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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.45

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.45

Language
French

v2.c8.45

Lundi 20 janvier. — J'ai commencé ma journée par une course à Svayambhûnâth ; l'herbe était encore blanche de gelée. Le thermomètre est descendu ce matin au lever du soleil à — 2°, à 8 heures et demie il montait à + 3°, et au retour j'ai risqué un coup de soleil à 11 heures et demie. Simple reconnaissance tentée à la hâte, flanqué seulement du mukhya et du cipaye. Svayambhûnâth, Syambunath comme on dit ici, est à l'E.-N.-E. de la ville, à l'E.-S.-E de la Résidence, par delà la Bitsnumati, sur une colline conique, aux flancs abrupts, jetée en avant des montagnes et toute vêtue de verdure. La haute flèche de cuivre émerge seule du feuillage. Le chemin contourne la ville, traverse la Bitsnumati sur un pont et coupe à travers les champs, échelonnés en terrasses pour défendre la terre contre le ravinement des pluies. Tout au long de la voie sacrée, les čaityas succèdent aux čaityas. Au pied de la colline, la route se change en escalier ; mais quel escalier ! Marches rugueuses, inégales, ruineuses, branlantes, étroites, glissantes.. Les singes sarcastiques se jouent sur les degrés, paraissent et disparaissent, regardent d’un air de pitié méchante leurs confrères humains qui suent à la montée ; des caravanes de Tibétains montent et descendent ; plus laids, plus sales et moins adroits que les singes. Entre deux lignes de stûpas, sous une véritable charmille, on atteint enfin la plate-forme ; un vajra (foudre) colossal, tout doré, couché sur un socle colossal, décore l’entrée.. Le čaitya, vaste hémisphère de stuc que surmonte un clocheton de cuivre avec une flèche, ouvre, aux quatre points de l’horizon les chapelles toutes dorées des quatre Bodhisattvas. L’émotion, une émotion d’église, saisit au premier pas ; les cloches tintent, les clochettes chantent des carillons, des voix à demi étouffées sous les voûtes des chapelles chantent des hymnes, et des flûtes discrètes soutiennent les voix. L’esprit a bien changé sans doute, mais l’aspect extérieur de Svayambhû ne doit guère différer des temples que connut Açoka. Sur la plate-forme au sommet de la colline, aux côtés et en arrière du čaitya, c’est un véritable chaos de petits monuments, čaityas, stèles, statues, des Bouddhas colossaux tout noirs, ou tout blancs, ou tout rouges. J’ai beau chercher, pas une inscription qui date. Ici encore, ce sont les Mallas, avec Pratâpa malla le Kavîndra en tête, qui ouvrent l’histoire ; à l’entrée Pratâpa malla a fait graver sur une haute stèle un stotra (hymne) de sa façon. Une stèle énorme gravée au XVIIIe siècle est bilingue : sanscrit d’abord, tibétain au bas. Au reste le Tibet balance et éclipse presque l’Inde. Le Om mani padme hum est laborieusement inscrit partout en lettres tibétaines ; des bandes de Tibétains, aux longs cheveux graisseux, parés d'un cercle qui encadre leur tête d'une auréole, font le tour du grand caitya avec une piété aussi enthousiaste que singulière : ils se laissent tomber tout du long sur la pierre, les bras en avant, en murmurant quelque dhâranî, tracent à bout de bras une ligne de craie sur la pierre, se relèvent, et les pieds sur la ligne de craie qu'ils viennent de tracer se prosternent encore pour recommencer le même exercice. En passant devant les quatre chapelles cardinales, ils s'arrêtent et adressent au Bodhisattva une ardente prière, transfigurés par une foi mystique qui les embellit presque. Les Névars se contentent d'apporter des fleurs, du minium, du santal comme on ferait à Çiva ou Viṣṇu. Pas un pandit à Svayambhû, pas un « sanskrit-bolewala ». J'aurais voulu me renseigner sur les antiquités, sur les livres que garde le temple. Personne ! Et que de siècles pourtant ont écrit ici leur histoire ! Où dort-elle ? Sous le sol ou dans les temples ?