L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t2.34
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t2.34
- Language
- French
v1.c7.s3.t2.34
Ce bas-relief nous fournit ainsi une sorte de transition avec les scènes qui vont suivre. On sait en effet comment le religieux Gautama, après avoir pris son bain dans la rivière Nairañjanâ et mangé le délicieux riz au lait concentré (*páyasa*) que lui a préparé Sujâtâ, quitte définitivement le lieu où il s'est livré à ses austérités pour celui où l'attend l'illumination suprême. Nous ne voyons nulle part qu'au Gandhâra son bain ait été représenté (cf. d'ailleurs plus bas, p. 444), ni davantage le repas qu'il prend ensuite, ni encore le fait qu'en finissant il jette au fleuve le bol d'or que, par exception, il avait accepté ce jour-là. En revanche, nous constatons, dans le chapitre correspondant du *Lalita-vistara* (xviiiᵉ) qui relate tous ces incidents, de curieuses préoccupations de mise en scène et un souci constant de l'aspect plastique du Bodhisattva. Six années d'austérités l'ont en effet, comme nous venons de le voir, singulièrement changé au physique; sa barbe a poussé et ses vêtements « usés » glissent sur la nudité de son torse maigre. Dans l'état où il est réduit, le voilà bien loin de ce type de Buddha déjà adopté par lui à l'avance, et qu'il lui faut recouvrer. Aussi est-il stipulé, pour que nul n'en ignore, qu'un *deva* lui apporte un nouveau costume de religieux; après son bain, il se débarrasse apparemment de sa barbe superflue et de l'excès de sa chevelure, car il est écrit que Sujâtâ recueille ces précieuses reliques; enfin le seul fait d'avoir repris un peu de nourriture aurait suffi pour qu'« instantanément » reparussent, avec son ancienne beauté, tous les signes corporels qui pronostiquaient sa mission surhumaine. Ainsi donc, le Bodhisattva se retrouve sous l'aspect d'un Buddha au moment où il va se mettre en marche vers le siège de la Sambodhi : aussi bien ne s'en relèvera-t-il le lendemain même, que parvenu, dans le fond comme dans la forme, à l'état de Buddha parfait. D'autre part, tandis que les six années d'austérités se résument en un seul tableau, les épisodes figurés vont maintenant se multipliant à mesure qu'approche la crise finale, sur le bref chemin, toujours fréquenté des pèlerins, qui mène des bords de la Nairañjanâ (aujourd'hui la Lilañj) à la place où croissait l'arbre de la Science et où son rejeton continue à reverdir.
Cites (1)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit