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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.14

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.14

Language
French

v2.c7.14

Sous le maire du palais, l'usurpateur perce déjà: Amçuvarman a vaincu d'innombrables ennemis: il est le héros; il a le *pratâpa*, ce rayonnement éblouissant de majesté qui est la marque de la personne royale. Avec les inscriptions de Harigaon, la révolution est accomplie. Çivadeva a disparu; Amçuvarman seul occupe la scène. Il a déserté, comme l'indiquent exactement les Vamçavalis, le vieux palais de Mânagṛha consacré par le souvenir des Liččhavis; il s'est établi à Kailâsa-kūṭa, le Madhya-lakhu des chroniqueurs, et c'est là qu'il organise sa cour. Cependant il n'a pas pris encore le titre royal; il continue à se désigner comme le grand marquis; c'est seulement en l'an 39 qu'il laisse tomber ce titre, mais sans oser s'en attribuer un autre; il est simplement Çry-Amçuvarman, avec la plus banale des appellations honorifiques (*çrī*). Il reçoit pour la première fois, dans les documents qui nous sont connus, le titre majestueux de *mahārājādhirāja* dans une inscription du roi Jiṣṇugupta datée de l'an 48. La gêne d'une position mal définie se trahit encore à d'autres détails de protocole. Çivadeva, comme ses prédécesseurs, déclarait au début de ses inscriptions que « son père adoré le suivait de sa pensée » et affirmait par cette formule ses droits de naissance sur le trône qu'il occupait. Amçuvarman n'ose pas tout d'abord employer cette formule, quand le souvenir du coup d'état est encore trop proche, mais il l'adapte par une légère modification. Il substitue au père dont il ne peut se réclamer un personnage plus considérable et dont l'autorité suffit à couvrir tout : « le saint Paçupati, le souverain », c'est ce dieu qui veille sur Amçuvarman. Le père n'intervient qu'au second plan, dans l'expression: *bappa-pāda-parigṛhita* remarquable par la précision de la nuance. Le verbe *pari-grah*, tiré de la racine *grah* « prendre » s'applique à l'introduction solennelle et légale d'une personne étrangère dans la famille, dans la maison, etc... Si Amçuvarman a, comme l'indiquent les Vamçâvalîs, épousé la fille de Çivadeva qui n'avait point de fils, il est entré par une sorte d'adoption en qualité de beau-fils dans la famille royale. Tandis que la femme suit d'ordinaire le mari, ici le mari a suivi la femme pour s'élever au trône. Au reste Amçuvarman se débarrasse bien vite de cette formule compromettante ; à partir de l'an 32 peut-être, de l'an 34 certainement, il n'emploie plus que le libellé banal, reproduit fidèlement dans la suite par tous ses successeurs : *bhagavat-Paçupati-bhaṭṭāraka-pādānugṛhita bappa-pādānudhyāta*. « Le saint Paçupati le favorise ; son père adoré le suit de sa pensée. » Un exercice assez long du pouvoir a, dès l'an 34, transformé l'occupation en possession légitime.