqu'à nos jours.
c5.s3.t3.2
Au singulier le marathe a formé un adjectif sur l'oblique ; *mājhā* *tujhā*, sont donc faits comme l'étaient skr. *māmaka-*, *tāvaka-*. Cette création isole le marathe de toutes les langues parentes : le singhalais n'a pas de possessif ; le sindhi forme le sien comme celui des noms au singulier aussi bien qu'au pluriel ; le groupe du nord-ouest semble faire de même dans les cas où il présente un adjectif (v. Grierson, *Piç. lang.*, p. 45, 47 ; *Manual of the Kāshm. lang.*, § 30) ; partout ailleurs il existe au singulier comme au pluriel un adjectif du type apabhramça *mahāra* *tuhara*, *amhāra* *tumhāra* (Pischel, § 434 ; aux exemples donnés par Beames, II, p. 312, ajouter les formes du Rajputana données, *L. S. I.*, *Rajasthani*, p. 8, et tsigane d'Arménie *merav* *terav*, tsig. d'Europe *minro* *tinro*, plur. *amaro*, *tumaro*).
Linked texts (1)
- Jñāneśvarī — Jñāneśvara, Marathi