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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s23: La légende sacrée du Népal

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s23

Language
French

La légende sacrée du Népal

v3.c10.s23.1

(Notice explicative traduite du sanscrit.)

v3.c10.s23.2

1. (Image de Gaṇeça). Le Puissant qui a publié dans les trois mondes la bonne Loi, le grand Bouddha, masse de splendeur, je l'adore et je prends en lui mon refuge.

v3.c10.s23.3

Ayant adoré le Seigneur des trois mondes, le principe des principes, réceptacle des Buddhas, je vais énoncer l'abrégé du Svâyambhuvapurâṇa. Écoutez avec respect. Qui écoute avec foi ce récit de l'origine de Svayambhû, il aura les trois corps purifiés et il deviendra certainement un Bodhisattva.

v3.c10.s23.4

2. Voici comment il arriva jadis : un sage, un fils du Sugata, nommé Jayaçrî, demeurait dans le couvent du Bodhi-maṇḍa (à Gayâ) avec une troupe de moines. Un Bodhisattva du nom de Jinaçrî, un roi, y vint par esprit de dévotion prendre refuge et sollicita l'aide de Jayaçrî. Portant une tunique, les mains jointes, il alla le trouver, se mit à genoux sur le sol et les yeux attachés sur lui, il lui dit : Vénérable ! Je désire entendre l'histoire de l'origine de Svayambhû ; que Ta Sainteté veuille bien m'instruire. Alors le fils du Sugata, Jayaçrî, sollicité en ces termes, salua le grand prince et lui enseigna ceci :

v3.c10.s23.5

3. Dans le Kukkuṭârâma, assis, Upagupta en qui s'incarnait en partie le Bouddha, saluant le roi Açoka, l'instruisit ainsi. Brahma, Çakra et tous les dieux répandus aux dix points de l’espace, venus des dix-huit lakhs de mondes, à tous il leur enseigna la Loi excellente et il leur apprit l’origine de Svayambhû.

v3.c10.s23.6

4. Bhagavat résidait dans le parc de Jeta avec une troupe de moines ; adorant celui qui est un bloc de splendeur, Ânanda lui adressa ces paroles : Bhagavat ! je désire entendre la sainteté du Népal ! Bhagavat dit : Ânanda ! j’ai déjà sauvé les gens de Pâtaliputra et autres villes ; aujourd’hui je vais sauver les gens du Népal, et visiter Svayambhû ; nous irons tous au Népal !

v3.c10.s23.7

5. Le lion des Çakyas, le saint, se dirigea vers le Népal ; Ânanda et les autres bhikṣus montés sur leur monture : lion, etc., y arrivèrent. Quant à Bhagavat, il s’y rendit à pied. Alors le Nâga Çeṣa vint le trouver et lui adressa cette prière : Bhagavat, ô toi qui brilles de ton éclat propre, viens sur mon dos ! Vive le Bouddha ! Moi aussi, je vais là-bas. Il l’installa donc sur son dos et se mit en route.

v3.c10.s23.8

6. Arrivés au mont Sâhmengu, un singe nommé Dharmâkara offrit en présent à Çakyasiṃha et aux bhikṣus un fruit de panasa.

v3.c10.s23.9

7. Alors Çakyasiṃha, le saint, parvenu au caitya de Pucchâgra, souhaita un Dharmâsana (siège pour la Loi) ; alors Viçvakarman en apporta un et le lui offrit. Bhagavat s’installa sur le Dharmâsana. Alors Bhagavat brilla merveilleusement : il était de couleur rouge ; sur sa face unique, ses yeux étaient comme des feuilles de lotus ; sa chevelure, bouclée sur la droite, était sombre ; sur sa bosse crânienne (uṣṇīṣa) resplendissait une touffe d’or ; les doigts de ses deux mains interprétaient les signes mystiques (mudrâ) ; il était vêtu d’une tunique jaunâtre (kaṣâya) ; les trente-deux signes et les quatre-vingts marques brillaient sur lui ; les rayons émanés des poils de son corps répandaient la lumière. Les dieux, Indra, Brahma, etc., et les moines, Ânanda, etc., et tous les gens du Népal accoururent au caitya de Pucchâgra et y formèrent une assemblée. Et il leur enseigna le Svayambhû-Purâna et la sainteté du Népal.

v3.c10.s23.10

8. Dans le Népal est un étang, long et large de quatre kos; c'est la résidence du Nâga Karkoṭaka; on l'appelle Dhanâdaha.

v3.c10.s23.11

9. Alors, sur le mont Jâta mâtrocca, un Bouddha du nom de Vipaçvi parut; l'éclat qu'il répandait de l'espace illuminait; il jeta dans cet étang une graine de lotus mystiquement consacrée. « Plus tard, déclara-t-il, dans les temps à venir, Svayambhû naîtra spontanément en cet étang; à cette époque-là, la montagne s'appellera Jâta mâtrocca.

v3.c10.s23.12

10. Et ensuite le saint du nom de Çikhin, entouré de moines, médita sur le mont appelé Dhyâna mâtrocca; il rendit les honneurs réguliers à Svayambhû, le visita, pénétra dans l'eau peu profonde, toucha la tige du lotus et s'évanouit dans ses rayons.

v3.c10.s23.13

11. Et ensuite le saint du nom de Viçvabhû séjourna sur le mont Phullocca et répandit sur Svayambhû qui était tout lumière cent mille pots d'herbe dûrvâ, le visita, en fit le tour par la droite.

v3.c10.s23.14

12. La déesse Vasundharâ qui réside sur le mont Phullocca fit couler, par sa puissance, la rivière Prabhâvatî et la rivière Godâvarî et la Godâvarî dhârâ.

v3.c10.s23.15

13. Le Bodhisattva Mañjuçrî demeurait en Mahâcîna, sur le mont aux Cinq-Sommets (Pañcaçîrṣa); il a un visage unique, la couleur du safran et quatre bras qui portent le glaive, la flèche, le livre, l'arc. Plongé dans la contemplation qui porte le nom de Revue-du-monde (Loka-samdarçana), il s'aperçut de la naissance de Svayambhû. Je vais aller voir Svayambhû, se dit-il; en compagnie de Varadâ et Mokṣadâ, ses divines épouses, il se dirigea sur le Népal.

v3.c10.s23.16

14. Il atteignit le bord de l’étang ; puis, de montagne à montagne, de bord à bord, il fit trois fois le tour par la droite, visita Svayambhû.

v3.c10.s23.17

15. Alors, installé sur la droite de l’étang, sur le mont Kâpoṭala, il fendit la montagne avec son glaive Candrahâsa, et ouvrit passage à l’eau. Partout où s’élevait un obstacle, il le trancha ; et l’eau libre de couler joignit le Gange, joignit la mer et la sanctifia.

v3.c10.s23.18

16. Alors Karkoṭaka avec son entourage s’écria : Je ne peux pourtant pas partir avec l’eau ! et bien vite, bien vite, il alla trouver Mañjuçrî tout en retenant les Nâgas, et il lui fit tout savoir. Les Nâgas criaient : Que faire ? sans eau, le Nâga perd tout ! si nous n’avons plus de demeure, comment rester ?

v3.c10.s23.19

17-18. Alors Mañjuçrî fit voir la tige de lotus de Svayambhû qui venait de Guhyeçvarî. Puis il prit toutes les richesses qui se trouvaient dans l’eau sur le mont Sâhmyangu, les jeta dans l’étang de Dhanâhrada, et il y installa Karkoṭaka en lui donnant trois poignées d’eau. De là date le nom fameux de Dhanâdaha. C’est au mois de mârgaçîrṣa, quinzaine claire, neuvième tithi que la déesse Guhyeçvarî Khagânanâ se manifesta.

v3.c10.s23.20

19. Elle a la couleur du safran, neuf visages, trois yeux par face, dix-huit bras ; ses deux premiers bras tiennent le bindu et le pâtra ; les seconds, le tambour et la massue ; les troisièmes, l’épée et le bouclier ; les quatrièmes, la flèche et le carquois ; les cinquièmes, le disque et la masse ; les sixièmes, le croc... ; les septièmes, la foudre et le nœud ; les huitièmes, le trident et le pilon ; les neuvièmes font le geste de faveur et de sécurité. Elle porte un diadème resplendissant de toutes sortes de pierreries et fait d'or; elle a aux oreilles des pendants de pierreries. Sa tunique est bigarrée; son collier est fait de crânes; son corps brille de flamme; elle est sur le dos d'un lion; dans la posture dite pratyâlidha.

v3.c10.s23.21

20. Alors Mañjuçrî fonda la ville de Mañjupattana, et il sacra roi de cette ville un roi du nom de Dharmâkara, en lui disant : Garde tes sujets et ton royaume selon la loi.

v3.c10.s23.22

21. Le roi Dharmâkara adora Svayambhû qui se manifeste dans la flamme, et Guhyeçvarî qui se manifeste dans l'eau.

v3.c10.s23.23

22. Mañjuçrî, après avoir fait entendre l'avenir à Dharmâkara et aux moines et aux disciples, disparut à la porte orientale de Svayambhû. Les moines élevèrent là un caitya dédié à Mañjuçrî; c'est ce qu'on appelle le Mañjuçrî caitya.

v3.c10.s23.24

23. Et ensuite, dans la ville de Kṣamâvatî, dans le couvent de Kṣamâkara, le saint Krakutsanda était dans une salle, où il enseignait la bonne Loi au roi de Sâketa, Dharmapâla, au brahmane Guṇadhvaja, au kṣatriya Abhayamdada et à d'autres. Or le saint, le maître, Krakucchanda voulait, pour le bien du monde, propager la bonne Loi à travers les pays. Accompagné de troupes de moines, répandant partout la bénédiction et la clarté, le maître allait partout enseignant la Loi. Que tous ceux, disait-il, qui, dans le cycle des transmigrations, aspirent à la béatitude, quittent le monde et suivent la règle de Boudha! Ainsi instruits par le prince des sages, ô prince des hommes! les auditeurs, nobles créatures, désirèrent entrer en religion. Et alors Guṇadhvaja et d'autres brahmanes, au nombre de quatre cents, et Abhayamdada et d'autres Kṣatriyas au nombre de trois cents, et d'autres nobles créatures, Vaiçyas et Çûdras, l’esprit rasséréné par la foi, désirèrent entrer en religion. Si vous voulez, leur dit-il, entrer en religion dans la Loi des Sugatas, pratiquez les rites de l’entrée en religion selon les Sugatas. Sur ces paroles, il leur toucha la tête avec sa main et il les introduisit solennellement dans la Loi des Saugatas. Alors, laissant tomber leurs cheveux, vêtus de haillons rougeâtres, portant le bâton et la sébile, ils devinrent tous moines.

v3.c10.s23.25

24. Pour leur donner l’onction, le Bouddha Krakucchanda monta sur le mont Çaṅkha, et de sa parole naquit une eau toute pure (la Vâgvatî).

v3.c10.s23.26

25. La moitié de leur chevelure rasée resta sur la roche; l’autre moitié, jetée, donna naissance à la rivière Keçâvatî. Il se servit de cette eau pour donner l’onction.

v3.c10.s23.27

26. Dans la ville de Sâketa, il y avait le roi Brahmadatta ; son ministre s’appelait Subâhu ; l’épouse royale, Kântimatî ; le chapelain, Brahmaratha.

v3.c10.s23.28

27. Or la reine Kântimatî sortit de sa maison pour aller dans la forêt. Comme Kântimatî était devenue enceinte, on donna cent-vingt mesures d’or en aumônes. Kântimatî restait dans sa maison, avec son amie qui la soignait.

v3.c10.s23.29

28. Brahmadatta obtint miraculeusement, de l’eau qui avait lavé le prince Maṇicûḍa et sa pierrerie (maṇi), une quantité d’or qu’il distribua aux pauvres. Des Gandharvas apportèrent au prince Maṇicûḍa une guirlande de fleurs merveilleuses. Maṇicûḍa apprit à lire et à écrire.

v3.c10.s23.30

29. Maṇicûḍa avait reçu du roi Brahmadatta un éléphant nommé Bhadragiri et un cheval nommé Âjaneya qui assuraient tous les succès ; il n’hésita pas cependant à les donner.

v3.c10.s23.31

30. Un ṛṣi du nom de Bhavabhûti demeurait dans l'Himâlaya ; il y trouva sur un lotus une fillette qui venait d'y naître et qu'il appela Padmâvatî. Le ṛṣi Bhavabhûti, pour amener un mariage, parlait à Padmâvatî des mérites de Maṇicûḍa : Il est énergique, vertueux, savant, riche. Épouse-le. — Soit, répondit-elle.

v3.c10.s23.32

31-34. Alors le ṛṣi s'en va seul trouver Maṇicûḍa et lui expose sa demande : Tu aimes à donner, tu es puissant. Eh bien ! je te demande quelque chose, donne-le moi. Et alors il lui parle de Padmâvatî. Alors il fait amener Padmâvatî par le ṛṣi Vâlhîka, et, dans la ville de Sâketa, elle est remise par lui entre les mains de la reine-mère Kântimatî. Et celle-ci, à son tour, la remet à son fils Maṇicûḍa.

v3.c10.s23.33

35. Le mariage est célébré selon les rites.

v3.c10.s23.34

36. Ensuite, montés sur un char que traîne un cheval, Maṇicûḍa, Padmâvatî, Rayaṇavatî, le ṛṣi Vâlhîka partent pour la ville de Sâketa. La ville entière est en fête.

v3.c10.s23.35

37-38. Alors le roi Brahmadatta, entouré de son chapelain et de ses ministres, fait sacrer roi son fils Maṇicûḍa. Bientôt Padmâvatî devient enceinte ; le terme venu, elle met au monde un fils, le prince Paḍmottara. Ses amies la soignent. Puis les deux époux royaux, Brahmadatta et Kântimatî, se retirent comme ermites dans une forêt.

v3.c10.s23.36

39. Maṇicûḍa devenu roi fait observer les saintes pratiques de l'Aṣṭamî dans sa capitale et tout son royaume ; il fait élever une salle de charité et distribue des aumônes, il gouverne selon la justice. En compagnie de Padmâvatî et de Rayaṇavatî, il honore les Pratyekabuddhas et la communauté des moines. A ce moment-là, les quatre dieux, inspecteurs du monde, passent dans l'air au-dessus du palais et se sentent empêchés d'aller plus loin.

v3.c10.s23.37

40-41. Tous les quatre : Brahma, Rudra, Viṣṇu, Yama, vont en faire rapport à Çakra. Çakra leur dit : C'est la force de son acétisme qui vous empêche de passer plus loin. Dans ce temps-là, le roi Maṇicûḍa appelle son chapelain Brahmaratha et lui dit de préparer le sacrifice Nirargaḍa. Çakra se transforme en Râkṣasa et sort de l'autel sous cet aspect ; il dévore la chair et le sang de Maṇicûḍa ; puis, le sacrifice une fois achevé, il guérit ses blessures.

v3.c10.s23.38

42. Alors le roi Maṇicûḍa cède au ṛṣi Bhavabhûti le fruit méritoire du sacrifice qu'il a offert.

v3.c10.s23.39

43-44. Un jour le roi Duḥprasaha envoie un messager à Maṇicûḍa pour lui réclamer l'éléphant Bhadragiri. — Et si je ne le donne pas? — Si tu ne le donnes pas, nous ferons la guerre. Allons! qu'on s'équipe! Et l'armée de Duḥprasaha investit la ville de Sâketa.

v3.c10.s23.40

45-46. Le ṛṣi Vâlhîka vient demander à Maṇicûḍa de lui faire don du prince Padmottara et de la reine Padmâvatî pour payer ses honoraires à son maître le ṛṣi Mâṛica. Maṇicûḍa lui accorde tout ce qu'il demande. Plus tard Maṇicûḍa se rendit à l'ermitage de Mâṛica, sollicita et obtint la restitution du prince et de la reine qu'il ramena dans son palais, et il fit sacrer Padmottara.

v3.c10.s23.41

47. Padmottara une fois sacré roi, le roi Duḥprasaha lui livra une grande bataille, où périrent beaucoup des soldats de Duḥprasaha.

v3.c10.s23.42

48. Quelque temps après, Maṇicûḍa eut un entretien avec le ṛṣi Gautama. O roi, dit le ṛṣi, pourquoi demeures-tu dans la forêt ici ? — C'est que je cherche à obtenir la bodhi ! Le ṛṣi Gautama dit : Comment arriver à la Bodhi ? Où prendre un bain ? A qui rendre un culte ?

v3.c10.s23.43

49-50. Maṇicûḍa émit alors les neuf Ma qui sont : 1° le mont Maṇicûḍa ; 2° l'étang Maṇitaḍâga ; 3° le Maṇicaitya; 4° la Maṇiyoginî; 5° le Maṇinâga; 6° la Maṇidhârâ; 7° le Mahâkâla; 8° le Maṇiliṅga; la Maṇirohiṇî.

v3.c10.s23.44

51-52. Une fois Indra, métamorphosé en brahmane, vint demander à Maṇicûḍa la pierrerie de son crâne. Maṇicûḍa lui répondit : Enlève-la toi-même; et il s'inclina pour laisser prendre la pierrerie. Il faut la laver, dit-il, pour la prendre; ainsi son éclat prit la forme du Çrîvatsa et pénétra dans le liṅga nommée Maṇiliṅgeçvara. Aussitôt la pierrerie enlevée, elle reparut. Indra et les dieux, et Bhavabhûti et Gautama les ṛṣis, sont au comble de la surprise. De la blessure le sang qui s'échappe forme une rivière.

v3.c10.s23.45

53. Tout le monde s'en retourne à Sâketa.

v3.c10.s23.46

54. Padmottara est sacré roi; Maṇicûḍa se retire avec Padmâvatî dans la forêt; tous deux se livrent à l'ascétisme. Par la puissance de leurs austérités, Maṇicûḍa et Padmâvatî demeurent dans le monde Dharmameghâ.

v3.c10.s23.47

55. Un jour le roi du Pañcâla, Vṛṣakarṇa, a une discussion avec son fils Gokarṇa; il le chasse du palais. Gokarṇa va s'établir en ascète au bord de la Vagmatî.

v3.c10.s23.48

56. Une fois Gokarṇa s'en va à la localité de Gokarṇa faire des offrandes funéraires; par là il tire de l'enfer le roi Vṛṣakarṇa. . . . Le prince Gokarṇa, très affligé, voit dans un nuage Padmapâṇi Lokeçvara résidant à Sukhâvatî qui causait avec Gaganagañja et qui lui disait : Hé! Gaganagañja Bodhisattva! va-t-en en Pañcâla, prends-y Gokarṇa le prince, et reviens. . . . A cet ordre d'Ârya Avalokiteçvara, le Bodhisattva Gaganagañja monte sur un lion, va prendre Gokarṇa le prince en Pañcâla, et retourne à Sukhâvatî. C'est le fameux liṅga de Gokarṇa. Or, une fois, quand Vṛṣakarṇa était parti dans l'autre monde, son chapelain, ses ministres, son peuple tinrent conseil, et ils sacrè- rent roi Gokarna. Et Gokarna gouverna selon la justice le pays de Pancâla.

v3.c10.s23.49

57. Dans la suite des temps, un Nâgarâja du nom de Kulika irrité jura de remplir d'eau tout le Népal; alors, à partir de la rivière Kauçikî, tous les Nâgas sortirent du Nâgaloka, arrivèrent au Népal et l'inondèrent. Les créatures se mirent à pousser des gémissements. Ârya Avalokiteçvara qui réside à Sukhâvatî envoya Samantabhadra, qui enfonça dans le corps de Kulika le fameux linga de Kileçvara; c'est le mont Cârugiri.

v3.c10.s23.50

58. Un Âcârya de Mañjupura, nommé Sarvapâda, possédait les six magies; l'orgueil l'incita à la colère, et il battit ses serviteurs; ensuite, effrayé de lui-même, atteint de folie, il se mit à errer en prenant avec lui un pot de terre; arrivé au bord de la Vâgmatî, il y installa son pot, commença des opérations magiques. Avalokiteçvara envoya alors le Bodhisattva Vajrapâni. C'est là l'origine du Kumbheçvara. Érection du caitya.

v3.c10.s23.51

59-60. Un sage du pays de Pâncâla, Buddhipâda, avait un fils, Mañjugarta, qui était complètement idiot. Buddhipâda, se reconnaissant incapable de l'instruire, l'envoya au Népal adorer Mañjuçrî. Arrivé au mont du Sud, il y rencontra une jolie fille qui gardait une plantation de cannes à sucre, et s'amusa avec elle. Il semblait à jamais perdu; mais le dieu Mañjuçrî pris de pitié accourut vers Mañjugarta; il lui toucha la tête avec sa main en lui disant : Deviens sage! Et par l'effet de cette bénédiction Mañjugarta devint poète, et se mit à chanter un hymne devant Mañjuçrî. De là le fameux linga de Mañjugarteçvara.

v3.c10.s23.52

61. Un maître d'Odiyâna, installé sur le mont Gaganâksepa, sollicite les faveurs de la Vache d'abondance; il fait un sacrifice où il lui offre du poisson et de la viande. La Vache lui donne son lait merveilleux; il s’en sert pour faire une oblation. Alors la yoginî Gaganâkṣepâ lui accorde une faveur. C’est l’origine du fameux liṅga Phaṇikeçvara. Le Bodhisattva Sarvanivaraṇaviṣkambin sous forme de poisson.

v3.c10.s23.53

62. Le même maître d’Oḍiyâna, pour constater le pouvoir des huit forces magiques, s’installe au bord de la Vâgmatî, assis sur une peau d’éléphant et commence ses enchantements. Gaṇeça, qui était venu s’amuser dans les eaux de la Vâgmatî, s’irrite de voir un magicien assis sur une peau d’éléphant ; il appelle à son aide les Pûṭanas et les Kaṭapûṭanas, et lui jette le mauvais sort. Alors le maître d’Oḍiyâna appelle à son secours Saḍakṣarî ; celle-ci amène les Daçakrodhas, et Gaṇeça se laisse adoucir. Alors le Lokeçvara, Ânanda, etc., fondent sur le mont Kacchapa le fameux liṅga de Gandheçvara.

v3.c10.s23.54

63. Après cela, un autre jour, le maître d’Oḍiyâna, étant passé du bord de la Vâgmatî dans le voisinage de Svayambhû, y sonne de la conque ; il pose sa conque au lieu dit Vikramasthala, et entre dans une méditation magique. Alors Ârya Avalokiteçvara qui réside à Sukhâvatî, appelle le Bodhisattva Khagarbha, et lui dit : Ohé! Bodhisattva Khagarbha! va-t-en au lieu dit Vikramasthala! Tu y verras le maître d’Oḍiyâna en extase magique ; veille sur lui en installant un emblème en forme de conque. Installe le liṅga qui sera fameux comme le Vikrameçvara. A cet ordre, Khagarbha Bodhisattva monte sur un lion et s’en va au Vikramasthala. Au même moment Garuḍa se trouve pris dans les nœuds d’un nâga ; il appelle aussitôt par la pensée Viṣṇu qui accourt et le délivre des nœuds du nâga. C’était le moment où le Bodhisattva Khagarbha venait d’arriver. Ah! dit Viṣṇu, quelle chance! que je suis heureux de te voir! Et il lui rend hommage, et tourne respectueusement à sa droite. C'est toi qui m'enseignes la Bonne Loi! monte sur mon épaule. C'est là l'origine du fameux Harihariharivâhana.

v3.c10.s23.55

64. Parameçvara et Pârvatî s'entretiennent au confluent de la Vâgmatî et de la Maṇimatî; ils y pratiquent la pénitence; par la force de sa pénitence, Guhyeçvarî satisfaite leur accorde une faveur du haut du ciel.

v3.c10.s23.56

65-66. Un beau jour, un berger parti à la recherche d'une vache, allait de montagne en montagne. Il voit un arbre tintin, et veut grimper sur l'arbre pour manger un fruit; mais il tombe sur le sol. Un singe nommé Kapirâja voit sa chute, accourt, et le prend sur ses épaules. Le berger en retour tue le singe d'un coup de pierre; en punition de sa faute, il attrape la lèpre; il n'est plus que pus, sang caillé, puanteur. Sa femme, ses parents le chassent de la maison. Il erre en vagabond. Le roi du Pâñcâla, Vṛṣakarṇa, le rencontre; il lui fournit une monture, de l'argent, et l'engage à s'en aller faire pénitence au confluent de la Vâgmatî et de la Maṇimatî. Le berger y reste douze ans; ensuite il meurt, et va tout droit au paradis.

v3.c10.s23.57

67. Dans la ville de Bandhumatî demeurait le riche marchand Varṇa; sa femme, Varṇalakṣmî devint enceinte et mit au monde un enfant. Le marchand Varṇa partit au pays des joyaux avec cinq cents marchands.

v3.c10.s23.58

68. Varṇalakṣmî, restée à la maison, remit à son enfant une écuelle de bois et l'envoya demander à manger; les gens lui cassèrent son écuelle et le renvoyèrent avec des insultes, tant il était laid. Le pauvre disgracié se mit à faire pénitence au tîrtha, et par la force de sa pénitence, le voilà qui devient admirablement beau. Son père, qui l'avait cherché partout sans le rencontrer, le trouve au tîrtha et le ramène en ville. Justement dans le pays, il n’y avait pas de roi, et les ministres avaient convoqué le peuple pour délibérer.

v3.c10.s23.59

69-71. A ce moment même, le beau jeune homme arrive; on l’installe sur le dos d’un éléphant et on décide de le sacrer roi. A l’heure favorable indiquée par les astrologues, il reçoit l’onction royale. Il règne sous le nom de Mahâ Sundara, pratique la justice, et vit heureux.

v3.c10.s23.60

72. Un roi passe ses journées à tuer sans raison les pauvres gazelles. Plus tard, dans une autre existence, il est gazelle, et sous cette forme il est tué au tîrtha par un chasseur.

v3.c10.s23.61

73. Puis encore, dans une autre existence, la gazelle est un tigre, le chasseur un sanglier; tous les deux se rencontrent au Manoratha tîrtha; le tigre reçoit un coup de boutoir du sanglier, il en meurt; le sanglier meurt aussi. Tous les deux, pour être morts au tîrtha, vont tout droit au ciel.

v3.c10.s23.62

74. Et ensuite, dans le pays de Pañcâla, il y avait un savant du nom de Vajrapâda; il connaissait à fond l’astrologie, la médecine, la dialectique, et toutes les sciences en général. Et pourtant il n’arrivait pas à se faire une réputation. Il se demandait comment faire pour y arriver. Il s’en alla au confluent de la Keçâvatî et de la Bhadranadî, où est le Nirmala tîrtha; il y prit un bain, apporta journellement des feuilles d’açvattha, pratiqua la pénitence dans le cimetière. Une Vidyâdharî le prit en faveur, vint le visiter tous les jours, et il arriva à la gloire.

v3.c10.s23.63

75. Dans le village de Vâsavagrâma, il y avait un gros personnage appelé Sena, qui était riche comme Kuvera. Pourtant, par l’effet de ses fautes, il cultivait la terre. Il avait un fils nommé Koṭikarṇa qui lui disait tous les jours : ne laboure pas la terre! Mais il n’en avait cure, et continuait à travailler la terre. Le père dit au jeune homme : Mets-toi donc au commerce et tâche de gagner des mille et des cent. Et il envoya son fils trafiquer. Koṭikarṇa le marchand alla trouver sa mère et lui dit : Ma mère, je m'en vais trafiquer. Réponds-moi. Elle ne répondit pas. Il lui adressa alors des paroles violentes.

v3.c10.s23.64

76. Il se mit en route avec une voiture et un âne. Ses compagnons partirent avec lui. Mais au retour, en punition d'avoir insulté sa mère, il perdit sa caravane et resta seul.

v3.c10.s23.65

77. Il arriva à une ville de fer et demanda trois fois de l'eau aux gardiens de la porte; mais on ne lui en donna pas. Furieux, il entra dans la ville et rencontra cinq cents Pretas qui lui demandèrent de l'eau. Il se sauva.

v3.c10.s23.66

78. Et il arriva dans une seconde ville de fer, et il demanda deux fois et cinq fois de l'eau ; mais les gardes des portes ne l'écoutèrent même pas. Furieux, il entra dans la ville, et rencontra quinze Pretas qui lui dirent : Depuis douze ans nous n'avons même pas entendu le nom de l'eau! Nous brûlons de soif! Donne-nous de l'eau! Et il se sauva. Et ensuite, le soir venu, quatre Apsaras, montées sur un char céleste, arrivèrent. Le garde de la porte s'amusa avec elles toute la nuit, puis au lever du soleil elles firent descendre du char quatre chiens, et le leur donnèrent à manger. Koṭikarṇa resta immobile à regarder.

v3.c10.s23.67

79. Revenu de l'autre monde, Koṭikarṇa le marchand arriva tout près de Vâsavagrâma. Il vit un temple, et tourna respectueusement à sa droite. Il vit quelque chose d'écrit ; il regarda : Et c'était son nom! Il se prit à réfléchir et se dit : Je vais entrer en religion. Et il alla trouver le bhikṣu Kâtyâyana.

v3.c10.s23.68

80. Sur l'ordre du bhikṣu Kâtyâyana, il rentra dans sa ville natale, publia ce qu'il avait vu dans l'autre monde, se baigna au Cintâmaṇi tîrtha, fit les offrandes funéraires, entendit la voix de son père et de sa mère, pratiqua la pénitence au Cintâmaṇi tîrtha, devint bhikṣu et obtint la délivrance. Le Cintâmaṇi tîrtha est au confluent de la Vâgmatî et de la Keçâvatî.

v3.c10.s23.69

81. Le Daitya Dânâsura ayant pillé trésors et joyaux du monde des Nâgas les emporta au courant d'une rivière. C'est l'origine de la rivière Ratnâvatî. Son confluent avec la Vâgmatî forme le Prâmodâ tîrtha.

v3.c10.s23.70

(Ensuite vient la bande inférieure, sans divisions marquées :)

v3.c10.s23.71

Le tîrtha Sulakṣaṇa, au confluent de la Cârumatî et de la Vâgmatî. Un homme qui n'a pas les bonnes marques les obtient, s'il y fait pénitence.

v3.c10.s23.72

Une fille de Daitya, par l'effet de la colère d'un Daitya et par désir d'avoir un fils, pratiqua la pénitence au bord de la Vâgmatî. La déesse Vasundharâ, satisfaite, se manifesta devant elle. C'est l'origine de la Prabhâvatî. Son confluent avec la Vâgmatî est le Jaya tîrtha.

v3.c10.s23.73

Par la vertu du Jaya tîrtha, le Daitya Bala obtint l'empire des trois mondes ; il obtint l'éléphant Airâvata pour monture.

v3.c10.s23.74

Puis viennent des noms de tîrthas :

v3.c10.s23.75

Anâliṅga tîrtha — Maṇiçilâ — Godâvarî — Nadikoṣṭha — Mâtâ — Matsyamukha — Nuti — Navaliṅga — Agastya — Kâgeçvara — Tecâpa — Vâgîçvara — Târâ — Âryatârâ — Kâlî — Ananta — Anantanâga — Sahasra sundarî — Agastya — Kapotala.

v3.c10.s23.76

Sur le mont Kapotala, le Compatissant (Karuṇâmaya) et deux Nâgas.

v3.c10.s23.77

Viennent ensuite les huit Çmaçânas du Népal avec leurs divinités :

v3.c10.s23.78

1. Asitâṅga Bhairava, Brahmâyaṇî, Kacchapapâda. Le Caṇḍograçmaçâna.

v3.c10.s23.79

2. Krodha Bhairava, Kaumârî, Çavarapâda. Le Gahva-raçmaçâna.

v3.c10.s23.80

3. Ruru Bhairava, Indrâyânî, Virûpâkṣapâda. Le Jvâlâm-kulaçmaçâna.

v3.c10.s23.81

4. Kapâla Bhairava, Vârâhî, Varuṇa Nâga, Kṛkalâsapada. Le Kalaṅkaçmaçâna.

v3.c10.s23.82

5. Unmatta Bhairava, Vaiṣṇavî, Carpatipâda. Le Gho-rândhakaçmaçâna.

v3.c10.s23.83

6. Saṃhâra Bhairava, Câmundâ. Le Lakṣmîvarṇaçmaçâna.

v3.c10.s23.84

7. Çukra Bhairava, Mâheçvarî, Nâgaripâda. Le Kilakilaçmaçâna.

v3.c10.s23.85

8. Bhîṣaṇa Bhairava, Mahâlakṣmî, Kukkuripâda. L’Aṭṭâṭ-ṭahâsaçmaçâna.

v3.c10.s23.86

Kanakamuṇi dans le Çobhitârâma vihâra. Son caitya avec des adorateurs.

v3.c10.s23.87

A Bénarès, dans le grand couvent de Vikramaçîla, Dharmaçrî mitra commente à ses auditeurs la Nâmasaṃgîti; mais il ne peut arriver à interpréter les Douze syllabes. Il s’en va alors voir Mañjuçrî sur le mont Pañcaçîrṣa dans le Mahâcîna. Quand j’aurai, dit-il, obtenu de lui l’interprétation des Douze syllabes, je reviendrai. Il part donc pour se rendre au mont Pañcaçîrṣa, arrive au Népal. Mañjuçrî, pris de compassion, y vient au-devant de lui en labourant avec un lion et un tigre. Dharmaçrî mitra le regarde et lui demande : Quelle distance d’ici à la montagne de Mahâcîna? Le paysan lui répond : Il est trop tard pour partir ce soir, la nuit vient. Reste chez moi, je te montrerai le chemin. Il l’emmène chez lui, l’instruit tout au long, lui donne à manger les cinq mets ambrosiaques. Dharmaçrî mitra se dit : On ne domestique pas les tigres et les lions. C’est ici quelque saint personnage! Et il s’endort sur son siège. Le paysan s’était retiré dans sa chambre à coucher; tout d’un coup une voix se fait entendre : : Mañjuçrî, mon seigneur.

v3.c10.s23.88

qui donc est arrivé ici? et pourquoi? Mañjuçrî répond : Varadâ, ma chérie, c'est Dharmaçrî mitra du monastère de Vikramaçîla; il a pu interpréter la Nâma Samgîti; mais il ne sait pas le commentaire des Douze syllabes. Varadâ reprend : Comment peut-on connaître le commentaire des Douze syllabes? Récité-le moi. Mañjuçrî le lui récite. Dharmaçrî mitra entend tout, prosterné devant la porte. Le matin, Varadâ et Mokṣadâ viennent pour ouvrir la porte; en voyant là Dharmaçrî mitra, elles sont prises de peur et rentrent. Alors Mañjuçrî arrive : Lève-toi, lui dit-il. Il le prend par la main, le relève, lui donne l'onction du Vajra, et lui enseigne le commentaire des Douze syllabes. Dharmaçrî mitra se prosterne aux pieds de son maître. Je ne peux pas, lui dit-il, ô mon maître, te payer les honoraires convenables. Aie pitié de moi! viens me voir. Là-dessus Dharmaçrî mitra retourne à Vikramaçîla, y instruit les élèves. A ce moment Mañjuçrî se présente sous les traits d'un grand vieillard tenant un lotus; il entre dans le monastère. Dharmaçrî mitra le voit, mais feint de ne pas le voir. La leçon finie, les auditeurs sortent. Dharmaçrî mitra se dépêche d'aller saluer son maître, mais celui-ci se retire sans le regarder. O mon maître, pardonne-moi ma faute! s'écrie-t-il, et il tombe à ses pieds. Par l'effet de sa faute, ses yeux tombent. Le guru lui dit alors : A partir d'aujourd'hui, ton nom sera Jñânaçrî mitra, et tu verras comme si tu avais des yeux. Puis il disparaît.

v3.c10.s23.89

Ensuite c'est l'âcârya Çântaçrî. L'âcârya avait recouvert d'une pierre la sainte manifestation de la lumière; il avait élevé par-dessus un caitya de briques, dressé un clocheton d'or, un bourrelet d'or, un parasol d'or. Il fait ensuite l'enchantement des Nâgas pour faire tomber la pluie en saison. Tous les Nâgas arrivent, sauf Karkoṭaka. Alors Çântaçrî l'âcârya appelle Guṇakâma deva et lui dit : Va au Dhanâhrada, appelle Karkoṭaka et reviens! Et il remet à Guṇakâma deva une poignée de grains blancs que Guṇakâma deva va docilement jeter dans le Dhanâhrada. Viens, Kar-koṭaka ! crie-t-il. Je suis trop difforme pour me présenter, répond Karkoṭaka. Guṇakâma deva le saisit par les cheveux, l'empoigne, et l'emmène. Et les troupes des dieux apparaissent partout pour la bénédiction.