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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.42

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.42

Language
French

v3.c16.s2.t3.42

Le rôle de Kaniṣka. — Ces constatations ne sont pas faites, tout au contraire, pour diminuer l'importance de son rôle dans la suite de notre exposé historique. Nous aurons notamment à nous souvenir de l'extension de sa souveraineté en Asie centrale quand il sera question de l'influence de l'école gréco-bouddhique dans ces parages¹. Mais dès à présent rappelons-nous bien que Kaniṣka est resté avant tout connu dans la tradition populaire sous le titre de « roi du Gandhâra », à telles enseignes que la dynastie locale des Çâhiyas se réclamait encore de lui au IXe siècle de notre ère². C'est là en effet, dans cette sorte de vestibule attenant à la fois aux plaines et aux passes montagneuses, que se trouvait le centre de gravité de son pouvoir, ou, si l'on préfère, le point vital de la seule grande artère qui fît communiquer les deux moitiés de son empire, jeté en travers sur le Toit du Monde comme un bissac sur un bât. On conçoit que dans l'intervalle de ses expéditions belliqueuses il s'y soit plus volontiers tenu, ainsi que l'araignée au milieu de sa toile, prêt à parer à tout événement, soulèvement intérieur de vassal ou empiétements d'ennemis sur les frontières. Remarquons que dans cette région, ce natif de la Haute-Asie était à même de choisir à son gré son climat et de goûter tour à tour la douceur des hivers indiens ou la fraîcheur estivale des montagnes. C'est là enfin qu'il se serait converti au Bouddhisme, là qu'il aurait bâti, dans la banlieue de sa capitale d'hiver, Puruṣapura, la magnifique fondation par laquelle il voulut commémorer sur place ce miracle(1). Il est passablement douteux que le premier Kadphisès ait eu quelque penchant pour la Bonne Loi(2). Au second la légende *kharoṣṭhī* de ses monnaies donne le titre de *māheçvara*, c'est-à-dire çivaïte(3), ce qui ne nous a pas paru après tout plus étrange que d'entendre un Héliodore, fils de Dion, s'intituler vishṇouïte (*bhāgavata*). D'un autre côté, s'il est quelque part question d'une conversion de Gondopharès, c'est au christianisme. Seul Kaniṣka, que ce soit par conviction ou par politique, aurait embrassé la seule religion qui pût servir de lien commun entre ses hétérogènes sujets. Est-ce à dire qu'il faille faire dépendre de cet événement sensationnel la floraison de l'art du Gandhāra ? Nous avons déjà mis le lecteur en garde contre une exagération si manifeste(4). Nous croyons savoir que, sous Gondopharès comme sous Vima-Kadphisès, l'école avait poursuivi paisiblement le cours de ses destinées; et si Kaniṣka a pu exercer une influence favorable sur son évolution, ce ne sera toujours pas par son goût, mais seulement par son zèle. Un néophyte fervent n'est pas nécessairement un bon connaisseur. Que l'exemple du royal bâtisseur et sa protection déclarée aient encouragé (toujours comme au temps d'Açoka(5)) la multiplication des couvents et des sanctuaires — et cette fois même sur les deux versants des Pàmirs — le fait n'est évidemment pas négligeable et méritait d'être soigneu-