L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t4.12
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t4.12
- Language
- French
v2.c14.s2.t4.12
Si prêts d'ailleurs que les brahmanes locaux fussent à reconnaître que cette étrange image devait être une « mûrti des Yavanas », ils ne l'en désignaient pas moins par le nom de Lakṣmî, l'épouse de Viṣṇu et la déesse indienne de la Fortune; et il est bien clair que notre première pensée eût été d'appliquer le même vocable aux déesses des figures 386-389, si la maritale présence de Pâñcika ne leur en imposait aussitôt un autre. L'occasion ne saurait être meilleure pour constater, après MM. Burgess et Grünwedel, que le type de Çrî ou Lakṣmî semble totalement ignoré de l'école du Gandhâra¹. Ne serait-ce pas que, dans la région du Nord-Ouest, le rôle de la déesse de la Fortune a été accaparé, à la faveur du voisinage du génie des richesses, par la fée de la Fécondité? Sa popularité nous expliquerait à son tour comment, en dépit du caractère répugnant pour un Indien de son attribut, le type de la déesse « à la corne d'abondance » a pu persister jusque sur les monnaies des Guptas (pl. V, 22-24). Il n'est jusqu'au « lion couchant » sur lequel cette déesse est parfois assise, qui ne serve aussi, à l'occasion, de siège à Hâritî, au moins sur une image malheureusement mutilée de Mathurâ(1). Mais qu'est-ce à son tour que ce modèle de statue féminine ayant pour monture un lion et tenant un enfant sur son genou gauche, sinon celui qui sert le plus fréquemment pour les images de Dêvî(2), l'épouse de Çiva, sans parler des autres Déesses Mères? Ainsi, de quelque côté que nous nous tournions, nous trouvons des traces dans les sectes hindoues, tant viṣṇouites que çivaïtes, de l'importance considérable que Hâritî avait prise dans l'iconographie de l'Inde du Nord. Elle toujours et partout si l'on nous accusait de subir sa hantise, nous n'aurions pas été le seul ensorcelé par ses sortilèges. A en croire les monuments figurés, elle aurait camak à elle seule, outre son propre emploi de matrone donneuse d'enfants, celui de Lakṣmî la propice et de la redoutable Dêvî. Aussi bien les témoignages tibétains donnent-ils indifféremment les noms de Lakṣmî ou de Mahâdêvî à l'épouse de Vaiçravaṇa(3) et nous savons de reste que leur Vaiçravaṇa n'est autre que le démon Pâñcika exalté au rang de dieu.