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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.s1: Dynastie de Nânya Deva

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.s1

Language
French

Dynastie de Nânya Deva

v2.c7.s1.1

H. Hamilton. — P. Inscription de Pratâpa malla (Bh. 18). — M. Mudita Kuvalayâçva.

v2.c7.s1.2

| 1. | { Nânya deva W. B. V. Nan Deo K. Nanyop Dev H. | 50 ans. 36 ans. | 1. Nânya deva P. M. |
| 2. | { Ganga deva W. B. V. Kanuck Deo K. Gangga dev H. | 41 ans. 14 ans. | 2. Ganga deva P. M. |
| 3. | { Nara simha deva W. B. V. Nersingh Deo K. Narasingha dev H. | 31 ans. 52 ans. | 3. Nṛsimha P. Nara simha deva M. ... (lacune dans M. ?) |
| 4. | { Çakti simha deva V. Çakti deva W. Bh. | 39 ans. 39 ans. | 4. Ràma simha P. M. |
| 5. | { Râma simha deva W. B. V. [4] Ram Singh Deo K. [4] Ramsingha dev H. | 58 ans. 92 ans. | 5. Çakti simha P. 5. Bhâva simha deva M. |
| 6. | { Hari deva W. Bh. [5] Bhad Singh Deo K. [5] Sakrasingha dev H. [6] Kurm Sing Deo K. | 12 ans. | 6. Bhûpàla simha P. 6. Karmà simha deva M. |

v2.c7.s1.3

Les noms des successeurs de Nânya deva sont assez solidement établis ; leur ordre est moins sûr ; enfin les années de règne qui sont attribuées à chacun d'eux varient au hasard avec les documents. Leur divergence irréductible ne laisse pas de surprendre. La surprise change de nature, si on les additionne. Les nombres de V. donnent au total 219 ans ; ceux de H., 226 ans. La différence apparente se réduit à zéro, car V. seul ajoute 7 années d'anarchie qui complètent le total : 219 + 7 V. = 226 H. Et ce total lui-même donne un pendant par trop symétrique à la période féodale de 225 ans. Nous saisissons ici sur le fait, une fois de plus, les procédés des annalistes. Les Karṇāṭakas du Tirhout avaient régné 226 ans ; en même temps qu'eux des princes indigènes avaient régné sur le Népal. On dédoubla les deux séries parallèles, et on les plaça bout à bout. Des raisons d'ordre positif nous ont déterminé plus haut à choisir entre les dates divergentes la date de 1097 J.-C. pour l'invasion de Nânya deva. Notre choix trouve ici une nouvelle justification. De 1097, invasion de Nânya deva, à 1324, invasion de Harisiṃha deva l'intervalle est de 227 ans.

v2.c7.s1.4

Toutes les généalogies sont d'accord pour rattacher par une filiation continue Harisiṃha deva à Nânya deva. Pratâpa Malla (Bhagv. 18) l'appelle « le diadème du Karṇāṭa » ; Caṇḍeçvara qui fut le ministre de Harisiṃha deva, désigne son maître comme « le rejeton de la dynastie Karṇāṭa » dans ses deux grands ouvrages, le Kṛtya-ratnākara et le Kṛtya-ćintāmaṇi¹. Kirkpatrick enregistre une tradition qui rattachait aussi ce prince à un ancêtre nommé « Bamdeb (Vâma deva), des princes Sûryavamçi d'Ayodhyâ ». S'agit-il de Vâma deva, roi du Népal vers 1080, que W. désigne comme « un descendant d'une branche collatérale de la Race Solaire (Sûrya vamça) de l'ancien roi Amçuvarman ? On croirait en ce cas que Harisimha cherchait à passer pour l'héritier légitime des dynasties indigènes. Très informés sur les aïeux de Harisimha, les généalogistes le sont moins sur son père même ; Hamilton le fait fils de Çakrasimha ; Kirkpatrick et Jagaj-jyotir Malla (prologue du Mudita kuvalayâçva), de Karmasimha ; Pratâpa Malla, de Bhûpâla simha ; Miçaru miçra (qui vivait sous un petit-fils de Harisimha), de Bhaveça (identique peut-être au Bhâva simha de M)¹.

v2.c7.s1.5

¹ Karṇāṭa vamçodbhavaḥ. Introd. au Kṛtya ratnākara, v. 4, cité dans EGGELING, Catal. India Office, III, p. 410. — Karṇāṭādhipa. Introd. au Kṛtya ćintā maṇi, v. 11, cité ib., p. 511. Caṇḍeçvara écrit régulièrement Harasiṃha (et non Hari°). Le Cat. des mss du Mahârâja de Bikanir (Raj. MITRA, Calcutta, 1880) indique sous le n° 1072 (p. 500) un ouvrage de jurisprudence religieuse, le Vratasaṃgraha, composé par un protégé du roi Harisiṃha « rejeton de la tige Karṇāṭa » (Karṇāṭa-vamçāṅkuraḥ), J'ignore s'il s'agit de notre Harisiṃha ou d'un de ses descendants.

v2.c7.s1.6

¹ Introd. au Vivâdaçandra cité par AUFRECHT, Catal. mss. Ox., p. 296.

v2.c7.s1.7

Harisimha régnait sur le Tirhout; sa capitale était Simraun. Les grands empires brahmaniques des alentours avaient disparu, submergés par la marée musulmane. Prthvî râja, le héros des Rajpoutes et le dernier rempart de l'Hindoustan, avait succombé en 1192 ; un an plus tard, Delhi, Kalanjar, Bénarès, la ville sainte, tombaient au pouvoir du sultan ; avant 1200, le Bengale était réduit en province de l'Islam. A l'écart des grandes routes, le Tirhout avait sauvé son indépendance ; adossé à la montagne hérétique, il gardait en un suprême asile les vieilles traditions du savoir orthodoxe. Le ministre de Harisimha, Caṇḍeçvara, présidait à la rédaction de deux Digestes de la loi hindoue ; il poussait la dévotion jusqu'à offrir son pesant d'or aux dieux, dans un rite solennel, sur le bord de la Bagmati sacrée, en çaka 1236 (1314 J.-C.). Mais en 1321, une insurrection militaire renverse les Khiljis du trône de Delhi ; le nouveau sultan, Gheyâs u dîn Tughlak, parcourt ses immenses domaines pour y faire reconnaître la nouvelle dynastie. Un hasard de route le ramène du Bengale par le Tirhout¹. Incapable de résister, plutôt que de se

v2.c7.s1.8

¹ Kirkpatrick nomme par erreur, au lieu de Gheyâs u din Tughlak, Sikandar Lodi (1488-1516). La Vamçâvali bouddhique (W. 177) introduit ici l'empereur Akbar !

v2.c7.s1.9

Temple du petit Matsyendra Nâtha, à Katmandou.

v2.c7.s1.10

soumettre à un maître musulman, Harisimha s'enfuit au Népal. La tradition a enregistré le souvenir précis de l'événement. « En çâka 1245, la neuvième tithi du mois de Pauṣa, quinzaine claire, un samedi, Harisiṃha deva désertant sa capitale pénétra dans la montagne¹. » 1245 çâka, s'il s'agit de l'année écoulée, répond à 1323-24 (et Kirkpatrick dit en effet : « ou vers le mois de décembre 1323 ») ; s'il s'agit de l'année courante, à 1322-23 J.-C. Mais ces deux dates sont l'une et l'autre impossibles ; le 9 pauṣa clair tomberait dans le premier cas un mercredi (7 décembre 1323), dans le second un vendredi (17 décembre 1322). Autre impossibilité de fait ; Gheyâs u dîn visite le Bengale, au témoignage formel des historiens musulmans, en 724-25 de l'hégire, soit 1324-25 J.-C. ; il meurt par accident au moment de son entrée triomphale à Delhi en février 1325. Son passage au Tirhout se place donc avec certitude dans l'hiver de 1324-25. Faut-il alors substituer, dans la stance traditionnelle sur Harisiṃha, l'an 1246 çaka écoulé à 1245? La vérification ne donne pas un meilleur résultat ; le 9 pauṣa çudi tombe un mardi (25 décembre 1324). Il faut descendre jusqu'à 1247 çaka écoulé pour obtenir la concordance nécessaire ; le 9 pauṣa çudi tombe un samedi (14 décembre 1325). En ce cas, deux années de distance séparent la date exprimée en ère çaka de la date réelle. Le même écart se constate dans une autre date enregistrée par les chroniques, un siècle plus tard, sous Çyâma siṃha deva. L'ordre des faits semble donc se rétablir ainsi : Vers la fin de l'hiver 1324, Gheyâs u dîn traverse le Tirhout ; Harisiṃha s'enfuit ; le sultan charge Ahmed Khan de gouverner le petit État. Harisiṃha profite de la saison chaude pour rassembler une

v2.c7.s1.11

¹ (V.)

v2.c7.s1.12

bāṇābdhiyugmaçaçi samvat çākavarṣe pauṣasya çuklanavamī ravisūnuvāre | tyaktvā svapaṭṭanapurīm Harisiṃhadevo dūrgeva daivaviparītagirīṃ praveça || bande de partisans, et l'hiver venu il envahit le Népal. Y avait-il exercé déjà un pouvoir réel? Avait-il revendiqué déjà des droits sur le pays, comme héritier de Nânya deva? Caṇḍeçvara, son ministre, se vante d'avoir « vaincu tous les rois du Népal »; mais nous ne savons pas si l'ouvrage est antérieur à l'an 1325¹. Le Népal se soumit sans résistance, subjugué moins par les armes de Harisimha deva que par sa divine patronne, la déesse Tulajā, venue avec toutes sortes d'aventures du Paradis à Laṅkâ, de Laṅkâ à Ayodhyâ, d'Ayodhyâ à Simraun. « Telle était son influence

v2.c7.s1.13

¹ La date de 1236 çaka, exprimée dans la stance de signature du Vivâda-ratnâkara (6e section du Kṛtya Ratnâkara, Cat. Ind. Off., p. 413), se rapporte exclusivement à la cérémonie où Caṇḍeçvara donna son pesant d'or, comme l'a bien indiqué M. Eggeling; c'est à tort qu'on a appliqué cette date à la rédaction de l'ouvrage lui-même. La comparaison avec la stance parallèle du Kṛtya cintâmaṇi (ib., p. 511) le montre jusqu'à l'évidence. Au sujet du Népal, la même stance présente dans les deux ouvrages une variante qu'il importe de signaler. Le K° ratn° (2e section, Dâna°, v. 3; loc. laud., p. 412) écrit :

v2.c7.s1.14

Nepālākhilabhūmipālapajayīnā dharmendudughābdhinā.

v2.c7.s1.15

« [Caṇḍeçvara] a vaincu tous les rois du Népal; il est un océan de lait qui donne pour Lune la Loi. »

v2.c7.s1.16

Le K° ćint° (loc. laud.) écrit :

v2.c7.s1.17

Nepālākhilabhūmipālaparikhādharmendudughābdhinā.

v2.c7.s1.18

« Il est l'océan de lait qui donne pour Lune la Loi, fossé de protection contre les rois du Népal. »

v2.c7.s1.19

Si la variante est intentionnelle, comme elle paraît l'être, la situation politique aurait changé d'un texte à l'autre. Le Kṛ° ćo indiquerait une attitude purement défensive; le Kṛ° r° marquerait une offensive victorieuse.

v2.c7.s1.20

Le Népal reparaît dans une autre stance de l'introduction du Kṛ° ćint° ; mais cette stance est un simple jeu littéraire du type que j'ai déjà mentionné plus haut (p. 170); en outre, le passage relatif au Népal semble fautif :

v2.c7.s1.21

Vaṅgāḥ saṃjātabhaṅgāc cakitavighaṭ[it]āḥ Kāmarūpā virūpāc
Cināḥ kuñjādilīnāḥ pramuditavilasatkiṃkarotāḥ |
Nepālād bhūmipālād bhujabaladalitās te calātāc ca Lāṭāḥ
Karṇāṭāḥ kena duṣṭāḥ [sic] prasarati samare mantriratnākarasya.

v2.c7.s1.22

Il faut enfin observer que, dans les deux ouvrages, Caṇḍeçvara désigne son maître uniquement comme « le roi de Mithilâ » (Tirhout).

v2.c7.s1.23

que les nobles et le peuple de Bhatgaon remirent paisible-. ment le palais à Harisimha. » (W.) Une des vamçâvalîs de Bd., qui passe sous silence Harisimha et son expédition, « enregistre pourtant la mort du roi local, Jayarudra Malla, et le suicide de ses veuves en juin 1326. « La déesse Dvi- mâju donna en cadeau à Harisimha toutes les richesses qu'elle avait amassées depuis le temps de Nânya deva ; pour l'en récompenser, le roi institua en son honneur une cérémonie annuelle, la Devâlî pûjâ » (W).

v2.c7.s1.24

La conquête de Harisimha ne réussit pas à assurer au Népal un régime stable et paisible. Dès l'hiver de 448 (1328 J.-C.), un roi des Khasiyas Adit(y)a Malla, pénétrait au Népal en envahisseur (Bd.). Déjà peut-être Harisimha était retourné au Tirhout, où des dynasties locales issues de lui continuèrent longtemps à régner sur des princi- pautés prospères, et protégèrent avec succès la littérature et le droit¹.

v2.c7.s1.25

¹ Sur ces dynasties du Tirhout, v. : GRIERSON, Vidyâpati and his cotemporaries, dans Ind. Antiq., XIV, 182-196 et On some mediæval kings of Mithilâ, ib., XXVIII, 57 sq; et BENDALL, Journ. As. Soc. Bengal, 1903, p. 18 sqq ; JOLLY, Recht und Sitte, p. 36.

v2.c7.s1.26

Les descendants directs de Harisimha sont énumérés dans les chroniques modernes comme les souverains légi- times du Népal ; ils y forment, avec Harisimha lui-même, la dynastie Sûryavamçi de Bhatgaon :

v2.c7.s1.27

1. Harisimha deva 28 ans. W. V.
2. Matisimha deva 15 ans. W. V. Bh.
3. Çaktisimha deva 22 ans. W. 27 ans. V. 33 ans. Bh.
4. Çyâmasimha deva 15 ans. W. V. Bh.

v2.c7.s1.28

Les généalogies officielles de l'épigraphie Malla ignorent cette lignée ; elles passent directement de Harisimha à Yakṣa Malla, qui règne un siècle après lui. Kirkpatrick, les listes de Bendall n'en tiennent pas compte davantage. Enfin, parmi les manuscrits copiés durant cette période, il n'en est pas un seul qui, dans la signature du scribe, mentionne un de ces rois. Et cependant, les chroniques modernes ne se contentent pas d'enregistrer leurs noms ; elles prétendent y associer des souvenirs de faits. Elles racontent de Çaktisimha (3) qu' « il abdiqua en faveur de son fils Çyâmasimha (4), qu'il s'établit alors à Palamchok, [en dehors et à l'Est de la vallée, par delà Banépa]; de là il envoya des présents à la Chine; l'Empereur en fut si content qu'il lui adressa en retour un sceau, qui portait gravé le nom de Çaktisimha suivi du titre de Râma, une lettre officielle accompagnait l'envoi, en l'an de Chine (ĉinâbda) 535 ». Sous Çyâmasimha, un formidable tremblement de terre désola le Népal ; le temple de Matsyendra Nâtha et d'autres édifices s'écroulèrent ; un nombre énorme d'habitants périt. Le désastre se produisit le lundi 12 adhika-bhâdrapada çudi, nakṣatra Uttarâ, en N. S. 528¹.

v2.c7.s1.29

¹ C'est la date donnée par V. Mais l'année 528 du Nepâla-samvat, soit courante, soit écoulée, n'a pas d'intercalation de bhâdrapada, quel que soit le système d'intercalations, moyennes ou réelles. Il y a un bhâdrapada intercalaire en 531 N. S. écoulé = 1409-10 J.-C.; cette année-là, la 12e tithi de bhâdrapada supplémentaire (adhika), quinzaine claire, tombe le lundi 11 août 1410. La lune entre dans le nakṣatra Uttara-Aṣâḍhâ 3 h. 36' après le lever du soleil (temps de Katmandou). La correspondance est donc parfaite.

v2.c7.s1.30

L'écart qui sépare la date donnée de la date réelle est donc ici de 3 ans. Pour l'invasion de Harisimha j'ai déjà signalé un écart de 2 ans. La différence de ces deux écarts tient sans doute à la place des mois considérés dans le calendrier névar. L'année névare commence avec le mois de kârtika, qui est le 8e mois de l'année hindoue čaitrâdi ; pour les mois compris entre čaitra et kârtika (bhâdrapada est dans ce cas), l'écart avec l'année čaitrâdi s'augmente donc d'une unité. Autrement dit, on a :

v2.c7.s1.31

| | kârtika. | čaitra. | bhâdrapada: | kârtika |
| N. S. | *x*. | *x*. | *x*. | *x* + 1 |
| çaka | *y*. | *y* + 1. | *y* + 1. | (*y* + 1). |

v2.c7.s1.32

Le flottement du comput, entre l'année courante et l'année écoulée, aboutit aisément à une confusion de ce genre si on passe d'une ère à l'autre. Kirkpatrick signale le même flottement de deux unités pour une date antérieure seulement de vingt-cinq ans à son passage. Il donne en effet pour 1793, année de son voyage au Népal, l'équivalence : N. S. 914, Çyâmasimha n'avait pas d'enfant mâle, mais seulement une fille qu'il donna en mariage à un descendant des rois Mallas, et il laissa le trône à son gendre.

v2.c7.s1.33

Dès que la Chine entre en scène, le contrôle est facile. Les Annales des Ming, dans un extrait que j'ai déjà rapporté (I, 168), signalent en effet la reprise des relations entre l'Empire du Milieu et le royaume himalayen dans le cours du XIVe siècle. La Chine avait fait les premiers pas ; l'empereur Hong-wou avait envoyé en 1384 un bonze au Népal pour remettre au roi un sceau qui lui conférait l'investiture officielle. Le roi du Népal en retour dépêche un ambassadeur qui va porter à la Cour « des petites pagodes d'or, des livres sacrés du Bouddha, des chevaux renommés et des productions du pays » ; l'ambassadeur arrive à la capitale en 1387. Le roi du Népal s'appelait Ma-ta-na lo-mo. En 1390 nouvelle ambassade du Népal ; une autre encore avant 1399. Le successeur de Hong-wou, Young-lo, imite son exemple, et provoque spontanément la reprise des relations. En 1409, une ambassade du Népal vient apporter le tribut. En 1413, l'Empereur envoie des cadeaux « au nouveau roi du Népal, Cha-ko-sin-ti », qui rend la pareille en 1414. L'Empereur lui confère le titre de « roi du Népal », et lui fait remettre un diplôme contenant cette investiture, plus un sceau en or et un sceau en argent. Nouvel échange de cadeaux en 1418. En 1427, l'empereur Hiuen-te essaie de renouer la tradition ; mais ses avances restent sans effet. Nul ambassadeur ne vint plus dès lors à la Cour.

v2.c7.s1.34

Le roi Ma-ta-na lo-mo qui règne sur le Népal en 1387 ne peut être que le Matisimha des Vamçâvalis modernes.

v2.c7.s1.35

commençant le 28 octobre 1793 ; et d'autre part il place la conquête du Népal par Prithi Narayan « dans l'année névare 890, ou 888, selon une autre computation » (p. 268), c'est-à-dire, selon son propre rapport, « en 1768 A. D. » (p. 270).

v2.c7.s1.36

*Ma-ta-na* suppose, il est vrai, un original Madana plutôt que Mati ; en sanscrit, Madana simha est, si l'on peut dire, plus vraisemblable aussi que Matisimha ; la forme Mati° semble être amenée sur les listes par l'analogie et le voisinage de Çakti°. La même alternance, Madana Simha deva et Çakti°simha deva, se retrouve dans une autre branche de la même famille, vers le milieu du xvᵉ siècle¹. Les syllabes *lo-mo* accolées au nom de Ma-ta-na transcrivent le titre que les Vamçavalīs (W. Bh.) rendent par Râma dans leur notice sur Çaktisimha. Dans les deux cas, c'est *Lama* qu'il faut rétablir en regard. J'ai signalé, dans mon étude des documents chinois et tibétains, les raisons politiques qui poussaient la dynastie des Ming à prodiguer ce titre. Les empereurs de Chine essayaient à ce moment de mettre le bouddhisme universel au service de leurs intérêts ; ils croyaient sur la foi des informations recueillies que « les souverains du Népal étaient tous des bonzes » (seng) ; ils espéraient flatter leur vanité en les qualifiant de Lama. La politesse ne fut pas perdue ; les Hindous crurent entendre *Râma* et s'honorèrent d'un nom qui rappelait tant de souvenirs héroïques et pieux.

v2.c7.s1.37

¹ BENDALL, *Journ. As. Soc. Beng.*, 1903, p. 20. Ces princes règnent à Champaran, dans le Tirhout ; l'ordre de succession des noms y est inverse. Çaktisimha deva est le père, et Madanasimha deva le fils.

v2.c7.s1.38

La première ambassade de Ma-ta-na lo-mo arrive en 1387, soixante-deux ans après l'invasion de Harisimha au Népal. En 1414, Cha-ko-sin-ti est « le nouveau roi » ; quatre-vingt-neuf ans étaient écoulés depuis cette invasion. Or les Vamçavalīs (W. V. Bh.) donnent à Harisimha un règne de 28 ans ; Matisimha, qui lui succède, règne 15 ans (1325 J.-C. + 28 = 1353), donc entre 1353 et 1368 ; Çaktisimha monte alors sur le trône ; il y reste jusqu'à 1390 (W.), 1395 (V.) ou 1401 (Bh.). Le désaccord est manifeste ; mais une critique sérieuse ne saurait hésiter entre les Vamçâvalîs et les Annales chinoises. Les Vamçâvalîs elles-mêmes trahissent l'artificiel de leur chronologie ; elles interprètent comme une prétendue « année chinoise » la date de 535, investiture de Çaktisimha par l'Empereur de Chine. Le calendrier chinois serait fort embarrassé d'expliquer cette date à cette époque ; le calendrier du Népal est seul en cause. 535 + 880 J.-C. = 1415 J.-C. La date ainsi obtenue concorde absolument avec les Annales des Ming. C'est en 1414 que Çaktisimha annonce son avènement par un tribut ; l'ambassade chinoise qui va lui porter son diplôme royal ne peut pas arriver au Népal avant l'année suivante, 1415 J.-C. Une fois de plus nous saisissons sur le fait les procédés simplistes des Vamçâvalîs : la date de 535 N. S. recule trop bas pour leur système le règne de Çaktisimha ; son avènement viendrait tomber après le tremblement de terre de 528 N. S., qu'elles placent sous son successeur Çyâma simha. On rapporte la date gênante à une ère spéciale, et tout s'arrange aussitôt.

v2.c7.s1.39

Un fait subsiste, positif et certain. Entre 1387 et 1418, les Chinois ne connaissent pas d'autres rois du Népal que les descendants de Harisimha. C'est pourtant, en partie au moins, l'époque où règne Jaya Sthiti Malla, un des plus glorieux entre les princes indigènes. On ne saurait dire que les Chinois se sont laissé abuser par les prétentions mensongères des envoyés des Simha ; des fonctionnaires chinois sont venus en personne visiter le Népal, et c'est sur leur initiative que les relations se sont ouvertes et se sont maintenues. Si étrange que la combinaison puisse paraître, il faut admettre que les Simha exerçaient au Népal une autorité effective, à côté des princes indigènes. Peut-être ils résidaient à Bhatgaon, comme l'indiquent les Vamçâvalîs, en laissant à leurs vassaux les deux autres capitales. En tout cas, ces Vamçâvalîs modernes, qu'on exclut volontiers aujourd'hui comme une quantité négligeable, montrent ici la valeur sérieuse et originale des matériaux dont elles se sont formées.

v2.c7.s1.40

Après le passage de Harisimha, l'histoire intérieure du Népal est une suite obscure de dissensions et de rivalités. Jaya-rudra Malla, mort au moment de l'invasion, avait laissé une fille, Satî Nàyaka-devî, qui fut confiée à la garde de sa grand'mère Padumalla devî. Elle fut couronnée reine, et mariée à Haričandra deva, roi de Bénarès (K.), ou simplement apparenté au roi de Bénarès (Bd.). Dans les deux cas, l'union était honorable ; elle aliait les Mallas à des Rajpoutes de l'Inde, et spécialement de la ville sainte et sacrée entre tous aux yeux des Hindous. Haričandra mourut empoisonné après quelques années de mariage. Sa veuve se mit à courir une carrière accidentée, comme la fiancée du roi de Garbe. Elle tomba d'abord au pouvoir de Gopâla deva, frère de son mari. Gopâla avait pour allié un prince Simha du Tirhout, du clan Kârnaṭa (Kârnaṭa vamça ja), Jagatsimha kumâra. Gopâla et Jagat simha prirent ensemble Bhatgaon et Patan ; le trône échut à Gopâla ; mais le nouveau roi eut la tête tranchée par un serviteur, sans doute trop zélé, de Jagat simha ; Jagat simha recueillit tout ensemble la couronne et la veuve de son allié. Il n'en jouit pas longtemps, et alla finir sa vie en prison. Il avait eu de Nàyaka devî une fille, Râjalla devî ; la mère était morte en couches, et la jeune princesse fut élevée sous la tutelle de sa grand'mère Devala devî, mère de Jagat simha. En 467 (1347 J.-C.) « le consentement des deux familles royales, ratifié par l'assentiment général » (Bd.), appela au trône Jaya râja deva. Les deux familles royales signifient sans doute les Simha et les Malla, qui se disputaient le pouvoir. Jaya râja était le fils de Jayânanda deva, le successeur d'Ananta malla ; né le jeudi 10 mars 1317, il avait alors trente ans. Les manuscrits montrent qu'il régnait encore en 474 (1353-54) et en 476 (-56)¹. Il eut pour successeur son fils, Jayârjuna Malla, que les scribes désignent comme prince régnant à partir de 484 (1363) jusqu'à çaka 1297 (1376 J.-C., vendredi 22 février). Vers 503 (1383 J.-C.) « la volonté des dieux le précipitait du trône ». Vaincu, il cédait la place à un rival plus heureux, Jaya Sthiti Malla. Avec ce prince s'ouvre une phase nouvelle de l'histoire népalaise. L'époque de l'anarchie féodale est achevée ; une succession régulière de princes légitimes va désormais gouverner les trois capitales.

v2.c7.s1.41

¹ LIEBICH, Götting. Nachr., 1895, p. 313. Ms. du Čândra-vyâkaraṇa : saṃvat 476 phâlguṇa çukla daçamyāṃ çukravâsare ârdrâ nakṣatre râjâdhirâja parameçvaraparamabhaṭṭâraka çrî çrî Jayarâjadevasya vijarâje. La date correspond, nakṣ. compris, au vendredi 12 février 1356.

v2.c7.s1.42

La généalogie réelle de Jaya Sthiti a été falsifiée systématiquement par ses descendants, en vue de la rattacher par une filiation directe à la famille des Simha. Jaya Sthiti devient ainsi l'héritier légitime du pouvoir, et surtout le rejeton authentique d'une dynastie brahmanique, aussi réputée pour sa pureté que pour son orthodoxie. Le prologue du Mudita-kuvalayâçva et Kirkpatrick rapportent la même généalogie :

v2.c7.s1.43

1. Harisimha deva (Hurr singh Deva K.)
2. Vallâra simha deva (Bullâl singh K.)
3. Deva malla deva (Sri Deo Mull K.)
4. Nâga malla deva (Nây mull K.)
5. Açoka malla deva (Assoke mull K.)

v2.c7.s1.44

Les chroniques modernes (W. V. Bh.) adoptent une autre combinaison. Elles prennent pour point de départ le dernier descendant de Harisimha au Népal, Çyâma Simha deva, qui est postérieur en fait à Jaya Sthiti ; et elles représentent le premier ancêtre connu de Jaya Sthiti comme le .

v2.c7.s1.45

gendre de Çyâma Simha. Elles établissent ainsi la filiation de Jaya Sthiti :

v2.c7.s1.46

1. Harisimha deva

v2.c7.s1.47

4. Çyâma simha deva

v2.c7.s1.48

une fille mariée à 5. Jayabhadra malla 15 ans.
6. Nâga malla 15 ans.
7. Jayajagat malla 11 ans.
8. Nâgendra malla 10 ans.
9. Ugra malla 15 ans.
10. Açoka malla 19 ans.

v2.c7.s1.49

Réels ou fictifs, ces ancêtres sont pratiquement inconnus. La première liste, plus vraisemblable, tourne court après Vallâra Simha, et substitue brusquement les Mallas aux Simhas. Le nom de Ballâra ou Vallâra peut être authentique ; sous la forme dialectale de Ballâla, il est fort à la mode dans les familles royales du Dekkhan (Yâdavas, Çilâhâras, Hoysalas) au cours du XIIe et du XIIIe siècle ; le transport de ce nom au Népal ne serait qu'un indice de plus des rapports déjà signalés entre le Népal et l'Inde du Sud. Nâga malla et Açoka malla paraissent sur les deux listes. Açoka Malla passe pour avoir régné sur Patan et Bhatgaon.

v2.c7.s1.50

En fait Jaya Sthiti était bien allié aux Simha, mais seulement par le mariage. Il avait épousé Râjalla devî, la fille de Nâyaka devî et de Jagat Simha, et cette union, rappelée plusieurs fois avec une sorte d'orgueil¹, le désignait comme l'héritier légitime des deux grandes familles royales. Les chroniques lui donnent 43 ans de règne ; mais les documents positifs, inscriptions et manuscrits, ne couvrent qu'un intervalle de 14 ans, depuis 500 N. S. (1380 J.-C.)

v2.c7.s1.51

¹ « Râjalla devî pati », Inscrp. 16 de Bhagvanlal, et aussi dans un ms. daté de 500 (1380), d'après BENDALL, Journ. As. Soc. Beng., 1903, p. 14.

v2.c7.s1.52

jusqu’à 514 (1394); c’est la période même où la cour de Chine échange une série de politesses diplomatiques avec Ma-ta-na lo-mo. L’œuvre accomplie par Jaya Sthiti atteste pourtant la réalité et l’étendue de son pouvoir : digne continuateur de Harisimha, il organisa définitivement la société sur le type brahmanique ; assisté de pandits hindous, il fixa dans des cadres durables les castes et les classes (I, 229 sqq.). C’est lui aussi qui dota le Népal d’un système de poids et de mesures (I, 298). Longtemps déchiré par des guerres civiles, le royaume semble renaître sous la tutelle intelligente de ce prince. Il avait voué à Râma un culte passionné ; il lui éleva une statue, ainsi qu’à Kuça et Lava, les fils du héros. A l’occasion de la naissance de son premier fils, il fit représenter les Aventures de Râma (Bâla-Râmâyaṇa) ; pour une autre cérémonie en l’honneur de l’héritier présomptif, un poète de sa cour composa un drame consacré à Râma¹. Dans le prologue de ce drame, Jaya Sthiti reçoit le titre de Daitya-Nârâyaṇa ; une inscription de 512 (1492 J.-C.)² y substitue la variante : Asura-Nârâyaṇa. Le second fils de Jaya Sthiti, Jyotir Malla, porte dans le même prologue le titre de Bâla Nârâyaṇa ; plus tard, parvenu au pouvoir impérial, il reprend à son compte le titre paternel : Daitya Nârâyaṇa (Bhagv. Inscr. 16). Cette évocation de Nârâyaṇa peut sembler naturelle au Népal, où Viṣṇu est surtout honoré sous ce nom (I, 366) ; mais à la même époque, les appellations de ce type foisonnent à l’entour de la vallée. A Nayakot, un râja local se qualifie de Vîra Nârâyaṇa-avataṃsa (Camb. Add. 1108). Au Tirhout, les descendants de Harisimha joignent presque tous à leur nom le nom de Nârâyaṇa : Narasimha s’intitule Darpa-Nârâyaṇa ; Dhîra Simha, Hṛdaya Nârâyaṇa ; Bhairava Simha, Hari Nârâyaṇa. La petite dynastie des Simha de Champaran suit la même pratique ; Madana Simha, en 1453, s'intitule Daitya Nârâyaṇa, tout comme Jaya Sthiti lui-même. Au xviᵉ et au xviiᵉ siècle, la famille royale de Bihar est une succession continue de Nârâyaṇas : Nara-Nârâyaṇa, Lakṣmî-Nârâyaṇa, Vira-Nârâyaṇa, etc. (Bhagv. Inscr. 18). Toutes ces dynasties rayonnent autour de Harisimha ; la communauté des *birudas* marquait la communauté d'origine ; Jaya Sthiti n'a pas manqué cette occasion d'affirmer une parenté qui lui faisait honneur. Son culte à Râma s'inspirait sans doute des mêmes prétentions. En outre, Jaya Sthiti est le premier à se donner pour le protégé de la déesse Mâneçvarî¹, qui reste après lui la protectrice officielle des Mallas.

v2.c7.s1.53

¹ Abhinava Râghavânanda par Maṇika. Cambridge, Add. 1658.

v2.c7.s1.54

² BENDALL, Journey, Inser. IX.

v2.c7.s1.55

¹ *Io., ib.*

v2.c7.s1.56

Jaya Sthiti eut de Râjalla devî trois fils² : Dharma Malla, Jyotir Malla et Kîrti Malla. Ils exercèrent le pouvoir ensemble de 1398 à 1400. Mais entre la mort de leur père et leur commun avènement, la signature d'un manuscrit révèle en N. S. 516 (1395-96) le règne ou la régence d'un personnage nommé Jayasimha Râma. Un des documents de Bendall (V³ Bd.) mentionne trente ans plus tôt, à la date de N. S. 486, un personnage du même nom à côté du roi Jayârjuna. En 507 (1387), un Jayasimha Râma accompagne Jaya Sthiti et sa famille à la procession de Matsyendra Nâtha, à Bugama. Le terme *jaya* n'est qu'un titre, analogue à *çri* par exemple, devant le nom personnel. Les éléments *simha* et *râma* rappellent nécessairement les rois Simha de l'époque, décorés l'un et l'autre du titre de Râma (Lâma) : Madana Simha Râma et Çakti Simha Râma. Les textes chinois montrent que ces princes exerçaient un pouvoir effectif au Népal ; on ne saurait donc s'étonner de les voir paraître dans des cérémonies officielles à côté des rois indigènes, ni de voir l'un d'eux occuper le trône dans une période de transition.

v2.c7.s1.57

² Ils sont exaltés tous les trois dans une inscription (date effacée) que j'ai relevée à Deo Patan, et qui commémore l'établissement d'une fontaine en souvenir de leur mère.

v2.c7.s1.58

Les trois fils de Jaya Sthiti résidaient à Bhatgaon ; ils ne s'étaient donc pas partagé le royaume ; ils le gouvernaient de compagnie. Dharma Malla est pourtant nommé seul dans une inscription de Patan, qui lui donne à la fois le titre d'héritier présomptif (*yuvarāja*) et la fonction de prince régnant (*vijaya-rājye*) en N. S. 523 (1403)¹. Huit ans plus tard, le cadet, Jyotir Malla, est nommé seul dans une signature de scribe (Camb. Add. 1649) et il y reçoit les titres impériaux. Une inscription officielle (à Paçupati, Bhagv. 16) de l'année suivante (15 janvier 1413) montre en effet Jyotir Malla seul maître de l'empire.

v2.c7.s1.59

¹ BENDALL, *Journ. As. Soc. Beng.*, 1903, p. 15. Le texte dévanagari imprimé à la note 2 donne 513, et non 523. Mais la vérification montre qu'il s'agit bien du « mercredi 18 mai 1403 » qui donne la correspondance exacte du jour de la semaine, du nakṣatra (Revatī) et du yoga (Âyuṣmat) de vaiçākha badi 10, N. S. 523.

v2.c7.s1.60

Ses mérites justifiaient son succès, si l'on en croit le panégyriste à gages : « Les princes de la terre; prosternés par myriades, illuminaient ses pieds roses comme de jeunes pousses ; l'étude des maîtres tels que Câṇakya [le Machiavel hindou] l'avait purifié ; les sciences politiques étaient déposées en lui, perles dans un océan ; il était passé maître dans l'art musical ; Çiva n'avait pas de dévot plus ardent ; la race de Raghu épanouissait sa forêt de lotus sous les rayons de cet unique soleil ; toute sa nature allait à propitier les dieux, les brahmanes, les gurus ; tout son esprit, à acquérir les six doctrines philosophiques ; tous les nécessiteux trouvaient chez lui l'Arbre-aux-Souhaits. » Il rappelait si bien les mérites de son père qu'il a fini par se confondre avec lui. Kirkpatrick, qui ne connaît de Jaya Sthiti Malla que le nom (altéré par l'impression en Jestily Mull), raconte que « Jeit Mull (Jyotir Malla) son fils commença par distribuer des domaines entre ses soldats pour subvenir à l'entretien de l'armée ; puis il partagea tout le reste des terres de son royaume entre ses sujets, et par un surcroît de bonté il les déchargea de la taxe foncière qu'on levait avant lui. Il établit des mesures et des poids réglementaires, et agrandit considérablement la ville de Bhatgaon où il résidait. » Inversement, les chroniques (W. V. Bh.) ne nomment pas Jyotir Malla ; mais elles donnent à Jaya Sthiti 43 ans de règne, englobant ainsi dans un seul total les années du père et celles du fils. Elles rapportent en outre que Jaya Sthiti offrit à Paçupati un kalaça, accompagné d'une offrande de dix mille oblations (koty âhuti) le 10 mâgha clair, 515. L'inscription de Jyotir Malla commémore la dédicace à Paçupati d'un kalaça d'or, accompagné d'une offrande de cent mille oblations, le 13 mâgha clair 533. Le fils avait-il suivi l'exemple du père ou les Vamçâvalis ont-elles dépouillé le fils au profit du père ?

v2.c7.s1.61

Tout zélé qu'il était pour Çiva, Jyotir Malla se vante néanmoins (Bhagv. 16) d'avoir restauré le çaitya de Svayambhû et l'image de Dharma dhâtu Vâg içvara sur le mont Padmâçala, à côté de Syambu Nath.

v2.c7.s1.62

Il reste un monument des études de Jyotir Malla, le Siddhi sâra (Camb. Add. 1649). C'est un ouvrage « qui traite de l'astrologie et des saisons favorables » d'après l'analyse sommaire de M. Bendall. Outre le goût ordinaire des Népalais pour ces connaissances, si importantes dans la pratique de leur vie, une sorte d'harmonie préétablie, de prédestination semblait y vouer Jyotir Malla. Jyotis, en sanscrit, désigne les luminaires célestes. Dans les premiers vers de son traité, Jyotir Malla ne manque pas de souligner le rapport entre son nom et le sujet qu'il a choisi : « Le roi Jyotis, prince Malla, sage, compose le Siddhi sâra pour développer la connaissance des jyotis. »

v2.c7.s1.63

Jyotir Malla fut le contemporain des derniers descendants de Hari simha au Népal : Çakti simha deva et Çyâma simha deva. Ces princes lui avaient sans doute abandonné le Népal entier, puisque c'est de Palamchok, à l'Est et en dehors de la vallée, que Çakti simha deva envoyait ses présents à l'Empereur de Chine.

v2.c7.s1.64

Jyotir Malla mourut entre 1426 et 1428; il eut pour successeur son fils aîné, Yakṣa Malla, à qui il avait confié déjà de son vivant le gouvernement de Bhatgaon (Bhagv. 16). Yakṣa Malla semble avoir été le plus puissant de tous les rois Mallas¹; d'après Kirkpatrick (qui le nomme Ekshah Mull ou Kush Mull) « il annexa à ses domaines Morung, au pied des montagnes, le Tirhout, et même Gayâ; à l'Ouest il conquit Gourkha, et au Nord il prit Sikharjong ou Digarchi aux Tibétains. En outre il soumit les râjas rebelles de Patan et de Katmandou ». Ainsi, même après Jaya Sthiti et Jyotir Malla, deux des trois capitales du Népal restaient encore à peu près indépendantes. Favorable aux brahmanes comme l'avaient été son père et son grand-père, il confia le culte de Paçupati à des Bhaṭṭas venus du Sud de l'Inde. Il éleva le temple de Dallâtreya, à Bhatgaon, et entoura cette ville d'un mur. Il mourut vers 1480, après un règne d'environ 50 ans (43 ans W. V.).

v2.c7.s1.65

¹ BENDALL, loc. laud., p. 16, mentionne un ouvrage d'après lequel « Yakṣa Malla poussa jusqu'au Magadha, en conquérant Mithilâ, et pacifia tout le Népal en subjuguant les râjas des montagnes ».

v2.c7.s1.66

Avant de mourir, une bonté malencontreuse ou une sagesse illusoire l'avait décidé à opérer lui-même le démembrement de son empire; il en forma quatre royaumes, destinés à s'entre-dévorer. Ràya (ou Râma) Malla, l'aîné des fils, reçut Bhatgaon avec un territoire que bornait à l'Ouest la Bagmati, à l'Est la ville de Sanga, au Nord, la ville, et la passe de Kuti, au Sud la forêt de Medini Mall. Raṇa Malla, le second, eut la principauté de Banepa, limitée au Nord par Sangachok, à l’Ouest par Sanga, au Sud par la forêt de Medini Mall, à l’Est par la rivière Dudh Kusi. Mais cette principauté n’eut qu’une existence éphémère; au bout de deux ou trois générations, la maison de Bhatgaon s’empara de Banepa, qu’elle dut céder ensuite à la maison de Katmandou.

v2.c7.s1.67

Ratna Málla, le troisième fils, reçut Katmandou, avec une principauté bornée à l’Est par la Bagmati, à l’Ouest par la Tirsul Ganga, au Nord par les montagnes de Nilkanth, au Sud par les domaines de Patan.

v2.c7.s1.68

Patan aurait été, d’après certains récits, donné par Yakṣa Malla à sa fille, avec un territoire limité au Sud par la forêt de Medini Mall, à l’Ouest par les monts de Lamadanda, à l’Est par la Bagmati et au Nord par le royaume de Katmandou. Mais Patan et son territoire revinrent bientôt à la maison de Katmandou, et n’en furent détachés à nouveau qu’au début du xviiᵉ siècle pour former un royaume à part.

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