Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c5.s5.6

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c5.s5.6

Language
French

v1.c5.s5.6

Ces ingénieuses remarques ont le mérite, qu'à notre avis elles garderont, d'avoir nettement mis en lumière le style « décadent » de l'école du Gandhâra. Ainsi elles ont fait faire à la question un pas de plus. Mais M. V. Smith nous excusera de ne pas le suivre jusqu'au bout dans les conclusions qu'il en tire. Il va en effet jusqu'à distinguer dans le nord-ouest de l'Inde une école indo-hellénique et une école indo-romaine, ou encore, comme l'appelle, « romano-bouddhique », celle-ci étroitement localisée « dans les environs immédiats de Pêshawar » et « puisant directement son inspiration dans l'art romain ». Or la question est de savoir s'il y a jamais eu un art qu'on puisse appeler « romain », sinon par abus de langage ; tout compte fait, ce que l'on a parfois désigné sous ce nom est en réalité la phase qui, dans l'évolution de l'art grec, coïncida avec le temps de la domination romaine. Sans doute, M. V. Smith ne l'ignore pas : mais il l'oublie trop. Que, dans les catacombes chrétiennes de la campagne de Rome et les couvents bouddhiques du Gandhâra, l'art hellénistique ait subi vers la même époque et pour les mêmes causes, bien qu'en des milieux différents, des modifications analogues, c'est ce que nous admettons volontiers. Mais les affinités que présentent les deux écoles ne prouvent pas le moins du monde qu'il y ait eu « emprunt direct » de l'une à l'autre : tout au plus rendent-elles plus vraisemblable l'hypothèse — sur laquelle nous aurons à revenir — qu'elles ont trouvé dans les ateliers de l'Asie Mineure des inspirations et des modèles communs. Quant à supposer que l'influence romaine ait pu s'exercer dans l'Inde par-dessus la tête des villes grecques d'Égypte et d'Asie, il suffit pour réfuter cette conjecture de l'énoncer. Avec elle tombent les anciens échafaudages chronologiques de M. V. Smith, et il ne reste plus qu'à faire au terme « romano-bouddhique », préconisé par lui, de décentes funérailles. Mais le fait sur lequel était fondée son argumentation n'en subsiste pas moins. Le premier, il paraît avoir démontré, sans conteste possible, que le style des œuvres du Gandhâra, ou du moins de la plupart d'entre elles, est bien ce style déjà médiocre et véritablement cosmopolite qu'au lendemain de la conquête romaine nous trouvons répandu dans toutes les provinces et jusque par delà les bornes de l'empire, et que pour cette raison on peut, si l'on veut, appeler « gréco-romain ».