L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t2.46
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t2.46
- Language
- French
v1.c7.s3.t2.46
LA RENCONTRE AVEC LE COUPEUR D'HERBE. — Si quelque doute pouvait subsister sur le fait que, dans toutes les scènes précédentes, nous devons reconnaître le Bodhisattva sous la forme du Buddha, il serait levé par la suivante, dont l'identification est au-dessus de tout soupçon. En même temps, les détails que nous venons de relever sur la figure 194 sont confirmés de la façon la plus sûre par la comparaison avec la figure 197, qui en est la contre-partie symétriquement exacte et appartient d'ailleurs à la même frise (cf. fig. 73). La composition est simplement retournée, comme si les deux tableaux étaient destinés à se faire pendant. Les deux principales divinités, Brahmâ et Indra, la tête nue ou enturbannée et tous deux nimbés, ont gardé leurs places consacrées et flottent dans les airs des deux côtés de Gautama; mais celui-ci est à présent tourné vers sa droite. Il en résulte que Vajrapâni occupe cette fois le bord opposé du panneau. A cette conversion près, la mise en scène est pareille; seulement la suppression du décor du bassin et d'un des acteurs du drame a provoqué par compensation un accroissement correspondant du nombre des simples assistants, qui a été porté de trois à cinq : et c'est ainsi que deux divinités orantes, sans caractère spécial, meublent le côté gauche du panneau. Le principal personnage est évidemment l'interlocuteur vers lequel le futur Buddha, arrêté dans sa marche, se tourne, la main droite tendue, — et même, par la faute du sculpteur, fort disgracieusement étalée. Ce n'est qu'un homme de basse caste, comme le prouve son pagne court, sans doute un pauvre paysan, car le manche, recourbé à angle droit, de sa faucille dépasse de sa ceinture; il tient dans les bras une sorte de botte ou de gerbe que, d'un air joyeux, il semble offrir au Maître, après s'être baissé pour la prendre à un tas voisin. Or il est écrit dans le *Lalita-vistara* qu'au moment où le Bodhisattva, dûment loué par le Nâga Kâlika et son épouse, continuait sa marche triomphale vers le pied de l'arbre de la Science, « il lui vint à l'esprit cette pensée : « Sur quoi étaient assis les Prédestinés « (*Tathâgata*) antérieurs, au moment où la suprême et parfaite illumination devint leur partage? » Et là-dessus il lui vint cette pensée : « C'est sur une jonchée d'herbe qu'ils étaient assis. » Or il aperçut sur le côté droit du chemin Svastika, le faiseur de fourrage, qui fauchait de l'herbe... Et, l'ayant vu, le Bodhisattva, s'écartant de son chemin, s'approcha de l'endroit où se tenait Svastika; et, s'étant approché, il interpella Svastika d'une voix douce : « Donne-moi de l'herbe, ô Svastika, vite, aujourd'hui j'ai grand besoin d'herbe. » Et Svastika, ayant entendu la parole limpide et douce du Maître, content, transporté, ravi, l'âme joyeuse, prit une poignée d'herbe agréable au toucher, douce, fraîche, pure, et, debout devant lui, dit... » Nous n'avons que faire ici de ses paroles; son geste suffit pour que nous soyons fixés : la figure 197 représente la rencontre du Bodhisattva sous la forme du Buddha avec le coupeur d'herbe lors de la marche au *Bodhimanda*.
Cites (1)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit