L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s2.2
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s2.2
- Language
- French
v1.c6.s2.2
C'est à la même constatation que va encore nous conduire l'étude du vihâra. Avertissons tout de suite le lecteur que nous ne prenons pas ce dernier mot dans le sens qu'on a fini par lui attribuer de « couvent » ou de « monastère ». Nous réservons pour cet usage le terme de sanghârâma, non seulement parce que c'est l'expression favorite de notre excellent guide Hiuan-tsang, mais encore parce qu'on n'en peut trouver de moins ambiguë pour désigner une résidence où des moines habitent en communauté. Le seul reproche que nous lui fassions pour le moment est justement d'être trop générale : aussi ne l'emploierons-nous qu'au prochain chapitre, quand le moment sera venu d'examiner la fondation religieuse dans son ensemble. Au contraire, « dans la plus ancienne littérature, nous disent MM. Rhys Davids et Oldenberg, vihâra désigne toujours ou presque toujours l'habitation, l'appartement particulier d'un seul moine »; et rien ne ressort, en effet, plus clairement de la lecture des nombreux passages du Vinaya où revient ce mot. De son côté, M. Kern fait remarquer que sous le pinceau de Hiuan-tsang comme dans la bouche des Singhalais et des Népâlais modernes, il sert non moins couramment à désigner « une pagode ou un temple ». Il en conclut avec raison qu'il s'applique aussi bien à la demeure d'un moine qu'à celle d'une divinité. Le vihâra était tour à tour et à la fois, soit la maison d'un religieux, soit un temple, si par temple on entend — à la façon antique, qui est aussi la façon indienne — la maison de l'idole. De même, chez nous, dans « cellule » il y a cella. La simultanéité des deux sens est d'autant plus naturelle que la ressemblance n'existe pas seulement dans les mots : comme l'a si bien remarqué M. Senart à propos des plus vieux sanctuaires de l'Inde, « on donne au dieu la même habitation, embellie et agrandie, qui sert à ses adorateurs »(1).