Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.15
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.15
- Language
- French
v2.c7.15
Le panégyrique d'Amçuvarman subit à travers ses inscriptions des oscillations du même genre. Maire du palais, il étale pompeusement ses louanges en concurrence avec le roi, et il exalte par l'office des scribes ses vertus militaires et ses victoires éclatantes ; maître du pouvoir il change de ton et proclame que le nouveau régime, c'est la paix : « Son activité ne se plaît qu'au bien d'autrui ». Passé l'an 30, l'éloge disparaît du protocole ; mais, encore en l'an 32, dans un vers postiche attaché en queue à l'inscription, Amçuvarman proteste à nouveau de ses préoccupations sociales : « Mon cœur purifié n'a d'autre ambition que le bien du peuple... Comment mon peuple pourrait-il être heureux? me dis-je... » L'éloge ne reparaît plus à sa place propre qu'en 39 ; mais le personnage a une fois encore changé de peau. Amçuvarman se présente à la postérité comme un érudit et comme un philosophe : « Il a passé ses jours et ses nuits sur un grand nombre de traités techniques (*çāstras*), il a réfléchi sur leur sens, et il a ruiné les doctrines d'erreur. » L'éloge, pour inattendu qu'il est, semble mérité cependant. Hiouen-tsang, qui passa près du Népal au temps d'Amçuvarman, avait entendu vanter ce prince « qui se distinguait par la solidité de son savoir et la sagacité de son esprit. Il avait composé lui-même un Traité sur la connaissance des sons (*Çabdavidyâçâstra*); il estimait la science et respectait la vertu. Sa réputation s'était répandue en tous lieux¹ ». Les pandits de Bhatgaon, au temps de Kirkpatrick, conservaient encore une tradition qui « datait l'introduction de la première grammaire sanscrite au Népal du temps d'Unghoo Burmah (Amçuvarman) de la postérité de Pussoopûsh Deo »². Les recherches que j'ai poursuivies pour retrouver la Grammaire d'Amçuvarman sont restées jusqu'ici sans résultat; la tradition même consignée en 1793 par Kirkpatrick semble entièrement tombée dans l'oubli. Les inscriptions d'Amçuvarman semblent porter la trace manifeste des préoccupations grammaticales du roi. Avant Amçuvarman, les Liččhavis ont pour pratique constante de redoubler la consonne qui suit immédiatement la lettre *r* soit à l'intérieur du même mot, soit à la rencontre de deux mots. Pânini (VIII, 4, 46) enseigne que cette pratique est facultative; elle est cependant suivie le plus souvent dans les textes épigraphiques. Amçuvarman, au contraire, s'abstient constamment dans ce cas de redoubler la consonne en combinaison. Le changement apparaît dans son nom même. Çivadeva le Liččhavi écrit Amçuvarmman avec une *m* redoublée: Amçuvarman, dans ses chartes, écrit Amçuvarman avec une *m* simple. Son successeur, Jiṣṇu Gupta demeure fidèle à cette graphie ; mais les simples particuliers restent attachés par négligence ou par routine à l'usage ancien. Dans une inscription datée des dernières années d'Amçuvarman, mais qui commémore une fondation privée, le nom du roi est écrit Amçuvarmman avec l'*m* double, comme aussi le nom du donateur, Vibhuvarmman.
Linked texts (1)
- Aṣṭādhyāyī — Pāṇini, Sanskrit