Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.126
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.126
- Language
- French
v1.c4.126
Une inscription d'Amçuvarman, qui stipule une donation à Jala-çayana, garantit aussi le long passé de Viṣṇu sous ce vocable. Pour la tradition indigène, l'origine du Jala-çayana remonte bien plus haut : c'est sous Dharma datta de Kâñcî, roi mythique de l'imaginaire Viçâla-nagara, qu'un yogi édifia le premier sanctuaire de Jala-çayana, au pied du mont Sivapuri. Le roi Vikramajit, autre héros de contes, fit un étang avec une image de pierre à quatre bras ; son successeur Vikramakesari vit l'étang se dessécher tout d'un coup ; inquiet, il consulta les sages, apprit que le dieu réclamait un sacrifice humain, et se dévoua comme victime. L'histoire réelle semble commencer avec le roi Haridatta varma, de la dynastie Sûryavamçi, qui se distingua par son zèle pour Nârâyaṇa. Une nuit Jala-çayana lui apparut en rêve, et lui révéla la place où il gîsait sous les décombres ; le roi ordonna de déblayer, et la statue reparut au jour. Par malheur un coup de pioche maladroit avait brisé le nez ; on se garda de réparer l'accident, et le Jalaçayana d’à présent a toujours le nez cassé. Haridatta donna à l’image le nom de Nîlakantha, nom inattendu, puisqu’il s’applique exclusivement à Çiva ; mais le syncrétisme religieux du Népal apparaît encore à ce trait : avec ses quatre bras et les attributs ordinaires de Viṣṇu, la statue étendue au milieu d’un étang n’en rappelle pas moins le Nîlakantha authentique qu’on adore au lac du Gosain-than. Jala-çayana n’est plus connu que comme « le Vieux Nîlakantha » (Budhâ-Nîlakantha)¹, depuis qu’au xviiᵉ siècle le roi Pratâpa Malla a installé « le Nouveau Nîlakantha » (Bâla-Nîlakantha ou Bâla-jî). Pratâpa Malla avait fait sculpter dans la cour de son palais de Katmandou, au milieu d’un bassin, une réduction du Nîlakantha² ; puis il y avait amené, au prix d’un labeur obstiné, l’eau de l’étang sacré. Le Vieux Nîlakantha lui apparut alors en songe et l’avertit que si jamais un roi du Népal venait le visiter, ce roi mourrait fatalement d’une mort prompte. Depuis lors, c’est le Nouveau Nîlakantha, Bâla-jî, qui reçoit aux jours prescrits la visite des rois.