Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.57
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.57
- Language
- French
v2.c8.57
A côté, vers l'Ouest, se creuse une autre fosse, mais abandonnée, où croupit une eau saumâtre et répugnante. Une stèle s'y dresse qui laisse entrevoir des lettres anciennes. Nous installons une petite chaussée sur la vase méphitique, et marche la brosse. La foule s'amasse à ce spectacle insolite et la voix publique m'annonce l'arrivée d'un pandit : *Ho pandita* ! Et le dialogue s'engage en présence d'un auditoire attentif et intrigué. Allons, encore un pauvre pandit. Il n'a pas, dit-il, l'habitude de parler sanscrit ; il se sert plutôt de la *bhâsâ*. Et croyez-vous donc, Monsieur le Pandit-ji, qu'on cause couramment le sanscrit en France ? Impossible de lui faire comprendre le genre de curiosité qui me pousse à venir de si loin au Népal pour ramasser des bouts d'inscription et des manuscrits. Il conclut : *Tathā svadeçe svaguṇaprakāço bhaviṣyati*. C'est le « ut declamatio fias » traduit en sanscrit. Et dire qu'au fond il a peut-être raison ? Je lui répondrai avec Manu : *jaḍaval loka ācaret*. « Il faut vivre dans le monde comme une brute. » En suivant la rue de Sangal tol, j'aperçois au passage une pierre à conduite d'eau désaffectée portant aussi des traces d'inscription ancienne. Et j'arrive au Mahâbuddha-Vihâra où demeure l'oncle de mon pandit, Bhuvanânanda. Le pauvre bonhomme est atteint d'un rhumatisme qui l'empêche de marcher et de me guider. Le temple du Mahâbuddha vihâra tranche sur les pagodes et les čaityas, il est de pur style hindou, coiffé d'un petit vimâna très ouvragé et rappelle assez le temple de Mahâbodhi. La tradition rapporte qu'il fut élevé par un Névar, après un pèlerinage à Gayâ et je pense que le nom véritable est Mahâbodhi vihâra. Il mérite une attention particulière ; par malheur, il est si étroitement enserré dans les maisons du vihâra qu'il laisse à peine un passage de deux mètres. Impossible de l'embrasser d'un coup d'œil. Le pauvre Bhuvanânanda grelotte de fièvre, il vaudra mieux revenir. Je finis la journée par le vihâra voisin : Unko Vihar (= Rudravarṇa-vihâra) au Sud du Mahâbodhi, un beau vihâra à deux cours en profondeur, propre, bien tenu, soigné, avec les piliers, les čaityas, les chapelles ordinaires, mais rien que des stèles récentes.
Linked texts (1)
- Mānava Dharmaśāstra — Manu & Bhṛgu, Sanskrit