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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s16: XVI. — Inscription de Thankot

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s16

Language
French

XVI. — Inscription de Thankot

v3.c10.s16.1

Thankot est un bourg situé au Sud-Ouest de la vallée, à la descente de la passe de Candragiri. La stèle qui porte l'inscription est actuellement dressée contre un mur bas de grosses pierres non équarries qui soutient une plateforme où se dresse une construction insignifiante. Le haut de la stèle est décoré au centre d'un cakra vu de trois quarts, figuré exactement comme sur l'inscription 10 de Bhagvanlal, due au même prince. Le cakra est flanqué à droite et à gauche de deux autres objets; celui de droite est certainement un çaṅkha, la conque de Viṣṇu. Le fronton est donc clairement vichnouite.

v3.c10.s16.2

L'inscription qui occupe en longueur et en largeur toute la stèle au-dessous du fronton arrondi, couvre au total trente lignes. Ses dimensions sont d'environ 0m,95 de haut, 0m,38 de large; le caractère mesure en moyenne 0m,01. L'écriture est exactement la même que sur les inscriptions 9, 10, 11 de Bhagvanlal, émanant du même roi. La langue employée est le sanscrit. Sauf une stance d'introduction en mètre sragdharā, l'inscription est en prose. La graphie est généralement correcte; il convient de noter que la consonne n'est pas redoublée après r, contrairement à l'usage ancien.

v3.c10.s16.3

L'invocation liminaire, mutilée, rappelle sans être identique l'invocation également mutilée qui ouvre l'inscr. 10 de Bhagvanlal. Elle est écrite dans le même mètre et adressée aux mêmes divinités : Viṣṇu et Ҫrî accouplés. L’esprit vichnouite du document est du reste attesté par les décors du fronton et il s’harmonise d’autre part avec le nom du roi (Jiṣṇu = Viṣṇu) et de son héritier présomptif Viṣṇu Gupta.

v3.c10.s16.4

La charte a un double objet : 1° Elle renouvelle et confirme, en faveur des habitants du village de Kâcaṇṇasta (?) une donation faite antérieurement par l’arrière-grand-père du roi régnant, Mâna gupta gomin. Ce personnage, mentionné sans aucun préfixe honorifique, était certainement un simple particulier ; le titre de gomin qu’il porte à la suite de son nom le désigne comme un laïque bouddhiste. L’arrière-grand-père de Jiṣṇu Gupta se place probablement un siècle avant lui, vers le milieu du VIe siècle ; son nom montre par un exemple de plus la large diffusion du titre de gomin à cette époque (cf. mon article sur Candragomin, B. E. F. E. O., 1903, p. 16 sq. et sup. II, 129 sq.) et spécialement au Népal. 2° L’autre concession porte sur une remise de taxes ; la nature même de ces taxes est assez énigmatique, mais elles sont réparties en trois catégories : l’une frappe sur chaque labour pris comme unité ; une autre est appelée « l’impôt Malla ». (Cf. sup. Inscription de Dharampur XI, p. 67 sq. et vol. II, p. 212). Le village de Dakṣiṇakoli, qui se trouve mentionné à l’occasion de la première taxe, est également désigné dans l’inscription 10 de Bhagvanlal, où Jiṣṇu Gupta s’adresse aux Giṭâpâñcâlikas de Dakṣiṇakoli. Ce village semble être le centre d’un culte populaire et jouir en cette qualité de privilèges particuliers.

v3.c10.s16.5

Le formulaire d’envoi montre le même régime politique que les inscriptions 9 et 10 de Bhagvanlal. Le roi Jiṣṇu Gupta réside à Kailâsa-kûṭa, le palais (bhavana) où s’était installé son prédécesseur Amçuvarman ; le vieux palais des Licchavis, Mânagṛha, abrite encore un représentant de l'ancienne dynastie, qui tient hiérarchiquement le premier rang (*puraḥsara*); mais ici le nom du personnage et le personnage lui-même ont changé. Les inscr. 9 et 10 l'appellent Dhruvadeva; ici c'est Mânadeva. Il semble même qu'on assiste à la déchéance graduelle de ces princes de parade : Dhruvadeva est qualifié de bhaṭṭâraka-mahârâja-çrî dans l'inscr. 9; il n'est plus que bhaṭṭâraka-râja-çrî dans l'inscr. 10; Mânadeva est seulement bhaṭṭâraka-çrî. Et dans l'inscr. 11 de Bhagvanlal, il n'est question que de Jiṣṇugupta seul.

v3.c10.s16.6

Le délégué de Jiṣṇugupta, le Yuvarâja Viṣṇu gupta, figure au même titre dans l'inscr. 9 (Bh.) datée de saṃvat 48.

v3.c10.s16.7

La date a complètement disparu. Le mot saṃvat est encore nettement lisible sur la pierre au début de la dernière ligne; à la suite on voit aussi très clairement une ligne courbe repliée de droite à gauche, et deux traits parallèles dirigés en sens inverse de cette ligne, légèrement inclinés à l'extrémité et qui semblent presque évidemment constituer la partie supérieure du symbole 500. On se trouve donc porté à penser que cette fois Jiṣṇu Gupta a employé l'ère de l'ancienne dynastie Licchavi.

v3.c10.s16.8

1. ajñānākarṇakaṇṭha ◡◡◡◡◡ sukhe . ī . i ◡◡ ◡◡
2. çrīniḥṣvaṅgopagūḍhastanakalaçayugassāgaro ◡◡ ◡◡
3. ◡◡◡◡◡◡◡ jaladhijalakṣālitāṅgasya gop.
4. ◡◡◡◡◡◡ sthagitasukhagati çreyasāṃ jṛmbhitam va[ḥ]

v3.c10.s16.9

1-4. Mètre sragdharâ.
2. Au lieu de niḥṣvaṅga, lire plutôt niṣvaṅga. Les deux mots manquent aux lexiques; mais niṣvaṅga convient mieux, et il est en rapport avec le verbe ni-svañj mentionné par Pâṇini VIII, 3, 70.

v3.c10.s16.10

5. svasti Mānagṛhāt siṃghāsanādhyāsikulaketu bhaṭṭāraka śrī Mā
6. nadevas tatpurassaraḥ Kailāsakūṭabhavanāt Somānvaya-bhūṣaṇo
7. bhagavatPaçupatibhaṭṭārakapādānugṛhīto vappapādānuddhyātaḥ śrī
8. Jiṣṇuguptadevaḥ kuçalī kācaṇṇastanivāsinaḥ kuṭumvino ya
9. thā . na kuçalam ābhāṣya samājñāpayati viditam bhavatu bhavatām
10. adya svaprapitāmahaMānaguptagomikāritapuṣkiriṇīm.
11. çaġhca grāmasyottareṇa parvatabhūmiç çākharam nāma yācelak.
12. pratimucya dattā tasyāç ca kālāntare çāsanan taḍ uḍamasty atta
13. .tya prapitāmahakṛtajñatayāsmābhir idam çilāpaṭṭaka-çāsa
14. [nam] dūratarakālasthitaye dattam sīmā cāsya uttara-pūrvam āpūrva[m]
15. çikharopary adhogomikhātakam anusṛtya pañcapānīya .

v3.c10.s16.11

⁵ *Siṃghāsana*° correspond à Licchavikulaketu de Bh. 10, l. 4.

v3.c10.s16.12

⁷ *vappapādānuddhyātaḥ*, sur cette expression, cf. Fleet, *Gupta Inscr.* p. 17, n. La graphie *anuddhyāta*, pour *anudhyāta*, est presque constante : elle n'est pas du reste incorrecte, puisque Pāṇini l'autorise VIII, 4, 47. Elle n'est donc que l'application sporadique d'une règle ou la survivance dans une formule spéciale d'un usage antérieur. M. Fleet traduit « qui médite sur les pieds de... », et c'est la traduction généralement adoptée. Mais les nombreux exemples du participe *dhyāta*, seul ou combiné avec des préfixes, que fournit le P. W. montrent tous sans exception le mot employé avec la valeur du passif. Mallinātha, commentant *Raghuv.* XVII, 36 glose *anudadhyuḥ* par *anujagṛhuḥ* et cite à l'appui le dictionnaire d'Utpala, Utpala mâlâ, qui dit : *anudhyānam anugrahaḥ*. Ainsi *anudhyāta* fait exactement pendant à *anugṛhīta* de la formule précédente et sans doute a la même valeur. D'ailleurs cf. sup. p. 85 (inscr. d'Amçuvarman à Harigaon l, l. 2 et note). 13-14. Cf. Bh. 9, l. 14 : *prasādasya cirasthitaye çilāpaṭṭakaçāsanam idan dattam*. derung im Nordöstlichen Indien zu Buddha's Zeit..., Kiel, 1897, p. 101 sq.) est assez modeste, presque humble. Il expulse à coups de bâton les parias entrés dans le palais, et il reçoit lui-même des coups de poing du roi quand le roi passe devant lui. Il garde la porte de la ville, qu'il est chargé de fermer le soir, et renseigne les étrangers à leur entrée en ville.

v3.c10.s16.13

16. m ataḥ pūrvadakṣiṇena yebrạmkharo dakṣiṇena dharighmadul tato nusṛtya

v3.c10.s16.14

17. dakṣiṇenaivāstārisịṃvattī dakṣiṇena nadī dakṣiṇapaççimena ca

v3.c10.s16.15

18. laṅkhā paçcimena khātakas tato nusṛtya pahañico tato lampañco uttare

v3.c10.s16.16

19. ṇa tu parvataçikharamūrdhani khātakas tato yāvat savavottarapūrva

v3.c10.s16.17

20. khātaka iti anyaç cāsmābhiḥ prayojanāntarārādhitair bhavatā grāma

v3.c10.s16.18

21. ṇivāsināṃ kuṭumbināṃ prasādaviçeṣo datto dakṣiṇakoligrā[m.]

v3.c10.s16.19

22. goyuddhe gohale gohale yad deyam āsīt tasyārdhaṃ pratimuktaṃ sim[ha]

v3.c10.s16.20

20. bhavatā ; lire bhavatām.
21. ṇivāsināṃ ; lire ṇivāsinām.
22. La lecture du mot goyuddhe est certaine : le sens du mot pris en soi n’offre pas de difficulté. Mais ici l’interprétation m’en semble hasardeuse. Je ne crois pas que les locatifs goyuddhe et gohale soient sur le même plan ; le premier semble plutôt signifier « en cas de combat », et le second « par chaque unité de labour ». — Je n’ai trouvé l’expression gohala que dans la donation du Pallava Çivaskandavarman, très anté- rieure en date à celle-ci, Epigr. Ind. I, p. 6 ; le roi est vanté comme anekahirogakodigohalasatasahassappadāyino (l. 11). Bühler traduit « a giver of many crores of gold and of one hundred thousand ox-ploughs ». Mais le mot hala, charrue, revient seul assez fréquemment dans les textes épigraphiques de donation : bhikhuhala, Nasik 3 ; Karle 19 (cf. Senart, Epigr. Ind. VII, 66) ; halārdhabhū, Baijnath Praçasti I, v. 33 ; grāme haladaçāṅke, Inscr. de Madanavarmadeva le Candella, Ind. Ant., XVI, 208, l. 7 ; caturṇāṃ halānāṃ bhūmi, Inscr. de Bhīmadeva le Caulukya, ib., XI, 72, l. 26 ; vṛddhahala, Harṣa stone inscr., l. 40, Epig. Ind. II, 125. Bāṇa dans le Harṣa-carita, p. 228, raconte que Harṣa partant en expédition donne aux brahmanes sirasahasrasammitasīmnāṃ gramāṇāṃ çatam ; sīra est synonyme de hala. Kullūka, sur Manu VII, 119 cite pour préciser le sens du mot kula un vers de la Hāritasṃṛti : aṣṭagavam dharmahalam ṣaḍgavam jīvitārthinām | caturgavam gṛhasthānāṃ trigavam brahmaghatīnām || et il ajoute : iti Hāritasmaraṇāt ṣaḍgavam madhyamam halam iti tathāvidhahalaḍvayena yāvat bhūmir vāhyate tat kulam iti vadati. Ainsi un hala moyen correspondrait à une exploitation de six 23. kare ca yena kārṣāpaṇan deyan tenāṣṭau paṇā deyā yenāṣṭau
24. paṇā deyam tena paṇacatuṣṭayam mallakare ca paṇacatuṣṭa
25. yan deyam iti yas tv etām ājñām ullaghyāsmatprasādopajī
26. vy anyo vā kaççid anyathā kuryāt kārayed vā tam bayan na ma
27. ṛṣayiṣyāmo bhaviṣyadbhir api bhūpatibhiḥ pūrvarājā
28. jñātayā dharmāpekṣayā cedaṃ cāsanaṃ pratipālanī
29. yaṃ dūtakaç cātra yuvarāja çrī Viṣṇuguptaḥ
30. saṃvat 500 ? . . . . =

v3.c10.s16.21

bœufs, et une famille (kula) supposerait deux de ces halas pour son entretien.

v3.c10.s16.22

Un passage de KIRKPATRICK (p. 101) atteste la persistance de cette unité agraire. « Les Purbutties [Parvatiya] ou paysans du pays montagneux sont divisés en quatre classes : Oswal, Doem, Scoom et Chaurem, (mots persans qui signifient : premier, second, troisième, quatrième). La chose est d'autant plus curieuse que pareille division de la classe agricole ne semble avoir jamais été pratiquée au temps du gouvernement mogol. Les Oswals sont les paysans qui possèdent cinq charrues [hala] et plus ; les Doems sont ceux qui ont de une à cinq charrues ; les Seooms sont ceux qui, sans être propriétaires de charrue, sont considérés comme des chefs d'ouvriers des champs ; les Chaurems sont les simples ouvriers des champs ».

v3.c10.s16.23

La syllabe sim est absolument nette au bout de la ligne ; mais la syllabe qui suivait a disparu presque entièrement, sauf la partie inférieure qui montre que cette syllabe était formée d'un groupe de consonnes. Faut-il penser à une graphie fautive simṅgha par confusion entre les graphies simha et singha? Cf. singhasana, l. 5. L'impôt du singha ou simha, l'impôt du lion, désignerait par abréviation l'impôt du trône ? La syllabe initiale sim ne laisse pas que je sache, d'autre choix possible en sanscrit.

v3.c10.s16.24

23. L'équivalence 1 kārṣāpaṇa = 16 paṇas est garantie pour le Népal, au temps de Jiṣṇugupta, par ce texte. Ānandagiri, glosant le commentaire de Çankara sur Māṇḍūkyopaniṣad, 1 (cité dans P.W. s. v. kārṣāpaṇa) écrit : deṛaviçeṣe kārṣāpaṇaçabdaḥ ṣoḍaçapaṇānāṃ saṃjñā.

v3.c10.s16.25

25-28. La formule de recommandation, toujours composée des mêmes éléments, varie cependant de rédaction dans les édits du même roi.

v3.c10.s16.26

1-4 . . . . . l'oreille, la gorge. . . . le plaisir. . . . l'embrassement de Çrî recouvre ses seins, deux coupes! . . . . l'Océan, de ses eaux, a lavé ses membres . . . . paralysant la marche de sa volupté, le bâillement (qu'il) vous (donne la plénitude) du bonheur!

v3.c10.s16.27

5-9. Salut de Mânagṛha. Des lions portent le trône où s'asseoit la race qui a pour bannière le souverain (bhaṭṭāraka) Mânadeva. C'est lui qui vient en tête. Ensuite, du palais de Kailâsa kûṭa, — la Race Lunaire l'a pour parure; le saint Paçupati, souverain adoré, l'a pour favori; son père adoré le suit de sa pensée; Jiṣṇugupta deva en bonne santé s'adresse aux maîtres de maison résidant à Kâcaṇṇasta (?) selon (l'ordre hiérarchique), leur dit le bonjour et leur fait savoir ainsi: Sachez ceci:

v3.c10.s16.28

(10-14). Mon arrière-grand-père Mânagupta gomin avait fait faire un (étang?) au nord du village de. . . . et il avait donné en libéralité un terrain de montagne. . . .; mais aujourd'hui, avec le temps, cette donation se trouve (contestée?) et, aussitôt que je l'ai appris, j'ai, par reconnaissance pour mon arrière-grand-père, donné cette charte sur pierre pour qu'elle dure plus longtemps.

v3.c10.s16.29

(14-20). Et en voici la délimitation: au Nord-Est jusqu'à l'Est, par dessus le sommet, en longeant par en bas la fosse du Gomin, les Cinq-Eaux; de là, au Sud-Est, Yebramkharo; au Sud, Dharighmadul (?); puis en continuant, au Sud. . . . .; au Sud la rivière; et au Sud-Ouest Laṅkhâ; à l'Ouest, la fosse; puis en longeant, Pahañco, puis Lampañco; et au Nord sur le sommet du haut de la montagne, la fosse; puis jusqu'. . . . au Nord-Est la fosse: J'ai dit.

v3.c10.s16.30

(20-25). Et de plus, gagné par un autre motif, je vous concède encore, maîtres de maison qui résidez au village, une autre faveur. Au village de Dakṣiṇakoli, en cas de combat de vaches (?) il fallait payer tant par labour de vache ; je vous en remets la moitié, comme aussi sur l’impôt du . . . ; qui devait donner un kârṣâpaṇa devra donner huit paṇas ; qui devait donner huit paṇas devra en donner quatre, et quatre aussi sur l’impôt Malla.

v3.c10.s16.31

(25-28). Et quiconque transgressera cet ordre, qu’il subsiste de ma faveur ou quelque autre qu’il soit, qui rendrait mon ordre vain en personne ou par intermédiaire, je ne le tolérerai pas. Et les rois à venir, parce que c’est l’ordre d’un roi qui les aura précédés, et aussi par considération du devoir, auront à maintenir cette charte.

v3.c10.s16.32

(29-30). Le délégué ici est l’héritier présomptif Viṣṇu Gupta. Année. . . .