L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s3.30
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s3.30
- Language
- French
v3.c17.s3.30
Si l'art, visible et palpable, nous a fourni le commentaire le plus prompt de la carte de Ptolémée, il ne faut pas oublier par ailleurs que les idées aussi voyageaient, en même temps que les formes décoratives, le long des grandes voies commerciales qui menaient des colonnes d'Hercule au pays des Sinæ. Certes, nous avons vu, comme par une sorte de convention tacite, le Christianisme et le Bouddhisme se tourner le dos et marcher l'un à la conquête de l'Occident et l'autre de l'Orient : mais il va de soi qu'ils se sont rencontrés dans la zone indivise de l'Asie antérieure, patrie de cette gnôse à laquelle tous deux ont à la fois contribué et puisé. Tandis que l'Église syrienne s'implantait dans l'Inde et que le nestorianisme suivait dans l'Asie centrale les traces de la Bonne Loi, la théosophie indienne pénétrait de son côté, à la faveur des échanges, non seulement à Babylone, mais à Alexandrie et jusque dans Rome. Le syncrétisme qui éclate dans l'art existe aussi, non moins fécond mais plus caché, dans le domaine de la pensée religieuse. Un jour viendra où nous discernerons mieux ces mouvements d'idées : mais déjà il semble que nous devions distinguer deux grands moments. Le courant d'influence qui, jusqu'au IIe siècle de notre ère, portait à l'Est de toute la hauteur de la science et de l'art helléniques, commence avec leur déclin, à partir du IIIe, à osciller, sinon même à refluer. Bientôt, quand avec les invasions des barbares se sera consommé le naufrage de la raison occidentale, ce sera le tour de l'Inde d'apporter au monde méditerranéen, retombé en enfance, une pâture à sa convenance dans la sagesse de ses contes et l'édification de ses légendes. C'est alors que des traductions pehlvies et syriaques feront entrer tant de fables et de fabliaux dans notre littérature européenne, et introduiront le Bodhisattva sous le nom de Josaphat dans le martyrologe romain : si bien qu'enfin on croira trouver des traces d'influence bouddhique jusque dans les fresques du Campo Santo de Pise (1). Mais ce contre-courant indien s'est produit trop tardivement pour intéresser l'objet de notre étude. Si nous le rappelons ici, c'est qu'il a l'avantage de nous conduire jusqu'à la fin du xive siècle, c'est-à-dire à la veille de l'apparition de Vasco de Gama devant Goa, et de la reprise des relations directes entre l'Europe et les Indes orientales. Aussi bas que nous descendions, aussi haut que nous puissions remonter, jamais nous ne trouvons trace de l'artificielle muraille qu'on s'était accoutumé à dresser entre l'Est et l'Ouest de l'ancien continent. L'Inde, ni même la Chine, n'ont pas attendu les temps modernes pour entrer dans le courant de la civilisation universelle. Nous ne saurions souhaiter pour notre ouvrage de meilleur résultat que de porter le dernier coup aux préjugés surannés, mais toujours vivaces, qui ont trop longtemps borné le monde ancien à l'horizon de la Bible et aux limites de l'Empire romain.