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La formation de la langue marathe c2.66

La formation de la langue marathe c2.66

Language
French

c2.66

Sur le continent aussi, l'indo-aryen a dépassé les frontières de l'Inde. L'Asie centrale (v. sup. § 8) a rendu aux explorateurs des documents anciens dont une série au moins se révèle à l'analyse comme ayant pu réellement correspondre à un parler local. Aujourd'hui encore les Tsiganes parlent depuis la Perse et l'Arménie jusqu'aux confins occidentaux de l'Europe des dialectes indiscutablement apparentés à la famille indienne. La date de leur émigration, ou de leurs émigrations, n'est pas connue d'une façon sûre ; la plus ancienne semble s'être faite au ve siècle de notre ère (v. de Goeje, Mém. sur les migrations des Tsiganes à travers l'Asie) ; mais l'origine en est sûre : le tsigane est un parler du nord-ouest. Plusieurs traits le prouvent : le groupe consonne+r ne subsiste, la voyelle initiale du mot skr. ātma- n'est tombée qu'en tsigane, en sindhi et dans les dialectes montagnards ; comme ces derniers dialectes (sauf le kaçmiri), le tsigane a perdu l'ancien relatif ya-. Le tsigane d'Europe, comme les mêmes dialectes, distingue encore la sifflante dentale s de š issu de ṣ et ç, et conserve les groupes *st*, *ṣṭ* : à vrai dire le tsigane d’Arménie se conforme sur ces points à la règle prākrite et suit l’indo-aryen de l’Inde (v. Finck, *Die Sprache der Armen. Zigeuner*, *Mém. de l’Acad. impér. de Saint-Pétersbourg*, VIII, 5, §§ 57, 72, 73) : mais les dialectes himalayens et l’iranien même (v. Gauthiot, *M. S. L.*, XVII, p. 157) présentent des variations analogues et attestent que dans la région du nord-ouest les lignes d’isoglosses ont pu s’entrecroiser de façon diverse. Un fait, qui isole le tsigane de tout le reste de l’indo-aryen (sauf le veron, un des dialectes les plus occidentaux du groupe himalayen, v. Grierson, *Piç. lang.*, p. 19), le localise du même coup exactement sur la frontière iranienne : en tsigane, *t* ou *d* intervocaliques deviennent régulièrement *l* (ex. *phral*, *phal* « frère » ; v. Miklosich, IX, p. 25) ; dans le dialecte arménien *d* initial devient *l* aussi (lui « deux », las « dix », lel « donner », v. Finck, *ibid.*, § 73) ; or le passage de *t* à *l*, à l’initiale et à l’intervocalique, est un trait caractéristique des dialectes iraniens du nord-est, à quelque groupe qu’ils se rattachent (v. Gauthiot, *J. As.*, 1910, I, p. 542 ; *M.S.L.*, XVII, p. 158).