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La formation de la langue marathe c4.s2.t4: A. Voyelles finales

La formation de la langue marathe c4.s2.t4

Language
French

A. Voyelles finales

c4.s2.t4.1

*va* = skr. *vā*, etc. peuvent s'expliquer, selon l'interprétation de M. T. Michelson, comme des doublets d'origine indo-européenne ; les désinences de 3e sg. d'aoriste en *-thā* : *-ttha* sont obscures de toute façon (Pischel, § 547, cf. § 520) ; quant aux absolutifs en *-ua* (*kadua*, *gadua*, etc. ; Pischel, § 581) des dialectes orientaux, qui semblent rappeler la graphie des édits orientaux d'Açoka, on peut à la rigueur y voir une contamination de *-tvā* avec *-ya*. — Restent deux faits d'abrégement sûrs et communs à tous les prākrits classiques : 1° toute voyelle nasalisée longue s'abrège en position finale (Pischel, § 83) ; 2° *-e* et *-o* s'abrègent aussi et sont notés *-i* et *-u* dès les fragments Dutreuil de Rhins et dans les textes prākrits en vers (Pischel, § 85) ; peut-être l'abrégement et la fermeture de *-e* final ont-ils contribué en quelque mesure à la disparition, générale en prākrit, de la conjugaison moyenne au profit de la conjugaison active (v. Pischel, § 452).

c4.s2.t4.2

Dans presque tous les parlers indo-aryens modernes les voyelles finales sont tombées. Seuls font exception le bihari (v. Grierson, *Maith. gram.*, § 8-10), le kaçmiri, le sindhi (v. Grierson, *Phon.*, § 400) et le singhalais (v. Geiger, § 28, 2. c, § 30). En marathe les voyelles finales ne subsistent plus que dans la partie méridionale du Concan, où elles ont toutes la quantité brève : cette survivance est due sans doute à l'influence d'habitudes dravidiennes (v. L. S. I., *Mar.*, p. 167, 188, 189). Cette exception mise à part, il ne reste plus en marathe de voyelles finales qui ne soient des archaïsmes ou le produit de contractions, ou enfin le résultat d'innovations analogiques.

c4.s2.t4.3

§ 38. La chute de *-a*, bref ou long, pur ou nasal, est antérieure à la constitution du marathe, et il n'en reste plus trace que dans la scansion poétique. Au contraire *-i* et *-u* ont duré davantage. La tradition manuscrite des anciens poètes est flottante ; mais elle donne constamment la désinence de datif sing. et de 2e pers. sing. en *-si* (mod. *-s*), la désinence de 3e plur. en *-ti* (mod. *-t*), le nominatif sg. masc. normal en *-u*, et même en *-o* après voyelle, après *v*, *y* et *h* : ainsi on lit dans l'*Abhilaṣitārthacintāmaṇi* les formes *rāvo nārāyaṇu*. De même dans les inscriptions anciennes : à Pandharpur *phāgaṇi-pur*, *devarāyāsi*, *vivaru* (l. 3), *paṇḍitū* (l. 28) ; on trouve encore dans des textes du xvie siècle (*Granthamālā*, mars 1902, p. 31-33), *pāṭailu* et *pāṭelu*, *sāvantu* (*sāmantaḥ*). — A

c4.s2.t4.4

l'époque basse au moins ces graphies sont très probablement archaïques. On ne s'expliquerait pas sans cela l'incohérence de la tradition : si l'on trouve -i final écrit indifféremment long ou bref dans Hemādī, bref dans māli, joisi (Pandharpur, l. 4, 17), c'est sans doute qu'à cette époque déjà le i final est commun ; de là les graphies jarī, tarī (mod. jar, tar, skr. yarhi, tarhi), -asī -atī (mod. -as, -at, skr. -asi, -ati), etc. des textes littéraires anciens, dans des formes où il s'agit de -i brefs du sanskrit.

c4.s2.t4.5

En même temps que la quantité, le timbre de -i et -u s'est altéré. Les deux phonèmes se sont confondus l'un et l'autre avec -a. On en a la preuve dans la prononciation de l'enclitique -c, qui est une affriquée dentale, alors que la forme de cet enclitique en vieux-marathe et en concani est -ci : or on sait que les palatales conservent la prononciation ancienne devant i (v. plus bas). Un exemple analogue est probablement fourni par -s qui s'ajoute aux noms de parenté (ājā-s, āji-s, etc.) et aux noms de divinités (lāmv : lāmṣ = deçi lāmā) : ce -s représente sans doute skr. -çri : or, la prononciation de ce phonème est s et non ç, ce qui prouve que -ī s'est confondu avec a avant de disparaître.

c4.s2.t4.6

Le traitement de certaines diphtongues en position finale sera examiné aux § 60 et suiv. Voici des exemples de la chute des voyelles simples :

c4.s2.t4.7

§ 39. Pkr. -a et -am sont tombés dans : āj (adya), āṭh (aṣṭa), pāṃc (pañca) ; nom.- acc. neut. nāmv (nāma), jal (jalam), pān (par-ṇam) ; désinence d'instrumental singulier en -em (-ena).

c4.s2.t4.8

Pkr. -ā et -ām sont tombés dans les nom.-acc. sing. fém. comme āt (deçi attā), ās (āçā, āçām), kal (kalā, kalām), vel (velā, velām), vāṭ (vartman, pkr. fém. vaṭṭā, vaṭṭām), au nom.-acc. plur. masc. skr. -āḥ, -ān, dans la désinence d'oblique plur. masc. neut. -ām, issue de skr. -ānām, et fém. -īm, issue de skr. -īnām. L'adverbe heṭh est obscur ; on ne peut déterminer s'il représente pkr. heṭṭhā ou un cas (acc. neut. ou locatif) de l'adjectif pkr. heṭṭha- (Pischel, § 107). En marathe -ā ou -ām final est le résultat d'une contraction : c'est le cas à l'oblique plur. masc. neut. cité plus haut, ou dans la désinence de 2e plur. où il remonte à pkr. -aha, skr. -atha ; de même les nom. masc. sing. en -ā remontent à pkr. -ao ; quant à sahā « six », dahā « dix », la voyelle finale y a été ajoutée après coup.

c4.s2.t4.9

Il faut remarquer en passant que -ăm final est tombé en marathe sans avoir préliminairement changé de timbre. Dans les dialectes moyen-indiens qui sont à l'origine de certaines autres langues, la nasalité avait assourdi cette voyelle. De là provient l'opposition entre la désinence de nom.-acc. neut. sing., qui est en guzrati -um, et la forme correspondante du marathe -em (-akam) ; de même le nom de nombre « cent », en sanskrit çatam, est devenu dans les langues du centre et de l'ouest autres que le marathe : s. sau, g. ço, h. pj. sau à côté de sai, tandis qu'on a d'autre part m. çem, h. pj. sai, o. çae, b. çaye, sgh. siya. Ainsi s'explique sans doute aussi la désinence d'oblique pluriel en hindi -om (-ānām), correspondant à -ām du marathe, du rajasthani, du penjabi, du sindhi (et peut-être du guzrati) ; il n'est pas impossible que l'énigmatique désinence de 1re pers. sing.- ūm de l'hindi (-āmi) ait la même origine. L'apabhramça se range parmi les dialectes qui ont ainsi assourdi -am final ; on sait que -am y devient -u, et que -akam y devient -aum (Pischel, § 351-352) ; de même la désinence de 1re pers. sing. y est -aum ; quelle que soit donc la valeur du témoignage qu'il fournit (cf. § 22), l'apabhramça se sépare du marathe sur ce point important et se range avec les dialectes centraux. Peut-être la conservation du timbre primitif de -am final dans le dialecte moyen-indien qui a précédé le marathe est-elle pour quelque chose dans la conservation du genre neutre dans la déclinaison nominale ; en effet -am restait distinct de -o, désinence des masculins (devo, etc.) ; au contraire dans les langues où pkr. -am devenait -u, cette désinence se confondait avec -u issu de pkr. -o.

c4.s2.t4.10

Pkr. -i et -im sont tombés dans les nom.-acc. des noms en -i- : āg (agniḥ, agnim), āmc (arciḥ, arcim), etc. ; dans la désinence de la 2e pers. du sing. présent -s (-si), dans celle de 3e plur. du même temps -t (-nti) ; dans le préfixe paḍ- (prati-, pkr. paḍi-), dans la conjonction paṇ, anciennement paṇi.

c4.s2.t4.11

Pkr. -ī et -īm sont tombés au nom.-acc. sing. et plur. des noms fém. skr. : -ī, -īm, -iḥ, -īn, v. au chap. de la déclinaison ; ārat (*ārātrī), keḷ (kadalī), dāvaṇ (dāmanī), etc. ; adject. fém. en -iṇ, skr. -inī : dudhīṇ, etc. — Les noms marathes en -ī remontent à pkr. -io, -iā, -iam, v. le même chapitre ; les formes verbales āthī ,nāthī (asti, nāsti), les pronoms ahmī, tumhī « nous, vous » sont des formes fixées en cours d'évolution ; jarī, tarī, pour jar, tar (yarhi, tarhi), appartiennent à la langue poétique.

c4.s2.t4.12

Pkr. -u et -um sont tombés au nom.-acc. sg. des noms en -u- : tamt (tantu-), kāmg (kaṅgu-), khāj (kharju-), jāmbh (jāmbŭ-), pāmɡ (paṅgu-), phāɡ (phalgu-), bumḍ (bindu-), vij (vidyut-, pkr. vijju-), himɡ (hiṅgu-) ; cf. le dérivé çeɡaṭ (çigru-).

c4.s2.t4.13

Les exemples manquent pour -ū final ; c’est un morphème déjà rare en sanskrit (Whitney, Skr. gram., § 1179) ; -ū et -ūm du marathe remontent à pkr. -uo, -uā, -uam : ils répondent fréquemment à skr. -u, parce que les thèmes sanskrits en -u ont été le plus souvent élargis ; c’est pourquoi l’on a les formes pāmɡū, vijū, à côté de pāmɡ, vij, etc.

c4.s2.t4.14

Skr. -e et -o se sont d’abord réduits à -i et -u, puis sont tombés ; -e est attesté indirectement dans les pronoms ahmi tumhī ; il n’en reste plus rien dans les formes adverbiales ās, āspās qui sont d’anciens locatifs (aҫre, pārҫve). De même -o est tombé dans l’adverbe āgas (aɡraҫaḥ) et dans les nominatifs sg. masc. : il ne subsiste que dans les pronoms (jo, to), dans les participes servant d’indic. présent (uṭh-to, etc., v. plus bas), dans rāo (rājan-) et les noms dont la dernière consonne est h : kaḷho (kalaha-), māho (māɡha-), lāho (lābha-), loho (loha-) ; encore Navalkar (§ 104) pré-fère-t-il ḍoh; moh à ḍoho, moho ; enfin, dans les noms propres comme kanho-bā (kṛṣṇa-), viṭho-bā (viṣṇu-). On trouvera aussi la forme réduite du même cas dans kāū (kāka-), pihū (priya-), dans les hypocoristiques Rāmū, etc. (v. Joshi, § 206 a) et dans un dérivé tel que mehu-ḍā (meɡha-).

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