Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s4: Chapitre XVIII. Résumé historique (Revue générale des images du Buddha)

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s4

Language
French

Contents

Chapitre XVIII. Résumé historique (Revue générale des images du Buddha)

v3.c16.s4.1

RÉSUMÉ HISTORIQUE.

v3.c16.s4.3

Résumons : De la double et inverse expansion de l'Hellénisme vers l'Orient, à la suite des conquêtes politiques d'Alexandre, et du Bouddhisme vers l'Occident, à la faveur des missions religieuses d'Açoka, est née au Gandhâra, grâce à un ensemble de circonstances particulièrement favorables, une école d'art indo-grec. Plongeant par ses racines jusque dans la période de la domination grecque sur le Penjâb, déjà formée au 1er siècle avant notre ère, elle achève de s'épanouir aux siècles suivants, tombe dès le IIIe dans une profonde décadence, prolonge son agonie jusqu'au Ve, est définitivement renversée au VIe : le semblant de renouveau, purement extérieur et adventice, dont elle se pare aux VIIIe-IXe siècles, n'est même pas un de ces derniers rejets comme il en pourrait pousser sur un tronc abattu en pleine sève. Suit un long ensevelissement de huit cents ans, et qui paraissait définitif, quand un retour de la domination européenne dans le même pays a fait reprendre un intérêt de plus en plus éclairé aux seuls débris qui subsistent : des pierres sculptées, des modelages en mortier, des poteries, quelques objets de métal, à peine quelques traces de peinture. Cependant les sept premiers siècles de notre ère ne s'étaient pas écoulés que le répertoire de l'école s'était répandu jusqu'aux confins extrêmes de l'Asie orientale : alors même qu'elle avait déjà péri dans son pays d'origine, son influence, plus ou moins atténuée par le temps et les conditions locales, continuait à se faire sentir dans l'Inde, en Insulinde, en Sérinde, jusqu'à l'arrivée des Musulmans, — et, là où ces derniers ne se sont pas installés en maîtres, à Ceylan, en Indochine, en Chine, au Japon, au Tibet, jusqu'à nos jours.

v3.c16.s4.4

Telle est, ou plutôt telle veut être l'esquisse du tableau historique que nous avons essayé de brosser. Il nous a fallu y entasser tant de pays et tant de siècles, et, en dépit de la relative pauvreté des sources, y accumuler tant de traits épars que nous craignons, pour avoir voulu trop éclaircir les choses, de les avoir finalement quelque peu embrouillées. Peut-être ne serait-il pas mauvais, comme à la fin de la seconde et de la troisième partie de ce travail, de procéder à une sorte de mise au point et de repasser sur les lignes maîtresses pour les dégager de la multiplicité des détails. Mais cette fois le cas n'est pas tout à fait le même. Un sommaire pur et simple des trois précédents chapitres ne se composerait guère que d'inutiles répétitions. Il y aurait, semble-t-il, mieux à faire : ce serait de choisir, entre les nombreuses figures que nous présente l'école, la plus caractéristique de toutes, et, l'isolant du reste de l'œuvre, de suivre son évolution particulière non seulement au Gandhâra, mais dans le reste de l'Inde et en Extrême-Orient. En concentrant toute la lumière des documents sur une série linéaire unique, nous risquerons moins de perdre le fil de notre exposé : de plus, au lieu de nous borner à répéter nos théories sous une forme seulement plus concise, nous les passerons à la pierre de touche d'une application spéciale. Le tout sera de bien choisir le sujet de notre expérience. Or il existe justement au répertoire un personnage dont on ne contestera pas l'importance, puisqu'il s'agit du fondateur même du Bouddhisme, ni non plus le caractère original, puisque nous y avons reconnu dès longtemps la « marque de fabrique » de l'école. Nous ne pourrons mieux contrôler notre histoire de l'art gréco-bouddhique qu'en la résumant dans celle du type indo-grec du Buddha.

v3.c16.s4.5

Aussi bien le légitime souci de ne pas sacrifier le reste de la production iconographique et légendaire du Gandhâra au prestige, si grand qu'il soit, d'une seule figure, nous a jusqu'ici empêché d'accorder à l'évolution de cette dernière l'attention qu'elle comporte et le développement qu'elle paraît mériter. A la vérité, sur la question des origines, nous ne voyons rien à ajouter. Le spécialiste a beau être censé ne devoir rien ignorer, on ne nous demandera pas de dire quel donateur a le premier passé à un artiste hellénisant la commande d'une image du Maître (car il faut de toute nécessité placer l'initiative de ces deux hommes à la naissance de cette création). Nous n'avons même pu établir de façon certaine s'il s'agissait d'un bas-relief pour décorer un stūpa ou d'une statue pour consacrer un vihāra (cf. t. II, p. 338). Enfin cette conversation s'est-elle tenue dans le bazar indigène, ou chez le « résident » grec de Peukélaôtis, ou, mieux, dans l'atelier improvisé par le fournisseur attitré de la colonie étrangère et devant des modèles de statuettes purement helléniques de sa fabrication, du genre de notre figure 476 ? Ce sont là autant de circonstances que nous ignorerons probablement à jamais : car les entrevues les plus fécondes ne sont pas toujours celles dont il a été dressé procès-verbal. Mais si de cet entretien nous ne savons pas grand'chose, du moins nous en tenons le résultat : « Pourriez-vous aussi faire un Buddha ? », a dû dire l'un des interlocuteurs. — « Pourquoi pas ? », répondit l'autre. Et le Buddha fut (fig. 445). Nous avons déjà analysé cet unique et savoureux mélange d'éléments grecs et indiens, hérétiques et orthodoxes, réalistes et idéalisés, où se trahit si visiblement l'intervention d'une main occidentale et, qui plus est, travaillant (comme on dit) « de chic ». Telle quelle, cette création aussi hybride que tardive n'en est pas moins l'une des réussites les plus répandues et les plus durables qu'aucune école ait jamais eues à son actif. Adoptée d'enthousiasme par l'univers bouddhique, elle est devenue et demeurée pour les fidèles la seule façon de concevoir et de figurer leur Maître. Et c'est aussi pourquoi nous ne serons pas surpris de constater que son histoire reflète celle de l'art gréco-bouddhique tout entier.

§ I. Le dig-vijaya du Buddha indo-grec

v3.c16.s4.t1.1

On a quelque honte à le répéter, mais il faut le redire une fois encore. On a bien pu supposer que la Communauté bouddhique avait dû posséder de bonne heure des images de son fondateur : mais de cet « archétype indien primitif(1) » jamais encore on n'a relevé la moindre trace. Il y a pis. Une constatation significative nous enlève tout espoir que quelque fouille plus heureuse ou mieux suivie nous en procure jamais le moindre spécimen. Quand, à Bodh-Gayâ, à Barhut, à Sânchi, nous trouvons la vieille école indienne en pleine activité, nous avons la stupeur de découvrir qu'elle est en train de tenir industrieusement l'étrange gageure de représenter la vie du Buddha sans jamais figurer le Buddha. Tout au plus indique-t-elle par un symbole sa constante, mais toujours invisible présence. Le fait est anormal, sans doute : mais, fondé sur le témoignage autographe des vieux sculpteurs eux-mêmes, il est incontestable et d'ailleurs incontesté. On en devine l'immédiate conséquence. La totale absence de l'image du Maître sur les scènes de sa propre biographie, telle qu'elle se pratiquait dans l'Inde centrale au IIe et au Ier siècle avant notre ère, suffit à établir définitivement la priorité des Buddhas qui, comme nous avons vu, commençaient à foisonner sur les sculptures du Nord-Ouest. Le type du Gandhâra n'est plus seulement le premier connu : il devient désormais le plus ancien qu'on puisse connaître. Et enfin, comme ici-bas les choses ne s'inventent guère deux fois, il en résulte encore que, sauf preuve du contraire, le prototype de tous les Buddhas de l'Asie est le Buddha indo-grec.

v3.c16.s4.t1.2

Que cette conclusion soit assez inattendue et contraire à l'ordre naturel des choses, qu'elle n'ait surtout rien d'agréable à enregistrer pour un indianiste, nous n'en disconvenons pas. Certes, il eût été infiniment plus indiqué de découvrir les premières images du Bienheureux aux lieux mêmes qui l'entendirent d'abord prêcher sa doctrine ; ou, s'il faut se résigner à ne les rencontrer que sur les extrêmes confins Nord-Ouest de la péninsule, il eût été moins humiliant pour l'amour-propre indigène de ne pas apercevoir le génie grec debout auprès de leur berceau. C'est le cas où jamais de l'avouer :

v3.c16.s4.t1.3

¹ A. GRÜNWEDEL, B. Kunst, 1re éd., p. 122; l'hypothèse a disparu de la deuxième édition et par suite de l'édition anglaise, mais a été reprise par d'autres.

v3.c16.s4.t1.4

...On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire (1).

v3.c16.s4.t1.5

Mais qu'y pouvons-nous ? Le vrai n'est pas forcément le vraisemblable, et mieux vaut ne pas tergiverser avec les faits : leur tranquille insolence écrase d'avance toutes les contradictions et dédaigne tous les commentaires. D'ailleurs, dans leur étrangeté même, ils nous ont paru susceptibles d'une explication fort naturelle (2). Tout pesé, chacune des deux écoles aurait justement fait, en son temps et en son lieu, ce à quoi l'on pouvait s'attendre d'elle. Celle de l'Inde centrale subissait encore le joug magique de la coutume alors que, sous l'influence occidentale, celle du Nord-Ouest en avait déjà rompu l'enchantement suranné. Cela est tout à fait dans l'ordre, et l'on n'aperçoit pas, à regarder les choses d'un peu près, qu'elles eussent pu se passer autrement qu'elles ne firent.

v3.c16.s4.t1.6

Ce qui prouve bien d'ailleurs que la magnifique innovation improvisée par les artistes du Gandhâra ne se heurtait dans la péninsule à aucune prohibition rituelle, c'est l'enthousiasme et la promptitude avec lesquels fidèles et artistes de la vallée du Gange et du Dékhan adoptèrent à leur tour le type indo-grec du Buddha. Quant au reste de l'Asie, comme l'idole du Maître y a pénétré en même temps, sinon même plus tôt que la doctrine, aucun préjugé dogmatique ne saurait avoir trouvé le temps de s'y créer contre elle. Ainsi toutes les voies étaient largement ouvertes devant la réincarnation plastique du Buddha. Nous la voyons aussitôt, pendant religieux du roi *cakravartin*, se lancer à la conquête du monde; et, si les archéologues n'écrivaient en prose, il ne nous resterait plus, tel un barde de cour, qu'à entonner son *dig-vijaya*. L'esprit critique nous contraint au contraire à faire remarquer tout de suite qu'à cette « invasion des quatre points cardinaux », il en est au moins un qui manque, celui de l'Ouest. En dépit de ses attaches occidentales, cette région de l'horizon d'où lui venait pourtant le plus clair

v3.c16.s4.t1.7

¹ LA FONTAINE, *Fables*, X, 13.

v3.c16.s4.t1.8

² Cf. t. II, p. 364 et suiv.

v3.c16.s4.t1.9

FIG. 550. — BODHISATTVA-BUDDHA, À MATHURÀ (cf. p. 321, 349, 370, 605, 681, 698). Musée de Mathurà, n° A 1. Provenant de Katrà. Hauteur : 0 m. 70. D'après J. Ph. VOGEL, A. S. I., Ann. Rep. 1909-10, pl. XXIII a.

v3.c16.s4.t1.10

de ses caractères somatiques, est restée longtemps close au Buddha indo-européen. Quand enfin il y a pénétré, ce n'a été que par le détour de l'Extrême-Orient et sous forme de bibelot d'étagère. Ce n'est ni la place ni l'instant d'entreprendre l'élucidation des raisons de civilisation générale qui ont rendu l'Iran et l'Asie anté-rieure quasi imperméables aux doctrines comme aux images boud-dhiques. Bornons-nous à constater que, si la Bonne Loi et son héros éponyme n'ont guère dépassé de ce côté le 60e degré de longitude Est, ils se sont en revanche répandus, des steppes glacées du Nord aux mers chaudes du Sud, sur tout l'Orient de l'Asie. Pour cette pacifique conquête deux voies principales, nous le savons, leur avaient été ouvertes par les pionniers de la civilisation indienne, navigateurs au long cours ou chefs de caravanes, celle de terre au Nord-Est, celle de mer au Sud-Est : il ne nous reste qu'à l'y suivre.

v3.c16.s4.t1.11

LA CONQUÊTE DU SUD-EST. — Nulle part peut-être ne se sent mieux qu'ici le manque d'enquêtes suivies et méthodiques dont souffre encore l'archéologie de l'Inde. Ne doutons pas que le travail déjà fait pour les inscriptions ne s'étende un jour aux statues et que nous ne finissions par posséder une liste continue d'images datées du Buddha : quand la liste ainsi dressée sera également accompagnée de fac-similés satisfaisants, les bases d'une étude sérieuse de l'art bouddhique seront enfin jetées. Pour l'instant nous devrons nous contenter de réunir une série assez incohérente, entrecoupée de dates sporadiques : l'essentiel est que déjà, à travers toutes les lacunes, nous sentions toujours le même fil courir sous nos doigts. Nous n'avons d'ailleurs à noter ici que les étapes les plus importantes de la marche triomphale, et que seul l'Océan put arrêter, du Buddha indo-grec vers l'Orient. Quelques spécimens choisis, plantés comme des jalons aux principaux centres religieux et artistiques du Bouddhisme, suffiront à justifier notre entreprise. Enfin du côté où nous dirigeons d'abord nos pas, le terrain a été d'avance et un peu partout repéré par le Service archéologique de l'Inde. Pour commencer, nous allons tout de suite rencontrer, aussi bien à Amarâvatî qu'à Mathurâ, des Buddhas sûrement datés du IIe siècle de notre ère — et, pour la justification de notre thèse, nous n'en trouverons aucun qui soit antérieur à la fin du Ier siècle.

v3.c16.s4.t1.12

Parmi les images de Mathurâ, nous ne rappellerons ici que pour mémoire celles dont il a déjà été question ci-dessus¹ en raison de leur caractère exceptionnel (fig. 550). Ces premiers essais de l'école locale diffèrent en effet par plusieurs traits du prototype gandhârien : mais elles n'eurent pas de postérité, et seules les reproductions plus fidèles du Buddha indo-grec (fig. 552-553, 584) se sont prolongées jusqu'à l'époque des Guptas au Ve siècle (fig. 587). Quand l'invasion des Huns blancs vint détruire les ateliers dont elles étaient sorties, déjà leur suite avait été prise par les statues du bassin moyen et inférieur du Gange, depuis Prayâg ou Allahabâd (fig. 554; datée S. 129 = 448-9 ap. J.-C.) jusqu'au Bengale². Nous nous contenterons de quelques spécimens caractéristiques relevés sur le site des deux plus durables pèlerinages, celui de la Première Prédication, près de Bénarès, et de l'Illumination, près de Bodh-Gayâ. Les figures 555, 567, 588 (cf. fig. 209, 498, 507, 511) représenteront les nombreuses images, assises ou debout, que nous ont rendues les fouilles de Sârnâth. Quant à celles qu'a fournies avec non moins d'abondance le sol du Magadha, et dont la lignée se perpétue sous la dynastie des Pâlas jusqu'à l'invasion musulmane, les figures 556 (datée S. 64 = 143³ ap. J.-C.), 557-558 et 588 *bis* (cf. fig. 500-501) en donneront une idée. Il ne tiendrait qu'à nous de suivre ce modèle jusqu'en Birmanie⁴. Mais le chemin que nous avons déjà reconnu au cours du précédent chapitre nous ramène à présent du côté d'Ajanṭâ. Parmi les sculptures qui décorent aussi bien les chapelles intérieures que les façades des cryptes, nous ne trouverons rien que nous n'ayons déjà rencontré dans le Madhyadêça : mieux vaut donc choisir un Buddha peint qui, bien que datant du VIe siècle, est visiblement plus proche de la source originelle (fig. 589 ; cf. fig. 503). Nous remontons plus près encore avec ceux d’Amarâvatî (fig. 585 ; cf. fig. 506, 508-509), dont les premiers ne doivent pas être postérieurs au IIe siècle de notre ère.

v3.c16.s4.t1.13

¹ Cf. t. II, p. 321, n. 3 et 605, et ci-dessous, p. 698. Nous sommes d'accord avec M. J. Ph. VOGEL pour rapporter les figures 550 et ses pareilles (et aussi la figure 556, citée ci-dessous) au IIe siècle après notre ère, sous la domination des Kuṣaṇas. Les figures 552-553 ne doivent pas leur être très postérieures.

v3.c16.s4.t1.14

² Voir encore pour Çrâvastî V. A. SMITH et HOEY, *Anc. Buddhist Statuettes*, dans *J. A. S. B.*, LXIII, 1895, p. 155.

v3.c16.s4.t1.15

³ Le style de cette statue rapporte sa date à l'ère Çaka, et non Gupta.

v3.c16.s4.t1.16

⁴ Voir un Buddha de pierre et des sceaux d'argile de Pagan dans A. GRÜNWEDEL, *Buddh. Studien* (Veröff. a. d. K. Museum für Völkerkunde, V, 1897), p. 130 et fig. 88, 90, 93.

v3.c16.s4.t1.17

Ici nous attend une bonne fortune capable de consoler l’archéologue indianisant de ses habituels déboires, et bien faite pour donner confiance dans l’avenir des études comparatives que nous esquissons en ce moment. Nous avions cru plus haut (p. 617) pouvoir considérer Amarâvatî comme l’un des ports par où l’influence indienne avait dû gagner l’Indochine : or voici qu’on vient d’exhumer à Dong-Dương, au sud-ouest de Tourane, dans l’ancien Çampa et l’Annam actuel, la preuve manifeste de cette exportation (fig. 586) ; car lors même qu’il faudrait admettre, contre toute vraisemblance, que cette statue de bronze ait été fondue sur place, il ne s’agirait toujours que d’un simple surmoulage d’une statue d’Amarâvatî¹. Si la riche moisson archéologique recueillie à Ceylan avait été plus libéralement publiée, plusieurs cas analogues se présenteraient aussitôt à nous. Que le roi Vasabha (vers 124-168 ap. J.-C.) ait dédié des images du Buddha au Mahâthûpa, le fait est historiquement possible² ; une chose certaine, c’est que les statues mutilées qui subsistent près de ce stûpa reproduisent d’une façon schématique, mais fidèle, les draperies et le port des Buddhas d’Amarâvatî (cf. fig. 559). Il en est de même des belles statues assises de Polonnaruwa et du colosse debout d'Akwana, haut de quatorze mètres¹. D'autres au contraire, sur qui les plis du vêtement ont complètement disparu², se réclament plutôt des Buddhas Gupta de Bénarès, du type de la figure 555,

v3.c16.s4.t1.18

¹ Voir ROUGIER, Nouvelles découvertes čames au Quang-nam, dans le Bull. de la Comm. arch. de l’Indochine, 1912, p. 211. — La facture est à la vérité supérieure à celle de Some Buddhist Bronzes, provenant de la région d’Amarâvatî et publiés par M. SEWELL (Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland, 1895, pl. I-IV) ; mais comparez les spécimens de l’art local des Čams donnés par M. L. FINOT (Bulletin de l’École française d’Extrême-Orient, I, 1901, fig. 7, 8) et M. H. PARMENTIER, Inventaire, fig. 108 et 117.

v3.c16.s4.t1.19

² Mahâvamsa, XXXV, 89 (trad. GEIGER, p. 252 et XXXVIII).

v3.c16.s4.t1.20

¹ *Archæological Survey of Ceylon, Annual Report 1907*, pl. XII-XIII ; cf. V. A. SMITH, *History of Fine Art in India and Ceylon*, fig. 180, et fig. 178, 179, 197. La tradition locale n'attribue d'ailleurs la statue rupestre d'Akwana qu'au XIIe siècle.

v3.c16.s4.t1.21

² *Archæological Survey of Ceylon, Annual Report 1904*, pl. XIV ; cf. V. A. SMITH, *History of Fine Art in India and Ceylon*, fig. 54 ; contrairement à l'opinion de l'auteur, nous croyons que cette dernière image ne saurait être considérée comme ancienne.

v3.c16.s4.t1.22

FIG. 551. — TÊTE DE BUDDHA, À MATHURÂ (cf. p. 698). Musée de Lakhnau. Provenant de Mathurâ. Hauteur : 0 m. 28.

v3.c16.s4.t1.23

et s'apparentent par là directement à ceux du Cambodge et de Java. Le plus beau de ceux qui aient été retrouvés à Angkor (fig. 560) soutient fort bien la comparaison avec les modèles indiens (¹); c'est plus qu'on ne pouvait dire jusqu'ici des nombreuses images khmères (cf. fig. 205, 521 et 581). Peut-être même les surpasse-t-il par l'intensité de l'expression et l'illumination intérieure de la physionomie ; et c'est aussi par là qu'il nous paraît l'emporter, en dépit des défauts de sa facture, sur les cinq cents statues, d'un modèle quasi uniforme et aux traits quelque peu figés, qui ont valu son nom à Boro-Boudour (fig. 561; cf. fig. 512 et 580).

v3.c16.s4.t1.24

¹ Cf. Bull. de la Comm. arch. de l'Indochine, 1913, p. 99-103.

v3.c16.s4.t1.25

LA CONQUÊTE DU NORD-EST. — Laissons ce poste avancé en sentinelle sur le bord des mers australes et, du Gandhâra comme base, reprenons à présent, à travers montagnes et déserts, les âpres routes de l'Asie centrale. De loin les gigantesques Buddhas de Bâmiyân nous indiquent la principale passe qui conduise dans le bassin de l'Oxus jusqu'aux tertres de Bactres; et là quelques coups de pioche bien dirigés nous rendraient apparemment, en même temps que des œuvres de plus basse époque, des images contemporaines des premiers Buddhas de Mathurâ. Du moins rien n'est plus tentant que d'admettre la production parallèle des mêmes effets sous l'action simultanée des mêmes causes dans les deux capitales excentriques, la bactrienne et l'indienne, du royaume de Kanişka. Aussi bien, si l'on tient compte des difficultés plus grandes qu'opposent aux communications les régions montagneuses en comparaison des plaines, on peut dire que les deux cités étaient situées à égale distance du Gandhâra, foyer de l'art indo-grec et théâtre de la conversion du monarque indo-scythe. Il y a cent ans et moins, il eût été possible de corriger par des fouilles ce que ces vues de l'esprit ont de trop rigidement symétrique. Puisque le plus clair résultat des sanglantes guerres afghanes a été de fermer le pays qu'elles devaient ouvrir, force est de renoncer pour l'instant au rêve passionnant de cet itinéraire, et, comme s'y est résigné Sir Aurel Stein, de prendre directement à travers les montagnes, soit par la route de Gilgit, soit par celle du Chitral. Au Kaçmîr même, c'est en vain que nous chercherons aucun vestige apparent

v3.c16.s4.t1.26

FIG. 552. — BUDDHA GANDHÂRIEN, À MATHURÂ (cf. p. 370, 606, 681, 686, 703). Musée de Lakhnau. Provenant de Chaubârâ. Hauteur : 0 m. 38.

v3.c16.s4.t1.27

des nombreux Buddhas de jadis, tant brahmanes et musulmans se sont soigneusement accordés à les détruire¹. Mais les rochers même des Pâmirs portent encore la trace de la propagation de l'image du Maître(1); et quand enfin nous débouchons dans la Sérinde, le premier aspect de ses nombreuses figures de stuc ou d'argile bannit de notre esprit toute crainte qu'aucune solution de continuité se soit produite dans la chaîne de transmission.

v3.c16.s4.t1.28

¹ Cette désolante pénurie, à laquelle des fouilles suivies auraient vite remédié, ne rend que plus précieuse la découverte au Kangra d'un bronze d'ailleurs tardif. Voir J. Ph. VOGEL, A. S. I., Ann. Rep. 1904-5, pl. XXV et p. 107-109; M. Vogel a parfaitement relevé ses analogies persistantes avec les images gréco-bouddhiques, et nous nous bornons à renvoyer le lecteur à son article.

v3.c16.s4.t1.29

¹ Voir M. A. STEIN, Ancient Khotan, I, fig. 1.

v3.c16.s4.t1.30

Nous nous retrouvons ici en pays déjà exploré, et le nombre des documents publiés nous permettra d'être d'autant plus bref. Comme points de repère sur les deux routes, méridionale et septentrionale, du Turkestan, nous nous contenterons d'emprunter à Sir Aurel Stein et à M. le professeur A. Grünwedel deux statuettes, l'une originaire de Rawak (fig. 562), l'autre du Tourfan (fig. 563): leur ressemblance entre elles et avec telle autre, native de Mathurâ (fig. 552), nous rendra provisoirement moins cuisante la privation de leurs pendants bactriens. Pour les « Mille Buddhas » qui depuis le IVe siècle marquent, décorent et sanctifient le nœud des voies commerciales entre la Chine et l'Occident, mais ont malheureusement été pour la plupart retouchés par les restaurateurs modernes, nous nous bornerons à renvoyer aux photographies déjà parues de Sir Aurel Stein et de M. P. Pelliot(2). A partir de ce moment, les planches de Éd. Chavannes guideront notre quête d'abord vers les grottes de Yun-kang près de Ta-t'ong-fou, dans le Nord du Chan-si (fig. 564), puis vers celles du Long-men, près de Honan-fou (fig. 565; cf. fig. 541). Colossales ou minuscules, ces sculptures rupestres, dues au zèle sans lendemain des Wei du Nord et des T'ang pour le Bouddhisme, nous mènent du Ve au VIIIe siècle. Mais déjà — sous l'influence de la civilisation chinoise bien que par l'intermédiaire des Coréens — l'art bouddhique florissait dans la nouvelle capitale japonaise de Nara. Ici encore ce ne sont pas les documents authentiques qui manquent; nous ne saurions mieux faire que de recourir une fois de plus(3) au fameux tabernacle domestique de la noble dame Tachibana Fujin, morte en 733 (fig. 566; cf. fig. 582 et 590).

v3.c16.s4.t1.31

² Voir M. A. STEIN, Desert Cathay, fig. 161; Mission PELLIOT, dans L'Art décoratif, août 1910, p. 54-64.

v3.c16.s4.t1.32

³ Cf. ci-dessus, t. II, p. 324 et 668.

v3.c16.s4.t1.33

APRÈS LA CONQUÊTE. — Natif du Gandhâra comme le Buddha historique l'était du Koçala, le Buddha plastique nous a ainsi et tour à tour entraînés à sa suite jusqu'aux extrémités nord-est et

v3.c16.s4.t1.34

FIG. 553. — BUDDHA GANDHÂRIEN, À MATHURÂ (cf. p. 603, 606, 681). Musée de Lakhnau. Provenant du «Jail Mound». Hauteur: 0 m. 50.

v3.c16.s4.t1.35

sud-est de l'Asie. Il ne dépendrait à présent que de nous de fermer le circuit. Les mémoires de Fa-hien et de Yi-tsing nous ont déjà renseignés sur les communications maritimes entre la Chine et ce que les Chinois appelaient les Îles des Mers du Sud¹. Une trace au moins d'influence sino-japonaise se marque à Java dans la façon dont le nimbe encore rond ou légèrement ovalisé de Boro-Boudour (fig. 512) soudain s'effile en pointe par en haut chez les statues du Čandi Mendut (fig. 568) comme de Long-men (fig. 541, 565) ; si l'on tenait absolument à boucler le cercle, cet indice suffirait à marquer le point de jonction des deux courants¹. Il ne semble pas d'ailleurs que celui qui redescendait du Nord ait jamais reflué de ce côté-ci de Singapour, cette porte du monde jaune ; c'est par extraordinaire qu'à la fin du siècle dernier une statue bouddhique est revenue par mer du Japon pour s'installer dans un sanctuaire de Bodh-Gayâ. A l'heure actuelle, si l'Insulinde est devenue musulmane, l'Indochine demeure fort inégalement partagée entre les deux Bouddhismes, l'indien et le chinois, l'un réimporté directement de Ceylan sous sa forme la plus pure, l'autre chargé, au cours de son long détour, de toutes les superstitions de la Haute-Asie. Quand ces deux branches de la même religion se rencontrent après une séparation si longue, on ne s'étonnera pas qu'elles ne se comprennent ni ne se reconnaissent plus. Extérieurement, rien n'est plus différent d'un moine cambodgien qu'un bonze annamite ; et, alors même qu'ils parviendraient à parler la même langue, il est permis de douter qu'ils se trouvent d'accord sur aucun point de théologie, pas même sur l'idée qu'ils se font de leur fondateur. Il n'y a vraiment plus, de part et d'autre, qu'un élément à peu près pareil : ce sont les Buddhas des pagodes. Telle est la première impression dont ne peut se défendre le voyageur, et que confirmerait, si nous n'avions que faire ici de leur témoignage, la multitude grouillante et stéréotypée des idoles modernes dans tous les pays restés bouddhiques, de Ceylan à la Mongolie, en passant par la Birmanie et le Tibet. Grâce à la persistance invétérée des types plastiques, les images du Maître se sont beaucoup mieux conservées — ou, si l'on préfère, moins déformées — que ses doctrines en traversant les différents milieux où elles se sont propagées ; et c'est aussi pourquoi nulle part ni jamais il n'y a d’hésitation sur leur identité. Mais puisque tous les Buddhas se ressemblent, c’est donc que, de près ou de loin, ils descendent tous d’un ancêtre commun. S’il est permis de dire, iconographiquement parlant, qu’il n’y a de Buddha que le Buddha, c’est qu’il n’y avait à l’origine qu’une unique formule, à savoir l’indo-grecque.

v3.c16.s4.t1.36

¹ Cf. t. II, p. 631.

v3.c16.s4.t1.37

¹ Sur ce point voir B. É. F. E.-O., IX, 1909, p. 831. Voir encore ci-dessus, t. II, p. 267, n. 4.

v3.c16.s4.t1.38

De quelque côté que l’on aborde la question, qu’on descende la filière des plus anciens Buddhas datés ou qu’on remonte de proche en proche à partir de leurs plus récentes répliques, c’est toujours à cette conclusion qu’il en faudra venir; car avec elle tous les faits s’accordent, et aucun n’y contredit. Son autorité et son importance ne feront que s’accroître si l’on spécifie tout de suite qu’elle est valable pour tous les aspects connus du Bienheureux, qu’il soit debout ou couché ou de quelque manière qu’il s’asseye. A ces différences, fondées avant tout sur la posture, se réduisent, on le sait, les seules variantes du motif : il n’en est aucune qui ne se ramène à un modèle gandhârien. Nous venons de le vérifier pour le Buddha debout (fig. 584-590) ou assis à l’indienne (fig. 552-566); il serait loisible de recommencer l’expérience sur les images du Parinirvâna (fig. 276-283), etc. Ce qui est vrai du type assis l’est aussi de ses sièges : les figures 77, 79, 405, 408, 458-459, nous auraient vite renseignés, par exemple, sur l’origine du lotus de la figure 566. Du moins l’unique exception à cette règle consisterait dans le thème du nouvel Illuminé installé sur les replis et sous le capuchon du serpent Mucilinda : création bizarre, s’il en fut, dont il semble qu’il faille laisser l’initiative à l’école d’Amarâvatî¹ et qui n’eut d’ailleurs de vogue qu’en Indochine (cf. fig. 521). Encore hésitons-nous à nous prononcer catégoriquement, à cause de certaine petite leçon que nous ont récemment donnée les fouilles. Il existe en effet — ceci n’est pas un apologue, mais en pourrait servir — une représentation du Buddha assis à l'européenne dont nous connaissons des spécimens un peu partout, à Bénarès (fig. 567 ; cf. fig. 507 c), au Magadha, à Ajaṇṭâ, au Çampa, à Java (fig. 568), comme à Dandan-Uiliq, à Touen-houang, à Yun-kang, à Long-men, à Nara (1), etc.; si bien qu'elle fournirait toute une série supplémentaire de reproductions, si l'on pouvait jamais tout reproduire. Or jusqu'en ces dernières années nous avions toutes raisons de croire que, par une contradiction assez inattendue dans les termes, ce modèle assis à la mode occidentale était d'origine purement indienne, tandis que le type semi-européen du Gandhâra aurait toujours affecté la posture mystique des yogi indigènes. Depuis la découverte par le Dr D. B. Spooner du groupe de la figure 485 (2), si tardif qu'il semble d'ailleurs, qui oserait encore soutenir ce paradoxe? Veut-on un autre exemple non moins convaincant, bien qu'il ne porte que sur un point accessoire? A propos d'une grande statue déterrée à Rawak par Sir Aurel Stein et qui était auréolée de petits Buddhas debout, obliquement disposés en éventail, M. le professeur A. Grünwedel croyait pouvoir déclarer «qu'une telle représentation était jusqu'à présent inconnue», et en rapprochait deux images observées par lui-même à Qyzyl, près de Koutcha (3). En fait, ces irradiations magiques d'images émanées s'étaient déjà montrées aux coins de certaines représentations gandhâriennes du «Grand miracle» de Çrâvastî (fig. 78-79); qu'elles reçussent à l'occasion les honneurs du panneau, c'est dont ne permettent plus désormais de douter les dernières fouilles de Takht-î-Bahai (cf. fig. 484).

v3.c16.s4.t1.39

¹ Cf. t. I, p. 414-415. Pourtant on en a trouvé un spécimen à Bénarès (A. S. I., Ann. Rep. 1904-5, pl. XXX b) et il en existe un autre sur la façade de la grotte VII d’Ajantâ (A. S. W. I., IV, pl. XXVII).

v3.c16.s4.t1.40

¹ Ic. boudd., I, fig. 10 (cf. pl. III, IV); J. A., 1909, pl. 4 et 7; H. PARMENTIER, Inventaire des monuments čams, fig. 117; M. A. STEIN, Anc. Khotan, II, pl. LIII; L'Art décoratif, n° 143, août 1910, p. 64; Ed. CHAVANNES, Mission, pl. 128 et suiv., 180 et suiv.; G. MIGEON, Au Japon, pl. 27, et plaque de terre cuite du musée de Nara, etc.

v3.c16.s4.t1.41

² Cf. ci-dessus, t. II, p. 324 et 586. — Une autre statue, pareillement assise, du Buddha gît mutilée dans les ruines de Takht-î-Bahai

v3.c16.s4.t1.42

³ Deutsche Literaturzeitung, 7 mars 1908, p. 591; cf. M. A. STEIN, Ancient Khotan, I, fig. 62-65 et Sand-buried Ruins of Khotan, frontispice; et A. GRÜNWEDEL, Altb. Kult. Turk., p. 196, 201-202.

v3.c16.s4.t1.43

On ne saurait donc être trop circonspect avant d'affirmer que tel ou tel caractère des images postérieures, trait de détail ou d'importance, était ignoré de l'école du Gandhâra. En revanche il serait par trop pusillanime d'hésiter plus longtemps à tirer jusqu'au

v3.c16.s4.t1.44

[Figure: FIG. 554. — BUDDHA DE PRAYÂGA (cf. p. 611, 681, 700, 703). Trouvé à Mankuwar, district d'Allahabâd. D'après une photog. de l'Arch. Survey.]

v3.c16.s4.t1.45

bout les conséquences logiques de cette enquête en ce qui concerne l'évolution du type du Buddha. Tout d'abord, le terrain étant définitivement débarrassé de la chimère du « type indien originel », il ne peut plus être question de regarder la création gandhârienne comme une adaptation hellénisante d'un modèle indigène préexistant. Par voie de réciprocité, dans les mutations inévitables que le prototype aura subies d'Inde en Inde, on doit d'avance s'attendre à suivre la marche d'une « indianisation » progressive de l'original indo-grec. Des principes analogues guideront notre revue des Buddhas de la Haute-Asie : car chez eux aussi se manifestent certaines modifications à mesure qu'ils passent de la Sérinde à la Chine et de la Chine au Japon. Assurément nous ne pousserons pas l'amour du parallélisme jusqu'à commencer également par discuter, après la question du « type originel indien », celle d'on ne sait quel type chinois primitif. Libre à M. Kakasu Okakura de décréter, sans d'ailleurs en apporter (et pour cause) le moindre commencement de preuve, « qu'une étude plus profonde et mieux informée des œuvres du Gandhâra révélera une plus grande prédominance de l'influence chinoise que de la prétendue influence grecque¹ ». Sa profession de foi pan-mongolique, contraire à toute l'évidence des monuments et des textes, ne supporte pas la discussion. A des affirmations aussi tranchantes et injustifiées, notre intention n'est pas de répondre sur le même ton en niant à notre tour la part de la Chine dans le développement de l'art bouddhique : l'histoire nous apprend seulement que son intervention a été beaucoup plus tardive. C'est ainsi — les documents chinois nous en ont eux-mêmes donné l'assurance, — qu'elle n'a été pour rien dans la genèse du type idéal du Buddha : mais c'est de la « sinification » de ce dernier que nous nous apprêtons à suivre les progrès à travers l'Asie centrale.

v3.c16.s4.t1.46

¹ KAKASU OKAKURA, The Ideals of the East (Londres, 1903), p. 78 et cf. p. 72.

§ II. L'évolution du type du Buddha

v3.c16.s4.t2.1

Il faut en toute chose garder la mesure. La fidélité, pour ne pas dire la servilité avec laquelle, dans les lieux et les temps les plus divers, les fabricants d'idoles bouddhiques se sont attachés à repro- [Figure: FIG. 555. — BUDDHA DE BÉNARÈS. (cf. p. 370, 481, 611, 681, 683, 701, 703, 716). Trouvé et conservé à Sárnáth. Hauteur : 1 m. 60. Cf. A. S. I., Ann. Rep. 1904-5, pl. XXIX c.]

v3.c16.s4.t2.2

duire au moins l'aspect d'ensemble du prototype indo-grec du Buddha, s'impose avec toute l'évidence d'un fait palpable, aisé à contrôler dans le premier album ou musée oriental venu : et c'est pourquoi, s'ils risquent de baisser dans l'estime des critiques, ils sont sûrs de garder la reconnaissance des iconographes. Quand les premiers amateurs d'art japonais avaient l'impression de retrouver dans leurs bibelots exotiques un sentiment classique des proportions et de la draperie, et un caractère « plus indien que chinois(1) », ils ne se doutaient guère que leur opinion, alors si risquée en dépit de sa justesse, serait un jour susceptible d'une si minutieuse vérification. A la lumière des récentes explorations, leur hasardeuse conjecture s'est muée en certitude historique. En même temps elle s'est singulièrement précisée. Non seulement des traits étranges et frappants, tels que l'exagération des oreilles ou la protubérance du crâne ont trouvé ou trouveront une explication naturelle ou satisfaisante : on pourrait déjà pousser les rapprochements jusqu'à des caractères plus subtils. Il n'est pas, par exemple, jusqu'à cette rondeur lourde du bas du visage, que nous avons à tort ou à raison reprochée à nos statues gandhâriennes(2), qui ne se remarque chez les Buddhas sino-japonais (fig. 564-566, 582, 590) aussi bien d'ailleurs que chez les Javanais (fig. 561, 568, 580). Mais, encore une fois, l'air de famille de tous les Buddhas connus est un fait d'évidence sensible, et que nous avons assez longuement vérifié pour être sûrs de n'être victimes d'aucune illusion d'optique. Ce qui importe à présent, c'est de marquer et, si possible, de coordonner, après les ressemblances, les différences non moins indéniables qui les séparent selon les pays et qui ne pouvaient manquer de s'accentuer entre eux à mesure qu'ils s'éloignaient dans l'espace et le temps de la souche de leur race. Car c'est bien au fond d'une étude anthropologique qu'il s'agit. Un jour même, avec les progrès de l'archéologie, tout un système élaboré de mensuration sera ici de mise : mais il va de soi que nous ne saurions déjà prétendre à tant de scientifique rigueur.

v3.c16.s4.t2.3

¹ GONSE, L'art japonais, I, p. 166.

v3.c16.s4.t2.4

² T. II, p. 357.

v3.c16.s4.t2.5

D'un certain nombre de ces variations, d'ordre soit corporel, soit seulement vestimentaire, nous nous sommes déjà servis incidemment pour la chronologie interne de l'école du Gandhâra¹ : nous voudrions essayer à présent de dégager leur place et leur valeur exactes dans la série universelle des images du Buddha, sans d'ailleurs qu'il soit ordinairement besoin de descendre plus bas que le xe siècle. Or, si nous reprenons de ce point de vue la visite des collections ou simplement l'examen des recueils d'images, nous remarquerons bientôt que les modifications les plus importantes, parce que les plus constantes, portent sur le traitement des draperies et sur celui des cheveux. Et cette première constatation ne pourra manquer de nous donner à réfléchir. N'est-ce pas justement l'exécution technique de ces éléments² qui nous a le plus clairement dénoncé l'origine occidentale des créateurs du type ? Et n'est-ce pas sur l'atténuation progressive de leur allure hellénisante que nous avons bâti notre essai de classement chronologique des Buddhas gandhâriens ? Il semble donc que nous ayons seulement à étendre les observations déjà faites sur le clan originel à tous les membres de la tribu, si dispersés qu'ils soient. Aussi bien les circonstances historiques de leur transformation n'étaient-elles pas, ici et là, sensiblement les mêmes ? Qu'il se perpétuât au Gandhâra ou qu'il se répandît dans l'Inde et en Extrême-Orient, le prototype du Bienheureux ne pouvait que tomber des mains de ses initiateurs dans celles de leurs imitateurs et continuateurs indigènes : et comment ceux-ci n'en auraient-ils pas pris avantage pour l'accommoder, consciemment ou non, à leurs idées et à leur goût ? Telle est l'autre face du problème que pose l'évolution plastique de l'idole bouddhique par excellence. Dans les pages précédentes, nous avons suivi avec les yeux complaisants d'un Européen l'installation triomphante du Buddha indo-grec dans tout l'Orient du Vieux-Monde : et il n'est pas douteux, en effet, qu'il n'y ait été reçu avec enthousiasme, et qu'artistes et fidèles ne se soient partout inclinés devant le prestige de sa beauté. Mais il est non moins évident que sur les deux points déjà signalés — et d'autres, plus intimes — la technique grecque choquait à la fois leur esthétique et leur orthodoxie, et qu'ils le firent bien voir. Regardé par l'autre bout de la lorgnette, le *dig-vijaya* du Maître nous apparaîtra plutôt comme la lente, mais irrésistible absorption de l'image semi-européenne qu'une école étrangère avait, par le seul jeu de sa supériorité souveraine, imposée dès l'abord à l'admiration, voire à l'adoration des peuples asiatiques. Toute action appelle une réaction ; et il est à la fois vrai de dire que le Buddha a conquis l'Asie, et celle-ci son vainqueur.

v3.c16.s4.t2.6

¹ Cf. ci-dessus, t. II, p. 550, 553, etc.

v3.c16.s4.t2.7

² Cf. t. II, p. 282, 350 et suiv.

v3.c16.s4.t2.8

LES CHEVEUX. — Mais laissons ces trop ambitieuses généralités et reprenons notre patiente analyse. Des deux traits convenus de la figure du Bienheureux qui, par leur promptitude et leur persévérance à se transformer, ont tout d'abord attiré notre attention, les cheveux et les draperies, le premier est de beaucoup le plus important : car là il ne s'agit pas seulement d'une affaire de mode, mais d'une belle et bonne hérésie. Deux choses sont en effet également certaines : l'une, que les statues du Buddha — si tant est que le Buddha eût jamais dû avoir de statue — devraient toutes, comme on sait déjà¹, avoir la tête rasée ; l'autre, que ces mêmes statues ont toutes, comme on peut voir, gardé leur chevelure. Même dans les écoles qui, à la différence de celle du Gandhāra, représentent le Prédestiné en train de se couper les cheveux², son crâne, après cette opération, n'en devient pas plus chauve. On se rappelle peut-être à quel point cette question est étroitement liée à la genèse de l'*uṣṇīṣa* et comment cet ornement postiche nous a paru devoir son artificielle existence aux dévotes exigences de fidèles rigoristes, compliquées de la routinière maladresse de quelques apprentis sculpteurs (1). La théorie a pu sembler assez alambiquée : elle n'en trouve pas moins sa confirmation dans la revue que nous sommes en train de passer des images du Buddha.

v3.c16.s4.t2.9

¹ Cf. t. II, p. 279 et suiv.

v3.c16.s4.t2.10

² Cf. t. I, p. 364. Le fragment de schiste trouvé à Khotan, et déjà signalé à cette place, a été depuis publié (M. A. STEIN, *Anc. Khotan*, pl. XLVIII, Kh. 003 g.).

v3.c16.s4.t2.11

FIG. 556. — BUDDHA (DE MATHURÂ), AU MAGADHA (cf. p. 609, 681, 701). Musée de Calcutta, n° B. G. 1. Provenant de Bodh-Gayâ. Hauteur : 1 m. 18.

v3.c16.s4.t2.12

De tous les signes caractéristiques du grand homme, celui qui lui avait ainsi poussé après coup sur la tête est aussi le seul chez lequel nous puissions relever des modifications vraiment foncières, et cela jusqu'à nos jours. L'uṣṇīṣa, s'il faut l'appeler de ce nom, se porte en effet de bien des manières, non seulement rond, à l'ancienne mode, mais encore conique au Cambodge, ou en pointe, comme au Siam, ou en forme de flamme comme au Laos, ou de lyre comme à Ceylan (fig. 569-572). Évidemment les fantaisies individuelles ou nationales se sont ici donné carrière : et l'on pourrait être tenté de voir dans ces « variations » une vérification de plus de l'axiome des théologiens « que l'orthodoxie est une et que l'hérésie est multiple ». En réalité elles proviennent simplement du fait qu'il n'existait sur ce point aucune tradition fixée. Et comment les vieux textes sacrés, qui n'avaient même pas idée d'une représentation du Maître, auraient-ils pu en effet dogmatiser à l'avance sur une déformation, aussi tardive qu'inopinée, de ses statues gandhâriennes¹ ? Au contraire, le fait que l'uṣṇīṣa était sorti d'une sorte de compromis entre donateurs et artistes ouvrait désormais la porte à toutes les combinaisons possibles, selon les hasards de l'heure et du lieu. C'est tout juste si, à travers ses transformations, ce « signe » est demeuré d'ordinaire (mais non toujours²) sur le sommet du crâne, à la place originelle de ce chignon indien dont il n'est en définitive qu'une malfaçon.

v3.c16.s4.t2.13

¹ Notons toutefois que le cliché auquel nous avons fait allusion plus haut (t. II, p. 299) a pu donner prétexte aux modernes, pour figurer l'uṣṇīṣa sous forme d'une excroissance flamboyante (cf. pour l'ūrṇā, t. II, p. 289).

v3.c16.s4.t2.14

² Nous avons déjà eu l'occasion de signaler que, sur les miniatures bengales du XIe siècle (cf. Iconogr. bouddh., pl. X, 1 et 4), il est de forme pointue et placé sur l'arrière de la tête, comme un toupet de clown.

v3.c16.s4.t2.15

Il est inutile d'insister sur les fioritures modernes, mais intéressant de noter les trois variantes anciennes du motif. L'une des plus curieuses nous est offerte par une image déjà familière de Mathurâ (fig. 550) et se retrouve, non moins nette, sur une tête détachée de même provenance, aujourd'hui à Lakhnau (fig. 551). Les sculpteurs locaux ont bien renoncé à raser la tête du Buddha — moins, semble-t-il ici, par respect pour le modèle gandhârien que par crainte de le faire méprendre pour un simple moine ; mais, probablement par déférence pour la mode locale, ils ont roulé en spirale sur le sommet du crâne la longue mèche caractéristique des Hindous. Au total ils ont fabriqué une figure du Maître qui, avec son chignon « en forme de coquillage », mériterait, au même titre que Çiva, l'épithète de *kapardin*¹. Cette bizarre élucubration

v3.c16.s4.t2.16

¹ C'est évidemment là une mode à l'usage des laïques : toutefois le nom a pu être donné à des ordres ascétiques qui se bornaient, comme font encore la plupart des *sâdhu* actuels, à se découvrir la tête sans la raser.

v3.c16.s4.t2.17

Fig. 557-558. — Buddhas (de style Pâla), au Magadha (cf. p. 611, 681, 701, 704, 730). Fig. 557. — Musée de Calcutta, n° Kr. 15. Provenant de Kurkihâr. Hauteur : 1 m. 05. Fig. 558. — Trouvé près de Râjagriha; cf. J. A. S. of Beng., LXIII, I, pl. II, 1894.

v3.c16.s4.t2.18

n'eut d'ailleurs, si l'on en croit les fouilles, aucun succès. Plus durable se montra un autre procédé dont s'avisa la même école et qui s'amorce déjà sur les deux images en question : nous voulons parler de cette façon d'arrêter rigoureusement sur le front la ligne des cheveux, dont la masse n'est plus indiquée que par un modelé parfaitement lisse : si bien que, tout en gardant la silhouette caractéristique du chignon, la tête paraît entièrement rasée (cf. fig. 584). Ce mode de compromis entre les deux tendances opposées que nous avons dites est fort ingénieux et d'ailleurs des plus commodes pour l'ouvrier : aussi ne s'étonnera-t-on pas outre mesure qu'il ait joui de quelque faveur. On le retrouve non seulement dans l'Inde sur un Buddha du Madhyadêça (fig. 554), mais jusqu'en Sérinde (fig. 563) et en Chine (fig. 540 et 564). Il fut toutefois éclipsé et supplanté à peu près partout par les « boucles frisottantes et toutes tournées vers la droite » qui avaient pour elles l'autorité du texte — encore que détourné de sa véritable application — des saintes écritures. Tel est, on s'en souvient, le parti qu'avaient pris, de guerre las, les artistes du Gandhâra. Mieux valait encore pour eux s'exécuter de bonne grâce que d'exposer leurs œuvres à des retouches du genre de celles dont la belle tête indo-grecque de la figure 573 porte si visiblement la trace édifiante, mais déplorable. Is fecit cui... placet : le coupable s'y dénonce assez de lui-même. C'est pour flatter le goût ou les préjugés indigènes qu'une main indienne s'est intentionnellement efforcée d'effacer par le frottement l'indécente luxuriance de la chevelure, en même temps qu'elle se plaisait à reprendre les sourcils pour mieux en souligner la jonction. Devant cet insigne « sabotage », on conçoit que les sculpteurs gandhâriens aient préféré se réformer eux-mêmes. Il ne faudrait pas croire d'ailleurs que, pressés d'abandonner leur procédé favori des « ondes », ils aient dû inventer tout exprès pour la circonstance celui des boucles. Quelque archaïque qu'il dût paraître à leurs yeux comme aux nôtres, ce dernier leur était également familier, et se montre sporadiquement sur des œuvres de bonne époque. C'est ainsi que la figure 152 en gratifie un dieu et la figure 151 le neveu d'Asita, personnage encore respectable : mais le fait qu'on le prête également à de simples lutteurs (fig. 303, et cf. I, p. 334) ou même à des démons (cf. fig. 528 et 465) prouve assez qu'il n'avait pas à l'origine le caractère hiératique et sacré que finit par lui donner son association avec la tête du Maître.

v3.c16.s4.t2.19

Sous le bénéfice de ces observations, rien ne serait plus aisé — car les têtes sont ce qui nous manque le moins — que de suivre à travers les collections publiques ou privées la progressive schématisation et la transformation finale de la chevelure « à la grecque » du Buddha gandhârien. Comme point de départ nous prendrions quelque spécimen de bonne époque dont les ondes soient encore souples et fluides (fig. 574 et 574 bis; cf. fig. 445-449, 480-481, etc.). Mais bientôt nous verrions, sans que les mèches cessent pour cela d'être longues, leurs ondulations commencer à se dessécher et à se figer (fig. 575; cf. fig. 455-456, 482, etc.). Sur la figure 576, elles semblent déjà se rompre en petites vaguettes distinctes. Enfin, sur la figure 577, apparaissent les boucles crépues¹; et il suffira à celles-ci de se styliser à leur tour (fig. 578; cf. fig. 483), pour nous présenter d'avance l'apparence stéréotypée des images de Mathurâ (fig. 579; cf. fig. 587), de Bénarès (cf. fig. 555, 567 et 588), ou du Magadha (cf. fig. 556-558). Il ne nous resterait plus qu'à suivre la fortune de ce procédé au Cambodge (fig. 581; cf. fig. 560) et à Java (fig. 580; cf. fig. 561 et 568), en Chine (cf. fig. 541) et au Japon (fig. 582; cf. fig. 566 et 590). Mais, à l'aspect de ces dernières, surtout des figures 581 et 582, qui se douterait, si nous ne venions de suivre la filière de leurs modifications successives, que ces rangées de rugosités, pareilles à des alignements de grains de chapelet, représentent les vestiges atrophiés des anciennes boucles? Il n'est pas surprenant que les Bouddhistes d'aujourd'hui s'y trompent eux-mêmes. Nous nous sommes laissé conter qu'au Laos les gens ont une façon à eux de comprendre la coiffure spéciale du Maître. Un jour, disent-ils, un de ses fidèles, craignant qu'il ne prît une insolation, a coiffé sa tête rasée d'un fruit, préalablement évidé, de jaquier (ou arbre-à-pain). Il est de fait que rien ne ressemble mieux à l'écorce rugueuse de la jaque que le crâne grenu d'un Buddha laotien ou siamois (cf. fig. 571-572) : mais tout de même nous croyons notre théorie archéologique préférable. Nous ne sommes pas davantage disposé à abandonner celle que nous avons avancée à propos des draperies « à la grecque » pour adopter la version mongole de leur origine : car sur ce point aussi des fidèles, paisiblement ignorants de l'art hellénique, ont inventé de toutes pièces une explication qui leur fût intelligible. Les artistes chargés d'exécuter la première image du Maître, éblouis par sa splendeur, n'auraient pu copier que la tremblante réflexion de sa personne dans l'eau : et les ondulations serpentant sur cette eau rendraient compte des plis, à leur gré inutiles et même disgracieux, qui courent sur le costume¹.

v3.c16.s4.t2.20

¹ Nous ne revenons pas ici sur la manière dont lesdites boucles ont envahi le soi-disant uṣṇīṣa (cf. t. II, p. 296). — La Bṛhat-Saṃhitā de Varāha-Mihīra, qui décrit sommairement les Buddhas de son temps (viᵉ siècle), note ces cheveux courts (58, 44). — Les musées indiens conservent nombre de ces boucles détachées.

v3.c16.s4.t2.21

¹ Cf. A. GRÜNWEDEL et J. BURGESS, *Buddhist Art in India*, p. 171-172, d'après G. HUTH, *Geschichte des Buddhismus in der Mongolei*, II, p. 409. Voir particulièrement certains Buddhas de Rawak (M. A. STEIN, *Anc. Khotan*, p. 490). — Nous reviendrons dans un instant (§ III) sur les légendes relatives à la création de la première statue du Buddha : nous avons affaire ici à une variante de celle que nous conterons p. 720-722, d'après le *Divyāvadāna*.

v3.c16.s4.t2.22

LES DRAPERIES. — Mais laissons ces billevesées, pour significatives qu'elles soient, et reprenons le fil de notre étude. L'expérience qui vient de nous réussir sur les cheveux, nos documents nous invitent à la recommencer immédiatement à propos des draperies : et, de fait, ils nous présentent également toute la série des nuances intermédiaires entre le faux himation et la véritable saṅghāṭi. Nous partirions cette fois encore du beau manteau, si bien drapé à la grecque, de la planche II (cf. fig. 477-478 et 480) ; mais déjà sur la figure 583 (cf. fig. 481-483) nous en verrions l'étoffe, naguère si hardiment creusée et si librement flottante, s'étriquer et se plaquer sur le corps, comme si elle venait d'être mouillée. La tendance à atténuer les creux et à mouler, pour ainsi dire, le torse et les membres se précise et s'exagère, à mesure que nous pénétrons dans la péninsule, sur les images de Mathurâ et d'Amarâvatî (fig. 584-587 ; cf. fig. 552-553) : toutefois on ne sait quel scrupule fait encore respecter, pour amenuisés qu'ils soient, l'indication traditionnelle des plis. Si nous descendons à la fois jusqu'au

First 72 of 175 passages. Read on

Linked texts (21)