La formation de la langue marathe c6.s2: Accord
La formation de la langue marathe c6.s2
- Language
- French
Contents
- c6.s2.t1 Genre et nombre — 5 parts
- c6.s2.t2 Cas — 9 parts
Accord
c6.s2.1
§ 269. Comme les noms, les adjectifs sont en marathe de deux sortes : 1° ceux qui se terminent par une consonne ; ceux-ci sont invariables, du moins à l'époque moderne (v. Navalkar, § 116), et forment avec le substantif auquel ils se rapportent une sorte de composé ; ainsi l'on a au nominatif singulier : *lāl ambā* (masc.) « mangue rouge » ; *lāl ciṃc* (fém.) « tamarin rouge » ; *lāl pagoṭim* (neut.) « turban rouge » ; au pluriel nom. *lāl pagoṭim* « turbans rouges », au dat. sing. *lāl pagoṭyās*, etc. ; *ati thamḍ pāṇyā neṃ sārdi hoil* « avec de l'eau très fraîche il se produira un refroidissement » ; 2° les adjectifs à élargissement en *-ā*, *-ī*, *-em*, auxquels il faut joindre les pronoms démonstratifs et relatifs, qui ont été assimilés à la déclinaison nominale, et les temps participiaux du verbe, qui sont en réalité des participes déclinés. C'est de ces adjectifs à élargissement qu'il est uniquement question ici.
c6.s2.2
§ 270. L'adjectif épithète s'accorde en genre et nombre avec le substantif auquel il se rapporte ; s'il y a plusieurs substantifs, il s'accorde avec le plus proche, c'est-à-dire avec le premier : *tyālā moṭhā bhāu va bahīṇ āhe* « il a un grand frère et (une grande) sœur » ; *hyā haveṃtlīṃ* (neut.) *janāvareṃ* (neut.) *va pakṣī* (masc.), *eṭhem āḍhaltat* « les bêtes et les oiseaux indigènes se trouvent là » (v. Navalkar, § 516, Joshi, § 573). Sur l'accord aux cas indirects, v. plus bas § 272.
c6.s2.3
§ 271. Les règles d'accord du prédicat sont plus compliquées. En effet, malgré la persistance en marathe des anciens genres grammaticaux, elles dépendent de la distinction des êtres animés et inanimés (v. § 180).
Genre et nombre
c6.s2.t1.1
Lorsque le prédicat (adjectif ou verbe) se rapporte à plusieurs noms de genres différents, il s'accorde avec le dernier seul s'il s'agit d'êtres inanimés ; dans le cas contraire, il se met au pluriel neutre, comme dans les phrases suivantes : *tyācā bāp āṇi āī moṭhīm bhalīm ahet* « son père et sa mère sont très (litt. « grands) bons » ; *Dhākū āṇi Sālī hīm doghem bekār hoūn ālīm* « Dhākū (masc.) et Sālī (fém.) se trouvant sans travail sont venus tous deux » (Navalkar, § 486, 517 ; cf. Joshi, § 574).
c6.s2.t1.2
Une répartition analogue se retrouve en sindhi : s'il s'agit d'êtres inanimés, le prédicat s'accorde avec le nom le plus proche, ou bien se met au pluriel, le genre étant variable suivant les cas ; s'il s'agit d'êtres animés c'est le masculin qui l'emporte : il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas de neutre en sindhi (Trumpp, p. 518). En guzrati, la distinction en êtres animés et inanimés manque ; mais le prédicat se rapportant à des noms de genres différents prend toujours le genre neutre (v. Tisdall, p. 35, 96). Il est à noter qu'en guzrati et en marathe, le neutre pluriel sert de féminin respectueux : mar. *bāīsāheb ālīm astīm, paṇ...* « Madame serait venue, mais... » ; guz. *rāṇī āvyām che* « la reine est venue » (Navalkar, p. 270, Tisdall, p. 96). Il y a sans doute un lien entre les deux faits : la désinence neutre, désignant les personnes d'une manière moins directe, est un signe de respect ; c'est d'une façon analogue, quoique inverse, que le neutre s'emploie par humilité (v. Navalkar, § 484, 2).
c6.s2.t1.3
La formule de la règle marathe s'applique communément en prākrit jaina (v. Jacobi, *Ausgew. Erz.*, § 79-80) ; mais elle ne semble pas remonter plus haut (v. Speyer, *Ved. u Skr. Synt.*, § 101).
c6.s2.t1.4
En hindi et sans doute dans la plupart des langues qui ont perdu le genre neutre, ou bien l'accord se fait avec le nom le plus proche, qu'il précède ou suive, ou bien c'est le masculin qui l'emporte (v. p. ex. Kellogg, § 863, 871 ; Grierson, *Man. kaçm.*, § 25).
c6.s2.t1.5
§ 272. En vieux marathe l'adjectif épithète s'accorde en principe à tous les cas. Dans la langue moderne cela n'est plus vrai que du nominatif. Il n'y a plus qu'une forme d'oblique commune aux deux nombres et aux trois genres, celle de l'oblique masculin-
Cas
c6.s2.t2.1
neutre singulier. Cette forme précède immédiatement le substantif, qui seul possède l'affixe ou la postposition caractéristique réclamée par le sens. Ex. : *mag miṃ halkyā lokāṃ ćiṃ bolṇār nāhīṃ* « alors je ne parlerai plus avec de petites gens » ; *dusryā divćāṃ* « le lendemain » ; *āplyā mitrās, āplyā mitrāṃs* « à son ami, à ses amis », *yā imārtī lā don koṭ rupayāṃvar kharc jhālā* « on a dépensé pour cet édifice plus de deux crores de roupies » (v. Navalkar, § 515).
c6.s2.t2.2
Que l'oblique de l'adjectif soit employé seul, cela est normal puisque l'oblique d'un nom est une forme déclinée de ce nom et un mot indépendant. Mais que l'oblique masculin neutre singulier soit seul employé dans tous les cas, c'est ce dont il est plus difficile de rendre compte. On reconnaît ici la trace de la tendance générale à la simplification des adjectifs épithètes que Beames a bien notée, mais en donnant des raisons de psychologie chimérique justement critiquées par Miklosich (v. Beames, II, p. 240-243 ; Miklosich, XI, p. 35). Le détail de l'évolution est fort obscur. Voici comment on pourrait l'imaginer : la confusion de l'oblique masc.-neut. du pluriel avec celui du singulier peut se concevoir, étant donné le caractère instable de la nasalité dans les voyelles ; d'autre part le transport de la désinence d'oblique masc.-neut. singulier au féminin peut être dû à l'analogie du pluriel, où les trois genres n'ont normalement qu'une forme d'oblique.
c6.s2.t2.3
Les hypothèses qu'on peut faire sur ce point sont indémontrables, car les autres langues ne fournissent aucune indication utilisable. Dans le groupe occidental — guzrati (abstraction faite de l'affixe *-o* du pluriel), rajasthani (avec quelques hésitations aux cas indirects autres que l'oblique, v. *L. S. I.*, Raj., p. 7, 22, 37), penjabi, sindhi, kaçmiri — l'accord se fait à tous les cas. Dans tout le groupe oriental, l'adjectif est invariable ou ne varie qu'en genre (cf. *L. S. I.*, *East. hindi*, p. 16, 22, 28 ; *Bih.*, p. 26, 38, 50, 380) ; en singhalais il est absolument invariable (v. Geiger, § 43). Restent l'hindi et le tsigane qui, comme le marathe, simplifient la déclinaison de l'épithète, mais de manières divergentes.
c6.s2.t2.4
L'hindi décline ainsi les groupes : *kālā ghoṛā* « cheval noir », *kālī billī* « chat noir » (Kellogg, § 199) :
c6.s2.t2.5
| Sing. | Dir. | *kālā ghoṛā* | *kālī billī* |
| | Obl. | *kāle ghoṛe* | *kālī billī* |
c6.s2.t2.6
| Plur. | Dir. *kāle ghoṛe* | *kāli billiyām.* |
| | Obl. *kāle ghoṛoṃ* | *kāli billiyoṃ.* |
c6.s2.t2.7
Les divers dialectes tsiganes déclinent ainsi les groupes *kalo manuš* « homme noir », *kali manušni* « femme noire » (Miklosich, XI p. 33, 35) :
c6.s2.t2.8
| Sing. | Nom. *kalo manuš* | *kali manuši* |
| | Obl. *kale manušes* | *kalya manušña* (ts. grec : *kalì m°*). |
| Plur. | Nom. *kale manuš* | *kale manušña* |
| | Obl. *kale manušen* | *kale manušñen* |
c6.s2.t2.9
Si l'on admet avec Miklosich que les formes d'oblique du masculin sont dues à la chute des consonnes finales et tiennent la place de *kales* *kalen*, on est obligé de séparer le tsigane du marathe et de l'hindi sur le seul point où l'on pourrait imaginer un accord dans les trois langues. Chacune d'elles semble avoir simplifié la déclinaison des adjectifs épithètes d'une manière indépendante.