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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t3.1

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t3.1

Language
French

v1.c7.s3.t3.1

La « marche à la Bodhi » est terminée, le siège est prêt, et le Bodhisattva s'y est assis, fermement résolu à ne pas se relever que l'illumination ne soit devenue son partage. Mais auparavant intervient encore un épisode que l'apparition de la Terre sur la figure 200 nous fait déjà prévoir et que l'on est convenu d'appeler la « tentation ». En réalité ce nom est assez mal choisi et le chapitre correspondant du Lalita-vistara porte le titre beaucoup mieux approprié de Mâra-dharṣaṇa, c'est-à-dire « l'assaut de Mâra ». C'est plutôt au moment des six ans d'austérités ou encore après la Sambodhi, que, dans les plus anciens textes, reproduits d'ailleurs par ceux du Nord, le Satan bouddhique « tente » à proprement parler le Prédestiné. Qu'il s'efforce d'arrêter la recherche de la vérité ou d'en abréger la prédication, il procède alors de façon insinuante et se borne à faire miroiter aux yeux du chercheur ou du Maître soit les joies du pouvoir et les plaisirs de la vie, soit la paix parfaite du Nirvâṇa. Mais, dans cette occasion unique, il machine contre la personne de son adversaire une véritable attaque à main armée et lui livre une bataille décisive dont la suprématie est l'enjeu. La scène se passe la veille même de l'illumination. A la vérité, c'est un point que la vue seule des monuments laisse en suspens, puisque le religieux Gautama qu'ils représentent peut aussi bien être un Buddha qu'un Bodhisattva : mais les textes y insistent. D'après le *Mahâvastu*, le Bodhisattva tient à triompher de Mâra avant d'être devenu un Buddha accompli, pour ne pas diminuer le mérite de sa victoire. D'après le *Buddha-carita*, Mâra ne tient pas moins à l'assaillir tandis qu'il est encore à sa portée et que l'arrivée à l'omniscience ne l'a pas mis pour toujours hors de l'atteinte de ses coups¹. On ne s'étonnera pas de l'entente tacite des deux rivaux sur la fixation de l'heure de leur rencontre, si l'on veut bien songer un instant que le triomphe du Prédestiné sur le dieu de l'Amour et de la Mort (*Kâmeçvara*, *Mṛtyu-râja*) ne fait que traduire en termes symboliques sa conquête de la Sambodhi. Les raisons des entreprises de Mâra ne nous sont pas cachées : il ne veut pas que le religieux Gautama s'évade à jamais de son empire, qui est le monde des désirs et des plaisirs sensuels (*kâma-dhâtu*), et en fasse échapper à sa suite, par la brèche ainsi ouverte, les disciples auxquels il aura enseigné le chemin. « Lui dont l'Amour n'est qu'un autre nom », il ne fait en cela que rester fidèle à l'habitude traditionnelle qui veut qu'il ait tour à tour essayé de distraire tous les sages de l'Inde de leur idéal mystique et de faire avorter leurs ascétiques efforts.

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