L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c5.s1.2
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c5.s1.2
- Language
- French
v1.c5.s1.2
LES TÉMOIGNAGES. — Les plus récentes de ces explorations ne sont pas les moins intéressantes : nous voulons surtout parler des missions de M. Klementz et de MM. Grünwedel et Huth (1) au Tourfan, sur la route septentrionale de la Kachgarie, celle qui mena Hiuan-tsang dans l'Inde, et de MM. Dutreuil de Rhins et Grenard, de M. Sven Hedin et de M. A. Stein (2) le long de la route méridionale, celle qui vit passer, à l'aller, Song Yun, et, au retour, Hiuan-tsang (3). Les investigations des archéologues européens — sans préjudice des trouvailles que les chercheurs de trésors indigènes avaient déjà faites du côté de Koutcha et de Khotan, et que se sont surtout partagées les collections russes et anglaises (1) — confirment tous les renseignements que nous donnent les pèlerins chinois sur l’existence de nombreux monuments bouddhiques dans ce pays de civilisation, sinon même de colonisation indienne. Les brillantes découvertes de M. A. Stein ont notamment établi le caractère ou, du moins, les origines classiques des ruines et des débris qui jonchent la contrée, jusqu’à 4 degrés de longitude à l’est de Khotan. Mais on est d’accord pour penser que, dans cette mince lisière d’oasis qui s’allonge entre les dunes désertiques du Taklamakan et la formidable désolation des monts Kouen-lun, l’art gréco-bouddhique n’a pu être qu’un article d’importation, semé à l’étape par les caravanes. C’est ailleurs qu’il nous faut chercher son berceau. Le trouverons-nous dans cette Bactriane qui fut, il y a deux mille ans, le premier lieu de contact des trois grandes civilisations hellénique, indienne et chinoise, comme elle est encore au point de rencontre des trois grands empires chinois, anglo-indien et russe ? C’est ce que l’avenir permettra de décider, quand la partie méridionale du bassin supérieur de l’Oxus sera enfin ouverte aux recherches archéologiques. Toutefois les vraisemblances historiques sont pour que les sculptures mixtes, comme les monnaies bilingues, n’aient été d’abord mises en circulation que là où le besoin dut le plus vivement s’en faire sentir, c’est-à-dire au sud du Paropamise et sur les rives de l’Indus. Jusqu’à preuve du contraire, les plaines de Peukelaotis (*Puṣkarāvatī*) et de Taxile (*Takṣaṣilā*) demeurent pour nous le pays indo-grec par excellence. Il n’en est pas moins significatif de constater qu’exception faite pour Koutcha, Hiuan-tsang ne commence guère qu’avec le vingt-huitième des trente-quatre « royaumes » énumérés dans son premier livre à s’étendre complaisamment sur les monuments religieux du chemin. Si l’on songe que le nom de *Po-ho*, qu’il lui donne, représente celui de Balkh ou Bactres, l'ancienne métropole des successeurs d'Alexandre en ces contrées, la survivance de quelque influence classique dans le style des images merveilleuses et des édifices très anciens dont il nous parle paraîtra peu sujette à caution¹. L'hypothèse, déjà vérifiée plus haut pour le Turkestan, se transforme de nouveau en certitude à quelques lieues plus au sud, à partir du trente-troisième royaume, celui de Bâmiyân. Les quelques croquis publiés ne laissent pas de place à la moindre hésitation sur la filiation gréco-bouddhique des énormes statues rupestres, que signale le pèlerin². Quand enfin ce dernier a achevé de franchir les « Montagnes neigeuses » et est entré au Kapiça, il ne tarit plus en descriptions et en légendes : ici encore les notes de Masson sur les nombreux vestiges qu'il découvrit, en cherchant Alexandrie du Caucase, au pied du versant méridional de l'Hindou-Koush, dans le nord-est de Kâboul, peuvent être utilement rapprochées de celles du voyageur chinois³.