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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c5.s1: § I. Esquisse géographique

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c5.s1

Language
French

§ I. Esquisse géographique

v1.c5.s1.1

Tout d'abord, il ne faudrait pas croire que ces monuments ne se rencontrent pas en dehors du Gandhâra : l'aire géographique de l'école déborde bien au delà des limites du district actuel de Pêshawar. Encore s'agit-il ici de territoires où les fouilles ont fait retrouver les productions typiques, sinon les archétypes de cet art. S'il était question de ceux où ont seulement pénétré ses procédés et ses modèles, nous aurions à signaler l'apparition de ces derniers en plus d'un coin de l'Inde, aussi bien au Kaçmîr et à Matra (Mathurâ), qu'à Amarâvatî; et, d'autre part, nous devrions les suivre sur les routes de l'Asie centrale jusqu'aux confins orientaux du Turkestan chinois. Enfin la région à laquelle s'est étendue son influence médiate est encore plus vaste et n'embrasse rien moins, comme nous verrons, que l'Extrême-Orient tout entier. C'est grâce à l'art gréco-bouddhique que s'est propagé jusqu'au Japon comme jusqu'à Java, avec les images des Buddhas et des Bodhisattvas, le sentiment classique des proportions et de la draperie. Mais, pour nous en tenir à ce qui constitue son domaine propre, il s'étendait sur tout le nord-ouest de l'Inde et l'Afghanistan, depuis la Vitastâ ou Jhilam, la plus occidentale des cinq rivières du Penjâb, jusque par delà la barrière neigeuse de l'Hindou-Koush : c'est, du moins, ce dont les relations des voyageurs, tant anciens que modernes, nous fournissent la preuve.

v1.c5.s1.2

LES TÉMOIGNAGES. — Les plus récentes de ces explorations ne sont pas les moins intéressantes : nous voulons surtout parler des missions de M. Klementz et de MM. Grünwedel et Huth (1) au Tourfan, sur la route septentrionale de la Kachgarie, celle qui mena Hiuan-tsang dans l'Inde, et de MM. Dutreuil de Rhins et Grenard, de M. Sven Hedin et de M. A. Stein (2) le long de la route méridionale, celle qui vit passer, à l'aller, Song Yun, et, au retour, Hiuan-tsang (3). Les investigations des archéologues européens — sans préjudice des trouvailles que les chercheurs de trésors indigènes avaient déjà faites du côté de Koutcha et de Khotan, et que se sont surtout partagées les collections russes et anglaises (1) — confirment tous les renseignements que nous donnent les pèlerins chinois sur l’existence de nombreux monuments bouddhiques dans ce pays de civilisation, sinon même de colonisation indienne. Les brillantes découvertes de M. A. Stein ont notamment établi le caractère ou, du moins, les origines classiques des ruines et des débris qui jonchent la contrée, jusqu’à 4 degrés de longitude à l’est de Khotan. Mais on est d’accord pour penser que, dans cette mince lisière d’oasis qui s’allonge entre les dunes désertiques du Taklamakan et la formidable désolation des monts Kouen-lun, l’art gréco-bouddhique n’a pu être qu’un article d’importation, semé à l’étape par les caravanes. C’est ailleurs qu’il nous faut chercher son berceau. Le trouverons-nous dans cette Bactriane qui fut, il y a deux mille ans, le premier lieu de contact des trois grandes civilisations hellénique, indienne et chinoise, comme elle est encore au point de rencontre des trois grands empires chinois, anglo-indien et russe ? C’est ce que l’avenir permettra de décider, quand la partie méridionale du bassin supérieur de l’Oxus sera enfin ouverte aux recherches archéologiques. Toutefois les vraisemblances historiques sont pour que les sculptures mixtes, comme les monnaies bilingues, n’aient été d’abord mises en circulation que là où le besoin dut le plus vivement s’en faire sentir, c’est-à-dire au sud du Paropamise et sur les rives de l’Indus. Jusqu’à preuve du contraire, les plaines de Peukelaotis (*Puṣkarāvatī*) et de Taxile (*Takṣaṣilā*) demeurent pour nous le pays indo-grec par excellence. Il n’en est pas moins significatif de constater qu’exception faite pour Koutcha, Hiuan-tsang ne commence guère qu’avec le vingt-huitième des trente-quatre « royaumes » énumérés dans son premier livre à s’étendre complaisamment sur les monuments religieux du chemin. Si l’on songe que le nom de *Po-ho*, qu’il lui donne, représente celui de Balkh ou Bactres, l'ancienne métropole des successeurs d'Alexandre en ces contrées, la survivance de quelque influence classique dans le style des images merveilleuses et des édifices très anciens dont il nous parle paraîtra peu sujette à caution¹. L'hypothèse, déjà vérifiée plus haut pour le Turkestan, se transforme de nouveau en certitude à quelques lieues plus au sud, à partir du trente-troisième royaume, celui de Bâmiyân. Les quelques croquis publiés ne laissent pas de place à la moindre hésitation sur la filiation gréco-bouddhique des énormes statues rupestres, que signale le pèlerin². Quand enfin ce dernier a achevé de franchir les « Montagnes neigeuses » et est entré au Kapiça, il ne tarit plus en descriptions et en légendes : ici encore les notes de Masson sur les nombreux vestiges qu'il découvrit, en cherchant Alexandrie du Caucase, au pied du versant méridional de l'Hindou-Koush, dans le nord-est de Kâboul, peuvent être utilement rapprochées de celles du voyageur chinois³.

v1.c5.s1.3

¹ D. KLEMENTZ et W. RADLOFF, Nachrichten über die von der K. Akad. der Wissensch. zu St. Petersburg im Jahre 1898 ausgerüstete Expedition nach Turfan, Hft. I. Saint-Pétersbourg, 1899. — Cf. E. SENART, Notes sur quelques fragments d'inscriptions du Turfan (rapportées par MM. Munck et Donner), J. A., mars-avril 1900, p. 343. — Au sujet de la fructueuse mission de MM. Grünwedel et Huth n'ont encore paru à notre connaissance (janv. 1904) que Einige praktische Bemerkungen über archæologische Arbeiten in Chinesisch Turkistan, von Prof. Dr A. Grünwedel, dans le Bull. de l'Assoc. intern. pour l'Expl. de l'Asie Centrale et de l'Extrême-Orient, n° 2. Saint-Pétersbourg, oct. 1903, p. 7-16.

v1.c5.s1.4

² DUTREUIL DE RHINS et GRENARD, Mission dans la Haute-Asie (1890-1895), troisième partie. Paris, 1898. — SVEN HEDIN, Through Asia. Londres, 1898, (vol. II, chap. LX-LXV), ou Trois ans de luttes aux déserts d'Asie. Paris, 1899 (chap. XI-XII). — M.-A. STEIN, Preliminary Report on a journey of archæological and topographical exploration in Chinese Turkestan. Londres, 1901; Sand-buried Ruins of Khotan. Londres, 1903; un Detailed Report est en préparation pour paraître en 1905.

v1.c5.s1.5

³ A l'aller, Fa-hien coupe et emprunte tour à tour ces deux routes : voir la carte des trois itinéraires dressée par M. Ed. Chavannes dans le Guide Madrolle, Chine du Sud. Paris, 1904.

v1.c5.s1.6

¹ S. D’OLDENBURG, *Zametki o buddijskom iskusstve*, II, et G. KIZERICKIJ, *Chotanskija drevnosti iz sobranija N. F. Petrovskago*, Saint-Pétersbourg, 1895 (avec illustrations). — R. HOERNLE, (*British) Collection of antiquities from Central Asia*, in *J. A. S. B.*, extra-number, I, 1897; II, 1901 (voir notamment pl. VIII-XIII).

v1.c5.s1.7

¹ Hiuan-tsang, trad. Stan. JULIEN, *Mémoires, etc.*, I, p. 29 et suiv., ou S. BEAL, *Buddhist Records, etc.*, I, p. 43 et suiv.

v1.c5.s1.8

² Les premiers croquis seraient ceux de Burnes (*J. A. S. B.*, II, 1833, pl. XIX), et les derniers ceux du capitaine J. Maitland (*J. R. A. S.*, 1886, pl. V-VIII: cf. *J. R. I. B. A.*, 3ᵉ série, t. 1, 1893-1894, p. 104. — L'opinion exprimée à cette même place par M. W. Simpson « qu'il n'y a pas d'influence classique au nord de l'Hindou-Koush » est au moins prématurée).

v1.c5.s1.9

³ C. MASSON, *Memoirs on the ancient coins found at Beghrâm in the Kohistân of Kâbul* (*J. A. S. B.*, III, 1834, p. 153; V, 1836, p. 1 et 537).

v1.c5.s1.10

Mais déjà nous entrons dans l'Inde du Nord, et dès lors les témoignages se multiplient et se complètent mutuellement. Les *stûpa* qu'a vus Hiuan-tsang dans les environs de Nagarahâra et de « Hi-lo » sont ceux qui furent violés avec plus ou moins de ménagements, de 1833 à 1836, par Masson et Honigberger autour de Jellalabâd et de Hidda⁴. Fa-hien, descendu dans l'Inde par l'Udyâna, les avait déjà visités au début du vᵉ siècle, en remontant la vallée du Kâboul-roûd(1). La dernière invasion anglaise de l'Afghanistan a permis en 1878 à un « correspondant de guerre » qui était en même temps un artiste, M. W. Simpson, de les examiner derechef au passage(2) : on n'en avait plus trouvé le loisir depuis la première (1838-1842), et peut-être serons-nous forcés d'attendre une campagne nouvelle pour recueillir à leur sujet de plus amples renseignements. Il s'en faut en effet que toute cette région de la « Frontière du Nord-Ouest » soit aisément accessible; si nous n'en sommes pas réduits pour les ruines situées entre Pêshawar (conquis par les Sikhs sur les Afghans en 1835) et Mânikyâla aux seules notes et trouvailles de Ventura et de Court(3), nous le devons au fait que ces localités ont passé depuis le milieu du siècle dernier sous la domination britannique avec le reste du Penjâb. C'est seulement en 1895 que l'expédition du Chitrâl a ouvert aux Européens une partie de la vallée du Swât(4) : encore a-t-il fallu le soulèvement de juillet 1897 pour qu'une colonne anglo-indienne pénétrât jusque dans le Swât supérieur et s'en vît camper sous les murs de Manglaor, la vieille capitale de l'Udyâna. Un autre coin du même pays, la vallée de

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⁴ Sur les fouilles de Honigberger, voir J. G. GERARD, *Memoir on the topes and antiquities of Afghanistan* (*J. A. S. B.*, III, 1834, p. 321), et JACQUET, *Notice sur les découvertes archéologiques faites par M. Honigberger dans l'Afghanistan* (*J. A.*,

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3e série, II, 1836, p. 234; IV, 1837, p. 401; VII, 1839, p. 385). — C. MASSON, Memoir on the topes and sepulchral monuments of Afghanistan, dans H. WILSON, Ariana antiqua, 1841, p. 56-118.

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(1) Fa-hien, trad. LEGGE, p. 36-40. Au ve siècle encore, Tao-yo en fit autant, mais rien ne prouve qu'au vie siècle Song Yun ait suivi leur exemple: voir Ed. CHAVANNES, B. E. F. E.-O., III, 1903, p. 427, n. 10.

v1.c5.s1.14

(2) W. SIMPSON, Buddhist architecture, Jellalabâd (Trans. Roy. Instr. Brit. Architects, 1879-1880, p. 37-64); Buddhist Caves of Afghanistan (J. R. A. S., 1882); The classical influence in the architecture of the Indus region and Afghanistan (J. R. I. B. A., 3e série, t. I, 21 déc. 1893, p. 96-97) ou The autobiography of W. Simpson, éd. par G. EYRE. Londres, 1903, chap. xxx, p. 277-287.

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(3) Sur les recherches de ces officiers européens au service de Ranjit-Singh, voir pour Ventura, Asiat. Researches, XVH, p. 601 et J. A. S. B., III, 1833, p. 28 et 308; III, 1834, p. 313 et 436; et pour Court, J. A. S. B., III, 1834, p. 556; V, 1836, p. 387 et 481; VIII, 1839, p. 306 et J. A., 3e série, IV, 1837, etc. Tout le « progress of discovery » de la période antérieure à 1840 se trouve d'ailleurs résumé dans le premier chapitre de H. WILSON, Ariana antiqua, 1841.

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(4) Voir notre relation de voyage Sur la frontière indo-afghane (Tour du Monde, oct.-nov. 1899, ou éditée à part, avec additions et remaniements, Paris, 1901).

v1.c5.s1.17

Bounêr, bien qu'enclavé entre les deux districts anglais de Pêshawar et de Hazâra, était *terra incognita* quand, en janvier 1898, le gouvernement de l'Inde se résolut à punir les Bounêrwals de l'assistance qu'ils avaient prêtée, six mois auparavant, aux Swâtis révoltés. Par bonne chance pour nos études, M. A. Stein fut attaché à l'expédition. Il n'eut qu'un regret, c'est que celle-ci se borna à une simple promenade militaire de dix jours; mais ces dix jours bien employés lui permirent de relever nombre de ruines et d'y reconnaître les restes des anciens couvents bouddhiques mentionnés par les pèlerins chinois¹.

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¹ M.-A. STEIN, *Detailed Report on an archæological tour with the Bunêr field force*, Lahore, 1898. (Réimprimé dans l'*Indian Antiquary*, 1899.)

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LES NOMS SANSKRITS. — Le rapprochement entre les rapports des pieux voyageurs de jadis et les observations des archéologues actuels fournit en effet une base solide à l'identification des sites et permet de reconstituer dans ses grandes lignes la géographie ancienne du pays. C'est ainsi, par exemple, que l'emplacement des « quatre grands stûpa de l'Inde du Nord » dont Fa-hien nous parle², est connu, sauf pour l'un d'eux, avec une suffisante approximation. On sait qu'ils commémoraient les quatre grands miracles de charité accomplis par le futur Buddha au cours de ses existences passées. Celui du « don du corps » à la tigresse affamée, longtemps localisé par erreur à Mânikyâla, est à chercher dans les montagnes d'où débouche l'Indus³. Celui du « don de la tête » à Takşaçilâ et celui du « don des yeux » à Puşkarâvatî sont sûrement parmi les tertres qui se dressent encore au nord de Shâh-Dhêrî et de Chârsadda. Quant à celui du « don de la chair » (on se rappelle que l'offrande est faite à un vautour pour la rançon d'une colombe), Hiuan-tsang le place clairement sur les frontières du district de Pêshawar et du Bounêr, et M. A. Stein a cru justement le retrouver près du village de Girârai.

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² Chap. IX-XI, trad. LEGGE, p. 30-32.

v1.c5.s1.21

³ Voir à ce sujet les remarques de M. Ed. CHAVANNES, *Song Yun*, *B. E. F. E.-O.*, III, 1903, p. 411, n. 3.

v1.c5.s1.22

Du même coup il déterminerait dans les ruines considérables de Panjkotai, près de Sounigrâm, l'emplacement du sanctuaire du Mahâvana : c'est là que le Bodhisattva, alors prince et fugitif, sachant sa tête mise à prix et n'ayant plus rien à donner à un pauvre, se fit livrer par ce dernier à son ennemi. Le lieu où, dans une autre existence encore, il avait écrit avec un de ses os brisés comme calame, sa moelle comme encre et sa peau comme parchemin un texte de la bonne Loi, serait à Goumbatai, près du gros bourg de Toursak. A ces identifications nous ajouterions volontiers¹ celle du mont Hi-lo avec l'Ilam, dont les sources et les ruines sont restées un but de pèlerinage pour les marchands hindous établis dans les bazârs de la frontière indo-afghane. Enfin nous sommes entièrement d'accord avec M. A. Stein quand il reconnaît l'extrême vraisemblance des localisations proposées par le colonel Deane pour l'Udyâna, notamment celles de Moung-kie-li (*Mangalapura*) à Manglaor et du Chan-ni-lo-che dans la vallée d'Adinzai, avec leurs contingents obligés de monastères et de *stûpa*². Si les *political officers* des expéditions de 1878-1880 avaient eu au même degré le sens et le goût de l'archéologie, nous aurions des données plus précises sur l'emplacement des sanctuaires de la « prédiction de Dîpaṅkara » près de Nagarahâra ou de l'« os du crâne » près de Hidda, dans la vallée de Kâboul, et nous ne serions pas réduits au seul témoignage de Hiuan-tsang³ sur l'existence de nombreux monuments bouddhiques dans la région de Ghazni.

v1.c5.s1.23

¹ Voir *B. E. F. E.-O.*, I, 1901, p. 368, n. 3.

v1.c5.s1.24

² H. A. Deane, *Note on Udyâna and Gandhâra*, in *J. R. A. S.*, 1896, p. 655 et suiv., et 1898, p. 460 et suiv.

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³ *Mémoires*, II, p. 188, ou *Records*, II, p. 284.

v1.c5.s1.26

Mais c'est surtout au Gandhâra que nous pouvons suivre pas à pas les pérégrinations du voyageur chinois⁴ : il nous conduit comme par la main le long de l'ancienne grand' route de l'Inde. S'arrêtant d'abord à Puruṣapura, aujourd'hui Pêshawar, il nous fait visiter avec lui, à une petite distance au sud-est de la ville, la fameuse fondation religieuse du roi indo-scythe Kaniṣka, dont les tumuli de Shâh-jî-kî-Ḍhêrî semblent marquer encore la place. Puis il nous mène en une étape vers le nord-est à Puṣkarâvatî (Prâng, Chârsadda et Râjar) sur la rive gauche de la rivière du Swât et proche du célèbre stûpa du « don des yeux ». De là il se rend à Po-lou-cha (probablement Varṣapura, aujourd'hui Shâhbâz-Gaṛhî) où le pieux rappel du généreux prince Viçvantara lui fait omettre de signaler l'existence d'une inscription d'Açoka. Sans le crochet que lui coûta l'ascension de la montagne de Bhîmadêvî, trois étapes lui auraient suffi par la route ordinaire pour atteindre Udabhâṇḍa (Und), sur l'Indus, d'où en trois jours, après avoir traversé le fleuve, l'hiver à gué et l'été en bac, on gagnait Taxile. Les informations qu'il recueillait à chacune de ces grandes haltes guidaient son infatigable dévotion vers les sanctuaires les plus importants du pays. D'Udabhâṇḍa, c'est pour lui une simple promenade que d'aller à Çalâtura (Lahor), la patrie du grand grammairien sanskrit Pâṇini. A Varṣapura, il ne recule pas devant deux journées de marche vers le Nord pour visiter aux abords du versant méridional de la passe de Shâhkot l'ancienne retraite du ṛiṣi Unicorne (Ekaçṛiṅga). Une excursion de la même durée le long de la rivière du Swât le conduit enfin, le premier jour, de Puṣkarâvatî au stûpa de Hâritî, « la mère des démons », aujourd'hui connu sous la dénomination équivalente de Sara-Makh-Ḍhêrî (le tumulus de la Face-rouge, entendez : la Variole), et, le second, à celui que sanctifiait, dans le voisinage de Gandhairi, le souvenir du jeune ascète Çyâma, ce modèle de piété filiale.

v1.c5.s1.27

⁴ On trouvera les références aux travaux antérieurs et notamment à ceux de Cunningham (*Ancient Geography of India*; *Arch. Survey Reports*, II et V, etc.) dans nos *Notes sur la géographie ancienne du Gandhâra* (*B. E. F. E.-O.*, I, 1901, p. 322-369), et des vues photographiques de la plupart des localités qui vont être énumérées dans le *Tour du Monde* (oct.-nov. 1899). Cf. la carte à la fin de ce volume.

v1.c5.s1.28

LES NOMS MODERNES. — Nous aurons plus tard à nous demander comment ces légendes, pour la plupart originaires de l'Inde centrale, sont venues s'acclimater au Gandhâra : ce qu'il importe pour le moment de remarquer, c'est que la liste de ces sanctuaires n'épuise nullement celle que les pèlerins en auraient pu dresser, s'ils avaient voulu les énumérer tous. Hiuan-tsang estime en chiffres ronds le nombre des couvents bouddhiques du Gandhâra à un millier, après quoi il en mentionne quinze; il évalue de même ceux de l'Udyâna à quatorze cents, et ensuite il n'en cite pas vingt. C'est dire que la tâche de l'explorateur ne consiste pas seulement à identifier les places dont les textes nous ont transmis les anciens noms; il doit encore visiter nombre de sites anonymes, ou du moins pour lesquels nous n'avons que les appellations barbares dont les ont gratifiés les habitants actuels, presque tous étrangers par la religion, la langue et la race à la tradition indienne. Il serait hors de question de donner ici un relevé complet, nous ne disons pas de toutes les ruines qui subsistent, mais de toutes celles, au nombre d'une centaine, dont nous avons pu retrouver les traces en parcourant ce pays en somme fort restreint : aussi bien ces noms ne sont-ils pas le moins du monde évocateurs du passé bouddhique.

v1.c5.s1.29

Nous ne nous attarderons donc pas à dénombrer tous les tumuli (dhêrî) disséminés le long des bords de l'Indus, de Khairabâd à Und, ni ceux qui bossuent la plaine aux environs de Pêshawar, ni ceux enfin qui de Prang à Tangai, par Chârsadda, Râjar, Outmanzai, Tourangzai, Oumarzai et Shêrpao, jalonnent la route entre les « huit villes » du pays de Hashtnagar. Ce n'est point d'ailleurs de là que proviennent les principales découvertes, mais de la partie centrale et septentrionale du district, aujourd'hui occupée par la tribu pathâne des Yoûsoufzais. Si, afin de nous orienter, nous nous plaçons à Hoti-Mardân, au milieu de cette plaine jadis bien mieux arrosée et plus fertile qu'à présent, nous distinguons de là comme deux lignes concentriques de ruines. Les unes occupent, à une distance moyenne de douze kilomètres, l'essaim avancé des collines : les autres, plus lointaines, bordent le pied des montagnes qui jadis séparaient le Gandhâra de l'Udyâna. Parmi les premières, nous citerons celles de Takht-î-Bahai, au-dessus du village de Shahrî-Bahlol; de Jamâl-Garhî, Sikri et Tarêli, au-dessus de Sawal-Dhêr et de Bakshâli; de Mêkha-Sandha et de Karamâr, au-dessus de Shâhbâz-Garhî. Derrière Karamâr, sur un des contre-forts du Mahâban, le couvent-forteresse de Rânîgat domine le bourg de Naogrâm; de ce point si nous reprenons en sens inverse notre marche le long de la frontière du Bounêr et du Swât, au débouché de toutes les passes, vers Narinji, Machai, Roustam, Babouzai, Kaçmîr-Smats, Sanghao, Nathou, Miyân-Khân, Koi-Tangai, Palai, Kharkai, Dargai, partout nous rencontrerons les débris d'anciens monastères bouddhiques. Depuis le peu de temps qu'une partie du Swât est accessible, on en a trouvé non seulement dans la vallée principale et celles d'Adinzai et de Talâsh, sur la route du Chitrâl, mais sur le versant septentrional des passes de Dîgar, de Malakand, de Chârkotlai, de Shâhkot, de Gouniyâr, de Chêrat, de Morah, etc., et nous savons par la rapide exploration de M. A. Stein que l'annexion du Bounêr ne procurerait pas une moindre moisson de ruines.

v1.c5.s1.30

En résumé, l'aire géographique de l'école gréco-bouddhique, telle qu'elle est actuellement définie, comprend avant tout, pour mêler les noms anciens aux modernes, outre le Gandhâra proprement dit (district de Pêshawar), à l'Ouest le Kapiça et la vallée de Kâboul, et au Nord l'Udyâna (Bajaur, Dîr, Swât et Bounêr). Il faut y adjoindre encore, sur la rive gauche de l'Indus, les districts de Hazâra et de Rawâl-Pindı. Enfin, du côté du Sud, des trouvailles occasionnelles ont été faites dans les districts de Kohat et de Bannou (probablement le Po-na de Fa-hien), et même de Dêra-Ismaïl-Khân¹. Selon toute probabilité, de futures recherches viendront élargir ce domaine, au Nord-Ouest vers Balkh, au Sud-Ouest vers Ghazni : mais il y a peu d’apparence qu’elles en changent, pour ainsi dire, le centre de gravité. Placées au point d’aboutissement des bassins du Kâboul-roûd et du Swât, les belles plaines mollement ondulées du Gandhâra restent, avec leur porte largement ouverte sur l’Indus, le cœur de toute cette région montagneuse et le carrefour de toutes ses grandes routes. Véritable vestibule de l’Inde, ce pays vit-il vraiment, comme il semble, naître et se développer, de la rencontre entre la lointaine et décadente influence de la plastique hellénique et le prosélytisme exceptionnel d’une religion indienne, cet étrange produit qui a reçu le nom d’art gréco-bouddhique? Toujours est-il qu’à l’heure présente il est le mieux connu, le plus fouillé et celui qui, si l’on y ajoute le revers septentrional de ses montagnes frontières du côté de l’Udyâna, a fourni la presque totalité des sculptures qui feront l’objet de notre étude : il n’en faut pas davantage pour justifier le titre que nous avons choisi.

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¹ Au Musée de Lahore existent des têtes en mortier de chaux, trouvées en 1868 dans un tertre miné par l'Indus à Rokri Tahsil, Mianwali, district de Bannou (cf. *Arch. Survey Rep.*, XIV, p. 29, ou *Panjab Gazetteer, Bannu District*, p. 27). Le major Cole signale en outre un tumulus à Akra, dans ce même district (*Second Report*, 1883, *App. A.*, p. xxiv), et le vieux fort d'Oumarkot, près de Khaïpour, dans celui de Dêra-Ismaïl-Khân (*ibid.*, p. xxvii, ou *First Report*, 1882, *App. H.*, III, p. liv; mais voir *Panjab Gazetteer, Dêra-Ismaïl-Khân Dis-*

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