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La formation de la langue marathe c2.90

La formation de la langue marathe c2.90

Language
French

c2.90

Il résulte de cette seconde définition de l'apabhramça, qu'il peut y avoir en principe diverses espèces d'apabhramça correspondant aux divers prākrits. Cela est en effet communément admis ; et il est possible que plusieurs d'entre ces variétés aient été cultivées : car la littérature en apabhramça est ancienne ; l'école bouddhiste des sammitiya s'en servait, dit une tradition tibétaine (Wassilief, *Buddhismus*, p. 267) et en effet on possède des stances bouddhiques en apabhramça, d'ailleurs tardif (v. Bendall, *Muséon*, 1903, p. 376, 1904, p. 245 et suiv.) ; peut-être Kālidāsa s'en est-il servi (v. Pischel, § 29) ; en tout cas au début du VIe siècle, le roi Guhasena de Valabhi se vante de son talent d'écrivain dans les trois langues, sanskrit, prākrit et apabhramça. Mais nous n'avons de ces différentes variétés d'apabhramça aucun document utilisable ; les seuls dont nous puissions faire état se rapportent précisément à la région de l'Inde où régnait Guhasena. En effet les noms de nāgara et de vrācaḍa, donnés par les grammairiens du prākrit, nous reportent au Guzrate et au bassin inférieur de l'Indus (v. Pischel, § 28 ; Grierson, *L. S. I. Raj.*, p. 327). D'autre part c'est du guzrati et des formes archaïques de l'hindi que M. Bhandarkar rapproche l'apabhramça que nous connaissons (*J. A. S. Bomb.*, XVI, p. 39) ; et en effet, plus vaste ou plus étroit, le domaine des phénomènes qui correspondent aux caractéristiques de l'apabhramça laisse toujours le marathe à l'extérieur. La conservation de *r* après consonne, le passage de *s* à *h* ne se rencontrent guère qu'en guzrati, en sindhi et au nord-ouest. L'assourdissement de *-am* final en *-um* (Pischel, § 351, 352) explique la désinence de nom. sing. neut. *-um* du guzrati, non la désinence correspondante *-em* du marathe (cf. § 36). Les pronoms possessifs ap. *mahāra*, *tuhāra*, *amhāra* ou *hamāra*, *tohāra* sont en usage presque partout, même en tsigane, mais manquent en singhalais, dans l'Himalaya occidental, en sindhi et en marathe. Dans le verbe, les désinences de 2e pers. sing. -ahi (pkr. -asi), plur. -ahu (pkr. -aha) correspondent à celles de toute l'Inde du nord, sauf l'oriya et le marathe ; l'absolutif remonte partout à apabhr. -i (çaur. -ia, skr. ya), sauf en marathe ; de même la désinence si obscure de 3e plur. -ahim (v. J. Bloch, J. As., 1912, I, p. 334) occupe le Guzrate et tout l'Hindoustan, laissant encore en dehors l'oriya et le marathe.