Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c11: Appendice
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c11
- Language
- French
Contents
- v3.c11.s1 III. A propos des symboles sur le fronton des stèles — 4 parts
- v3.c11.s2 IV. Caitya de Savyambhu — 2 parts
- v3.c11.s3 V. Manuscrits du Buddha Purana — 1 part
- v3.c11.s4 VI. Numismatique du Népal — 1 part
Appendice
v3.c11.1
LE NÉPAL DANS LE VINAYA DES MÛLA SARVASTIVADINS
v3.c11.2
J'ai déjà cité dans mon second volume, à la page 63, un passage du Mûla Sarvâstivâda Vinaya Saṃgraha, de Jinamitra, où le Népal est mentionné. J'ai retrouvé depuis, dans le texte même du Vinaya, le passage correspondant ; il se rencontre dans la liste des naiḥsargika (correspondant aux nissaggiya pali). Le seizième — qui correspond au seizième de la liste palie, — a trait au transport délictueux de la laine. La même règle, au reste, se retrouve dans tous les Vinayas, à quelque école qu'ils appartiennent ; mais le Vinaya des Mûla Sarvâstivâdins est le seul qui mentionne le Népal dans l'incident qui amène le Bouddha à promulguer ce çikṣâpada. Je ne traduis ici de ce très long récit que la portion relative au Népal.
v3.c11.3
Mûlasarvâstivâdavinaya, chap. 21 (16e naiḥsargika), éd. de Tōkyō, XVI, 8, p. 100b.
v3.c11.4
« Le Bouddha résidait à Çrâvastî, dans le Jetavana, le parc d'Anâthapiṇḍika..... Les bhikṣus, voyant une troupe d'hommes qui se dirigeait vers le Népal (Ni-po-lo), leur demandèrent : « Qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Nous nous dirigeons vers le Népal. » Les bhikṣus leur dirent : « Nous désirons suivre le même chemin. » Les marchands dirent : « Vénérables, au Népal, le sol est tout pierreux ; c’est comme le dos d’un chameau. Vous ne devez pas sans doute vous réjouir d’y aller. » Les bhikṣus répondirent : « Nous allons de compagnie pour essayer de ce pays. » — « Vénérables, s’il en est ainsi, vous pouvez venir avec nous. » Ils firent donc route avec les marchands, et à la fin ils arrivèrent à ce royaume. Les bhikṣus n’y trouvèrent pas de plaisir. Dès le lendemain ils s’en allèrent au marché rejoindre les marchands et ils leur demandèrent : « Quand est-ce que vous voulez retourner dans votre pays ? » Les marchands répondirent : « Pourquoi donc ? Est-ce que vous ne vous plaisez donc pas ici ? » Les bhikṣus répondirent : « Nous sommes des nouveau-venus, et aujourd’hui nous ne nous sentons pas bien. » Les marchands répondirent : « Tant que nous n’avons pas échangé nos marchandises, nous ne pouvons pas parler de retour. Nous avons des connaissances qui veulent retourner dans le Pays du Milieu (Madhyadeça). Nous n’avons qu’à les en prier, et ils feront route avec vous. » Les bhikṣus dirent : « Parfait ! Bonne affaire ! » Au Népal il y a deux espèces de marchandises à bon marché ; la laine et l’orpiment (? hioung-hoang). Et alors les marchands ayant acheté de la laine en grande quantité en chargèrent leurs chars et s’en allèrent. Et la troupe des bhikṣus fit route avec eux... »
v3.c11.5
Une autre section du même Vinaya, le Carma-vastu, fournit aussi une mention du Népal.
v3.c11.6
Mûlasarvâstivâdavinaya XVII, 4, p. 111ᵇ col. 9.
v3.c11.7
« En ce temps-là le fils de roi Mal-ṇé (Virûdhaka), par l’effet de son affolement, massacra la race des Çâkyas de Kapilavastu. Et alors, de la ville, les uns se retirèrent vers l’Ouest ; d’autres se retirèrent dans le Népal. Ceux qui entrèrent au Népal étaient tous des parents de l'âyusmat Ananda. Et, plus tard, des marchands de Çrâvastî, ayant pris des marchandises, se dirigèrent vers le Népal. Les Çâkyas ayant vu les marchands leur demandèrent : « Nous souffrons maintenant mal de mort ! L'âyusmat Ânanda, pourquoi ne vient-il pas voir où nous en sommes ? » Les marchands y pensèrent tous, et ayant fini leurs affaires ils s'en retournèrent à Çrâvastî, et ils dirent à Ânanda : « Les parents du Vénérable qui sont établis au Népal te font dire ceci. » Et le vénérable Ânanda ayant entendu les paroles que lui rapportaient les marchands, en fut touché et affligé, et il s'en alla au royaume de Népal. Ce royaume est froid et neigeux. Ânanda eut des crevasses aux mains et aux pieds. Et quand il revint à Çrâvastî les bhikṣus l'ayant vu lui demandèrent : « O Ânanda ! tu avais auparavant les mains lisses et unies comme la langue. Pourquoi donc sont-elles rugueuses et crevassées ? » Il répondit : « Au royaume de Népal, la terre est voisine de l'Himâlaya. Par suite du vent et de la neige, j'ai les pieds et les mains en cet état. » Ils lui demandèrent alors : « Tes parents, là-bas, comment soutiennent-ils la vie ? » Il répondit : « Ils portent des pou-la (pula). » Ils lui demandèrent : « Et toi, pourquoi n'en portes-tu pas ? » Il répondit : « Le Bouddha n'a pas encore permis d'en porter. » Et alors les bhikṣus allèrent interroger le Bouddha. Le Bouddha leur dit : « Dans les endroits froids et neigeux, on peut porter des pou-la¹. »
v3.c11.8
¹ Le mot pou-la se rencontre (sous la transcription fou-lo) dans le Chan-kien p'i-p'o-cha, traduction abrégée du commentaire de Buddhaghosa sur le Suttavibhaṅga du Vinaya pali (éd. jap. XVII, 8, p. 89a, col. 20). Traitant des Sekhiya, l'auteur ajoute deux règles. « Elles manquent, dit-il, à l'original indien. » La première a trait aux stûpas. C'est que, quand le Bouddha était dans le monde, il n'y avait pas encore de stûpas. Mais le Bouddha, quand il était dans le monde, a prescrit cette règle. Par suite de quoi on ne doit pas porter de sandales en entrant
v3.c11.9
Récemment j'ai fait état du second de ces textes, dans mon article sur les Eléments de Formation du Divyâvadâna (*T'oung-pao*, 1907, p. 115), à propos de l'époque où le Vinaya de l'école Mûla-sarvâstivâda a pu être compilé. Je n'avais pas osé alors faire fond trop solidement sur cette donnée ; insérée à la fin d'une section du Vinaya, elle risquait de passer pour une addition tardive, introduite par des moines, intéressés dans la rédaction traduite par Yi-tsing. Mais l'épisode relatif au transport de la laine ne peut prêter à de pareils soupçons ; il fait corps avec une des prescriptions fondamentales ; il se rencontre au cœur même du volume qui constitue le Vinaya par excellence. Donc, tant qu'on n'aura pas signalé de document antérieur aux Guptas où se lira le nom du Népal, il sera permis de croire que le Vinaya en question n'a reçu sa rédaction définitive qu'après le IIIe siècle. Je ne suis pas loin de croire que le travail a été exécuté au Népal même ; un moine de la plaine n'aurait probablement pas admis volontiers que les gens de la montagne appartenaient à la famille
v3.c11.10
dans un stûpa du Bouddha ; il faut les prendre à la main si on entre dans un stûpa du Bouddha. Et on ne doit pas porter de *fou-lo* en entrant dans un stûpa du Bouddha ; il faut prendre à la main ses *fou-lo* quand on entre dans un stûpa du Bouddha. »
v3.c11.11
Yi-tsing mentionne les *pu-la* en rappelant cette règle dans son *Nan-hai ki-kouei...*, à la fin du chapitre II (Cf. TAKAKUSU, *A Record of Buddhist practices*, p. 22 et la note p. 218).
v3.c11.12
Le *Yi-ts'ie king yin-yi* de Hiuen-hing, au chap. 17, commente le mot *fou-la*. « On dit encore *fou-lo*. La forme exacte est *pou-lo*. Cela signifie « des bottines courtes ».
v3.c11.13
Le terme sanscrit original *pula* se retrouve dans le Rudrâyaṇa avadâna (*Divyâvadâna* XXXVII) qui est emprunté au Mûla Sarvâstivâda Vinaya. Mahâ Kâtyâyana, de retour d'une tournée dans le Nord-Ouest, arrive au bord de l'Indus. « Il observa : Bhagavat a dit que dans le Madhyadeça il ne faut pas porter de *pula*. Je m'en vais les donner (à la divinité du Nord qui demande une relique). Il les lui donna. Elle les installa sur un lieu élevé [le mot *sthaṇḍila* est traduit par *kai-choang tcheu ti*, « lieu élevé et découvert »] et éleva un mât (*lai-tchi* = *yaṣṭi*) appelé Pulayaṣṭi (*pou-lo lai-tchi*) ». C'est ainsi qu'il faut donc rétablir le texte, corrompu dans tous les manuscrits (*Divyâv*., p. 584, l. 9 = jap. XVI, 9, 98b, col. 19-20).
v3.c11.14
d’Ânanda, au sang des Çâkyas. Le choix du Vinaya des Mûla Sarvâstivâdins, introduit de préférence aux Vinayas des autres écoles dans la collection tibétaine, semble aussi attester la faveur spéciale dont ce Vinaya jouissait dans les régions himalayennes. En tout cas, les deux épisodes se rapportent à une époque où le Népal était mis en relations régulières avec la plaine par des échanges commerciaux.
v3.c11.15
UN ARTISTE NÉPALAIS A LA COUR DE KOUBILAI KHAN
v3.c11.16
Pendant mon séjour au Japon, le Rév. Akamatzu me fit cadeau d’un exemplaire du Tsao-siang-tou-leang king « Sûtra sur les proportions des statues ». Ce sûtra, publié en Chine par Yàng Wen-hoei¹, il y a une trentaine d’années, est accompagné d’un commentaire intéressant et de planches importantes. Il représente la tradition introduite en Chine par un artiste népalais, A-ni-ko. La biographie de cet artiste a été conservée par les Annales des Yuan (chap. 203, fin) qui l’appellent A-r-ni-ko². Elle contribue à jeter un peu de lumière sur une période très obscure de l’histoire du Népal. Né en 1243 (par conséquent sous le règne désastreux d’Abhaya Malla ; cf. II, p. 214 sq.), il quitta le Népal avant le règne d’Ananta Malla, pour aller travailler au Tibet avec une équipe de sculpteurs et de peintres religieux. Le récit des Annales n’indique pas expressément que le Népal ait été vassal du Tibet à cette époque ; mais il garantit tout au moins la persistance et l’importance des relations entre les deux pays dans la seconde moitié du XIIIe siècle, à cette époque particulièrement agitée et féconde où la dynastie mongole des Yuan dispute et arrache l’empire de la Chine aux derniers princes de la branche méridionale des Soung, où Koubilai-khan réunit à sa cour des bouddhistes, des taoïstes, des chrétiens nestoriens et romains, et des musulmans. A-r-ni-ko, qui arriva vers 1263 à la cour Mongole, n’y rencontra plus l’ambassadeur de Saint-Louis, le cordelier Rubruquis, qui y avait séjourné entre 1253 et 1254, mais il y retrouva des représentants de toutes les grandes confessions du monde ; il put même y coudoyer un glorieux représentant de l’Europe, Marco Polo. La biographie d’A-r-ni-ko introduit un fait nouveau dans l’histoire du bouddhisme népalais ; la constatation formelle des relations régulières entre le Népal et le Tibet, sous les auspices de Phags-pa, au début de la carrière de ce moine illustre, implique que le Népal ne resta pas étranger au mouvement puissant qui créa et organisa le Lamaïsme ; on ne peut plus (comme je l’ai fait à tort, sup. I, p. 167) isoler le Népal du Tibet dans le cours du XIIIe siècle.
v3.c11.17
¹ Sur ce personnage intéressant qui fut attaché à la légation de Londres, cf. Max Müller, introd. à l’édition du Sukhâvatî vyûha (Anecdota oxoniensia, Aryan series, vol. I, part. II, p. x).
v3.c11.18
² Cette biographie a été publiée et étudiée par le prêtre Banjin dans la revue japonaise Kokka, nº 164, janvier 1904. L’article, écrit en japonais, porte dans le sommaire en anglais, ce titre : « On A-ni-ko, a celebrated Nepalese maker of Buddhist figures, and his Chinese pupil Lia Chengfeng, together with a reference on a sacred book showing the mesurements for the making of Buddhist images. »
v3.c11.19
Enfin le rôle considérable attribué, par le témoignage même des Annales, à l’influence d’un artiste népalais sur l’art en Chine rend plus vraisemblable encore l’hypothèse que j’ai présentée sur l’origine népalaise du style « pagode » en Chine et au Japon (II, 11 sq.). Le Népal a pu donner au bouddhisme chinois des modèles d’architecture et des architectes avant de lui fournir, avec un sculpteur de génie, un canon de proportions nouveau.
v3.c11.20
Annales des Yuan, chap. 203, fin.
v3.c11.21
« A-r-ni-ko était originaire du Népal. Les gens de ce royaume le nomment Pa-le-pou. Tout jeune, il montra une intelligence éveillée bien au delà des enfants ordinaires. Un peu plus grand, il pouvait réciter par cœur les textes bouddhiques, et au bout d’un an il en saisissait tout le sens. Parmi ses condisciples, il y en avait un qui était dessinateur, peintre, modeleur, décorateur, et qui récitait le Canon des Proportions. Dès qu’il l’eut entendu une fois, A-r-ni-ko fut en état de le répéter. Devenu plus grand, il excella lui-même à dessiner, modeler et fondre en métal les images. La première année Tchong-t’ong (1260 J.-C.), ordre fut donné au Maître de l’Empereur (Ti-che) Pa-k’o-se-pa (’Phags-pa) d’élever au Tibet une pagode en or; cent artistes choisis au Népal devaient aller exécuter le travail. On en trouva quatre-vingts ; il fallait un chef d’équipe, mais on n’en trouvait pas pour conduire cette troupe. A-r-ni-ko, qui avait alors dix-sept ans, demanda à partir. On lui fit des difficultés à cause de son âge ; mais il répondit : « Je suis jeune, mais mon esprit ne l’est pas. » On le laissa donc partir. Le Maître de l’Empereur, à le voir, s’émerveilla ; il le chargea de surveiller le travail. L’an suivant, la pagode était achevée ; A-r-ni-ko demanda la permission de s’en retourner. Le Maître de l’Empereur le pressa d’aller se présenter à la cour impériale ; de plus, il lui donna la tonsure et l’ordination et l’accepta comme disciple. A la suite du Maître de l’Empereur, A-r-ni-ko alla donc se présenter à la cour. L’Empereur, l’ayant observé longuement, l’interrogea : « Vous arrivez dans un grand royaume. N’éprouvez-vous pas de frayeur ? » Il répondit : « Votre Majesté traite comme des fils les dix mille pays.
v3.c11.22
Un fils, en arrivant devant son père, quelle raison aurait-il de craindre ? » L’Empereur lui demanda encore : « Pourquoi venez-vous ? » Il répondit : « Ma patrie est dans les pays d’Occident ; j’ai reçu du souverain l’ordre de faire un stûpa au Tibet. En deux ans j’ai exécuté cet ordre. Là-bas j’ai vu les désordres de la guerre, le peuple incapable de soutenir sa vie. Souhaitant que Votre Majesté établisse la paix, sans compter la longueur de la distance, pour le bonheur des êtres, je suis venu ici. » Il lui demanda : « Qu’est-ce que vous savez faire ? » Il répondit : « Je sais assez bien, et d’inspiration, dessiner, modeler, fondre en métal. » L’Empereur ordonna de prendre dans le palais une statue de cuivre pour l’acupuncture et le cautère du Ming-t’ang, et la lui montrant, il lui dit : « Voici une statue qui a été présentée à l’occasion de l’ambassade du Ngan-fou Wang tsi chez les Soung ; elle a souffert du temps, et il n’y a personne qui puisse la remettre en état. Vous, sauriez-vous la remettre à neuf ? » Il répondit : « Votre sujet n’en a pas la pratique ; cependant, je demande à essayer. » La deuxième année Tche-yuan (1265 J.-C.) la statue, toute neuve, était achevée ; les ouvertures, les pleins, les veines, les canaux, rien n’y manquait. Les artistes en métal furent émerveillés de son talent surnaturel ; il n’y en avait aucun qui ne se sentît honteux et humilié. Dans tous les monastères des deux capitales, la plupart des statues sont sorties de sa main : une Roue de la Loi en fer avec les Sept Joyaux ; quand l’Empereur se déplaçait, on la faisait passer devant pour ouvrir la route, — aussi les portraits des divers Empereurs, qu’il fit sur tissu de soie ; aucune peinture ne pouvait atteindre à cette perfection. La dixième année Tche-yuan (1274 J.-C.) on lui donna pour la première fois l’autorité suprême sur tous les artistes en métal, avec le sceau d’argent marqué du tigre. La quinzième année (1279 J.-C.) un décret lui prescrivit de revenir à son ancienne tenue [de laïque] ; il reçut alors les charges de koan-lou-ta-fou, ta-seu-t'ou, contrôleur de la cour des manufactures impériales ; il jouit de faveurs et de cadeaux incomparables. Après sa mort, il fut pourvu des titres posthumes de t'ai-che, k'ai-fou-yi-t'ong-san-se, duc du royaume de Leang, chang-tchou-kouo, et du nom posthume de Min-hoei (Intelligence Prompte).
III. A propos des symboles sur le fronton des stèles
v3.c11.s1.1
J'ai pris soin d'indiquer, chaque fois que je l'ai pu, le dessin qui orne le fronton des stèles étudiées. Bhagvanlal avait fait de même ; Bendall a malheureusement négligé ce détail. Il est probable que ces ornements n'avaient pas seulement une valeur décorative ; ils avaient une valeur d'expression positive aussi nette que nos emblèmes. Le Vinaya des Mûla Sarvâstivâdins nous permet de le constater avec assurance pour un d'entre-eux. L'inscription n° 6 de Bhagvanlal porte au fronton la roue de la loi entre deux antilopes ; c'est une charte octroyée par Amçuvarman, mais il n'en subsiste guère que le formulaire ; la tradition la met toutefois en rapport avec la yâtrâ de Matsyendra nâtha. Je n'ai pas retrouvé ce motif sur d'autres stèles ; mais la plupart portent un motif très analogue : la roue (cakra) entre deux conques (çaṅkha). La roue avec les deux antilopes accotées se retrouve sur plusieurs sceaux de couvent découverts à Kasia et publiés récemment par M. Vogel (Some seals from Kasia dans le Journ. Roy., As. Soc., 1907, p. 365 : l'un, des environs de l'an 600, porte *çrī bandhanamahāvihāre āryabhikṣusaṃghasya* ; un autre, d'environ 750, *çrī mahāparinirvāṇamahāvihārīyāryabhikṣusaṃghasya*. Le Vinaya des Mûla Sarvâstivâdins prescrit justement l'emploi de ce sceau (Kṣudraka vastu, éd. de Tōkyō, XVII, 1, 2ᵇ, col. 19 :
v3.c11.s1.2
« Le Bouddha dit : Dans l'ensemble, il y a deux espèces de sceaux : 1° le sceau de la communauté ; 2° le sceau individuel.
Pour le sceau de la communauté, il faut y graver l'image de la Roue de la Loi et, des deux côtés, des daims accroupis sur leurs genoux, tranquilles, et au-dessous il faut écrire le nom du bienfaiteur qui a fondé le couvent.
Pour le sceau individuel, il doit porter une chaîne d'ossements, ou bien l'image d'un crâne, pour que cette vue invite au détachement. »
v3.c11.s1.3
La description correspond exactement avec la réalité. J'ignore encore si la prescription est spéciale à l'école des Mûla Sarvâstivâdins ; s'il en était ainsi, nous aurions dans la stèle d'Aṃçuvarman un témoignage formel de leur présence au Népal pendant la première moitié du VIIᵉ siècle.
v3.c11.s1.4
IV
IV. Caitya de Savyambhu
v3.c11.s2.1
Le caitya de Svayambhû est exalté à deux reprises dans une compilation versifiée encore inédite, le Bhadrakalpâvadâna. M. Serge d'Oldenbourg a donné une analyse développée de cet ouvrage, fabriqué avec des légendes empruntées à des sources diverses : *Buddhakia Legend'i, čast vervaia*; St-Pétersbourg, 1894. Le XXXIe récit est un remaniement du Supriyâvadâna, conservé dans la collection du Divyâvadâna (VIII). Le marchand Supriya, fils de Priyasena, demeure à Bénarès ; à la tête d'une compagnie de marchands, il part pour l'Ile des Joyaux. Mais le rédacteur népalais du *Bhadrakalpa* ajoute ici à son modèle un épisode qui trahit l'esprit de clocher. « Avant de se mettre en route pour l'Ile des Joyaux, Supriya se dirigea vers le Népal ; il alla au sanctuaire de Svayambhû présenter une offrande de pierres précieuses, et prier pour le succès de son entreprise. »
v3.c11.s2.2
Le dernier récit (XXXVIIIe) du *Bhadrakalpa* se termine sur un épisode plus flatteur encore pour le Népal. Le Bouddha, ayant fini d'instruire Çuddhodana, se retire de Kapilavastu avec ses disciples Çâriputra, Ânanda, et Mudgala, etc. ; il se rend au Népal pour visiter Svayambhû et pour conduire vers la Voie les gens de la contrée.
V. Manuscrits du Buddha Purana
v3.c11.s3.2
En traitant du Buddha-Purâna (I, 372), j'ai constaté que le manuscrit de « cet ouvrage rare et précieux » n'est entré dans la collection des manuscrits de Fort-William que pour y disparaître. Le savant bibliothécaire de l'India Office, M. Thomas, a bien voulu m'informer que le manuscrit si longtemps égaré se trouve maintenant à l'India Office Library ; il est orné de nombreuses miniatures comprenant même un portrait du capitaine *Naks*, c'est-à-dire Knox lui-même ; la bibliothèque en possède aussi deux copies exécutées l'une pour Colebrooke, l'autre pour Leyden, — et de plus, l'abrégé dû à un Pandit de Colebrooke, sous le titre de *Laghu Buddhâ Purâna*. On peut donc maintenant entreprendre l'étude de ce texte curieux.
VI. Numismatique du Népal
v3.c11.s4.1
Aux indications que j'ai données (vol. II, 107-111), il faut ajouter maintenant la description des monnaies népalaises du Musée de Calcutta dans le *Catalogue of the Coins in the Indian museum*, par M. Vincent Smith, vol. I, p. 280 sqq. et pl. XXVIII. Plusieurs monnaies du Népal se trouvent au Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale, à Paris.
Linked texts (5)
- Divyāvadāna — Sanskrit
- Citralakṣaṇa — Nagnajit, Sanskrit
- Mūlasarvāstivāda-vinaya — Sanskrit
- Kṣudrakavastu — Sanskrit
- Inscription No. 6 — Prakrit