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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.14

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.14

Language
French

v3.c16.s2.t3.14

Pourquoi le cacher? Cette simple opération d'arithmétique a été pour nous ce qu'on est convenu d'appeler un trait de lumière; et, après tout, il n'y a pas grand mal — puisqu'aussi bien nous ne saurions nous en dispenser — à ce que nous entreprenions à notre tour d'approfondir ce douloureux « secret de Kaniṣka » dont se languissent nos études. Notre solution a du moins pour elle le mérite de la simplicité la plus extrême : et en effet, il n'y avait aucun secret. En l'an 78/9 il ne s'est rien passé de particulier, sauf qu'on eut à enregistrer un changement de siècle, phénomène qui dans toutes les ères se reproduit régulièrement tous les cent ans. Kaniṣka, qui peut-être ne commença à régner que trois ans plus tard, n'eut absolument rien à décréter, mais seulement à se laisser vivre. Les donateurs indigènes, dont les nombreuses inscriptions nous ont été conservées, ont continué paisiblement — aussi bien (notez-le) à Bénarès et à Mathurâ que sur la frontière du Nord-Ouest — à dater leurs inscriptions dans l'ère indigène traditionnelle : seulement, au lieu d'écrire laborieusement, comme tout à l'heure : *Saṃ.* 111 c 10 4 4 = 318, en sept chiffres, ou *Saṃ.* 111 c 20 20 20 20 4 = 384, en neuf, ils font désormais l'économie de cet appareil décidément trop encombrant, et écrivent en abrégé : *Saṃ.* 3, 11, etc. pour [40]3, [4]11, etc. Ceci admis, toutes les difficultés tombent. Les inscriptions ne sont pas datées de l'an 3, 11, etc. à partir du sacre, de la conversion ou du concile (ou quoi encore?) de Kaniṣka, mais de l'an [40]3, [4]11, etc. sous le règne de Kaniṣka. On conçoit qu'elles déroulent avec la même sérénité la série des années [4]31 à [4]60, sous Huviṣka, 74 à 98 sous Vâsudêva, etc., pour ne nommer ici que les principaux membres de la dynastie. C'est seulement quand les vassaux des Kuṣaṇas continuèrent machinalement à compter jusqu'à 310, qu'ils se trouvèrent avoir créé l'apparence d'un comput original. Tel fut justement le cas des grands satrapes Çakas qui, sous la suzeraineté plus ou moins effective des Kuṣaṇas, conservèrent longtemps le gouvernement du Sind et d'une partie de l'Inde occidentale. C'est d'eux que, pour le plus grand embarras des futurs historiens, l'ère ainsi prostituée aux barbares a fini par prendre son nom de « scythique », sans doute après leur écrasement par les Guptas à la fin du IVe siècle, et afin de la mieux distinguer de la nouvelle ère nationale instituée par les restaurateurs de l'empire Maurya ¹. C'est à eux enfin que, sur la foi de cette désignation tardive, on a parfois voulu — et ici notre théorie rejoint celles de Cunningham et de M. A.-M. Boyer — attribuer sa fondation ². Mais ce que le suzerain n'aurait su faire, comment le vassal l'aurait-il fait? En réalité, dans ce cas particulier et tout à fait exceptionnel, on n'est jamais arrivé à dépister l'intervention personnelle et certaine d'aucun souverain, grand ou petit. La coutume, mère de la routine, et le temps, père de l'oubli, sont seuls responsables de toute l'affaire. L'ère dite « Çaka » ou « des rois Çakas » n'est de fil en aiguille qu'un avatar méconnu de l'ère des Mauryas, artificiellement rajeunie de quatre siècles.