Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s3.31

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s3.31

Language
French

v3.c17.s3.31

Que d'ambition, dira-t-on peut-être, et comme elle se sent bien des lieux qu'étudie spécialement l'auteur! Ne voilà-t-il pas un petit Gandhâra qui veut se faire aussi gros que le monde? — Qu'on nous raille, pourvu qu'on nous écoute. Nous nous sommes honnêtement efforcé de garder une impartialité entière et de ne pas faire, selon le proverbe indien, comme le tisserand qui tire toujours à soi le battant de son métier; ou du moins, si nous avons déformé quelque peu la valeur relative des faits, c'est seulement dans la mesure où il nous a fallu concentrer la lumière des documents et l'attention du lecteur sur un sujet et un pays particuliers, au détriment des autres. Arrivé au terme, nous ne craignons pas de dire qu'il serait difficile d'exagérer l'importance du rôle que le Gandhâra, en vertu de sa situation géographique, a joué dans l'histoire du Bouddhisme et par suite de la civilisation générale du Vieux monde. Terre d'élection des artistes classiques et berceau ou séjour favori de maints grands docteurs bouddhistes, il a su tout d'abord donner leur forme définitive à la légende et à la figure du Maître, puis faire pénétrer dans le vieux salutisme de l'Inde centrale l'esprit nouveau qui soufflait de l'Occident. Au point de vue des idées comme de l'art, il est vraiment la tête orientale du pont qui reliait le bassin de la Méditerranée à tout l'Extrême-Orient. Aussi est-il du moins un mérite qu'on ne lui contestera pas : c'est d'avoir facilité de nos jours l'initiation du public européen à l'intelligence de l'art bouddhique de l'Asie. Ses détracteurs eux-mêmes en conviennent, et peut-être après cela ont-ils mauvaise grâce à lui reprocher son caractère hybride et, pour le définir d'un mot, eurasien. Là gît au contraire pour nous son intérêt essentiel. Du point central d'observation que nous avons choisi, il nous est nettement apparu que l'Orient et l'Occident ne sont pas, comme on l'a trop répété, séparés par un abîme infranchissable. Déjà ils se sont rencontrés et ils se rencontrent encore. Non contents d'avoir développé la même morale, nous les avons vus communier sous les espèces de l'art comme nous les voyons faire aujourd'hui sous celles de la science. Et la raison en est simple. C'est qu'en dépit de toutes les différences de temps, de lieux et de races, il n'y a qu'une science, qu'un art, qu'une morale, parce qu'il n'y a au fond qu'une humanité.