L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s2: Chapitre II. Le Vihâra
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s2
- Language
- French
Contents
- v1.c6.s2.t1 § II. Le vihâra à toit courbe — 27 parts
- v1.c6.s2.t2 § III. Le vihâra à toit anguleux — 33 parts
Chapitre II. Le Vihâra
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C'est à la même constatation que va encore nous conduire l'étude du vihâra. Avertissons tout de suite le lecteur que nous ne prenons pas ce dernier mot dans le sens qu'on a fini par lui attribuer de « couvent » ou de « monastère ». Nous réservons pour cet usage le terme de sanghârâma, non seulement parce que c'est l'expression favorite de notre excellent guide Hiuan-tsang, mais encore parce qu'on n'en peut trouver de moins ambiguë pour désigner une résidence où des moines habitent en communauté. Le seul reproche que nous lui fassions pour le moment est justement d'être trop générale : aussi ne l'emploierons-nous qu'au prochain chapitre, quand le moment sera venu d'examiner la fondation religieuse dans son ensemble. Au contraire, « dans la plus ancienne littérature, nous disent MM. Rhys Davids et Oldenberg, vihâra désigne toujours ou presque toujours l'habitation, l'appartement particulier d'un seul moine »; et rien ne ressort, en effet, plus clairement de la lecture des nombreux passages du Vinaya où revient ce mot. De son côté, M. Kern fait remarquer que sous le pinceau de Hiuan-tsang comme dans la bouche des Singhalais et des Népâlais modernes, il sert non moins couramment à désigner « une pagode ou un temple ». Il en conclut avec raison qu'il s'applique aussi bien à la demeure d'un moine qu'à celle d'une divinité. Le vihâra était tour à tour et à la fois, soit la maison d'un religieux, soit un temple, si par temple on entend — à la façon antique, qui est aussi la façon indienne — la maison de l'idole. De même, chez nous, dans « cellule » il y a cella. La simultanéité des deux sens est d'autant plus naturelle que la ressemblance n'existe pas seulement dans les mots : comme l'a si bien remarqué M. Senart à propos des plus vieux sanctuaires de l'Inde, « on donne au dieu la même habitation, embellie et agrandie, qui sert à ses adorateurs »(1).
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Ainsi donc, poursuivant notre analyse de la fondation bouddhique, nous allons étudier particulièrement, et autant que possible à l'état isolé, le *vihâra*, c'est-à-dire l'unité architecturale dont la répétition et la disposition en forme de cours de cellules ou de chapelles constituent le *sanghârâma* ou monastère : car ce dernier n'était pas moins peuplé de statues que de vivants. Faute de documents suffisants, ce sujet n'a peut-être pas reçu jusqu'ici toute l'attention dont il est digne. Il s'est présenté à nous, au cours de notre voyage dans le nord-ouest de l'Inde, avec une telle insistance que nous ne saurions nous récuser, en dépit de notre incompétence, et nous dérober à la tâche de réunir au moins les matériaux d'une monographie de ces édifices si originaux et qui durent être jadis si nombreux. Un heureux hasard nous a fait rencontrer à Mardân, entre les mains d'un officier du « Corps des Guides », la représentation la plus caractéristique que nous en possédions (fig. 41). Les quelques spécimens monumentaux découverts dans les gorges des montagnes qui jadis séparaient le Gandhâra de l'Udyâna, tantôt surprenaient le regard par leur ressemblance avec nos vieux pigeonniers féodaux (cf. fig. 38) et tantôt nous rappelaient par leurs profils rectilignes les temples que nous venions de visiter au Kaçmîr (cf. fig. 49). Ce sont ces impressions trop rapides que nous voudrions résumer ici, sauf à les entourer de toutes les justifications nécessaires. On excusera l'insuffisance de certains de nos relevés et de nos photographies en raison des conditions particulières qui étaient alors faites au travail archéologique dans la région à peine pacifiée du Swât.
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Si la question du *vihâra* comporte ainsi plus d'inédit, nous sommes loin, on le voit, de l’aborder avec des ressources aussi abondantes que celle du stûpa. Ce n’est pas que des exemples typiques, tant réels que figurés, nous manquent : mais il ne nous est plus loisible de doubler d’un coup le champ de notre expérience en utilisant les notes d’un vieux routier comme Masson. L’Afghanistan ne nous fournira plus rien ici, ni suggestions ni modèles. Le district de Pêshawar n’a conservé que les spécimens de la colline de Takht-î-Bahai, les seuls qu’ait connus Cunningham et qui soient aisément observables. Les autres sont cachés dans les passes peu abordables du Swât. Des couvents de la plaine nous n’avons, il va de soi, rien à attendre; c’est tout juste si les matériaux employés dans leur construction nous permettent d’en saisir les grandes lignes; et c’est pourquoi nous en renverrons l’étude au chapitre III. Les détails techniques que ne peuvent nous donner des bâtiments de brique et de terre, depuis longtemps disparus ou trop complètement effacés, c’est aux abords des montagnes, là où la pierre abondante fait les bâtisses durables, que nous devons, tout comme pour les stûpa (cf. p. 85), aller les chercher. A première vue, une distinction s’est imposée à nous entre les vihâra que coiffe une coupole et ceux qui sont recouverts d’un toit anguleux. Mais un certain nombre de procédés de métier, communs aux uns et aux autres, demandent à être d’abord examinés.
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¹ L'autorité de ces noms nous permet d'abréger d'autant la démonstration dont les textes seraient prêts à nous fournir les éléments; voir RHYS DAVIDS et OLDENBERG, S.B.E., XVII, p. 386, n. 4 (cf. RHYS DAVIDS, J. R. A. S., 1902, p. 222); KERN, *Ilist.*, II, p. 45 et 139, ou *Manual*, p. 81 et 94; SENART, *Lég. du B.*, p. 408, etc. Fergusson avait bien pressenti le sens réel de *vihâra*, cf. *Hist.*, p. 133, n. 1.
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L’APPAREIL DES MURS. — La première remarque à faire porte sur la structure originale des murailles. L’appareil se compose habituellement de rangées de pierres irrégulières, mais régulièrement alignées grâce à un expédient assez ingénieux : tous les interstices sont en effet remplis de petites pierres plates superposées qui encadrent les moellons et en corrigent les inégalités (cf. fig. 29 b). La surface extérieure est suffisamment dressée; l’intérieur se compose, comme pour les stûpa, de pierres frustes réunies sans autre mortier que de la terre battue; et le tout n'en est pas moins d'une surprenante solidité, à telles enseignes que des portions de ces vieilles maçonneries ont pu être utilisées dans la construction des nouveaux forts anglais de Malakand et de Chakdarra. Nous avons fait connaissance avec ce genre de murailles dès les premières ruines rencontrées dans les berges mêmes de l'Indus. Nous les avons retrouvées partout dans le district de Pêshawar et au Swât, et la figure 66 de ce livre en montre une image très nette. M. A. Stein en a, depuis, constaté l'existence au Bounêr. Déjà Cunningham n'avait pas craint de déclarer que c'est là « le style caractéristique de toutes les anciennes bâtisses, de Kâboul à Taxila » (1).
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Toutefois ce serait trop s'avancer que de dire que ce fût le seul. La généralité de son emploi ne doit pas nous faire oublier l'existence d'au moins deux systèmes beaucoup plus rares, mais d'un aspect non moins caractéristique et d'une époque probablement antérieure. Le plus archaïque des deux serait celui dont nous n'avons retrouvé d'exemples que sur la colline sacrée qui domine Shâhbâz-Garhî (2). C'étaient, selon toute apparence, les murs de soutènement de quelque terrasse de *stûpa*. Nous ne serions nullement surpris que, avec leur appareil quasi cyclopéen et en raison de la dimension des blocs qui y entrent (fig. 29 *a*), ils ne fussent contemporains de l'inscription voisine d'Açoka. L'usage d'une autre méthode, également fort ancienne, nous est encore attestée, pour ne rien dire de Mânikyâla, par le magnifique parement en pierres de taille du vieux *stûpa* de Chakpat (fig. 10-12). La base de celui qui lui servait d'enveloppe (3) était, au contraire, bâtie de la façon habituelle et que nous avons déjà décrite, en moellons garnis. La transition entre les deux procédés nous est, semble-t-il, fournie par les murailles de Rânîgat (fig. 34) : là, bien que les pierres aient été soigneusement taillées, les interstices horizontaux sont déjà remplis par des lamelles rapportées. Que ce remplissage commode aille se développant et gagne jusqu'aux interstices verticaux, et nous avons le nouveau type; mais peut-être est-il encore plus simple de faire dériver directement celui-ci du vieil appareil polygonal (cf. fig. 29). Sa parfaite appropriation à la mise en œuvre des blocs et feuilles de schiste que les collines du pays fournissaient en abondance a fait le reste; on ne s'en fut pas plutôt avisé, qu'il
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¹ Voir M.-A. STEIN, *Det. Rep. Bunêr*, p. 6; CUNNINGHAM, *A. S.*, V, p. 34, etc.; *Front. indo-afghane*, dans *T. M.*, 1899, p. 470, ou, à part, fig. 4, etc.
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² Cf. B. E. F. E.-O., I, 1901, p. 356 et fig. 68.
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³ Sur ce procédé d'enveloppement, voir les détails donnés plus haut, p. 92.
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[Figure: FIG. 29. — APPAREIL DES MURAILLES. Dessin de M. H. Parmentier d'après des photographies. Cf. B. E. F. E.-O., I, 1901, p. 355.]
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devint et resta le style dominant. Le soin apporté à son exécution permet de distinguer du premier coup d'œil une muraille antérieure à celles de l'époque musulmane, construites sans aucun souci de l'alignement des moellons. Nous devons toutefois avertir que nous avons vu, lors de notre passage à Sawâl-Dhêr, des maçons s'essayer à reproduire sur les murs d'une mosquée la disposition extérieure de ceux des vieux vihâra bouddhiques, fantaisie à laquelle leurs matériaux se prêtaient à ravir.
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Pour nous résumer, si le Gandhâra a connu des procédés plus archaïques de construction — et dont l'un notamment, dit en bel appareil, avait déjà été employé dans le revêtement des vieux stûpa de l'Inde, — il semble, d'autre part, qu'il ait assez promptement créé un type de maçonnerie original et parfaitement adapté aux ressources comme aux besoins de la contrée. C'est justement ce style qui prévaut dans l'immense majorité des ruines où ont été retrouvées les sculptures dont nous aurons à nous occuper. Il est à croire qu'il s'était imposé à la fois par son bas prix et par sa solidité. Que ce fussent ces qualités que l'on recherchât par-dessus tout et non l'agrément que pouvait présenter à l'œil la régularité de ses stries, la preuve nous est fournie par le fait que ces dernières étaient ensuite cachées sous un enduit. Pas plus que les vihâra, les stûpa n'étaient exempts de ce crépissage. Les personnes qui ont eu à en parler — explorateurs, sergents du génie ou archéologues — emploient indifféremment plusieurs termes : Masson dit « ciment »; Wilcher dit « plâtre »; Cunningham dit « stuc ». Il devait évidemment y avoir des distinctions à faire. Par l'épithète sudhâmṛttikâlepana appliquée à un stûpa, le Mahâvastu entend sans doute que ce dernier avait reçu un enduit de terre glaise recouvert d'une couche de lait de chaux. Au contraire, quand Hiuan-tsang, dès son arrivée en Bactriane, signale « un stûpa haut d'environ 200 pieds et revêtu d'un enduit aussi dur (ou poli) que le diamant », il a non moins clairement dans l'esprit ce vajralepa dont la Bṛihat-Saṃhitâ nous donne la recette fort compliquée¹. Mais, presque partout, et analyse faite², ce crépi était du simple ćunnam (skt. cûrṇam), c'est-à-dire proprement un mortier de chaux mélangé de sable dont l'usage, de bonne heure répandu dans l'Inde, s'y est toujours conservé. Hiuan-tsang n'a garde d'omettre cette coutume, sous la rubrique « édifices », dans la notice générale qu'il a consacrée à la péninsule¹ : nous verrons bientôt tout le parti décoratif qu'en avaient su tirer les artistes du Gandhara (p. 192). Nous devons constater, dès à présent, qu'en trop d'endroits la couche de mortier a été respectée par le temps et adhère encore par larges plaques aux murailles (sur la figure 66 elle est visible à plusieurs places),
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¹ Mahâvastu, I, p. 302, l. 13 (pâli: sudhâmattikâlepanam, dans Cullavagga, VI, 3, 11); Hiuan-tsang, Mém., I, p. 32, mais voir Rec., I, p. 46; Bṛihat-Saṃhitâ, trad. Kern, dans J.R.A.S., 1873, p. 321; cf. la recette d'un enduit à appliquer sur le sol dans Yi-tsing, Relig. Em., p. 86. — La mention du torchis, c'est-à-dire d'un mortier mélangé de paille (tiṇa-cuṇṇam), est courante dans les textes pâlis (Cullavagga, V, 11, 6, etc.).
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² Nous la devons — et nos remerciements — à M. Daniel Berthelot. C'est un mélange de chaux et de sable qui a naturellement absorbé l'acide carbonique de l'air et présente actuellement l'aspect et la composition chimique (carbonate de chaux avec une faible quantité d'argile et des traces de magnésie) d'une sorte de calcaire grossier et mal agrégé; aussi, dans certains cas, pourrait-il être aisément confondu avec la pierre dite kankar.
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¹ HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 66, ou Rec., I, p. 74.
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FIG. 30. — SPÉCIMEN DE FENÊTRE : PLAN ET ÉLÉVATION. Dans une cellule du couvent de Takht-i-Bahai. Grande largeur de l'embrasure : 0 m. 80.
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pour que nous ne soyons pas autorisés à conclure qu'on y avait presque constamment recours. Il est même permis de conjecturer qu'on l'appliquait non moins régulièrement aux murs de briques et de terre, qui, plus encore que ceux de moellons, avaient besoin d'être défendus contre l'action des intempéries. Ce sont là autant de points qu'il convient, une fois pour toutes, de retenir.
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LES PORTES ET FENÊTRES. — D'autres détails de construction qui nous sont seulement révélés par les ruines des collines peuvent également avoir été employés dans les édifices des plaines. Nous le croirions d'autant plus volontiers pour ce qui est des portes et des fenêtres, que le caractère indigène de ces ouvertures est très nettement marqué. Il y a, pour commencer, une variété de fenêtres dont nous avons rencontré plusieurs spécimens, aussi bien au Gandhâra qu'au Swât. Elles sont placées un peu haut, comme un soupirail, et la baie en est très petite; mais, intérieurement, la muraille est largement évidée en biseau (voir fig. 30; cf. fig. 38 et un reste d'embrasure sur la figure 80). Cette disposition ingénieuse est celle qui diffuse au dedans le plus de lumière, en admettant le
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FIG. 31. — MURS ET PORTES D'UNE VILLE (cf. fig. 288 et 292). Musée de Lahore, n° 2267. Provenant de Sikri. Hauteur : 0 m. 18.
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moins la chaleur rayonnante du dehors; aussi est-elle toujours en usage, partout où il importe d'éclairer une chambre en la gardant aussi fraîche que possible. Les moines de Takht-î-Bahai, sur leur colline brûlée, l'avaient adoptée pour leurs cellules; même l'ouverture exiguë en était encore défendue au dehors contre la pluie et le soleil par un petit auvent de pierre.
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A côté de ce modèle issu des nécessités locales, le Gandhâra connaissait aussi des ouvertures rectangulaires pratiquées à notre mode, ainsi qu'on en peut voir deux sur la figure 41. Mais surtout il faut noter la forme de la porte qu'elles flanquent. D'autres vihâra figurés la possèdent également : qu'on veuille bien jeter les yeux sur les figures 40 et 44. Une fois même (fig. 238 b) nous apercevons, au-dessus du guichet pratiqué dans le vantail, l'anneau de métal qui servait de poignée et dont les fouilles de Taxile ont
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[Figure: FIG. 32. — PORTE DE VIHÂRA. Ci-devant près de Chakdarra (Swât). Hauteur de l'ouverture : 1 m. 20. D'après une photogr. de M. A.-E. CADDY, au Musée de Calcutta.]
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fourni un modèle très décoratif¹. Nous aurons aussi l'occasion de voir fréquemment des portes s'ouvrir à deux battants dans les murs d'une ville (fig. 31; cf. 139-140, 183, 229, 234, 250, 269, 288-289, 292, etc.). Nous ne pouvons nous arrêter ici au dessin des créneaux, ni des tours, ni même de ces curieuses meurtrières en fer de lance qui, paraît-il, ajourent encore les ruines de la vieille forteresse de Chahilbourj, dans la haute vallée de la rivière de Balkh¹; mais nous devons constater que toutes ces portes sont taillées à peu près sur le même patron et présentent une tendance plus ou moins marquée à aller s'élargissant par en bas. Depuis longtemps Fergusson a émis l'idée que l'inclinaison des jambages des plus vieilles portes indiennes devait dériver de la primitive architecture en bois². Ainsi qu'on le voit encore sur les façades rocheuses des grottes du Magadha (cf. fig. 33), les lignes des ouvertures suivaient tout naturellement celles des poteaux qui soutenaient le toit. A mesure que l'on substituait à ces supports des assises de pierre de plus en plus voisines de la perpendiculaire, la même loi de parallélisme a fait que les jambages se sont peu à peu redressés avec elles. On peut transporter à l'Inde du Nord l'application de cette théorie et observer tout de suite que les entrées des temples kaçmîris sont devenues parfaitement rectangulaires (fig. 55-56), comme d'ailleurs l'étaient déjà les baies de plus d'un vihâra de Takht-î-Bahai (fig. 45-46). Mais, sur la plupart de nos exemples figurés, les portes et les encadrements affectent encore, sans doute sous l'influence du vieux goût indien, une forme nettement trapézoïdale. De spécimen réel, à notre connaissance, nous n'en possédons plus. Il y avait bien, au printemps de 1896, près du fort de Chakdarra, un petit vihâra muni d'une porte de ce genre; mais, à l'automne de cette même année, il avait déjà été détruit par les entrepreneurs du Military Works Department, et ses pierres ont servi à refaire l'un des ponceaux de la route du Chitrâl. Il n'en reste plus que les photographies que M. A.-E. Caddy avait eu l'utile précaution de prendre (cf. fig. 32). Les moulures du chambranle et surtout du linteau surplombant, qui rappellent en plus mesquin certains modèles d'Asie Mineure(1), auraient dû lui valoir un meilleur sort.
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¹ CUNNINGHAM, A. S., XIV, pl. VIII, D.
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¹ Voir J. MAITLAND, J. R. A. S., 1886, p. 330 et pl. I, 1 (part III). Pour des meurtrières de même forme dans des merlons de Warka, à l'époque arsacide, voir DIEULAFOY, Art ancien de la Perse, II, fig. 17. — On remarquera encore que les portes sont surmontées d'un balcon : c'est du haut d'une de ces «galeries» que, dans FA-HIEN (p. 19), les dames de la cour de Khotan laissent tomber des fleurs sur une procession, au moment où elle fait son entrée dans la ville.
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² FERGUSSON, Hist. of Indian architecture, p. 109, 142, etc.
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¹ Cf. J. STRZYGOWSKI, Klein Asien, p. 162 et suiv.
v1.c6.s2.29
Mais le trait le plus important peut-être à relever est la structure des portes et des fenêtres voûtées. Les arches du Gandhâra sont, en effet, construites non point sur le principe des voûtes rayonnantes, mais par assises horizontales, ou, comme on dit
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FIG. 33. — SPÉCIMEN D'ARCHES ET DE PORTE INDIENNES. Entrée de la grotte dite «de Lomas Riṣin» (Magadha). D'après A. M. I., pl. 4.
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encore, en encorbellement. Un exemple frappant de cette règle générale nous est fourni par une sorte de poterne qui s'ouvrait dans le bastion sud-ouest du couvent-forteresse de Rânîgat, et à l'intérieur de laquelle, avec des broussailles et des pierres sèches, les petits bergers qui paissent leurs chèvres sur la colline se sont aménagé un abri (fig. 34). Chaque assise avançant légèrement sur l'assise inférieure, les deux côtés de l'arche finissaient par se réunir au sommet, ou du moins ne laissaient plus entre eux qu'un faible intervalle qu'une seule pierre achevait de franchir et de fermer : il suffisait ensuite, comme on l'a fait ici, de tailler obliquement le rebord intérieur de chaque rang de pierre en abattant tous les angles sortants pour obtenir une arche en pointe d'une parfaite régularité et d'une solidité à toute épreuve. Des spécimens de telles voûtes nous sont encore offerts par les portes des petits *vihâra* de Takht-î-Bahai (fig. 45-46) et de celui de Gouniyâr (fig. 49-50). Ce dernier présente également, au fond, une fenêtre cintrée; mais, par une sorte de compromis avec le genre de celles que nous avons décrites à l'instant, l'ouverture en est restée exiguë et carrée tandis que les ébrasements obliques se réunissent au sommet par un arc brisé. Il en est de plus hardies : M. A. Stein a publié l'élévation d'une belle baie ogivale, haute de 1 m. 75, qui éclairait l'une des grandes salles de Panjkotai (Bounêr). Dans les imposantes murailles qui avoisinent Kaçmîr-Smats nous en avons noté une autre, de près de trois mètres de hauteur, et qui semble, elle aussi, attendre une verrière¹. Il va de soi que la ressemblance apparente entre leur double arc brisé et l'ogive de nos cathédrales est purement accidentelle et la résultante forcée de leur système de construction. Il n'y a pas davantage de conséquences à tirer du fait que ce système est incontestablement celui de l'arche dite pélasgique, à Mycènes et ailleurs. Si la poterne de Rânîgat est bâtie comme le portail du tombeau de Tantale, c'est qu'il n'y eut pas d'autre manière de construire une arche avant que la méthode actuelle ne se répandît dans l'empire romain. Le vieux procédé continua d'ailleurs à garder toute la faveur de l'Inde, comme le prouve le style des modernes temples jainas.
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¹ M.-A. STEIN, *Det. Rep. Bunér*, pl. VII. — T. M., 1899, p. 487.
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Est-il besoin de spécifier que les niches des *vihâra* sont bâties sur le même modèle que ces portes ou fenêtres cintrées? Les unes, comme à Chârkotlai, ont un fond arrondi à la manière des nôtres (fig. 39); les autres, comme à Gouniyâr (fig. 49-50), sont à fond plat, ce qui est plus couleur locale : nous n'y voyons, en effet, qu'un agrandissement de ces placards ouverts (on dit, dans le Penjâb, des *âla*) et de ces réduits où poser une lampe qui sont ménagés dans l'épaisseur des murs, et qui formaient à peu près l'unique décoration des cellules comme ils font aujourd'hui celle des chambres indiennes. Faut-il enfin attirer l'attention du lecteur sur deux détails
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FIG. 34. — ARCHE ET VOÛTE. Poterne du couvent de Rânigat. L'échelle est donnée par un double mètre.
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qui, sortant tout naturellement des conditions techniques de l'exécution, sont communs à toutes ces arches, encore que toutes ne les accusent pas au même degré? Il a peut-être déjà observé l'espèce de rainure que laissent entre elles les trois pierres supérieures du porche de Rânigat (fig. 34). Ce vide est dû à l'impossibilité de tailler les deux blocs de la dernière assise en un biseau à la fois assez aigu et assez solide pour qu'ils pussent se rejoindre sans se briser. La difficulté était plus grave encore dans le cas d'un plein cintre que d'une ogive : les architectes kaçmîris ont su la tourner par un adroit artifice. Ils ont pourvu la face inférieure de la pierre du sommet d'une partie saillante qui vient s'encastrer
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FIG. 35. — EXTRÉMITÉ D'UNE SALLE RECTANGULAIRE VOÛTÉE. Ruines de Digar. L'échelle est donnée par un double mètre.
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entre les deux autres et comble exactement l'intervalle qui les séparait. On trouvera sur les figures 54 à 56 des illustrations de ces fausses clefs de voûte. L'autre trait peut aussi avoir son importance : nous voulons parler de ce ressaut placé à la naissance de l'arc et qui n'est pas moins visible sur la porte du temple de Ladou que de celui de Gouniyâr (fig. 49-50 et 54; cf. fig. 45-46; etc.).
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On conçoit que le point de départ de l'avancée des blocs posés en encorbellement soit ainsi marqué par une légère saillie, juste
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COUPE SUIVANT A-B.
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FIG. 36. — COUPOLES SUR SOUBASSEMENT CARRÉ : PLAN ET ÉLÉVATION. Celliers souterrains dans la colline de Sanghao. D'après H. COLE, Memorandum, pl. 6 et 7.
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à l'intersection de la perpendiculaire et de la courbe. Nous ne croyons pas, pour notre part, que ce ressaut soit l'origine de l'arche trifoliée, dont le motif était par ailleurs tout trouvé (cf. p. 129); mais nous ne serions pas éloigné de penser qu'il en ait amorcé l'application au portail des édifices. Telle est — surtout dans l'Inde — l'humaine routine, que W. Simpson a relevé ces mêmes drips des côtés et ce même groove du faîte, là où ils étaient apparemment les plus inutiles, dans des arches creusées en plein massif de collines, le long de la rivière de Kâboul¹. On reverrait encore le rebord saillant à la naissance non plus seulement des arches, mais des coupoles (fig. 39); et, d'autre part, la même rainure se creuse au sommet de la voûte tout le long du corridor voûté qui s'enfonce obliquement dans les substructions de Rânîgat (fig. 34). Mais ceci nous amène à aborder une question d'une portée plus considérable : de quels moyens les architectes du Gandhâra disposaient-ils pour couvrir un vihâra?
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¹ Trans. R. I. B. A., 1891, p. 258.
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VOÛTES ET PLAFONDS. — Bien entendu, la question ne se pose expérimentalement, ici encore, qu'à propos des couvents des collines. Or les conditions spéciales du site ont si bien réagi sur la disposition de ces bâtiments, que Cunningham a cru pouvoir affirmer que toutes les chambres étaient, comme il dit, « dômées ». Il y a là une manifeste exagération. Assurément, quand Hiuan-tsang nous parle « des solives et des poutres sculptées » des monastères, il doit avoir surtout en vue ceux des plaines, où le bois ne semble pas avoir été employé avec moins de profusion à la construction et à la décoration des sanghârâma que des stûpa. Mais il ne faudrait pas croire que l'emploi du bois — si supplanté qu'il y fût par celui de la pierre — fût radicalement inconnu dans les édifices des collines, surtout en un temps où le pays n'avait pas encore été déboisé par l'incurie musulmane². En maints endroits, l'œil rencontre les trous carrés et régulièrement espacés que l'extrémité des poutres laissés dans les murailles, ou les petits rebords préparés pour leur fournir un point d'appui. Cunningham lui-même à Takht-î-Bahai, S. Grant à Kharkai, A. Crompton à Jamâl-Gaṛhî, ont reconnu à ce signe l'existence d'habitations à deux étages¹ :
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² Cf. B. E. F. E. - O., I, p. 326.
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¹ A. S., V, p. 31-32. — Pour l'opinion des autres, voir loc. laud. (cf. plus haut, p. 17, n. 4 et 5, et 18, n. 2).
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FIG. 37. — SPÉCIMEN D'ENCORBELLEMENT. Chapelle du monastère supérieur de Nathou. L'échelle est donnée par un mètre.
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un deuxième étage sur solives ne va pas sans un plafond. Admettrons-nous avec Cunningham que, dans les cellules de Takht-î-Bahai, qui ont moins de trois mètres de largeur, les solives mêmes étaient de pierre, tant ce schiste se montre de bonne composition? Encore y a-t-il des cas où une pareille substitution de matériaux ne serait pas de mise. Passons tout de suite à l'autre extrême, et prenons le vaste quadrilatère de murailles qui forme l'angle nord-ouest de ce même couvent (fig. 64); pourvu d'une unique entrée, il mesure
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FIG. 38. — RUINES D'UN VIHÂRA ROND. Entre les passes de Gouniyâr et de Chérat (Swât). L'échelle est donnée par un double mètre.
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plus de 15 mètres de côté, et atteint par endroits une hauteur de 9 mètres. Fidèle à sa théorie, Cunningham a fait sienne l'opinion du sergent Wilcher pour qui « cet espace ne pouvait avoir été couvert par aucun moyen à la disposition des gens ». Après inspection personnelle, nous nous permettons d'être d'un avis différent : ce n'était sûrement pas une cour, mais bien une salle couverte. Nous aurons à nous inquiéter plus bas de sa destination (p. 162); de sa véritable nature nous ne voulons d'autres preuves que les trois particularités suivantes, dont une (la seule qui ait échappé à la perspicacité bien connue de Cunningham) est décisive. Tout d'abord, ni la hauteur et l'épaisseur également considérables des
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COUPE SUR A-B. FIG. 39. — RUINES D'UN VIHÂRA ROND : PLAN ET ÉLÉVATION. Dans la passe de Chârkotlai (Swât).
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murailles, ni les petits réduits qui y sont creusés pour les lampes ne s'expliquent aisément dans le cas d'une simple cour à ciel ouvert. En troisième lieu, dans le pan resté le plus élevé de tous, du côté de l'Ouest, l'arête d'une haute fenêtre se marque encore, au tiers de sa largeur ¹. Cela clôt toute discussion. Nous sommes naturellement d'accord sur le point qu'il était impossible de couvrir une salle de pareilles dimensions à l'aide d'une voûte ou d'un dôme à assises horizontales; mais les « gens », pour parler comme Wilcher, ne disposaient-ils pas dès lors au Gandhâra, comme aujourd'hui au Kaçmîr, pour leur fournir poteaux et solives, de ces superbes cèdres déodars dont la hauteur et les longues portées donnent si majestueuse allure aux grands halls de bois des mosquées de Çrînagar?
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¹ Le rebord intérieur de cette arête est nettement visible sur la planche 69 des Anc. Mon. India (Vue des ruines de Takht-i-Bahai prise du coin S.-E.). —
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Ces réserves nécessaires faites, nous sommes prêt à admettre que, dans les couvents des collines, où les chambres sont en général de petites dimensions, presque toutes étaient sinon « dômées », au moins voûtées. Ce dernier terme est, en effet, le seul qui puisse s'appliquer à un certain nombre d'entre elles, en raison de leur forme rectangulaire. M. A. Stein a ainsi relevé, près de Panjkotai (Bounêr), un groupe de salles dont les plus grandes mesurent intérieurement jusqu'à 3 m. 65 de large sur 10 m. 50 de long¹. Nous en avons vu d'analogues, également pourvues de belles ouvertures cintrées, dans les ruines de Tarêli. La photographie d'un échantillon assez pauvre de Dîgar a cet avantage qu'il permet de se rendre compte du système ordinaire de leur construction (fig. 35). Nous ne recommencerons pas à le décrire; cela revient en somme à couper un couloir voûté, du genre de celui de Rânîgat (fig. 34), par deux murailles de refend. On voit encore ici les pierres des deux épaisses parois latérales se dépasser peu à peu pour se réunir enfin au sommet d'une arche naturellement surélevée, mais non
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¹ Det. Rep. Bunêr, pl. VII. Ajoutons qu'il existe de ces chambres rectangulaires souterraines : les fouilles du lieutenant S. Grant à Kharkai en ont dégagé une sur le côté ouest de l'avant-cour (fig. 66) qui, d'après les renseignements consignés dans son rapport (cité p. 18, n. 2), avait 8 mètres de long sur 2 m. 60 de large et 4 m. 75 de profondeur, du dallage à la naissance de la voûte.
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Si l'on compare le plan de cette salle (fig. 64) à celui qui en est donné dans l'A. S., V, pl. VII, on s'apercevra que la porte unique à été remise à sa place et qu'on a ajouté l'indication des réduits à lampes et, dans la paroi ouest, de deux fenêtres, l'une à droite qui est sûre, l'autre à gauche qui est conjecturale. Les autres parois sont ruinées jusqu'au-dessous de la ligne des fenêtres.
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point cependant très aiguë, et fermée au fond par un mur perpendiculaire. Toutefois, sur un spécimen examiné à Chârkotlai (Swât), une portion de cintre, appuyée au mur du fond, s'avance également en pointe à la rencontre du sommet d'une voûte curieusement ondulée; mais ces fioritures ne sont qu'une exception. Le
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FIG. 40. — MODÈLES DE VIHÂRA À TOIT COURBE. Musée de Lahore, n°s 1164 et 1170. Provenant de Karamâr. Hauteur : 0m. 11 et 0 m. 85.
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plus souvent, la voûte garde cette pureté de forme que Quinte-Curce a déjà comparée à celle d'une « carène » (bien entendu, renversée); et, en vérité, on ne saurait trouver de meilleure comparaison ¹.
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¹ « Ceterum structura latior ab imo paulatim incremento operis in arctius cogitur : ad ultimum in carinæ maxime modum coit. » (QUINTE-CURCE, Histoire d'Alexandre, VII, cap. III, 9, à propos huttes des Paropamisades.)
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Si des chambres rectangulaires nous passons aux rondes et aux carrées, nous trouvons que la coupole de celles-ci était naturellement bâtie sur le même principe que la voûte de celles-là. Pour les intérieurs circulaires, rien n'était plus simple; le cas des quadrangulaires était un peu plus compliqué. A leur occasion, les architectes indiens se sont trouvés, eux aussi, confrontés avec la difficulté de couvrir un espace carré au moyen d'une calotte hémisphérique. On sait que ce délicat problème n'a été définitivement résolu qu'au ve siècle, dans la construction de Sainte-Sophie de Constantinople; mais il va de soi que dans l'Inde, non plus qu'ailleurs, on n'a pas attendu la savante et élégante solution des pendentifs pour se tirer pratiquement d'affaire. Une, deux ou trois pierres placées en encorbellement dans les quatre coins d'un carré ont vite fait de réduire ce dernier à l'octogone; quant au passage de l'octogone au cercle, les maçons du Gandhâra ne s'embarrassaient pas pour si peu. Cole a eu la bonne chance de trouver, le premier, près de Sanghao, des chambres souterraines assez bien conservées et qui présentent un exemple typique de ces dispositions (fig. 36). La figure 32 laisse également apercevoir, à l'intérieur du *vihâra* carré, la pierre d'angle qui supportait la naissance circulaire du dôme. Enfin nous donnons de ce genre d'encorbellement un troisième spécimen, d'un art peut-être plus raffiné (fig. 37). Au-dessus de la dalle de schiste circulairement évidée qui repose en porte-à-faux sur les murailles, un vide a été ménagé. Il est difficile de ne pas reconnaître dans cette cavité sinon un rudiment de pendentif, du moins un voûtin de décharge destiné à empêcher la dalle de céder en son milieu sous le poids qu'elle avait à supporter.
§ II. Le vihâra à toit courbe
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A présent que nous sommes familiarisés avec ces détails techniques, il nous sera plus aisé de passer rapidement en revue les monuments qui subsistent et d'en restituer l'aspect primitif. Par *vihâra*, il faut justement entendre, au point de vue architectural, un de ces édifices pourvus intérieurement d’une coupole et extérieurement d’un toit de forme pyramidale ou arrondie. Nous nous occuperons d’abord de ce dernier genre, qui est de beaucoup le plus répandu. Il n’y a pas lieu d’insister sur sa division en deux variétés distinctes, selon que son plan, à la base, est circulaire ou carré; nous venons de voir que les architectes du Gandhâra savaient élever, sur ces soubassements différents, une superstructure identique. A un autre point de vue, il y aurait toutefois des
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FIG. 41. — MODÈLE DE VIHÂRA À DOUBLE DÔME. Collection privée. Hauteur : 0 m. 13.
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distinctions à faire parmi ces chambres voûtées. Celles que recèle la terrasse de Sanghao (fig. 36) étaient, sans doute, des celliers. Celles qui avoisinent le stûpa de Top-Darra étaient apparemment des cellules. Celles de la première cour de Takht-î-Bahai (fig. 45) étaient sûrement des chapelles. Nous réserverons enfin le nom de temples pour les édifices isolés, pareils à ceux que nous avons rencontrés au Swât, dans la passe de Chârkotlaï ou aux abords de celle de Chêrat (fig. 38 et 39). Ce sont des tours rondes à l’extérieur comme à l’intérieur, et mesurant jusqu’à 5 et 6 mètres de diamètre. Toutes deux ont perdu leur porte (la preuve que celle-ci était cintrée a cependant survécu à Chârkotlai); mais l'une a gardé ses deux fenêtres et l'autre une des deux niches qui encadraient son entrée. Nous voyons bien encore, ici, qu'un escalier extérieur montait au sommet, là, que des modillons de pierre soutenaient la corniche; malheureusement, leur dôme à toutes deux s'est écroulé. Force nous est donc, comme à propos du stûpa, de nous adresser aux reproductions des bas-reliefs, si nous voulons faire connaissance avec la silhouette complète de ces édifices.
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[Figure: FIG. 42. — MODÈLES DE CABANES ET DE TEMPLES. a et b. D'après les bas-reliefs de Barhut (CUNNINGHAM, pl. XLII-XLIII et XVI). c. D'après le n° 560 du Musée de Lahore (Gandhâra). d. D'après une sculpture rupestre des Sept-Pagodes, près de Madras.]
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LE DOUBLE DÔME. — Heureusement il n'est pas difficile, avec un peu d'attention, de relever parmi les sculptures actuellement connues plus d'une représentation de vihâra isolés. Sur deux bas-reliefs du Musée de Lahore, l'auteur — car ils sont de la même main — a placé à côté d'eux des moines en méditation, comme s'il tenait à joindre son témoignage à celui des fouilles pour nous attester le caractère bouddhique (nous ne disons pas : exclusivement bouddhique) de ces monuments (fig. 40). Est-ce la peine de faire observer que le dédain des proportions n'est pas moindre ici que tout à l'heure, quand il s'agissait de figurer des *stûpa* (cf. fig. 22-24)? Nous ne serions même pas surpris que la pseudo-tour, ronde et sans ouverture, représentée la première, en haut et à droite, ne fût qu'un simple reliquaire; et pourquoi, en effet, l'artiste se serait-il fait davantage scrupule de donner à une boîte qu'à un temple la taille d'un moine accroupi? L'important pour lui est de meubler toute la hauteur de sa minuscule frise. Si nous concentrons notre attention sur le couronnement des véritables édifices, nous constatons que c'est un dôme arrondi et surmonté d'un champignon, ou, plus volontiers, un double dôme. Dans ce
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FIG. 43-44. — HUTTE D'ANACHORÈTE BRAHMANIQUE ET TEMPLE DU FEU. Musée de Lahore, nºs 2288 et 2230. Provenant de Sikri. Hauteur : 0 m. 12.
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dernier cas, une seconde calotte de moindre dimension, mais de ligne moins écrasée, est superposée à la première, comme si l'architecte s'était repris à deux fois pour couvrir le vide de sa bâtisse (voir fig. 42 *c* et 44). Mais le spécimen de tous le plus net et le plus complet est celui que nous avons pu photographier à Mardân (fig. 41). Ici le temple carré est juché, comme un *stûpa*, sur une terrasse entourée d'une balustrade et flanquée de quatre colonnes, à laquelle on accède par un escalier vu en raccourci. Porte, fenêtres, corniche, courbes du toit, tout semble étudié avec une minutieuse précision; on distingue même, dans le tambour circulaire qui sépare les deux dômes, le détail nouveau d'une étroite ouverture.
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Ainsi les lignes essentielles de l'édifice nous seraient rendues par ce bas-relief avec la clarté et la précision d'un croquis d'architecture. C'est aux architectes qu'il appartient de l'interpréter; mais son simple examen n'est déjà pas sans profit pour les plus profanes. Il nous fera, par exemple, reconnaître dans le n° 360 de Lahore (fig. 75), non pas un dôme de stûpa, comme il a été parfois libellé, mais bien le double dôme très décoré d'un temple. Il nous autorise déjà à restaurer avec assez de sûreté, sinon le faîte des vihâra isolés de Chêrat et de Chârkotlai (fig. 38-39), — notre présomption n'est pas si grande! — du moins, celui des grandes chapelles de Takht-î-Bahai (fig. 45-46), qui ne sont autres que des vihâra alignés côte à côte. Relativement bien conservées, celles-ci, à leur tour, ne nous permettent pas seulement d'entrevoir, par l'ouverture béante de leurs façades écroulées, le jeu qui nous est déjà familier des encorbellements et des assises horizontales de leurs angles et de leurs voûtes : elles nous renseignent encore sur l'exécution intérieure de leur double dôme. Il n'y a guère à douter qu'ici la coupole inférieure n'ait été complètement fermée par en haut. Le second dôme (et on en pourrait dire autant du tambour qui lui servait de support) n'était donc qu'une superfétation, uniquement faite pour agrémenter en l'exhaussant la silhouette de l'édifice. S'il est creux, comme sûrement il l'était, la seule fonction de cette chambre noire est d'alléger d'autant le poids de maçonnerie que la première calotte avait à supporter; encore ce poids est-il resté le plus souvent trop lourd pour elle, ainsi que l'a prouvé l'événement. Telles étaient les dispositions adoptées dans les étroites chapelles (les plus grandes n'ont pas 2 mètres de côté) de Takht-î-Bahai; dans les temples de dimensions plus considérables et où les fidèles pouvaient avoir accès à l'intérieur pour la circumambulation de la statue, il est vraisemblable qu'on en observait d'un peu différentes. Du moins, à Chârkotlai (fig. 39), nous avons cru constater au sommet de la première coupole les vestiges d'un orifice circulaire qui devait la mettre en communication avec la seconde. Vue de l'intérieur, celle-ci aurait eu, si l'on peut dire, l'aspect d'une sorte de lanterne aveugle. En certains cas, une petite baie pratiquée dans le tambour intermédiaire, à la façon de celle que porte la figure 41 — l'ordinaire étranglement de la maçonnerie en cet endroit rendait l'opération aisée — pouvait avoir pour effet, à défaut de lucarnes percées dans le dôme lui-même, d'y répandre quelque demi-jour.
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FIG. 45. — SPÉCIMENS DE VIHÂRA ACCOLÉS. Vue du côté est de la cour du stûpa de Takht-i-Bahai.
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L'ORIGINE DU VIHÂRA À TOIT COURBE. — Si nous n'abordons ces questions de métier qu'avec des hésitations bien compréhensibles, nous ne craindrions pas en revanche de nous montrer plus affirmatifs sur celle des origines du vihâra. Tout d'abord, il va de soi qu'au Gandhâra, il est de provenance indienne. Outre que nous ne voyons rien dans ce genre d'édifices qui rappelle l'Occident, nous en trouvons déjà de pareils figurés sur les plus vieux bas-reliefs du centre de la péninsule. C'est dans un de ces sanctuaires à double dôme, seulement muni d'un portail plus vaste, qu'à Barhut les dieux déposent la précieuse coiffure du Bodhisattva (cf. fig. 42 *b*, et fig. 186). Craindrait-on que ce style ne fût localisé dans l'Inde centrale? Il nous suffit d'emprunter la preuve du contraire aux sculptures rupestres des « Sept Pagodes », dans le sud de Madras (fig. 42 *d*), sans parler des temples qui leur ont valu ce surnom¹. Un type architectural à la fois aussi ancien et aussi répandu était-il
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¹ Fergusson a bien eu le sentiment (*Hist.*, p. 105, 135, 175 et 330) que les fameux *rath* sculptés dans les rocs de Mahavellipour procèdent du même style que les *vihâra* bouddhiques : mais il n'a pu pousser le rapprochement, faute de documents, et la question serait à reprendre.
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[Figure: FIG. 46. — ESSAI DE RESTAURATION DE VIHÂRA ACCOLÉS. Côté ouest de la cour du stûpa de Takht-i-Bahai. Modifié d'après CUNNINGHAM, A. S., V, pl. IX. — Cf. A. M. I., pl. 69.]
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même spécial aux Bouddhistes? Les sculpteurs du Gandhara ne le pensaient pas : comme ils nous les ont montrés encadrés de moines (fig. 40), ils nous les présentent ailleurs entourés d'anachorètes brahmaniques (fig. 44). L'occasion même de ces représentations nous permettra plus bas de reconnaître dans l'édifice en question, de la façon la plus précise, l'*agni-çaraṇa*², « asile » ou « séjour du feu » sacré. De leur côté, les sculpteurs de Sânchi ne se font pas scrupule de donner exactement le même aspect au temple du feu des Kâçyapas et au *vihâra* où le Buddha est censé recevoir la visite du roi des dieux en personne (¹). En résumé, non seulement
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² *Mahâvastu*, III, p. 429 : on dit aussi *agny-âgâra*, *agni-çâlâ*, etc. Pour un autre spécimen, voir Musée de Lahore, n° 464 (*Naogrâm*, haut. : 0 m. 58) dans A. M. I., pl. 131, etc.
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FIG. 47. — ARCHE TRIFOLIÉE : PIGNON DE STÛPA (cf. fig. 70-72). Musée de Lahore, n° 144. Hauteur : 0 m. 54.
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ce genre d'édifices était foncièrement indien, mais — nous avons sur ce point le témoignage irrécusable des Bouddhistes eux-mêmes — pas plus que le *stûpa*, il n'était leur apanage particulier : ils en
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(¹) FERGUSSON, pl. XXXII et XXIX, 1.
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avaient hérité du passé, en commun avec les « hérétiques », et l'avaient simplement adapté à leurs besoins religieux.
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Veut-on aller plus loin encore et se demander d'où provenait dans l'Inde même ce style si particulier? Rien ne serait plus aisé que de suivre sur les bas-reliefs toute l'histoire de son développement. Même au hasard de nos illustrations, il nous est possible d'en marquer ici les principales étapes. Le point de départ est dans la hutte primitive, au toit arrondi et couvert de feuillage, que les anachorètes brahmaniques ont sans doute empruntée aux plus sauvages habitants des bois. Il n'est pas sans elle de représentations d'ermitages sur les sculptures de Barhut (cf. fig. 42, a) ou de Sânchi (ex. fig. 142). A Amarâvatî même, le feu sacré des Kâçyapas se contente encore comme sanctuaire d'une de ces cabanes (fig. 228). Selon la remarque de M. Senart (cf. p. 99), l'habitation du fidèle vaut aussi pour le dieu : agrandissements et embellissements viendront ensuite. Sur le premier bas-relief cité de Sânchi, le temple du feu se distingue déjà des huttes voisines par sa hauteur et la décoration de son toit arrondi. Voyez encore à Barhut comment au simple dôme du plus ancien spécimen de vihâra bouddhique, désigné ici par son synonyme kuṭi (fig. 240), le double dôme a tôt fait de se substituer (fig. 42 b). Et l'histoire se répéterait trait pour trait au Gandhâra. Les parṇa-çâlâ ou cabanes de feuillages n'y sont pas non plus inconnues : le prince Viçvantara, devenu ermite, n'était-il pas censé avoir bâti la sienne sur la colline de Shâhbâz-Garhî? Les bas-reliefs nous la montrent (fig. 144), naturellement toute pareille à celle des autres anachorètes (fig. 43; cf. fig. 143, 189-191). S'agit-il pour eux de représenter à leur tour et à leur manière le miracle de la conversion des Kâçyapas, l'agniçaraṇa, au gré du sculpteur, prendra toutes les formes intermédiaires entre la cabane la plus rudimentaire (fig. 224-225) et le temple le plus achevé (fig. 44). De son côté, la figure 40 nous permet de suivre les mêmes progrès dans l'exhaussement et le dédoublement du dôme chez les vihâra bouddhiques. Arrivés au terme, nous comprenons mieux pourquoi, jusque sur les spécimens les plus soignés (fig. 41 ou 75), le toit a gardé une bizarre décoration en imitation de feuilles : c'est un rappel de l'humble couverture de la *parṇa-śālā* originelle qui, pieusement, persiste sur son dérivé de pierre aux temps de sa plus grande splendeur.
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L'ARCHE TRIFOLIÉE. — Il y a également intérêt à nous servir, sans tarder davantage, de ces diverses reproductions pour élucider ce qui nous paraît être l'origine évidente d'un motif décoratif des plus
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FIG. 48. — FRAGMENT D'UN PIGNON DE STÛPA. Musée de Calcutta. Provenant de Loriyān-Tangai. Hauteur : 0 m. 60.
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importants. Imaginons en effet que nous prenions par le milieu une section verticale d'un de ces édifices à double dôme : nous obtenons immédiatement une sorte d'arche trifoliée montée sur deux jambages plus ou moins droits. Examinez d'un peu près la figure 47 : vous verrez que rien n'y manque, ni le soubassement traité comme un encadrement de porte trapézoïdale, ni la ligne surbaissée de la première coupole, ni l'intervalle nettement marqué entre les deux dômes, le tambour circulaire qui les sépare étant naturellement figuré par un bandeau droit. Qui sait même si, dans certains cas, l'arc ou le double arc (fig. 48) représenté à l'intérieur de la plus haute coupole, encore que son rôle décoratif soit des plus apparents, n'avait pas pour pendant dans la réalité une voûte supplémentaire de décharge? Mais il y a mieux encore; on pourrait reprocher à l'opération proposée, si frappant qu'en soit le résultat, d'être une fantaisie purement imaginaire : voici que nous en saisissons sur le vif la mise en pratique par nos sculpteurs. Certaines stèles richement fouillées du Gandhâra sont en effet traitées comme autant de chapelles ou de groupes de chapelles enfermant des idoles. Or, pour mieux mettre en valeur les statues, leurs auteurs jettent bas tout ou partie de la moitié antérieure des édifices qui sont censés les abriter (cf. fig. 76-77). En d'autres termes, ils nous présentent justement la coupe que nous suggérions tout à l'heure et en tirent exactement le parti décoratif qu'il était aisé de prévoir, et que nous venons de commenter. Ainsi donc, non seulement l'arche trifoliée procède d'une section ou, ce qui revient au même, d'un simple dessin linéaire du vihâra à double dôme — il suffit sur ce point de s'en remettre au témoignage des yeux, — mais les artistes du Gandhâra avaient pleine conscience de cette origine et n'ont pas dédaigné à l'occasion de nous le laisser voir.
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Un autre trait ne nous paraît pas moins digne d'être souligné, au moins par quelques indications rapides. Nous voulons parler du degré surprenant auquel ce motif — là même où des acanthes, des sphinx, des tritons, etc., entrent dans son ornementation — a gardé l'empreinte de son origine indienne. Celle-ci ne se marque pas seulement dans la forme en fer à cheval si caractéristique de son arche. Que l'on compare tel spécimen des plus compliqués, provenant du Swât (fig. 48), à telle façade d'une des plus anciennes grottes du Magadha (fig. 33) : on sera surpris d'y retrouver non seulement la même disposition de la charpente intérieure et de la voûte, mais jusqu'au souvenir des poteaux quasipréhistoriques sur lesquels toute la construction de bois était jadis accotée. A la vérité, la figure 33 ne peut être considérée que comme la coupe d'un vihâra à un seul dôme. Un peu plus tard, une section transversale des temples souterrains à trois nefs, creusés dans les falaises rocheuses du Konkan et du Khandesh, ne manquerait pas
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FIG. 49. — RUINES D'UN VIHÂRA À TOIT ANGULEUX (cf. fig. 5c). Dans la passe de Gouniyâr (Swât).
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de fournir un profil très analogue à celui des vihâra avec dômes superposés et, par suite, à l'arche trifoliée. Enfin, si nous voulions descendre jusqu'à l'époque médiévale, c'est encore sous des porches trilobés que les sceaux d'argile de Bodh-Gayâ et plus d'une miniature népalaise nous montreraient des images du Buddha¹.
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¹ Pour toutes ces questions, qui tendent à sortir de notre sujet, il suffit de renvoyer à FERGUSSON, Hist., fig. 58 et 90 (temples-caves); CUNNINGHAM, Mahâbodhi, pl. XXIV (sceaux); Iconogr. bouddhique, pl. III, etc. (miniatures).
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Nous reviendrons plus loin sur le rôle considérable qu'a joué au Gandhâra l'arche trifoliée dans la décoration des murailles et des dômes des vihâra aussi bien que des stûpa (fig. 70-72, 75-81, etc.). Tout ce qui nous concerne pour le moment est le problème de son origine — lequel, on en conviendra, était bien une question d'architecture — et de son emploi architectonique, dont nous allons bientôt rencontrer des exemples probants. Disons mieux : nous en avons rencontré déjà. Sur le côté ouest de la cour du stûpa de Takht-î-Bahai, la grande chapelle médiane se termine, à la différence des autres, non point par le double renflement, mais par la section plane d'un double dôme. C'est dire qu'elle présente en façade une sorte de fronton ou de pignon trifolié (fig. 46). Comme pour souligner l'effet à produire, une niche à fond plat, ménagée dans le tympan, réédite le même motif. Enfin, si l'on s'en fiait aux photographies (cf. A. M. I., pl. 69), on n'hésiterait pas à penser que la baie du vihâra était conçue sur le même plan et épousait également les lignes de l'édifice. Toutefois, les architraves de ces chapelles ont si bien l'habitude de céder en leur milieu (cf. fig. 45) qu'il serait, croyons-nous, imprudent de considérer le trou qui se creuse à l'heure actuelle dans celle-ci comme la trace certaine d'une arche ancienne. Sur notre essai de restauration, nous n'indiquons donc qu'en pointillé la courbe supérieure du trèfle, qui reste douteuse : quand nous viendrons à parler du temple kaçmîri, il n'y aura plus à se laisser arrêter par aucun doute sur ce point.
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