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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t2.83

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t2.83

Language
French

v1.c2.s3.t2.83

Une première rencontre se produisit à Tingri Meidan, entre Shikarjong et Kuti ; les Gourkhas, vaincus après une lutte acharnée, battirent en retraite ; Fou-k'ang occupa sans lutte la passe de Kirong (juillet 1793), mais la montagne coûta aux envahisseurs plus d'hommes que la bataille ; l'avalanche et le précipice étaient plus meurtriers que les Gourkhas. Une à une les positions des Gourkhas tombèrent aux mains des Chinois ; Fou-k'ang avait à son service une artillerie légère qui fit merveille : des canons de cuir qui tiraient cinq ou six bombes, et qui éclataient ensuite. Enfin l'armée chinoise apparut sur la hauteur de Dhebang, au-dessus de Nayakot, à une journée de Katmandou (30 kilomètres), le 4 septembre 1792. Les Gourkhas massés tentèrent un suprême effort ; mais Fou-k'ang lança sur eux ses troupes, soutenues et maintenues par son artillerie qu'il avait fait installer en arrière, à la manière chinoise, contre les ennemis et contre les fuyards. Le Népal était définitivement vaincu ; il ne restait comme ressource que de recourir aux voisins détestés qui occupaient le Bengale. Le roi Gourkha sollicita le secours des Anglais ; mais Lord Cornwallis, en date du 15 septembre, se refusa à une intervention armée : il alléguait les goûts pacifiques de la Compagnie et l'intérêt du commerce anglais à Canton. Il s'offrait toutefois en médiateur entre les deux parties et annonçait l'envoi d'un représentant autorisé (Kirkpatrick). Le Népal n'avait plus qu'à choisir entre les ennemis de son indépendance ; il préféra s'arranger avec les Chinois. Fou-k'ang ne se montra pas trop exigeant ; son armée était réduite en nombre, épuisée par la fatigue et par le climat ; l'hiver approchait, qui allait fermer les passes ; une fois bloqués au Népal, sans ravitaillements et sans base d'opération, ses soldats étaient perdus. L'Empereur, il est vrai, avait d'abord eu l'intention de diviser le Népal en plusieurs principautés, à la façon des pays tartares et conformément aux traditions du pays. Fou-k'ang n'alla pas jusqu'à cette extrémité : les Gourkhas rendirent les conventions signées en 1790 et désavouées par le Dalai-Lama, les richesses : bijoux, sceaux d'or, boules dorées du faîte des pagodes, qu'ils avaient rapportées du pillage du Tibet, et aussi deux lamas : Tan-tsing et Pan-tchou-eul, qu'ils avaient faits prisonniers. Chamar-pa s'était empoisonné, de gré ou de force ; son cadavre fut remis aux Chinois. Enfin les Gourkhas offrirent en tribut des éléphants domestiques, des chevaux indigènes et des instruments de musique, demandant qu'il leur fût éternellement permis de vivre sous les lois de la Chine. L'Empereur profita de la victoire pour consolider l'autorité chinoise au Tibet : il y établit une garnison régulière de 3 000 soldats indigènes et de 1 000 soldats chinois et mandchous ; des postes chinois furent répartis tout le long de la frontière sous prétexte de veiller à la loyauté des échanges, mais avec la mission réelle d'interdire l'entrée du pays aux Européens ou même à leurs sujets asiatiques. Un nouveau règlement sur l’élection du Grand-Lama restreignit encore les droits féodaux de l’Église. Le succès des Chinois coûta plus cher au Tibet qu’au Népal. L’Empereur avait appris par les rapports officiels le courage indomptable du petit peuple qui avait osé lui faire échec ; l’ambassadeur (Macartney) envoyé par les Anglais à la cour de Pékin « pour porter le tribut » en 1795 confirma et compléta ces informations. K’ien-long se le tint pour dit. Sur le point d’abdiquer après soixante ans de règne (1736-1796), il recommandait à son successeur de ne point intervenir sans nécessité absolue dans les affaires des Gourkhas¹.