L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.17
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.17
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.17
Cette conclusion, qui ne compromet personne, ne rend pas seulement compte de l'origine mystérieuse et de la bizarre appellation, quand enfin elle en reçoit une, de cette ère indienne; elle fournit encore la clef de plus d'une énigme accessoire. Bornons-nous à en donner deux exemples précis, empruntés l'un à l'histoire et l'autre à la légende. Comment expliquerait-on que les Andhras, ces ennemis jurés des Çakas, aient pu employer la même ère que leurs adversaires, si celle-ci, loin d'être la création de barbares étrangers, n'avait été au fond le lien commun de toutes les populations jadis soumises au sceptre des Mauryas? Du même coup on comprend pourquoi les nations du Dekhan, que les Guptas ne réussirent jamais à asservir de façon durable, ont, avec leur conservatisme bien connu, persisté à s'y tenir et l'ont finalement propagée jusque dans leurs colonies de l'Indo-Chine et de l'Insulinde. D'autre part il était fatal que, parmi les peuples à la fois bouddhisés et barbarisés du Nord-Ouest, l'ère indigène, dont le point de départ précédait de deux générations à peine la propagation locale du Bouddhisme, finît par être considérée comme datant de la mort du Buddha — fait infiniment plus saillant devant leur vision rétrospective que l'avènement d'un empereur. C'est à raison de cette inévitable confusion que s'établit dans les âmes pieuses la croyance traditionnelle, recueillie par Hiuan-tsang au Gandhâra, et qui voulait que Kanişka fût monté sur le trône non point, comme il le fit en effet, 400 ans après Candragupta, mais 400 ans après... le Nirvâṇa; et c'est aussi pourquoi des textes bouddhiques et Hiuan-tsang lui-même placent par ricochet Açoka, que trois cents ans séparent de Kanişka, cent ans seulement après le trépas du Maître¹. Et qu'on ne s'étonne pas de l'intérêt que nous attachons à ces traditions évidemment erronées. Autant il serait imprudent de les accepter sans réserves, autant il nous paraît insuffisant de les rejeter purement et simplement : il est encore nécessaire de justifier comment elles ont pu germer dans les esprits et surprendre la bonne foi populaire. Or, c'est ce dont notre théorie fournit pour la première fois le moyen.