Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.5
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.5
- Language
- French
v1.c2.s3.5
Une ère nouvelle s'ouvre alors dans la connaissance de l'Orient. Déjà, sans doute, l'esprit d'apostolat, cultivé par une congrégation d'élite, avait enrichi la science d'un nouveau domaine ; les Jésuites ont révélé à l'Europe les antiquités chinoises. Mais leur œuvre, toute méritoire qu'elle est, poursuit un intérêt pratique qui en restreint la portée ; les apôtres de la Chine se sont mis à l'école des lettrés chinois pour apprendre à les combattre. Les Encyclopédistes du XVIIIe siècle usent à leur tour de la même tactique contre les Jésuites, leurs adversaires ; ils leur demandent des armes pour ruiner leurs dogmes. Insurgés contre la révélation, ils fouillent avec une passion généreuse les archives suspectes des races que l'histoire universelle se croyait en droit de négliger jusque-là ; il leur tarde de mettre en lumière la solidarité de l'espèce humaine. Sous leur impulsion féconde, les découvertes jaillissent partout ; la France marque son passage dans l'Inde par Anquetil et l'Avesta retrouvé, en Égypte par Champollion et les hiéroglyphes déchiffrés. Maîtresse de l'Inde à son tour, l'Angleterre y enfante les Wilkins, les William Jones, les Colebrooke, créateurs glorieux de l'érudition sanscrite. Par le sanscrit, un Allemand, Bopp, fonde la grammaire comparée, et brisant les cadres factices qu'avait consacrés l'éloquence théologique de Bossuet, il montre les ancêtres, longtemps privilégiés, des Grecs et des Romains confondus dans une seule famille avec les Celtes, les Germains, les Slaves, les Perses, les Hindous. Le génie de l'Europe a élargi la conscience du monde. Détaché des légendes qui l'avaient bercé, l'homme scrute dans le passé le secret de son histoire et de ses origines. Le Népal voit alors des Européens, que les Capucins n'avaient point annoncés, interroger ses annales, ses traditions, ses inscriptions, ses manuscrits. Les Hindous mêmes, gagnés par la contagion, entraînés surtout peut-être par ce goût d'imitation (φιλοτεχνια) que Néarque observait chez eux dès le temps d'Alexandre, secondent la curiosité de l'Occident et prennent une place honorable dans l'étude des antiquités népalaises.