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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.143

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.143

Language
French

v1.c4.143

Devî. — La Déesse, *Devî*, doit sans doute à son sexe le privilège d'une popularité universelle dans l'Inde ; vierge et mère, elle a la grâce et la dignité. Épouse de Çiva, elle l'accompagne fidèlement sans lui être enchaînée, et consent volontiers à partager son culte avec d'autres associés. Aucun des dieux, si grand qu'il soit, n'a jamais obtenu l'honneur de porter dans le panthéon hindou le titre exclusif de Deva, de Dieu par excellence. Devî seule n'a pas besoin d'une autre désignation; tous les cultes la reconnaissent comme la Déesse. Elle n'en aime pas moins à être adorée sous de multiples noms, qui expriment la variété de ses attributs ou de ses fonctions, ou qui rappellent les innombrables épisodes de sa vie accidentée. Sous le vocable de Guhyeçvarî, Notre-Dame-du-Secret, elle est la patronne antique du Népal. Mañjuçrî la découvrit et la vénéra, cachée dans la racine du lotus qui portait Svayambhû, manifestée pourtant dans la source limpide qui s'échappait du sol. La ville de Deva-pattana (Deo Patan) s'éleva plus tard sur l'emplacement merveilleux; mais la déesse ne cessa pas d'y recevoir un culte consacré par l'antique tradition. Les brahmanes, qui n'admettent pas l'histoire de Mañjuçrî, n'en ont pas moins une raison d'adorer la Déesse au même lieu. Quand Devî, dans une existence antérieure, était la fille de Dakṣa, son père manqua grossièrement d'égards à Çiva son époux ; froissée dans son amour et dans sa dignité, la déesse se donna la mort en demandant de renaître avec une meilleure parenté : elle devint alors la fille d'Himâlaya. Instruit du suicide de sa bien-aimée, Çiva s'arracha à ses macérations ascétiques pour voler vers le bûcher où Devî était montée volontairement, donnant aux épouses vertueuses un éclatant exemple; il recueillit dans ses bras le corps à demi consumé et retourna, chargé de son précieux fardeau, vers la cime du Kailâsa ; mais les membres brûlés tombèrent un à un le long de la route. L'organe secret (guhya) de la déesse vint tomber sur le bord de la Bagmati; le sol se referma jalousement sur la sainte relique; mais un temple marque le site, et dans le sanctuaire un lotus à huit pétales décorés de syllabes mystiques porte un triangle emblématique que les brahmanes adorent comme le symbole de la vulve génératrice, tandis que pour les Bouddhistes il exprime la Triade sacrée, le Triple-Joyau. L'Alphabetum Tibetanum (p. 194) donne une image de ce lotus, due aux Capucins du Népal, et décrit aussi d'après leur témoignage la multitude des fidèles qui se presse à toute heure dans le temple ; indigènes ou pèlerins venus de loin, hommes et femmes répandent à pleines mains leurs offrandes sur la cavité profonde qui s'ouvre en triangle ; mais les offrandes, absorbées par un artifice aisé, disparaissent sous les yeux des fidèles émerveillés ; et Devî reste insatiable, sans se lasser d'être fécondée non plus que de produire. L'exégèse, à vrai dire, varie avec les sectes ; les Bouddhistes instruits, si tant est qu'il en reste, saluent Guhyeçvarî comme une incarnation de Prajñâ, la science, ou de Dharma-devî, la déesse de la Loi, et comme identique à Ârya-Târâ ; mais le vulgaire qui ne raffine point apporte à la déesse, de l'hindouisme comme du bouddhisme, le même hommage ardent.