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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.67

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.67

Language
French

v1.c4.67

Quoi qu'il en soit de son nom et de son origine, Mañjuçrî a eu le privilège de se maintenir au premier rang du panthéon, malgré la multitude des compétiteurs, à travers toutes les vicissitudes du bouddhisme chinois. Il tient déjà une large place dans les premiers textes bouddhiques introduits en Chine, par exemple dans le *Wen-jou-chi-li wen pou-sa chou-king* et le *Nei-tsang pai pao king* traduits par le moine Leou-kia-tchann, originaire du pays des Yue-tchi, entre 147 et 186 de J.-C., il est exalté dans le *Ratna-karaṇḍaka-vyûha*, traduit par Tchou Fa-hou en 270. Le triomphe de l'École Tantrique avec Vajrabodhi, Amoghavajra et leurs successeurs consolide encore la position attribuée déjà au Bodhisattva par l'École de la Perfection de la Sagesse (Prajñâ-Pâramitâ). En fait, ce dieu de la parole est le patron-né des spéculations, à la manière des Massorètes ou de la Cabbale, sur les mots, sur les lettres, sur leur puissance mystique, spéculations si chères à l'esprit du bouddhisme chinois et tibétain; il est vraiment qualifié pour révéler à Dharmaçrî Mitra le sens profond des douze voyelles, aussi bien que pour enseigner l'abracadabra des formules en grimoire (dhâraṇîs) qui résument et recèlent, pour les barbares du Nord, la sagesse et la puissance des Bouddhas. Émule heureux du Brahmâ indien, il continue à incarner la force souveraine de la parole sacrée, le *brahman* que son rival n'a pas su garder; transplanté des subtils monastères de l'Inde chez les rudes tribus des Yue-tchi, des Tukhâras, des Turuṣkas, des Činas, Mañjuçrî, prince de la Parole, retrouvait en dehors des limites aryennes les couches propices de sorcellerie et de chamanisme où le *brahman* aryen avait poussé et grandi jadis; de l'Hindou-kouch à la mer de Chine, il étendit aisément son empire incontesté. Les Névars ont fini par transformer Mañjuçrî en un simple patron des métiers manuels; mais la tradition fidèle n'en perpétue pas moins dans ce symbole le souvenir de l’influence tartare et chinoise sur les versants méridionaux de l’Himalaya.

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