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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s15: XV. — Inscription de Sanga

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s15

Language
French

XV. — Inscription de Sanga

v3.c10.s15.1

Sanga est une petite localité située en dehors de la vallée, à l'Est de Bhatgaon. La stèle qui porte cette inscription se trouve dans le temple de Nârâyaṇa Vikaṭeçvara. L'estampage m'a été envoyé en décembre 1902 par le mahârâja Chander Sham Sher Jang ; il est assez défectueux ; heureusement il est accompagné d'une copie à la main qui facilite le déchiffrement. Il subsiste toutefois des obscurités qu'un meilleur estampage ou l'inspection de la pierre ne manquerait pas d'éclaircir.

v3.c10.s15.2

La partie inscrite couvre 0m,67 en hauteur et 0m,38 en largeur. Le caractère mesure en moyenne 0m,015 ; l'interligne, 0m,020. La graphie n'appelle pas d'observation particulière ; il n'est pas superflu toutefois de constater une fois de plus le nouvel usage introduit par Amçuvarman : contrairement à l'usage des Licchavis, la muette n'est pas redoublée après r. L'inscription est en prose avec une stance d'introduction. Elle a pour objet une remise de redevances consentie par Amçuvarman en faveur des habitants de Çaṅgâ, la localité même où la stèle se trouve ; le nom moderne Sangâ, Sâgâ, Saṃgâ, ne diffère de l'ancien que par la qualité de la sifflante. Les redevances consistaient en cinq articles ; les deux premiers sont entièrement effacés ; les trois autres sont : douze pots d'huile, puis deux objets difficiles à préciser. La lecture du premier, kūbhaṃ, semble certaine, mais elle ne donne aucun sens, le mot vastu qui suit est un terme aussi vague que « chose » en français ; et c'est justement ce même mot qui est répété avec taila « l'huile » à la ligne 14.

v3.c10.s15.3

Le libellé de l'inscription présente plusieurs particularités intéressantes. La charte proprement dite est précédée d'une stance d'invocation, en mètre sragdharâ ; l'épigraphie népalaise actuellement connue n'offre pas d'exemple de cette disposition avant Amçuvarman, ni même sous Amçuvarman ; immédiatement après lui, Jiṣṇugupta imite et développe cette pratique. Les inscriptions 10 et 11 de Bhagvanlal, mon inscription de Thankot débutent aussi par une stance d'introduction, également en sragdharâ. La rencontre n'est pas de pur hasard.

v3.c10.s15.4

La charte est régulièrement datée du palais de Kailāsakūṭa ; mais, par une exception jusqu'ici isolée, le nouveau palais royal est célébré avec emphase dans un long composé qui précède le nom : il est le point de mire des regards curieux de tout l'univers. Le nouveau régime ne dédaigne pas d'affirmer sa popularité. Amçuvarman se déclare « occupé et préoccupé du bien de ses sujets ». C'est un compliment qu'il ne manque pas de s'adresser : témoin Harigaon I, l. 1 ; II, l. 22. Il se proclame « l'adorateur favori de Paçupati, et l'objet continu des pensées de son père adoré » (*BhagavatPaçupatibhaṭṭārakapādānugṛhīto bappapādānudhyātaḥ*). En l'an 30 (Harigaon I, l. 2), au lendemain de son usurpation, il combinait différemment les termes ; il était alors « l'objet continu des pensées du Seigneur adoré, Paçupati ; et l'adopté de son père adoré (*bh° Paç° bhaṭṭ° pādānudhyāto bappapādaparigṛhitaḥ*); l'inscription d'âṣāḍha 32, à Harigaon (II, l. 2-3) a une lacune dans le passage correspondant ; mais notre inscription prouve que, dès cette année-là, est constituée la formule définitive qui se continuera désormais dans le protocole (Bendall, an 34, l. 1-2 ; Bhag. 6, an 34, l. 1-2 ; Bhag. 7, an 39, l. 4-5).

v3.c10.s15.5

J'ai déjà signalé, à propos d'une autre inscription, l'importance de la mention du dûtaka Vikramasena, au titre de sarvadaṇḍanāyaka et de rājaputra. Le même personnage figurait avec le premier de ces titres dans Bhag. 6, daté saṃvat 34, et avec le second dans Bhag. 4, saṃvat 535. Il apparaît bien qu'on ne peut pas séparer ces inscriptions, ni dédoubler ce personnage.

v3.c10.s15.6

L'inscription est datée de saṃvat 32, au mois de bhādrapada; elle est donc postérieure de deux mois à Harigaon II. La date est immédiatement suivie d'une indication que je ne puis expliquer. L'estampage semble porter tasya gaṇḍaç ca karaṇīyam, mais le dernier mot seul est absolument sûr ; la copie à la main porte tiṣya gatāga-karaṇīyam. Les mots tiṣya et gaṇḍa, si la lecture est exacte, suggèrent une interprétation d'ordre astronomique, mais la construction grammaticale avec le neutre karaṇīyam est impossible. La copie trace une ponctuation après karaṇīyam, mais le tracé de l'estampage évoque plutôt un symbole significatif, et l'anusvara de ˚yaṃ ne se justifierait pas en position de finale absolue. J'ai emprunté à la copie les deux lettres viji (du mot vijitāni) dont rien ne subsiste sur l'estampage.

v3.c10.s15.7

1. k. ⁑ laṅkāra ⁑ dreçvara ◡◡ pāvanavyasta ◡◡◡◡
2. pratya ◡◡◡◡◡◡◡ raçiromaulabhā . ai ◡◡
3. uccair muktāṅkahā ◡◡◡◡◡ daśṛnāgacarmottarī ⁑
4. pāyāt tadrūpame ⁑ himagiritanayā ⁑ titā ◡◡◡
5. svasti kṣititalatilakabhūtāt kutūhalijanānimeṣa
6. nayanāvalokyamānāt Kailāsakūṭabhavanāt prajāhita 7. samādhāṇatatparo bhagavatPaçupatibhaṭṭārakapādā
8. nugṛhīto bappapādānudhyātaḥ çrīmahāsāmantāmçuvarmā
9. kuçalī çaṅgāgrāmanivāsinaḥ kuṭumbinaḥ pradhānapu
10. rassarān kuçalam ābhāsya samājñāpayati viditam bhava
11. tu bhavatām asmābhiḥ . . . dvādaça tailaghaṭāḥ kūhbaṃ
12. vastu ca pañca bhavatām pīḍākaram ity avagamya yuṣmatpī
13. ḍāpanodārtham adyāgreṇa pratimuktās tad evam avasāya
14. nātaḥ pareṇaitad ‹vastutailaṃ kasyacid deyam bhaviṣyadbhir api
15. bhūpatibhiḥ pūrvarājakṛtaprasādānuvartibhir eva
16. bhavitavyam iti svayam‹ājñā dūtakaç cātra sarvadaṇḍanāyaka
17. rājaputraVikramasenaḥ saṃvat 30 2 bhādrapadaçukladivā 1
18. tasya gaṇdaç ca karaṇīyam || iha çaṅgādhikaraṇaviji
19. tāni ||

v3.c10.s15.8

(1-4) . . . les ornements . . . seigneur . . . dispersés par le vent . . . . . . le diadème de sa tête . . . .rejeté bien haut de son giron . . . . du sang, une peau d’éléphant comme tunique, qu’elle vous protège sous cette forme, la fille du Mont-des-Neiges . .! (5-11). Salut. Tel qu’un grain de beauté sur la face de la terre, la multitude curieuse ne laisse pas les yeux cligner en regardant le palais de Kailāsa. C’est de là que, toujours occupé et préoccupé du bien de ses sujets, celui que le saint Paçupati, Seigneur adoré, favorise, celui que son père adoré suit de sa pensée, le grand marquis Amçu-varman en bonne santé s’adresse aux maîtres de maison résidant au village de Çaṅgâ, selon l’ordre hiérarchique, et leur dit le bonjour. Sachez ceci :

v3.c10.s15.9

(11-14). Le . . . ., le . . . ., les douze pots d’huile, les matériaux (?), ces cinq j’ai appris que vous en souffrez, et, pour écarter de vous ce sujet de souffrance, à dater d’aujourd’hui je vous en fais remise. En vertu de cette décision, vous n’aurez donc plus à donner à qui que ce soit ni matériaux ni huile.

v3.c10.s15.10

(14-16). Et les rois à venir devront respecter le privilège établi par leur royal devancier.

v3.c10.s15.11

Ordre direct.

v3.c10.s15.12

Le délégué ici est le général en chef, le râjaputra Vikramasena.

v3.c10.s15.13

(17-19). Saṃvat 32, mois de bhâdrapada, quinzaine claire.

v3.c10.s15.14

Et le . . . . est l’affaire.

v3.c10.s15.15

C’est ici le ressort de la juridiction de Çaṅgâ.