L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s4.5
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s4.5
- Language
- French
v3.c16.s4.5
Aussi bien le légitime souci de ne pas sacrifier le reste de la production iconographique et légendaire du Gandhâra au prestige, si grand qu'il soit, d'une seule figure, nous a jusqu'ici empêché d'accorder à l'évolution de cette dernière l'attention qu'elle comporte et le développement qu'elle paraît mériter. A la vérité, sur la question des origines, nous ne voyons rien à ajouter. Le spécialiste a beau être censé ne devoir rien ignorer, on ne nous demandera pas de dire quel donateur a le premier passé à un artiste hellénisant la commande d'une image du Maître (car il faut de toute nécessité placer l'initiative de ces deux hommes à la naissance de cette création). Nous n'avons même pu établir de façon certaine s'il s'agissait d'un bas-relief pour décorer un stūpa ou d'une statue pour consacrer un vihāra (cf. t. II, p. 338). Enfin cette conversation s'est-elle tenue dans le bazar indigène, ou chez le « résident » grec de Peukélaôtis, ou, mieux, dans l'atelier improvisé par le fournisseur attitré de la colonie étrangère et devant des modèles de statuettes purement helléniques de sa fabrication, du genre de notre figure 476 ? Ce sont là autant de circonstances que nous ignorerons probablement à jamais : car les entrevues les plus fécondes ne sont pas toujours celles dont il a été dressé procès-verbal. Mais si de cet entretien nous ne savons pas grand'chose, du moins nous en tenons le résultat : « Pourriez-vous aussi faire un Buddha ? », a dû dire l'un des interlocuteurs. — « Pourquoi pas ? », répondit l'autre. Et le Buddha fut (fig. 445). Nous avons déjà analysé cet unique et savoureux mélange d'éléments grecs et indiens, hérétiques et orthodoxes, réalistes et idéalisés, où se trahit si visiblement l'intervention d'une main occidentale et, qui plus est, travaillant (comme on dit) « de chic ». Telle quelle, cette création aussi hybride que tardive n'en est pas moins l'une des réussites les plus répandues et les plus durables qu'aucune école ait jamais eues à son actif. Adoptée d'enthousiasme par l'univers bouddhique, elle est devenue et demeurée pour les fidèles la seule façon de concevoir et de figurer leur Maître. Et c'est aussi pourquoi nous ne serons pas surpris de constater que son histoire reflète celle de l'art gréco-bouddhique tout entier.