L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t5.38
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t5.38
- Language
- French
v2.c14.s2.t5.38
Mais cessons de spéculer et donnons des exemples précis des différents cas qui se présentent. Les monnayeurs de Kaniṣka et d'Huviṣka appellent Miiro ¹ la divinité solaire à qui son nom de Mitra ou Mithra aurait d'ailleurs pu suffire à se faire reconnaître dans toute l'étendue de l'ancien monde; mais il faut remonter, dans l'état actuel des collections, jusqu'aux monnaies de Platon pour trouver l'Hélios grec sur un quadrige d'ailleurs différent de celui du Sûrya indien. De son côté l'Artémis de Démétrios et d'Artémidore est devenue un Mao, et il se peut fort bien que celui-ci passât pour un Candra, tout aussi bien que Atso pour Agni (le Feu) ou Oado pour Vâta (le Vent), selon le côté du Paropamise où circulait la monnaie. A cela nulle difficulté. Le point délicat est de savoir comment nous nommerons cette même divinité lunaire à l'instant de ses phases où elle paraît sur les pièces de Mauès ² : lui garderons-nous encore son nom grec ou lui donnerons-nous déjà une appellation orientale? Et de même qui nous dira si à partir d'Azilises, il ne convient pas de nommer Açvins les Dioscures de Diomède ³? On conçoit que les numismates, retenus d'ailleurs par les lisières de leur éducation classique, aient hésité à abandonner l'identification grecque, seule sûre au début, seule familière plus tard. Il n'est guère qu'une divinité qui, grâce à son vahana et bientôt à ses bras et têtes multiples, ait réussi à leur forcer la main. Dès Gondophares, sous la pression de l'analogie des types subséquents de Kadphisès, ils cessent de désigner à la mode hellénique le Poseidôn d'Antimaque pour l'appeler Çiva, en attendant de lire son nom Oèso sur les pièces de Kaniṣka ⁴. Mais, dira-t-on, pourquoi cette dénomination ne serait-elle pas aussi bien valable dès les pièces de Mauès et d'Azès ? Et nous ne voyons pas en effet que nul y puisse contredire.