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La formation de la langue marathe c2.84

La formation de la langue marathe c2.84

Language
French

c2.84

Les autres dialectes modernes offrent dans les traitements de skr. r, kṣ, r + dentale, dentale + v, une confusion qui reproduit la confusion déjà révélée par les documents anciens, et où seule une analyse subtile permet d'entrevoir une géographie préhistorique. Essayons sur d'autres phonèmes : les voyelles finales, partout tombées, subsistent en kaçmiri, en singhalais, en sindhi, etc. ; le groupe de voyelle brève + consonne double subsiste tel quel en singhalais, sindhi, penjabi, hindi occidental, et ailleurs devient voyelle longue + consonne simple ; en guzrati, sindhi et rajasthani au et ai intérieurs se contractent en o et e ; les lois de la contraction des voyelles diffèrent selon les langues. On voit que la phonétique des voyelles ne montre que des variations de date récente. Le sort des consonnes apparaît d'abord plus intéressant, et les racines des phénomènes contemporains semblent plonger dans le passé ; mais peu de cas sont décisifs. A v issu de *v* initial ou géminé en singhalais, en tsigane arménien, en penjabi, sindhi, guzrati, rajasthani et marathe, correspond *b* en tsigane d'Europe, en hindi et dans tout le groupe oriental (le nord-ouest himalayen présente à la fois *v* et *b*); la présence en pali de *bb* issu de *vy*, *w*, etc. semble prouver que la répartition a des origines anciennes; mais le reste du moyen indien a partout *v* et tout se passe comme si le passage de *v* à *b* était moderne; d'ailleurs la répartition du même phénomène en dravidien semble indiquer que l'évolution *v* > *b* pourrait être indépendante dans les divers dialectes : on sait que *v* initial conservé en télougou et en tamoul, est devenu *b* en canarais : or le canarais est situé à l'ouest du télougou. Dans tout le groupe occidental du continent et dans l'hindoustani qu'on parle dans le Doab gangétique supérieur, *n* et *l* intervocaliques se sont cérébralisés, tandis qu'ils subsistaient à l'est de cette zone; or en prākrit la cérébralisation de *l* n'est notée qu'en paiçācī, c'est-à-dire dans un dialecte non identifié; et la même paiçācī est le seul prākrit qui conserve régulièrement *n*, cérébralisé à l'initiale partout ailleurs (exception faite pour quelques restaurations récentes en prākrit jaina). Le sort des sifflantes est peut-être le seul phénomène sur lequel nous avons à date ancienne des notions claires, quoique partielles; car la conservation des deux sifflantes, qui caractérise le nord-ouest, n'est notée nulle part en moyen-indien, et le seul cas analogue que fournisse le prākrit ḍhakkī comporte une formule différente (au nord-ouest *s*, *ṣ* et *ç* > *ś*; en ḍhakkī *s* et *ṣ* > *s*, *ç* > *ç*; v. Pischel, § 228). D'une façon générale, le prākrit a uniformisé très tôt toutes les sifflantes, sous la forme *s* à l'ouest et dans le centre, sous la forme *ç* à l'est (v. pour la māgadhī, l'inscription de Ramgarh citée par M. Lüders, *Bruchstücke*, p. 41, et Pischel, § 229); or on sait que sauf dans le nord-ouest et abstraction faite de quelques variations postérieures en marathe et en guzrati, tout l'indo-aryen occidental et central a confondu les sifflantes et ne possède que *s* dental; tandis que dans le groupe de l'extrême-est (sauf le bengali du nord-ouest), l'unique sifflante est *ç*.