La formation de la langue marathe c5.s2.t3: Cas
La formation de la langue marathe c5.s2.t3
- Language
- French
Cas
c5.s2.t3.1
§ 181. Les mêmes langues qui ont perdu la catégorie du genre ont également perdu à peu près toute désinence casuelle (Beames, II, p. 227 et suiv.). Le marathe au contraire, comme la plupart des langues de la famille, a conservé une partie de la flexion ancienne et s'en est servi pour construire un système nouveau.
c5.s2.t3.2
Du moment où les voyelles finales perdaient leur quantité, puis leur timbre caractéristique, il devait s'en suivre une confusion progressive des finales monosyllabiques. Le fait est surtout apparent dans la déclinaison des noms masc.-neut. en -a-, fém. en -ā, c'est-à-dire précisément dans le type de déclinaison qui a supplanté peu à peu tous les autres. De là le besoin ressenti par le prākrit de nouvelles différenciations : l'abl. singulier -āt, très tôt disparu, est élargi en -ādo, -āo par utilisation de la vieille désinence adverbiale skr. -taḥ ; l’accusatif pluriel en -ān est remplacé par l’accusatif pronominal en -e ; le nominatif-accusatif pluriel des noms féminins en -āḥ, devenu semblable au nominatif singulier du jour où l’aspiration finale tombait, est élargi en -āo par cumul ou assimilation de désinences ; à son imitation, le nominatif masc. plur. subit le même changement, etc. De toutes ces adaptations essayées par le prākrit littéraire, il en est très peu qui aient subsisté : mais elles témoignent d’un état mouvant de la langue où les désinences anciennes s’effritant, il fallait en réduire le nombre ou leur donner plus de consistance : cette seconde tendance est celle de la littérature, naturellement conservatrice ; c’est la première qui l’a emporté dans les parlers réels qui ont abouti aux langues modernes.
c5.s2.t3.3
§ 182. Tout d’abord, le nominatif, le vocatif et l’accusatif se sont confondus en un seul cas, le cas direct. Le vocatif singulier ne subsiste dans les noms en -a- qu’avec un allongement factice de la voyelle finale, ou se confond avec le nominatif (Pischel, § 366 b) ; dans les féminins en -ā, le vocatif en -e, seul connu de Vararuci, ne tarde pas à céder aussi la place au nominatif (Pischel, § 375). Quant au groupe nominatif-accusatif, il n’y subsiste presque aucune distinction dès que les voyelles sont assez abrégées pour que la nasalité ne s’y marque plus ; au masculin singulier seulement devu a peut-être été plus longtemps distinct de deva(ṃ) : mais, soit que la nasalité ait entraîné une fermeture légère de la voyelle (le fait n’est sûr que pour les langues du type apabhraṃça, v. § 39), soit que le groupe ait subi l’analogie des autres, le résultat général est une forme unique de nom.-acc.-voc. pour chaque nombre :
c5.s2.t3.4
| | sing. | plur. |
| masc. | devo-devam | devaḥ-devān |
| neut. | sūtram | sūtrāṇi |
| fém. | mālā-mālāṃ | mālāḥ (mālāo) |
c5.s2.t3.5
Ces considérations, qui trouveraient leurs analogues si l’on examinait les thèmes en -i et en -u, expliquent la formation en marathe, et d’une façon générale dans les langues modernes, d’un cas direct, qui au moins dans les noms terminés par une consonne, est finalement senti comme la forme même du mot (cf. Meillet, Introduction, p. 413).
c5.s2.t3.6
Ce cas désigne le sujet et l'objet du verbe, quelle que soit la nature de cet objet (v. Laddu, *J. R. A. S.*, 1910, p. 871).
c5.s2.t3.7
§ 183. Parmi les autres cas, ceux qui exprimaient des rapports concrets ont, conformément à une tendance générale commune aux langues indo-européennes, disparu progressivement de l'usage (Meillet, *ibid.*, p. 425). Dès le sanskrit s'établissent des équivalences dans l'emploi de cas différents (voir Speyer, *Ved. u. Sanskr. Syntax*, §§ 53-55, 73-74, 82, 84) : c'est le premier stade dans l'histoire de la confusion des cas indirects dont un texte comme le *Mahāvastu* par exemple offre des exemples si fréquents (voir les notes de l'éd. Senart, passim). En marathe, il ne reste plus que des traces de l'instrumental, du locatif et de l'ablatif anciens. Les rapports réels sont exprimés à l'époque moderne par des postpositions s'affixant à un cas oblique unique, substitut des anciens génitif et datif.
c5.s2.t3.8
Ces deux cas s'employaient fréquemment avec la même valeur en sanskrit (voir Speyer, *ibid.*, §§ 43, 71, 72) ; même dans la langue des brāhmaṇas la désinence de génitif-ablatif fém. sing. (skr. class. -āḥ) se confondait dans tous les cas avec la désinence de datif en -ai, v. Whitney, § 365 d. En sanskrit bouddhique, on trouve, dans un texte aussi ancien que le *Divyāvadāna*, des constructions comme celles-ci : *tasya tatrāropayiṣyāmi* « je le mettrai sur lui » (p. 510), *bahir vihārasya* « hors du couvent » (p. 490) ; à plus forte raison des confusions du même genre sont-elles nombreuses dans le *Mahāvastu* (voir les notes à I, 123, 13 ; 309, 10, etc.). En pali et en prākrit l'unification est presque complète et le génitif remplace généralement le datif (Müller, *Pali gram.*, p. 67, Pischel, § 361). C'est donc le génitif, seul ou lié à un mot déterminant la nuance spéciale de sens à exprimer, qu'on s'attend à trouver à la base du cas oblique moderne.
c5.s2.t3.9
Il en est bien ainsi, du moins au pluriel : toutes les langues indo-aryennes, non seulement celles de l'Inde gangétique ou de l'Indus (Beames, II, p. 218 et suiv.), mais les parlers montagnards du nord-ouest (Grierson, *Piç. lang.*, p. 33), et le tsigane (l'hypothèse de Miklosich, XI, p. 4, ne rend pas compte du parallélisme avec le singulier, ni de l'uniformité de la désinence à travers les différents types de flexion), aussi bien que le singhalais (Geiger, § 34, IV, § 36, IV), présentent un oblique pluriel qui remonte à l'ancien génitif.
c5.s2.t3.10
Au singulier, l'accord est loin d'être le même. Sans doute c'est encore le génitif qu'on retrouve dans l'oblique de certains parlers de l'extrême nord-ouest, notamment le kaçmiri (v. Grierson, *l. l.*) et probablement le tsigane, à en juger par l'opposition de masc. *rakles* : fém. *rakl'a*, qui rappelle de très près celle de skr. *-asya* : *-yāḥ* (Miklosich n'avance cette interprétation que timidement en ce qui concerne le masculin, et laisse la désinence de féminin complètement inexpliquée, *ibid.*, p. 3, 12). Il n'est pas impossible qu'il en soit de même en singhalais, encore que Geiger ne rende compte ainsi que du masculin (§ 34, II) et fasse appel pour le féminin à la désinence d'accusatif (§ 36, II ; pourtant il est à la rigueur possible que *-a* remonte à skr. *-āyāḥ* ; cf. *kā* < *kāya-*, § 3, 1). Mais dans les langues centrales l'explication se heurte à de graves difficultés. Le passage de *-s* -à *-h-* qu'on doit invoquer pour expliquer la désinence d'oblique masculin, est inadmissible dans la plupart des cas : parmi les langues modernes le singhalais — où d'ailleurs la forme *-asa* est conservée dans les anciennes inscriptions — et, sur le continent, le sindhi et le penjabi admettent seuls cette altération. Le prākrit non plus ne l'autorise pas : l'*apabhramça* *-aha*, *-aho* pourrait bien n'être qu'une transcription d'une forme moderne, peut-être occidentale ; à l'époque ancienne la désinence *-aha* est exclusivement māgadhī, et d'ailleurs obscure (Pischel, § 366, cf. § 264). Du reste la survivance de l's ancien dans les obliques pronominaux de l'hindi *kis*, *tis*, cf. pkr. *kissa*, interdit d'en admettre la disparition en d'autres cas. — On serait de même amené à supposer des développements phonétiques anormaux dans les désinences de féminin.
c5.s2.t3.11
Seules les désinences anciennes du datif permettent de rendre compte des formes d'oblique singulier en marathe et dans le groupe gangétique sans faire appel à des hypothèses accessoires. Malgré la tendance générale du prākrit à faire triompher le génitif du datif, la survivance de ce cas au singulier n'est pas impossible à admettre. Tout d'abord le prākrit normal offre lui-même un exemple frappant de l'opposition de *datif sing.* : *génitif plur.* dans la déclinaison pronominale : en regard de *plur. amhāṇam*, il conserve au singulier, à côté de *mama*, la forme *majjhaṃ*, issue de l'ancien datif *mahyam* ; or c'est cette dernière forme qui a fait preuve de la plus grande vitalité, puisqu'elle fournit l'oblique des pronoms personnels dans un grand nombre des langues centrales.
c5.s2.t3.12
modernes (m. majh-, h. mujh etc., v. Beames, II, 304 et suiv. ; dans le groupe du nord-ouest — v. Grierson, ibid., p. 95, Miklosich, ibid., p. 22 — et en singhalais — v. Geiger, § 47, 1 — la déclinaison pronominale est formée suivant d'autres principes) : D'autre part le fait que Vararuci, d'accord en cela avec les textes prākrits les plus anciens, interdit complètement l'usage du datif, tandis que Hemacandra l'admet précisément au singulier (III, 132), comme faisait le pali, pour exprimer l'intention, semble prouver qu'il existait dans l'usage réel une tradition à laquelle la littérature avait d'abord résisté et devait finalement s'adapter. Dès lors le remplacement rappelé plus haut de la désinence de gén.-abl. féminin par celle du datif dans la langue des brāhmaṇas semble la première manifestation d'une évolution plus générale, dissimulée par la tradition littéraire médiévale.
c5.s2.t3.13
Cette origine du cas oblique explique son emploi : dans les plus anciens textes, il sert à la fois de génitif (exemples dans la préface de Māḍgāmvkar à l'éd. de la Jñāneçvarī, p. 14-15) et de datif (ibid., p. 11 ; cf. Jñān., III, 67, X, 91, 106, XIII, 453, 505, XIV, 44, XV, 193, XVI, 471-472-473, XVIII, 1289, 1327, 1331, etc., etc. ; inscription de Patan : maḍhā dinhalā « donné au temple »). L'oblique n'a pris la valeur de cas indirect universel que plus tard, quand l'usage des postpositions s'est étendu et que les anciens cas indirects ont totalement disparu ; à l'époque ancienne c'est le cas direct, véritable accusatif, qui accompagne vāṃcūnī « excepté » (hem- īçvaru-, etc. ; Jñān., éd. Māḍgāmvkar, p. 15-16), c'est l'instrumental qui se construit avec siṃ « avec » (ibid., p. 14) viṇa « sans » (ibid., p. 16).
c5.s2.t3.14
§ 184. Le groupe des deux cas, direct et oblique, constitue donc l'essentiel de la flexion marathe ; il reste à en étudier les différents types.
c5.s2.t3.15
§ 185. La déclinaison des noms marathes terminés par une consonne remonte à celle des noms masculins et neutres en -a-, et à celle des féminins en -ā et -ī du sanskrit.
c5.s2.t3.16
§ 186. Le prototype de la déclinaison des masculins en -a- est ainsi constitué en sanskrit :
c5.s2.t3.17
1. — LE GROUPE : CAS DIRECT, CAS OBLIQUE.
c5.s2.t3.18
I
c5.s2.t3.19
| | Sing. | Plur. |
| nom. | devaḥ (devo) | nom. devaḥ |
| dat. | devāya | gén. devānām |
c5.s2.t3.20
De là, en prākrit :
c5.s2.t3.21
| *devo* | *devā* |
| *devāa* | *devāṇam* |
c5.s2.t3.22
L'aboutissement en marathe est:
c5.s2.t3.23
| Cas direct : | *dev* | *dev* |
| Cas oblique : | *devā* | *devāṃ.* |
c5.s2.t3.24
Le vieux nominatif singulier en -o est conservé dans les adjectifs pronominaux *jo*, *to* : ce sont là des archaïsmes communs à toutes les langues congénères (Beames, II, p. 315) et dus au caractère monosyllabique de ces mots ; le même nominatif se retrouve, sans doute sous l'influence des pronoms, dans les participes présents adaptés à la conjugaison ; enfin dans les mots où la dernière consonne est *h*, cet -o final a été conservé pour protéger l'aspiration (*loho*, *lāho*, etc.). L'étape intermédiaire, de type *devu*, est notée en apabhraṃça et sert couramment en vieux marathe, comme dans la plupart des langues parentes à l'époque ancienne ; c'est cette forme qu'Albiruni a notée vers l'an 1000 (cf. Albiruni, *India*, trad. Sachau, II, p. 258-259). Aujourd'hui elle n'est plus conservée qu'en sindhi : dans cette langue, où les voyelles finales résistent encore, la distinction du nominatif sing. et plur. est encore nette (*devu* : *deva*) ; de même le tsigane a perdu la finale au singulier mais l'a conservée au pluriel (*cor* : *cora*) ; le penjabi occidental a conservé trace de la vieille opposition dans l'alternance du type *kukkuṛ* : *kukkaṛ* (pkr. *kukkuḍo* : *kukkuḍā*). Sauf dans ces langues, la différenciation entre le singulier et le pluriel s'est partout effacée comme en marathe.
c5.s2.t3.25
La contraction du groupe -*āya* de l'oblique singulier s'est faite en -*ā*, comme en marathe, en sindhi, en penjabi occidental (où l'on retrouve la forme *kukkaṛ* < *kukkuṛā*), en népalais et en maithili. A Goa au contraire la contraction s'est faite en -*e* (cf. Joshi, *Comp. Gram.*, p. 95 ; faut-il rappeler ici pkr. -*āye* ? v. Pischel, § 364). Sauf dans ces dialectes, l'oblique est semblable au cas direct dans toutes les langues qui n'ont pas conservé l'ancien génitif.
c5.s2.t3.26
§ 187. La déclinaison des noms neutres en -a- est identique en sanskrit à celle des masculins, sauf aux nominatifs-accusatifs, qui ont la forme suivante :
c5.s2.t3.27
sing. skr. sūtram > pkr. suttaṃ plur. skr. sūtrāṇi > pkr. suttāiṃ.
c5.s2.t3.28
De là, en marathe :
c5.s2.t3.29
sing. sūt plur. suteṃ
c5.s2.t3.30
En guzrati comme en marathe la forme des noms neutres est semblable à celle des masculins (ceci explique la confusion de devo et devam, cf. § 182). Le singhalais au contraire oppose masc. -ā à neut. -a (la désinence du masc. est obscure ; v. Geiger, § 33, I, § 36).
c5.s2.t3.31
Au pluriel, la contraction ici encore s'est faite différemment à Goa, où la désinence du neut. plur. est -āṃ. La désinence du marathe commun se retrouve dans la désinence de fém. plur. de hindi -eṃ ; celle du goanais, dans la même désinence de fém. plur. de penjabi -āṃ. Le guzrati n'a plus trace de l'ancienne désinence de pluriel neutre ; il la remplace par la désinence -o qu'on retrouve dans cette langue facultativement à tous les genres : il faut entendre que le guzrati a élargi une désinence zéro attestée par exemple dans le Mugdhāvabodhamauktika (écrit en 1394 ; v. L. S. I., Gujarati, p. 354) ; comme le guzrati, le singhalais a éliminé la désinence ancienne du pluriel et a dû faire appel à de nouveaux procédés (Geiger, § 38, II).
c5.s2.t3.32
§ 188. La plupart des noms masculins et neutres en -i et -u ont été élargis en -ika-, -uka- ; parmi ceux qui ont subsisté, ceux en -u- se déclinent comme ceux en -a- : ūs (ikṣu-) et bund (bindu-), moh (madhu-) se déclinent comme dev, cor ou sūt ; ceux en -i ont subi un sort différent (on ne saurait identifier m. hāḍ, neut. et skr. asthi-, ni m. laṭh masc. et skr. yaṣṭi-) : ils se sont assimilés aux féminins en -i ; ainsi m. āg fém. < skr. agni- masc.
c5.s2.t3.33
§ 189. Le prototype de la déclinaison des noms féminins en -ā est constitué par les formes suivantes du sanskrit :
c5.s2.t3.34
Sing. nom. iṣṭā dat. iṣṭāyai
c5.s2.t3.35
Plur. nom. iṣṭāḥ gén. iṣṭānām Il apparaît immédiatement à l'examen de ce tableau que lors de la chute de l'aspiration finale rien ne distinguait plus le nominatif pluriel du nominatif singulier. On aboutissait ainsi en prākrit à une déclinaison où l'ensemble des nominatifs des trois genres présentait l'aspect suivant :
c5.s2.t3.36
| | Sing. | Plur. |
| masc. | *devo* | *devā* |
| fém. | *iṭṭā* | *iṭṭā* |
| neut. | *suttaṃ* | *sutlāiṃ* |
c5.s2.t3.37
Ainsi le nominatif pluriel féminin ne se distinguait plus, ni du nominatif singulier du même genre, ni du nominatif pluriel masculin. C'était là un état paradoxal que ne pouvait durer. De là, lors de la réduction des genres dans les dialectes se rattachant au type māgadhī, l'adaptation de la désinence de nominatif pluriel neutre au paradigme des noms féminins, dont témoignent encore aujourd'hui l'hindi et le penjabi ¹. De là aussi, les élargissements en *-āyo* ou *-āo* ; le premier, usuel chez Açoka et en pali, semble formé à l'imitation des nominatifs féminins en *-īyo* (c'était la seule forme qui n'était pas parallèle dans les deux flexions ; cf. Johansson, *Der dial. der Shāhbāzgarhi-redaktion*, II, p. 55, V. Henry, *Gram. pālie*, § 160) ; le second, commun en prākrit, est l'aboutissant du premier, plutôt que le résultat d'un cumul de désinences comme le veut Pischel (§ 367, 376 ; cf. *-āyai* > *-āe*). Nous devons donc poser à l'origine de la flexion marathe les formes prākrites suivantes :
c5.s2.t3.38
¹ Dans ces langues, la substitution a pu être favorisée par l'emploi honorifique du neutre à la place du féminin, tel qu'on le constate en marathe et guzrati ; cf. plus bas.
c5.s2.t3.39
| | Sing. | Plur. |
| | *iṭṭā* | *iṭṭāo* |
| | *iṭṭāe* | *iṭṭāṇaṃ* |
c5.s2.t3.40
De là en marathe :
c5.s2.t3.41
| Cas dir. | *īṭ* | *iṭā* |
| Cas obl. | *iṭe* | *iṭāṃ* |
c5.s2.t3.42
Le pluriel du kaçmiri *māla* (sg. *māl*) et celui du tsigane (*-ya* c'est-à-dire *-i-a*) s'accordent avec la forme marathe.
c5.s2.t3.43
Ici encore on trouve en goanais et en guzrati un autre aboutissant de la contraction : le nom. plur. y est en -o; en sindhi les deux formes se rencontrent : ã et ũ suivant les dialectes (Trumpp, p. 109). Nulle part ailleurs qu'en marathe il ne s'est conservé de forme d'oblique sing. distincte du cas direct dans les langues centrales. Kaçm. māli (pkr. mālāe ?) semble s'apparenter à la forme marathe; cf. tsig. -ya.
c5.s2.t3.44
§ 190. Le prototype de la déclinaison des noms féminins en -ī est constitué par les formes suivantes du sanskrit :
c5.s2.t3.45
§ 191. La déclinaison des noms marathes en -ā, -em, -ī, -ū, -o repose sur les mêmes principes que la déclinaison consonantique. Ces noms proviennent de noms sanskrits où la voyelle pénultième étant a, i, u, la dernière consonne du thème est tombée; les voyelles finales se sont alors contractées suivant les règles exposées au § 60. A cette déclinaison appartiennent en particu-
c5.s2.t3.46
| | Sing. | | Plur. |
| nom. | rātrī | nom. | rātryo |
| dat. | rātryai | gén. | rātrīṇām |
c5.s2.t3.47
Lorsque y en groupe avec une occlusive perdait son articulation, on a rétabli partout ī à la place de y ancien. De là les formes prākrites :
c5.s2.t3.48
| rattī | rattīo |
| rattīe | rattīṇam |
c5.s2.t3.49
Ces formes aboutissent en marathe au paradigme suivant :
c5.s2.t3.50
| rāt | rātī |
| rātī | rātīm |
c5.s2.t3.51
Le sindhi présente une déclinaison comparable : nom. sg. bhitĕ, plur. bhiteũ; obl. sg. bhitĕ, plur. bhit(i)ĕ (Trumpp, ibid., p. 110, 128). Cf. le plur. penjabi occidental en -īm (akkhī, etc.). Le kaçmiri offre avec le marathe un parallélisme frappant : nom. sg. rāth, datif sing. et nom. plur. rōtsü, dat. plur. rōtsün (Grierson, Manual of the kashm. lang., p. 32).
c5.s2.t3.52
Les noms féminins en -ū ont été assimilés à la déclinaison des noms en -ā. Ainsi : khāj (kharju-), madh (madhu-), vīj (vidyut-) font à l'oblique sing. khāje, madhe, vije.
c5.s2.t3.53
II lier les noms et adjectifs à élargissement des types -a-ka-, -i-ka-, -u-ka-, qui sont extrêmement fréquents et de formation toujours vivante.
c5.s2.t3.54
Les désinences prennent dans ces noms l'aspect suivant :
c5.s2.t3.55
1° Noms en -a.
c5.s2.t3.56
Masculins en prākrit : -ajo -āyāya -ayā -ayaṇam
c5.s2.t3.57
De là, en marathe, les désinences : -ā -eā, yā -e -eāṃ, yāṃ
c5.s2.t3.58
Neutres : les nominatifs seuls diffèrent. Ils sont en prākrit : -ayaṃ -ayaim
c5.s2.t3.59
d'où en marathe : -eṃ -īṃ
c5.s2.t3.60
Les noms féminins en -ā sont tous des emprunts ; ils se déclinent comme les noms en consonne provenant d'anciens noms en -ā.
c5.s2.t3.61
2° Noms en -i-. Masculins :
c5.s2.t3.62
En prākrit : -iyo -iyayā -iyā -iyāṇaṃ
c5.s2.t3.63
d'où, en marathe : -ī -yā -ī -yāṃ
c5.s2.t3.64
Le nominatifs neutres sont : pkr. -iyaṃ > mar. -īṃ pkr. -iyāiṃ > mar. -yeṃ
c5.s2.t3.65
Féminins. — La finale féminine skr. -ikā, rare en védique (v. F. Edgerton, *The k- suffixes of indo-iranian*, I, p. 58 ; cité par Meillet, *Bull. Soc. Ling.*, n° 59, p. LIV), a pris en sanskrit (plus particulièrement en sanskrit occidental, v. S. Lévi, *Vartakā* « la caille », *J. A.*, 1912, II, p. 513) comme en iranien un développement plus grand au cours du temps et sert de désinence normale du féminin dans les noms et adjectifs élargis de l'indo-aryen moderne. Les formes qu'elle prend sont en prākrit :
c5.s2.t3.66
-iyā -iyāo -iyāe -iyāṇam
c5.s2.t3.67
d'où en marathe :
c5.s2.t3.68
-ī -yā -ie, -ī -yām
c5.s2.t3.69
Le nom. sing. en -e s'est conservé dans les pronoms de la langue poétique : *te* ou *tī* « elle ».
c5.s2.t3.70
L'obl. sing. -ie, commun aussi dans la langue poétique, ne subsiste plus que pour les mots *strī* (tats.) et *bī* (*bīja-*).
c5.s2.t3.71
3° Les paradigmes étymologiquement réguliers des noms en -u-, obtenus suivant les mêmes principes que ceux des noms en -i-, sont les suivants :
c5.s2.t3.72
| Sing. | Plur. |
| m. -ū, n. -ūṃ, f. -ū | m. -ū, n. -veṃ, f. -vā |
| m.-n. -vā, f. -ve | m.-f.-n. -vāṃ |
c5.s2.t3.73
Ces formes sont toutes partiellement conservées, mais des analogies ont troublé la régularité du système. D'abord l'oblique sing. fém. est, comme l'oblique sing. des féminins en -ī, devenu semblable au cas direct. D'autre part le cas direct pluriel des féminins s'est réduit à -ū, sans doute par imitation des masculins, tandis que le cas oblique sing. masc. devenait à son tour semblable au cas direct comme celui des féminins. De là une flexion de masc.-fém. ainsi constituée : cas direct sing. et plur. -ū ; cas oblique, sing. -ū, plur. -vāṃ : on s'explique aisément que le dernier stade du nivellement, marqué par obl. plur. -ūṃ (obtenu d'après les types masc.-neut. sing. -ā, pl. -āṃ, fém. sing. -ī, pl. -īṃ ou sing. -yā, plur. -yāṃ) soit atteint dans un grand nombre de cas.
c5.s2.t3.74
La déclinaison ancienne n'est plus conservée au masculin que dans un petit nombre de mots (dont la liste diffère d'ailleurs suivant les grammairiens ; voir p. ex. Joshi, p. 98-77 ; Navalkar, p. 65). Dans les féminins, la flexion ancienne n'est plus licite qu'au Concan. Enfin dans les neutres on constate une ingérence croissante de désinences provenant de la déclinaison en -a- : le résultat le plus commun est le suivant :
c5.s2.t3.75
-ūṃ -eṃ -ū ou -ā -yāṃ
c5.s2.t3.76
En l'état actuel des recherches il est impossible de suivre dans le détail l'histoire de ces altérations.
Cites (4)
- Mahāvastu — Sanskrit
- Jñāneśvarī — Jñāneśvara, Marathi
- Divyāvadāna — Sanskrit
- Prakṛta — Sanskrit