L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s6.t3.3
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s6.t3.3
- Language
- French
v1.c7.s6.t3.3
LA QUESTION DE CHRONOLOGIE. — Ces constatations déterminent à leur tour la conception générale que nous devons nous faire du développement de l'art gréco-bouddhique et du classement de ses œuvres. Si son origine était avant tout indigène et locale, il s'ensuivrait en effet, comme on l'a suggéré, que « les sculptures du Gandhâra qui présentent un caractère plus indien doivent être considérées comme plus primitives et, par suite, plus anciennes que les sculptures grecques fortement développées »¹; malheureusement, ce serait se placer de propos délibéré dans l'hypothèse historiquement fausse que ces diverses œuvres se succèdent au cours du développement normal et spontané d'une école unique et foncièrement originale. Assurément rien ne serait plus facile que d'établir, à l'occasion de certains sujets partout traités, et abstraction faite des distances qui séparent ces diverses œuvres, des séries qui conduiraient, par une transition graduelle, des modèles les plus rudimentaires de Mahâbodhi, en passant par les répliques de Mathurâ, aux compositions gandhâriennes les plus élaborées (cf., par exemple, p. 426 et p. 497); mais ce criterium du plus ou moins grand développement, valable pour un art qui suit son évolution naturelle, ne l'est pas pour une plastique plus qu'à demi importée — les motifs décoratifs nous en ont déjà fourni la preuve — et d'avance en pleine possession de sa technique. Si rien ne peut davantage satisfaire un esprit amoureux de logique que de pareilles séries linéaires, allant du simple au composé, la réalité des choses est singulièrement plus complexe. Le fait nouveau et considérable qui se jette à la traverse du système est l'intrusion constatée de cette influence étrangère à laquelle son incomparable supériorité assurait d'emblée une irrésistible prépondérance sur tous les timides essais antérieurs. Les qualités artistiques vont par troupe. Au même titre que l'habileté de la facture et le sens de la composition, l'audace sobre de l'imagination qui crée les motifs et en arrête du premier coup la forme définitive, en un mot tous les traits qui dénotent une main plus experte ou un goût plus éclairé, nous rapprochent des sources classiques et, par suite, des origines réelles de la nouvelle école. Au contraire, les maladresses de main ou les fautes de proportions qui se font jour dans les panneaux les plus médiocres dénoncent déjà la décadence et, sous la lente pression des influences ambiantes, le retour au style et à la main-d'œuvre indigènes, plus conformes aux habitudes et moins lourds à la bourse des donateurs.