L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.3
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.3
- Language
- French
v3.c16.s2.3
Que vous voilà, nous dira-t-on, embarrassé pour peu de chose ! De cette longue entrevue, vous connaissez du moins le résultat, à savoir l'école d'art dont vous avez entrepris l'étude. Or, une telle histoire se découpe toujours en trois actes. C'est comme une plante qui germe et croît, fleurit et fructifie, dépérit et meurt. Chacun sait d'ailleurs que l'évolution de toute chose humaine se déroule en trois périodes, ascendante, culminante, descendante. Il y aura donc trois paragraphes à votre exposé : formation, floraison, décadence. Et maintenant, allez : vous voyez comme c'est simple... — Hélas, nous craignons que notre cas ne soit beaucoup plus compliqué. Heureux les historiens d'art qui ont affaire à la courbe harmonieuse d'une école originale et dont aucune influence étrangère ni aucun cataclysme politique ne viennent traverser le développement spontané. Ils assistent, émus et joyeux, aux timides premiers pas, puis aux progrès de plus en plus rapides du cher objet de leurs soins; et s'ils ne peuvent se défendre au passage de quelque mélancolie en constatant combien est fugitif l'instant de sa suprême perfection, ils ont de quoi se consoler et se complaire dans la lenteur toujours savoureuse de son déclin. Par ailleurs, nul souci : l'esthétique marche la main dans la main avec la chronologie; tout s'ordonne de soi-même et sans effort, comme dans la région sereine des idées pures, et l'œuvre même de l'historien participe à la simplicité de lignes de son sujet. Une telle chance n'est pas la nôtre. Notre école, roulée et ballottée entre tant de courants contraires, ne nous a laissé qu'une œuvre baroque et tourmentée où nous essaierions en vain de lire à première vue le progrès de son développement : tels ces coquillages, trop longtemps battus de l'océan, chargés d'accrétions et déformés par les chocs, où l'œil du naturaliste cherche en vain le jeu régulier des spires.