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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t3.82

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t3.82

Language
French

v3.c16.s3.t3.82

Une date relativement aussi basse apporte avec soi ses indications. Elle laisse tout loisir, d'une part, à l'école indigène, pour évoluer et même, dès le vᵉ siècle, se codifier à sa guise; de l'autre, à l'école étrangère, pour se modifier profondément au contact d'un milieu nouveau. Quand l'art gréco-bouddhique parvient enfin au Chan-toung et au Ho-nan, il venait de se transformer de la façon que nous avons vue en Sérinde. Aussi quiconque feuillette le précieux album de Éd. Chavannes, est-il plutôt surpris de trouver des preuves encore si visibles et si abondantes de son influence. Assurément, les scènes de la jeunesse du Buddha (tir à l'arc, vie de plaisirs dans le gynécée, sommeil des femmes, départ de la maison, etc.) ont déjà subi le travestissement auquel on pouvait s'attendre : types, costumes, architectures, accessoires, tout est devenu chinois(¹). Mais il est remarquable de retrouver, exactement observé, l'ordre traditionnel des scènes et, dans chacune d'elles, le concept original de la composition. Les épisodes du cycle de la Bodhi et de la carrière du Maître sont d'ailleurs restés beaucoup plus proches des modèles gandhâriens, en raison du costume stéréotypé du héros principal et de ses moines. Non moins évidente est l'allure indianisante des Bodhisattvas, de leurs proportions, de leurs draperies, de leurs attitudes. Certaines de ces dernières sont caractéristiques; à côté de la façon indienne de s'asseoir nous rencontrons par exemple, comme sur nos figures 76, 79, 408-410, 458, etc., les variantes à l'européenne des deux pieds croisés ou de la jambe repliée sur l'autre genou (fig. 540). Enfin beaucoup de soi-disant nouveautés ne sont qu'un groupement inédit d'éléments empruntés. Tel est par exemple le cas de ce tête-à-tête de Buddhas, inconnu dans l'art mais familier aux textes de l'Inde, et dont nous avons déjà expliqué l'origine¹. De même le groupe consacré du Long-men n'est fait après tout que d'un Buddha encadré de moines², de Bodhisattvas et de Lokapâlas (fig. 541; cf. fig. 542) : seulement ces derniers ont pris un air particulièrement belliqueux au cours de leur traversée de la Sérinde³. Sans doute çà et là des détails exceptionnels arrêtent le regard. Il en est de purement grecs, comme le pétase⁴ dont est coiffé un des gardiens de la porte dans l'une des grottes de Yun-kang (fig. 537). Il en est de purement hindous, comme les deva à têtes et bras multiples qui veulent, dans la même grotte⁵, représenter Çiva et Viṣṇu, et qui d'ailleurs n'auraient jamais réussi à se faire reconnaître de nous sans le taureau de l'un et l'aigle de l'autre. Enfin il en est de purement chinois, comme ces suites de donateurs qui défilent d'un si beau mouvement dans leurs attitudes recueillies. Mais le fond même de la décoration de tous ces sanctuaires est bien encore et toujours une simple adaptation chinoise, greffée sur une adaptation sérindienne, de l'art gréco-bouddhique du Gandhâra.