L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t2.63
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t2.63
- Language
- French
v1.c7.s3.t2.63
Reste encore à expliquer la curieuse figure que nous apercevons sur la face antérieure du « siège de diamant », et qui, manquant sur la figure 199 de Lahore, se retrouve en revanche sur sa réplique de Calcutta (A. M. I., pl. 99, 2). C'est toujours un buste de femme émergeant d'entre des rinceaux : sur la figure 200, elle lève les deux bras comme pour supporter le siège à la manière d'un Atlante. Il convient d'en rapprocher un autre fragment de Lahore (n° 777, dans J. I. A. I., 1898, pl. 18, 1), où elle tient au contraire les mains jointes et se dresse, toujours au milieu de feuillages, devant le trône d'un Bodhisattva émacié. Selon toute vraisemblance, nous devons voir dans la présence de ce personnage, spécial à l'école du Gandhâra, une donnée d'inspiration occidentale. Dès lors, il suffit de nous laisser aller à nos souvenirs classiques pour reconnaître aussitôt une image de la terre maternelle (cf. plus haut, p. 359) : et cette identification trouve une confirmation imprévue dans le Lalita-vistara. Il nous raconte en effet (et la Nidâna-kathâ fait de même) que, pour achever de confondre Mâra, le Bodhisattva toucha la terre de sa main droite et la prit à témoin. Celle-ci, selon le cliché consacré, « tremble de six manières » et « résonne comme un gong du Magadha sous le bâton ». Mais non contente de se comporter ainsi à l'indienne, elle a encore recours à des procédés renouvelés des Grecs. C'est ainsi qu'il est écrit que « la grande déesse de la Terre, de son nom Sthâvarâ, fendant le sol qu'elle ébranle, apparaît à mi-corps, parée de tous ses atours(1)... ». Nous sommes entièrement d'accord avec M. Grünwedel pour voir dans cette seconde description, venant s'ajouter à la première, un exemple caractérisé de l'influence de l'art gréco-bouddhique sur les textes sacrés. En ce qui concerne le bas-relief qui nous occupe, il paraît naturel d'admettre que l'apparition, sous le trône où le Bodhisattva n'est pas encore assis, de cette figure de la Terre rappelle d'avance — et même un peu prématurément — l'évocation qu'il aura bientôt à en faire.
Cites (1)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit