L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t1.15
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t1.15
- Language
- French
v3.c16.s2.t1.15
L’ARCHÉOLOGIE CLASSIQUE. — Cette fois il semble que nous ayons trouvé une source d’information plus immédiate et plus sûre. On ne s’est pas fait faute d’y puiser, et nous persistons à nous croire en droit d’établir quelque parallélisme entre les vicissitudes de l’art hellénistique dans les deux moitiés, occidentale et orientale, du monde connu des anciens. Les difficultés ne commencent que quand on descend dans le détail et qu’on veut fonder la chronologie de tel ou tel morceau soit sur de simples considérations esthétiques, soit sur des rapprochements entre des œuvres qui se ressemblent des deux parts, en prenant avantage du fait que, dans le bassin de la Méditerranée, styles et objets d’art portent leur date. L’une et l’autre démarche oblige à d’infinies précautions quiconque veut la mettre à l'abri de tout reproche, sinon de tout soupçon. En premier lieu, les questions de style sont livrées aux discussions des hommes, et leur solution est sujette à des écarts considérables selon les experts. M. Goblet d'Alviella en a donné un piquant exemple à propos du reliquaire, ci-dessus reproduit (fig. 7), de Dèh Bîmarân. « Quand je montrai, écrit-il¹, ce dessin à trois des membres les plus distingués de la Société d'archéologie de Bruxelles, deux d'entre eux crurent y reconnaître une œuvre occidentale du xe ou du xie siècle; le troisième, professeur d'histoire de l'art, opina pour une origine byzantine. Cependant nous avons là non seulement une œuvre essentiellement indienne ou plutôt bouddhique, dans le sujet et dans la facture, mais encore une des rares productions de l'Inde antique qu'il soit permis de dater, ou à peu près. En effet on a recueilli, à côté d'un vase en stéatite qui renfermait le coffret, quatre monnaies en place portant l'effigie d'Azès, remontant par conséquent au dernier tiers de siècle avant notre ère. » A la grande rigueur cette trouvaille prouve seulement que le reliquaire est postérieur à Azès : mais la caractérisation si nette des deux divinités orantes donne à penser qu'il est en tout cas antérieur à celui de Kaniṣka² : nous voilà bien loin du compte de MM. les archéologues classiques. — Mais, dira-t-on, il s'agissait là d'un spécimen isolé et tout à fait en l'air : on marchera sur un terrain plus solide quand on pourra faire porter le poids de la conclusion chronologique moitié sur une œuvre occidentale et moitié sur son pendant oriental. Nous n'en disconvenons pas. Encore faut-il être sûr, pour que le rapprochement soit valable dans le temps, qu'il soit le seul possible dans l'espace. En termes plus explicites, il sera prudent de n'user qu'avec une extrême discrétion, et seulement au cas où l'Orient hellénisé ne fournirait aucun point de comparaison plus proche, des monuments de la Grèce et surtout de l'Italie. Qu'on veuille bien se reporter aux observations que nous avons déjà dû faire à propos de l'introduction de personnages sous les acanthes des chapiteaux corinthiens(1). Que reste-t-il, vérification faite, d'une des assimilations les plus séduisantes qui se soient présentées? Nous l'avons en fait échappé belle: car sur la foi de la fausse analogie des bains de Caracalla il eût fallu faire descendre jusqu'au milieu du IIIe siècle après notre ère -- soit deux siècles trop bas -- quelques-uns des meilleurs morceaux de Jamâl-Garhî.