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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.125

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.125

Language
French

v1.c4.125

NÂRÂYAṆA. — Viṣṇu, le concurrent et l'égal de Çiva dans la mythologie classique de l'Inde, n'a pas réussi à prendre une personnalité aussi vigoureuse et aussi saillante au Népal. Au lieu de se condenser dans une figure de choix, son culte et sa légende se sont éparpillés. Sous le vocable de Nârâyaṇa, il est populaire dans toute la vallée, et parmi toutes les classes de la population. Mais quatre de ces Nârâyaṇas l'emportent en sainteté et en réputation sur tous les autres : Caṅgu-Nârâyaṇa, Çeṣa-Nârâyaṇa, Ićaṅgu-Nârâyaṇa, et Ćayaju-Nârâyaṇa. Caṅgu-Nârâyaṇa est sans contestation le premier de tous. Le temple qui lui est consacré s'élève sur le Dolâgiri, à l'extrémité orientale de la vallée, entre Bhatgaon et Sankou. Viṣṇu y est associé à la déesse Čhinna-mastâ « Tête-Coupée » Le Nepâla-mâhâtmya raconte qu'en effet Viṣṇu y eut la tête coupée par un brahmane irrité, en application de la loi du talion : le dieu, dans un mouvement de colère, avait coupé la tête d'un démon (Daitya) de caste brahmanique, qui était disciple de Çukra ; et Çukra, froissé, avait maudit le meurtrier. Garuḍa, qui sert de monture à Viṣṇu et qui lui est toujours associé comme Nandi l'est à Çiva, a par un traité en bonne et due forme avec les serpents, ses ennemis séculaires, assuré à la colline le privilège de posséder des serpents sans venin. Les Bouddhistes du Népal ont adopté Čaṅgu-Nârâyaṇa comme ils ont adopté Paçupati ; Viṣṇu ne sert qu'à y manifester la puissance d'Avalokiteçvara. Un jour que Garuḍa luttait avec le Nâga Takṣaka, comme il était sur le point de triompher, grâce à l'aide de Viṣṇu, le Lokeçvara compatissant intervint, conclut un accord entre les adversaires, passa Takṣaka au cou de Garuḍa ; Viṣṇu, porté sur sa monture, prit sur ses épaules, en signe d'humiliation, le Lokeçvara ; et soudain un griffon apparut, qui souleva les trois divinités superposées et s'en alla les déposer au sommet du Dolâgiri. Un groupe sculpté atteste encore aux fidèles la réalité de l'événement. Le pilier à inscription du roi Mâna deva, dressé devant le temple, atteste d'autre part aux esprits critiques l'antiquité du culte local.