La formation de la langue marathe c5.s5: Conjugaison
La formation de la langue marathe c5.s5
- Language
- French
Contents
- c5.s5.t1 Thèmes — 36 parts
- c5.s5.t2 Flexion — 7 parts
- c5.s5.t3 Passé d'habitude (ancien présent) — 27 parts
- c5.s5.t4 Impératif — 7 parts
- c5.s5.t5 Futur — 11 parts
- c5.s5.t6 Temps participiaux — 62 parts
- c5.s5.t7 Formes non personnelles
- c5.s5.t8 Participes — 17 parts
- c5.s5.t9 Formes absolues tirées des participes — 9 parts
- c5.s5.t10 Nom verbal et infinitif — 3 parts
Conjugaison
c5.s5.1
§ 227. Le système verbal du marathe repose sur une simplification analogue à celle qui est à la base de la déclinaison. Mais cette simplification semble avoir commencé plus tôt dans les verbes que dans les noms. En effet, si la disparition du duel n'est un fait acquis qu'au début de l'époque prākrite, si l'absorption de la conjugaison moyenne dans la conjugaison active est même plus récente encore, puisque le moyen est partiellement conservé dans les inscriptions d'Açoka et en pali (pour le prākrit, cf. Pischel, § 452, 457), il est possible de suivre dans la littérature sanskrite elle-même, et cela dès sa période ancienne, l'appauvrissement progressif de la vieille flexion. Dans l'intervalle qui sépare la rédaction du Ṛgveda de celle des Brāhmaṇas, les modes autres que l'indicatif ont subi des pertes sensibles : le subjonctif n'existe plus qu'au présent et à l'aoriste, et là même son emploi est devenu moins fréquent ; l'optatif et l'impératif sont également limités au présent (J. Bloch, *La phrase nominale en sanskrit*, M. S. L., XIV, p. 31). Dans le Mahābhārata tout le verbe tend à se réduire à l'indicatif et à l'impératif ; du subjonctif et de l'injonctif il ne reste plus que des épaves, et l'optatif est en décadence (*ibid.*, p. 37-39) ; à l'indicatif même, les temps du passé perdent la plupart de leurs formes et leurs sens caractéristiques (*ibid.*, p. 46) ; sur le conditionnel, à peu près inexistant, v. Whitney, § 941 ; par contre le futur, qui est d'extension récente, continue de se développer, et le présent, conservé intact dans sa forme, voit son emploi s'élargir (*ibid.*, p. 64).
c5.s5.2
Les résultats de cette évolution se constatent en prākrit, où les seules formes usuelles sont celles de l'indicatif présent et futur et celles de l'impératif. Seuls, ou presque seuls, les dialectes jainas ont conservé d'autres formes anciennes : exceptionnellement l'imparfait (Pischel, § 515) et le parfait (*ibid.*, § 518 ; cf. Bloch, *l. l.*, p. 73 et note 2), normalement l'aoriste et l'optatif (Pischel, §§ 516-517, 459). Il est remarquable que l'optatif et surtout l'aoriste soient aussi très fréquents en pali ; cette coïncidence témoigne du caractère archaïque ou archaïsant des dialectes jainas, notamment de l'ardhamāgadhī (cf. Pischel, § 18).
c5.s5.3
Le sanskrit de basse époque confirme les données fournies par la littérature prākrite : dans la Vetālapañcaviṃśatikā les seules formes verbales vivaces sont celles d'indicatif présent (à sens variés, v. Bloch, *l. l.*, p. 67 et suiv.) et futur et d'impératif présent ; c'est la phrase nominale qui supplée aux lacunes résultant de la réduction des formes conjugables (*ibid.*, p. 94).
Thèmes
c5.s5.t1.1
§ 228. Dans la phrase nominale peuvent s'introduire divers participes, c'est-à-dire des mots déclinables, mais rattachés par leurs thèmes à la conjugaison. Or, parmi ces participes, l'adjectif en *-ta-* seul (avec ses dérivés en *-tavant-* et *-tavya-*) conserve un thème verbal autre que celui du présent, auquel se rattachent toutes les formes conjugables. Le système verbal médiéval repose donc sur deux thèmes : 1° celui du présent, sur lequel sont formés d'une part l'indicatif présent et futur, l'impératif et d'autre part le participe présent et l'infinitif ; 2° celui du passé, conservé dans le participe en *-ta-*. Ainsi le verbe sanskrit a évolué parallèlement à celui des autres langues indo-européennes, qui se sont constitué au cours du temps des conjugaisons à deux thèmes (voir Meillet, *Introduction*, p. 418 ; cf. M. S. L., XIII, p. 350 et suiv.) ; dans le détail, son histoire rappelle plus particulièrement celle de la plupart des dialectes iraniens, où le verbe s'est aussi reconstitué autour de l'ancien présent et du verbal en *-ta-* (sur le persan, v. Salemann, *Grundr. der iran. phil.*, I, 1, p. 295, Horn, *ibid.*, I, 2, p. 148 ; sur l'afghan et le beloutchi, Geiger, *ibid.*, I, 2, p. 218 et 242 ; sur le kurde, Socin, *ibid.*, I, 2, p. 280-281, sur les dialectes du Pamir, de la Caspienne, du centre, Geiger, *ibid.*, p. 321, 362, 394 ; cf. p. 416).
c5.s5.t1.2
Mais les deux thèmes n'ont pas tardé dans l'Inde à réagir l'un sur l'autre, et la plupart des langues modernes ne conservent plus l'opposition ancienne que dans un nombre restreint de cas (v. Beames, III, p. 136 à 147). C'est en sindhi que les participes anciens ont conservé le plus d'indépendance à l'égard du thème du présent ; en penjabi, en hindi, la liste de ces participes est devenue très courte. Le marathe est avec les langues de l'Est celle où le nivellement est le plus complet.
c5.s5.t1.3
§ 229. Deux verbes seulement y ont conservé trace de la vieille alternance des thèmes fort et faible : inf. marṇeṃ (māraṇam), karṇeṃ (karaṇam) : pcp. me-lā (mṛta-), ke-lā (kṛta-). Ce sont là deux verbes très usuels, dont le radical se termine en *r* et qui forment groupe; en oriya les seuls participes forts sont également malā, kalā.
c5.s5.t1.4
Ailleurs l'opposition des deux thèmes s'est maintenue quand il s'est produit des faits de supplétisme :
c5.s5.t1.5
infin. jāṇeṃ (yāti) « aller » : pcp. ge-lā (gata-) yeṇeṃ (eti) « venir » ā-lā (āgata-) hoṇeṃ (bhavati) « être » jā-lā, jhālā (jāta-)
c5.s5.t1.6
La langue archaïque a conservé encore un certain nombre de formes anciennes : telles pātlā (prāpta-), de pāvṇeṃ « atteindre », remplacé depuis par pāvlā; bhinnalā, pur tatsama, remplacé par bhinlā, cf. bhinneṃ bhiṇḍṇeṃ « pénétrer » ; dinnalā (dinhalā), qui conserve la forme pkr. diṇṇa-, a cédé la place à dilā, plus proche de deṇeṃ « donner » ; minlā, fait sur un type *mil-na- (cf. pkr. ummilla-) est moins autorisé que millā, de milṇeṃ « joindre ».
c5.s5.t1.7
Il est resté dans l'usage un certain nombre de participes passés irréguliers, d'origine plus récente et de forme obscure :
c5.s5.t1.8
1° Ceux caractérisés par -t : ghātlā « posé », de ghālṇeṃ, s'explique aisément comme l'a bien vu M. Sten Konow, *J. R. A. S.*, 1902, p. 421, par l'opposition d'un verbal *ghal-ta-* et d'un présent *ghal-ya-ti*, pkr. gallai. Des mots comme celui-ci, et comme pātlā cité plus haut, et d'autre part la tradition du verbal skr. en -ta-, -ita- ont dû servir de point de départ aux analogies qui ont déterminé la formation de ghetlā « pris » (gheṇeṃ), dhūtlā « lavé » (dhuṇeṃ), baghitlā « vu » (baghṇeṃ), māgitlā « demandé » (māgṇeṃ), mhaṇitlā sāṃgitlā « dit » (mhaṇṇeṃ, sāṃgṇeṃ) etc.
c5.s5.t1.9
2° Les verbes à radical en *ṇ* changent facultativement cet *ṇ* en *ṭ* au passé : khaṭlā de khaṇṇeṃ « creuser », mhaṭlā de mhaṇṇeṃ « dire », hāṭlā de haṇṇeṃ « frapper ». On ne voit pas l'origine de cette alternance (cf. Sten Konow *l. l.*).
c5.s5.t1.10
3° Les monosyllabes en *ī* forment le thème du passé en ajoutant -ā : pyālā (pīṇeṃ) « bu », bhyālā (bhīṇeṃ) « craint », vyālā (vīṇeṃ) « engendré », etc. Il semble qu'ici le thème ancien *bhīta-* etc. soit conservé, mais élargi par le suffixe d'adjectif pkr. -alla- ;
c5.s5.t1.11
un assez grand nombre de verbes d'ailleurs forment le participe passé en -ālā plutôt qu'en -lā (cf. Navalkar, p. 130).
c5.s5.t1.12
4° Les monosyllabes en ā peuvent ajouter i au passé : gāilā « chanté » (gāṇeṃ), dhyāilā « réfléchi » (dhyāṇeṃ) ; ceci peut remonter au prākrit : cf. māg. gāida- dans la Mṛcchakaṭikā (Pischel, § 565).
c5.s5.t1.13
Mais khāṇeṃ « manger » (khād-) possède au passé, à côté de khādilā, qui est un tatsama, la forme khallā qui est tout à fait obscure : cf. cependant pkr. solla- pour skr. sūnita- « cuit » (v. Pischel, § 566).
c5.s5.t1.14
5° Les verbes en -e divergent : neṇeṃ « conduire » (nī-) garde e dans nelā ; mais leṇeṃ « prendre » (skr. lā-, pkr. le-) est traité comme un thème en i : pcp. lyālā ; et d'autre part deṇeṃ (dā, pkr. de-) a remplacé ses anciens participes, d'ailleurs irréguliers, dinnalā et didhlā (cf. guz. didhlo) par dilā.
c5.s5.t1.15
Un grand nombre de ces formes sont facultatives : autant dire que le système des formes fortes du marathe ne paraît pas d'une solidité définitive. Au reste la plus grande partie de ces formes sont en réalité relativement récentes ; et en effet elles sont propres au marathe.
c5.s5.t1.16
On soupçonne qu'elles doivent dater d'une époque où la langue tendait à maintenir l'opposition de deux thèmes malgré les confusions provoquées par l'évolution phonétique (cf. pkr. khāi, khāa-; bīhai, *bhīa-, etc.). Mais il est difficile de découvrir les types primitifs qui ont servi de point de départ aux formes analogiques.
c5.s5.t1.17
Sauf les cas qui viennent d'être énumérés, le verbe marathe, comme d'ailleurs le verbe des langues parentes, n'a normalement qu'un seul thème (v. Beames, III, p. 28).
c5.s5.t1.18
§ 230. Lorsque la conjugaison moderne repose sur un thème verbal ancien, ce thème est le plus souvent celui du présent. On retrouve ainsi dans le vocabulaire marathe la trace de différentes formations qui ont perdu leur signification morphologique ancienne. Le type athématique n'a pu s'étendre aux temps du passé en aucun cas : il n'en subsiste plus que les thèmes de yeṇeṃ (eti) et jāṇeṃ (yāti), qui appartiennent, ainsi qu'on l'a vu, à des verbes défectifs, et la 3e personne archaïque athi (asti) qui déjà en vieux marathe est tout à fait isolée (sauf le participe āthilā « été »). Mais on trouve à tous les temps :
c5.s5.t1.19
des thèmes à suffixe -a-, comme ceux de utavṇeṃ (uttapati), khā- nem (khādati), neṇem (nayati), paḍhṇem (paṭhati), pekhṇem (prekṣate), baisṇem (upaviśati), hoṇem (bhavati); on trouve exceptionnellement le redoublement conservé dans bihiṇem (bibheti), piṇem (pibati) ; la trace s'en fait encore sentir dans la cérébrale de ṭheṇem et les autres mots dérivés de la racine sthā-;
c5.s5.t1.20
des thèmes à suffixe -aya-, comme uḍṇem (uḍḍayati), kāpṇem (kalpayati), cāvṇem (carvayati), mākhṇem (mrakṣayati), māgṇem (mārgayati), sāmḍṇem (chardayati) et d'une façon générale tous les causatifs du type tāvṇem (tāpayati), toḍṇem (troṭayati), etc.;
c5.s5.t1.21
des thèmes à vocalisme faible et à suffixe -ya-, comme upajṇem nipajṇem (utpadyate, niṣpadyate), jumjhṇem (yudhyate), nācṇem (nṛtyati), bujhṇem (budhyate), mānṇem (manyate) et particulièrement des thèmes de passif comme tapṇem (tapyate), tuṭṇem (truṭyate) s'opposant aux causatifs cités plus haut (cf. Beames, III, 47 et suiv.), dājṇem (dahyate), diṣṇem (dṛṣyate), pelṇem (preryate; à sens transitif), lābhṇem (labhyate; cf. m. lāhṇem); cf. rujhṇem (*ruhyate), dubhṇem fait sur le type de lābhṇem (duh-), sakṇem (śakyate), où le verbal çakya- et même le présent çaknoti ont pu collaborer avec le thème du présent passif ;
c5.s5.t1.22
de rares thèmes à nasales : l'un très ancien, et seul de son type, jāṇem (jānāti) ; les autres à nasale insérée dans le thème et remplaçant les thèmes de type plus archaïque, soit dès le sanskrit (cf. Meillet, M. S. L., XVII, p. 194) comme dans bandhṇem (bandhati-), bhamjṇem (bhañjayati), rundhṇem (rundhati), soit en prākrit, comme dans viṃdhṇem (pkr. vindhai, rac. vyadh-), sumḍṇem (pkr. chundai ; rac. kṣud-), semḍṇem (pkr. chindai ; rac. chid-); le prākrit a éliminé la plupart des thèmes à nasale de façon ou d'autre : cf. joḍṇem, thāmbṇem, dhuṇem, pāvṇem, phetṇem, samcṇem, sakṇem ;
c5.s5.t1.23
deux thèmes en -ccha-, l'un ancien, pusṇem (pṛcchati), l'autre attesté seulement en moyen indien, asṇem (pali acchati, pkr. acchai).
c5.s5.t1.24
Aux thèmes du présent se rattachent quelques formations beaucoup plus rares, reposant sur l'infinitif comme bhetṇem (bhettum), ou sur le participe présent, comme jāgṇem (jāgrat- ; le prākrit a déjà le présent jaggai).
c5.s5.t1.25
§ 231. On rencontre en outre un certain nombre de verbes formés sur le thème de l'ancien participe passé : ce sont là les seuls vestiges de l'ancien second thème du verbe médiéval. Comment le participe a-t-il pu perdre sa valeur de passé, c'est ce que l'expli-
c5.s5.t1.26
cation proposée par Beames (III, p. 38) n'éclaircit pas : du reste s'il s'agissait seulement de ce participe, on ne comprendrait pas non plus pourquoi tous les verbes qui en dérivent ne sont pas intransitifs. Or c'est sans doute le cas du plus grand nombre : ainsi umaṇeṃ (unmagna-), uphaḷeṃ (utphulla-, cf. Whitney, § 958), umaḷeṃ (pkr. ummilla-, skr. unmīlita-), bhāgeṃ (bhagna- ; cf. bhāgṇeṃ construit sur skr. bhaṅga-), mukṇeṃ (pkr. mukka-), lādhṇeṃ (labdha- ; cf. lābhṇeṃ < labhyate et lāhṇeṃ tiré de lābha-), rudhṇeṃ (ruddha- ; cf. rujhṇeṃ < ruhyate), lagṇeṃ (lagna-), sukṇeṃ (çuṣka- ; cf. Whitney, § 958), suḍāvaṇeṃ (pkr. cūḍha-, skr. kṣubdha-). Mais on trouve dès l'époque prākrite la racine de kāḍhṇeṃ « tirer » (kṛṣṭa-) avec le sens transitif ; ont le même emploi : ghāṭṇeṃ « écraser » (ghṛṣṭa- ; cf. ghaṭṇeṃ « être écrasé »), en regard de ghāsaṃ « frotter », ghusṇeṃ « pénétrer de force », gheṇeṃ « prendre, recevoir » (gṛhīta-, pkr. gahia-), diṇheṃ « donner » (pkr. dinna-), māṭhṇeṃ « polir », maḍhṇeṃ « couvrir », miṭṇeṃ « effacer », tirés de mṛṣṭa- (cf. māmṇeṃ « oindre, essuyer », provenant du présent skr. mārjati) ; piṭṇeṃ « battre », tiré du participe (non attesté) de la racine pṛṣ- « faire du mal ». Il faut sans doute, pour rendre compte de la transformation du sens, rappeler qu'en sanskrit le participe en -ta- est normalement accompagné d'un substantif féminin en -ti- : c'est ainsi précisément qu'à côté de kṛṣṭa-, ghṛṣṭa-, mṛṣṭa-, on a kṛṣṭi- (attesté avec d'autres sens seulement), ghṛṣṭi-, mṛṣṭi-. Les verbes formés sur le thème du participe passé ont donc pu passer pour des dénominatifs.
c5.s5.t1.27
Du reste on ne voit pas toujours clairement auquel des deux thèmes le verbe moderne se rattache : ainsi umaṇeṃ, peḷeṃ, peuvent remonter aux passifs *unmīlyate, preryate (dans ce dernier cas il faudrait admettre la formation analogique d'un actif *preryati) aussi bien qu'aux pcp. pkr. ummilla- pellia-, d'autant que les participes prākrits remontent aux thèmes du passif (sur ummilla-, v. cependant Pischel, § 566) ; de même lagṇeṃ peut provenir indifféremment de lagna- ou lagya- ; khāṇeṃ, piṇeṃ s'expliquent aussi aisément par le présent que par le participe (cf. § 229). Des verbes comme umaṇeṃ, bhagṇeṃ, mukṇeṃ peuvent reposer, aussi bien que sur les participes, sur des présents tels que *magnāti, *bhagnāti, *muknāti, etc.
c5.s5.t1.28
§ 232. Au point de vue marathe, tous les thèmes dont il vient
c5.s5.t1.29
d’être question constituent une seule catégorie, où rentrent aussi des verbes formés à l’époque moderne, par exemple les dénominatifs comme uṭaṇeṃ (*ut-ṭṛṇa-), uphalṇeṃ (utphulla-) ou vācṇeṃ (vācya-), vājṇeṃ (vādya-) ; cf. Joshi, § 334 et suiv. Sur les thèmes de cette catégorie, qu’on peut appeler thèmes primaires, se forment par dérivation des thèmes secondaires, qui sont ceux du causatif, du potentiel et du passif.
c5.s5.t1.30
I. — Le causatif se forme de deux façons en marathe :
c5.s5.t1.31
1° par le *guṇa* de la voyelle radicale : ex. paḍṇeṃ « tomber », pāḍṇeṃ « faire tomber » ; dans ce cas le verbe remonte directement au causatif sanskrit (v. Navalkar, § 392, p. 230) ; cette forme a été signalée plus haut, et ne nous intéresse pas ici, puisqu’elle ne constitue une catégorie spéciale ni au point de vue des thèmes ni à celui de la flexion ;
c5.s5.t1.32
2° par l’adjonction d’un morphème *-āva-* ou *-avi-* : ex. basṇeṃ « asseoir » : basav(i)ṇeṃ « faire asseoir ». Ce morphème dérive de skr. *-paya-, -ve-*, réservé d’abord aux racines en *-ā-*, puis étendu à d’autres racines vocaliques ou consonantiques (voir Whitney, § 1042, Pischel, § 551-552) ; pkr. *-ve-* aboutit normalement à m. *-vi-* dont la voyelle étant intérieure est instable : les textes en *apabhraṃśa* notent souvent cette décoloration de la voyelle caractéristique qui aboutit à la confusion des conjugaisons primaire et causative (Pischel, § 553). La voyelle qui précède le *v* est en principe *-a-* : la comparaison des autres langues montre qu’il s’agit originairement de *ā* long (guz. *-āva-*, pj. h. *-āu, -ā-*, s. b. o. *-āi-*, cf. Beames, III, p. 76) ; cette voyelle étant intérieure s’est abrégée. Le marathe, seul d’entre les dialectes congénères, présente une autre forme du même morphème où la première voyelle est *-i-* ou *-ī-* : ainsi l’on a kariv(i)ṇeṃ à côté de karav(i)ṇeṃ « faire faire » ; s’agit-il d’une action phonétique de la voyelle suivante ? Il est permis de penser qu’on retrouve ici une trace de l’ancien causatif : la coexistence de pkr. *kārei* d’une part, de *kāravei* et *kāravai* de l’autre a pu provoquer la formation d’un type *kārevai, *kārevei.
c5.s5.t1.33
La flexion des causatifs est celle de tous les verbes transitifs du marathe.
c5.s5.t1.34
II. — Une trompeuse analogie de forme a conduit certains grammairiens à confondre avec le morphème du causatif celui du verbe exprimant la possibilité. En réalité ce dernier est *-va-*, jamais -vi- : et d'autre part la construction du verbe est intransitive, donc essentiellement différente de celle du causatif : mājhyā-nem karavatem « je puis faire » s'oppose de toute façon à mī karavitom « je fais faire ». Navalkar, tenant compte de cette particularité de syntaxe, identifie le potentiel avec le passif du sanskrit (§ 400), oubliant que cette forme s'est maintenue en se transformant en prākrit et jusqu'en marathe. C'est Beames qui a donné la vraie explication du morphème de potentiel, en y reconnaissant le suffixe du participe d'obligation en -tavya- (III, p. 157) : il s'est constitué en marathe sur le participe en -v- une conjugaison du même type que celle constituée sur les participes présent en -t- et passé en -l- (cf. § 243 et suiv.).
c5.s5.t1.35
III. — A la différence du causatif et du potentiel, le passif est une forme en pleine décadence. En réalité, il n'y a plus de verbe passif en marathe moderne ; le sens passif est exprimé par une périphrase semblable à celle du français, composée du participe passé joint au verbe ho- « être » ou jā- « aller ». Le passif ancien n'est plus représenté que par une forme figée devenue conjonction mhaṇije « c'est-à-dire », littéralement « est dit », et par un verbe anormal pāhije « est nécessaire », littéralement « est vu » (v. Navalkar, § 259 et suiv.). Mais en vieux marathe le morphème -ij- servait normalement à former des verbes passifs (Navalkar, § 718, Joshi, § 292 ; cf. dans les inscriptions : jhavije « est saillie, doit être saillie », Parel ; māvije « est contenu », Patan). Ce morphème qui se retrouve en sindhi, en rajasthani (Beames, III, 72 ; L. S. I., Rājasthāni, p. 10), dans l'un des parlers de l'extrême nord-ouest (Grierson, Z.D.M.G., 1912, p. 85), et peut-être, avec une légère transformation de sens, dans le radical des « impératifs respectueux » de l'hindi et du guzrati (cf. Hœrnle, p. 340 ; Beames, III, 110-113, Grierson, J. R. A. S., 1910, p. 162-163 donnent de ces formes une explication différente), remonte à pkr. -ijja- qui est le morphème normal du passif dans les dialectes occidentaux : chose curieuse, c'est le penjabi seul qui aujourd'hui conserve clairement la forme -īa- des prākrits çaurasenī et māgadhī ou -iyya- de la paiçācī (Pischel, § 535 ; Grierson, Z. D. M. G., 1912, p. 85 ; cf. sur h. cāhiye, etc. Grierson, J. R. A. S., 1910, p. 163). Les désinences moyennes ayant, comme on a vu, disparu dès la période prākrite, le passif est en vieux marathe comme en prā- krit, non une voix, mais un thème secondaire, dont la flexion est identique à celle de tous les verbes intransitifs.
c5.s5.t1.36
Ce sont là les seuls suffixes verbaux secondaires du marathe à valeur morphologique définie.
Flexion
c5.s5.t2.1
§ 233. Les thèmes verbaux ainsi constitués restent toujours distincts des désinences. Celles-ci se répartissent en deux groupes, selon que les verbes sont transitifs ou intransitifs ; en d'autres termes le marathe a conservé dans sa flexion la distinction entre les verbes thématiques en -ati, pkr. -ai et les causatifs en -ayati, pkr. -ei. C'est là un archaïsme qui ne se retrouve qu'en sindhi (voir Trumpp, p. 284-285, 313 et suiv., 322 et suiv. ; Beames, III, p. 115) et qui tend d'ailleurs à disparaître en marathe même : le morphème de transitif -i-, issu du morphème de causatif pkr. -e-, se trouve dans les temps participiaux entre consonnes à l'intérieur du mot ; il y devient donc instable, et en effet les grammaires le donnent comme facultatif à ces temps (Joshi, p. 204, 208). Même au présent et au futur, où la diphtongaison prête à la conjugaison transitive un aspect différent de la conjugaison intransitive, la 1re et la 2e personnes du pluriel sont normalement unifiées sur le type intransitif, et il y a flottement dans l'usage aux autres personnes aussi (Joshi, p. 198-199, 214 ; L. S. I., Maràthi, p. 26).
c5.s5.t2.2
§ 234. Les formes conjugables du verbe marathe se répartissent ainsi :
c5.s5.t2.3
§ 235. Les désinences du présent sanskrit ont persisté jusqu'en marathe sans presque d'autres changements que ceux dus aux altérations phonétiques normales.
c5.s5.t2.4
1° l'ancien indicatif présent (devenu passé d'habitude) ;
c5.s5.t2.5
2° le futur, formé sur l'ancien présent ;
c5.s5.t2.6
3° l'impératif ;
c5.s5.t2.7
4° les temps refaits à l'époque moderne sur les participes, et fléchis selon le type du présent.
Passé d'habitude (ancien présent)
c5.s5.t3.1
Le tableau suivant suffira à faire apparaître cette régularité :
c5.s5.t3.2
| Intransitif. | | | Transitif. | | |
| skr. | pkr. | mar. | skr. | pkr. | mar. |
| -āmi | -āmi | -em | -ayāmi | -emi | -īm |
| -asi | -asi | -asĭ, -as ou -es | -ayasi | -esi | -īs |
| -ati | -ai | -e | -ayate | -ei | -ī |
| -āmaḥ (-āmo) | -āmo | -oṃ, -ūṃ | -ayāmaḥ (-āyamo) | -emo | . . . |
| -atha | -aha | -ā (-āṃ) | -ayatha | -eha | . . . |
| -anti | -anti | -atī, at | -ayanti | -enti | -itĭ, -īt |
c5.s5.t3.3
A la première et à la troisième personne du singulier, les formes *-aim*, *-ai* qui sont à l'origine des désinences modernes (cf. § 58) n'ont pas été conservées ; mais au futur la contraction a été plus tardive, et les textes conservent *-ain*, *-ail* à côté de *-en*, *-el* ; cf. § 240. Sur *-īm*, *-ī*, v. § 36 ; sur la 1re plur. *-oṃ*, *-ūṃ*, § 604.
c5.s5.t3.4
La voyelle finale des désinences anciennes de 2e sg. et 3e plur. est de quantité commune ; cf. § 38. Les formes modernes des mêmes désinences posent un problème délicat : faut-il à la 2e sing. considérer *-as* comme issu de *-es*, et cette forme comme phonétiquement régulière ? Ceci n'est pas impossible, v. § 58 ; mais il est également possible que *-as* soit seul phonétique, et que par conséquent *-es*, forme d'ailleurs plus usuelle, soit dû à l'analogie des autres personnes du singulier ; la même explication conviendrait à la désinence correspondante du transitif, *-īs*. Quant à la désinence de 3e plur. *-iti*, *-īt*, la conservation de *a* dans *-ati*, *-at* montre que c'est à la même analogie qu'il faut attribuer le timbre de la voyelle.
c5.s5.t3.5
La nasalisation de 2e plur. *-āṃ* est spontanée (cf. § 70) ; elle manque à l'impératif et au futur ; d'ailleurs même au présent l'usage est loin d'en être constant (v. Joshi, § 299, 14, p. 200).
c5.s5.t3.6
§ 236. La régularité des formes marathes est d'autant plus frappante que sauf le singhalais (v. Geiger, § 58) toutes les autres langues présentent des discordances et des obscurités plus ou moins graves et nombreuses ¹. Seule la désinence de 3e pers. sing. est partout identique (Beames, III, 102 ; le tsigane a -el, qui dérive régulièrement de skr. -ati).
c5.s5.t3.7
¹ On verra par le tableau donné dans Grierson, *Piç. lang.*, p. 57 et les observations qui suivent, combien les formes sont divergentes et obscures dans le groupe montagnard du nord-ouest, sauf à la 1re pers. sing. ; aussi ne sera-t-il pas fait état de ces parlers ici.
c5.s5.t3.8
A la 2e pers. plur., on ne retrouve -a d’une manière nette qu’en népalais ; vu la parenté entre ce dialecte et les dialectes rajpoutes, on peut considérer raj. -ām comme identique aussi à la forme marathe. Les langues du centre ont -o (apabh. -ahu) où l’on peut voir le résultat d’un assourdissement normal de -a final ; b. et or. -ŏ remonte soit à -a, soit à -ahu.
c5.s5.t3.9
La phonétique explique déjà plus difficilement les formes de 1re personne. Au singulier, seuls les dialectes orientaux s’accordent avec le marathe (or. -em, b. -i, maith. -ī) ; partout ailleurs la voyelle est -ā ou -o (pj. s.-ām, g. h. raj. nép. -om, avadhi -aum ; cf. ap. -aum). Faut-il admettre ici une évolution particulière due d’une part à la chute prématurée de -i final qu’atteste le tsigane d’Europe -āv (mais le tsigane d’Asie a conservé -mi : v. Miklosich, XI, p. 37), d’autre part à l’assourdissement vocalique provoqué par la nasalisation dans les dialectes centraux (cf. § 39) ? Ce qui complique la question, c’est que le timbre palatal, qui manque au singulier, se retrouve dans les mêmes langues (sauf le sindhi) au pluriel : on dirait, remarque Beames (III, p. 105), qu’il s’est produit un échange entre les deux formes. Ce n’est pas ici le lieu de discuter les explications qu’il en propose ; il est plus important de noter que l’accord du marathe avec les dialectes orientaux et son désaccord avec les dialectes centraux se retrouvent ailleurs.
c5.s5.t3.10
A la 2e pers. du singulier. -s ne se retrouve qu’en bengali, en avadhi, en népalais et en tsigane (l’oriya -u est totalement aberrant, v. Beames, III, p. 404). Ailleurs on trouve des désinences du type apabhramça -ahi. S’agit-il partout comme en singhalais d’un passage phonétiquement régulier de s intervocalique à h ? Cela est improbable (cf. § 160) ; peut-être ap. -ahi est-il partiellement la notation de -ai, provenant d’une assimilation de la 2e personne à la 3e, dont les dialectes actuels présentent plus d’un exemple (en marathe du Berar tu āhe « tu es », L. S. I., Marathi, p. 27 ; les cas d’analogie sont d’ailleurs plus fréquents au pluriel, ibid.. p. 43, 44, 45, 173, 195) ; peut-être encore cette forme et celle de la 1re personne dans les mêmes dialectes proviennent-elles de l’impératif (v. § 239).
c5.s5.t3.11
Enfin le t de 3e plur. skr. -nti n’a été conservé, outre le marathe et le singhalais, qu'en oriya. On trouve dans les autres langues d'une part des désinences à *n* (b. *-en*, *-ān*, nép. *-un*, *-an*, s. *-ani*, pj. *-ān*, *-aṇ*, pj. occ. *-in*, tsig. *-en*), d'autre part des désinences du type apabhramça *-ahiṃ* (avadhi, maith. *-aiṃ*, mag. *-īṃ*, h. *-eṃ*, raj. *-aiṃ* *-ai*, guz. *-e*). Ni les unes ni les autres ne semblent pouvoir s'expliquer par la phonétique normale (cf. Beames, III, 103, J. Bloch, *J. As.*, 1912, I, p. 333-334).
c5.s5.t3.12
L'opposition des formes phonétiquement régulières du marathe avec celles des langues de type apabhramça est un point de repère très important pour l'histoire générale des langues indo-aryennes.
c5.s5.t3.13
§ 237. Ce temps sert principalement en marathe à désigner une action répétée dans le passé ; mais c'est le sens itératif qui est ici le principal, car les mêmes formes s'emploient avec le sens du présent, non seulement dans des verbes archaïques comme *hoy*, *āhe* « il est », *pāhije* « il faut », mais dans les proverbes (Joshi, § 603 *c*) ; en d'autres termes elles marquent l'éventualité, ce qui se remarque d'autre part à leur emploi avec la négation (Navalkar, § 611, 2 ; Joshi, § 603 *e* ; cf. les locutions figées *nalage* « n'est pas nécessaire », *nāye* « ne va pas, ne devrait pas » ; v. Navalkar, p. 151-152), avec un pronom interrogatif (Joshi, § 603 *d*), dans les propositions de sens subordonné (Navalkar, § 611, 3-4) et d'une façon générale partout où il s'agit d'indiquer la possibilité (ex. *hem kām mī-c kārūṃ jāṇeṃ* « je sais, je saurai bien faire cet ouvrage », cité par Joshi *l. l.*). En vieux marathe elles ont également bien le sens présent, futur ou passé suivant le contexte ; ainsi l'on trouve dans un même passage de la *Jñāneçvarī* (= *Bhagavādgītā*, III, 8-11) :
c5.s5.t3.14
*Pārthā, āṇika hī eka*
*neṇasī tū hem kavatika..*
c5.s5.t3.15
« tu ne sais pas cette merveille... » (III, 79)
c5.s5.t3.16
*dekheṃ : anukramādhāreṃ*
*svadharma jo ācāre*
*to mokṣa teṇeṃ vyāpāreṃ*
*niçcita pāve .*
c5.s5.t3.17
« vois : celui qui selon l'ordre régulier pratique sa propre loi obtient certainement par cette conduite la délivrance » (III, 80)
c5.s5.t3.18
taim nityayāgasahitem
sṛjilim bhūtem samastem
pari neṇatī ci...
c5.s5.t3.19
« Alors tous les êtres furent créés avec le sacrifice éternel ; mais ils ne savaient pas... » (III, 86)
c5.s5.t3.20
tevelī prajīm vinavilā brahmā
devā, ācrayo kāi etha āhmā
tamīv hmaṇe to kamalajanmā
bhūtāmprati.
c5.s5.t3.21
« Alors les créatures demandèrent à Brahma : Dieu, quel est notre soutien ? Alors le Né-du-lotus parla aux êtres » (III, 87)
c5.s5.t3.22
je yeṇemkarūni samastām
paritoṣa hoīla devatām
maga te tumhām īpsitā
arthā tem deti
...yogakṣema niçcitā
kāritī tumcā.
c5.s5.t3.23
« Si les dieux sont satisfaits, ils vous donneront ensuite l'objet que vous désirez ; ....ils vous donneront propriété complète et sûre » (III, 95-96).
c5.s5.t3.24
Cf. encore les exemples cités par Joshi, p. 399 et 191 ; le sens d'éventualité est particulièrement clair dans l'inscription de Parel : *jo koṇhi e cāsan lopī* ...« quiconque détruira cet édit... ».
c5.s5.t3.25
§ 238. On voit que le sens proprement temporel est très secondaire en marathe : ce qui caractérise la forme, c'est précisément l'indétermination temporelle. Ce même trait se retrouve dans les autres langues : en singhalais, en tsigane (Miklosich, XII, p. 48), en oriya (L. S. I., Or., p. 381) et d'ailleurs dans la plupart des dialectes non littéraires (Beames, III, p. 102), le sens du présent est normal ; mais en bengali le même temps sert de présent historique (Beames, III, p. 107) et presque partout dans l'Inde il prend l'emploi de futur éventuel, de subjonctif (v. Beames, III, p. 102, 107, Grierson, J. A. S. Bg., 1895, p. 353 et suiv. ; cf. Grierson, Maithili gram., § 196 et suiv., Greaves, A gram. of mod. hindi, § 191 et suiv., etc.).
c5.s5.t3.26
L'origine de cette indétermination de sens remonte très haut dans le passé. Le thème du présent sanskrit marque la notion de durée ; et, comme le fait observer Speyer, l'absence d'un temps marquant la durée dans le passé a dû être pour beaucoup dans l'extension du présent au sens du passé (Ved. u. sanskr. synt., § 172). Dans la prose du Mahābhārata on trouve des verbes au présent intercalés dans une série de formes du passé : les premiers s'opposent nettement aux seconds, par leur sens duratif (J. Bloch, M. S. L., XIV, p. 35). Toutefois déjà pour Pāṇini le présent avec sma marque le passé dans sa généralité ; et cet usage est constant dans la littérature classique (Speyer, l. l., J. Bloch, ibid., p. 67-68). — Mais en même temps, plus lentement, semble-t-il, en raison de la concurrence des formes du futur, le présent prend aussi le sens de futur prochain ou éventuel, de préférence dans certaines conditions — à la première personne, dans des réponses, avec nanu ou purā, surtout dans les phrases interrogatives et dans les relatives, c'est-à-dire celles qui correspondent aux subordonnées du marathe (Speyer, ibid., § 173 ; J. Bloch, ibid., p. 36, 68-70).
c5.s5.t3.27
Le « passé d'habitude » du marathe est donc le vrai successeur du « présent » sanskrit, non seulement dans sa forme, mais dans son emploi. Pour exprimer avec précision les moments de la durée, le marathe a dû, en combinant les éléments qu'il avait reçus du sanskrit, constituer de nouvelles formes. — Avant de les passer en revue il convient d'examiner l'impératif qui est avec le présent le seul groupe de formes conjugables d'origine ancienne en marathe.
Impératif
c5.s5.t4.1
§ 239. Les désinences sont les suivantes :
c5.s5.t4.2
| | Sing. | Plur. |
| 1. | -ūm | -ūm |
| 2. | (-a) | -ā |
| 3. | -o, -ū | -ot -ūt |
c5.s5.t4.3
Celles de 2e et 3e sing. sont les seules dont la transmission soit régulière depuis le sanskrit : skr. pkr. m. -a ; skr. -atu, pkr. -au, m. -o.
c5.s5.t4.4
A la 1re et la 2e personnes du pluriel le prākrit avait remplacé les désinences de l'impératif sanskrit par celles de l'indicatif présent (v. Pischel, § 470, 471) ; étant donné la valeur indéterminée du présent, la décision ou l'ordre sont aisément dénotés par cette forme ; d'ailleurs la perte des temps du passé en sanskrit a dû causer très tôt une faiblesse particulière des désinences secondaires. Et en effet partout la 2e plur. de l'impératif est semblable à celle de l'indicatif (v. Beames, III, p. 108 ; sur le singhalais, v. Geiger, § 62 ; sur le tsigane Miklosich, XI, p. 43). Cependant en ce qui concerne la 1re plur., l'histoire du remplacement de -āma par -āmo n'est peut-être pas aussi simple qu'il paraît : on sait que le pali avait généralisé la désinence secondaire -ma, et qu'on la trouve aussi au futur en prākrit archaïque (Lüders, *Bruchstücke*, p. 51) ; toujours est-il que la désinence de l'indicatif présent l'a finalement emporté à l'impératif comme partout.
c5.s5.t4.5
Les désinences de 1re sing. et 3e plur. sont nettement analogues. La première est construite sur le type -ati : -alu, -āmi : *-āmu*. Et en effet les grammairiens prākrits donnent la forme -āmu ; Bhāmaha (antérieur à 800 de J.-C.) donne même -amu (Pischel, § 467). Quant à -ot, il semble avoir été refait sur sg. -o comme la 3e plur. indic. actif -it l'a été sur celle du sing. -ī ; à moins que la forme -untu attestée en oriya à côté de -antu (cf. aussi b. -un ; v. Beames, III, p. 108-109) ne soit aussi à l'origine de la désinence marathe.
c5.s5.t4.6
L'oriya et le bengali sont avec le marathe les seules langues qui aient des formes spéciales d'impératif à la 3e personne (or. -u, -untu ; b. -uk, -un). Partout ailleurs c'est le présent ancien qui sert à exprimer l'ordre ou la décision à prendre à toutes les personnes sauf la 2e du singulier : celle-ci a pour désinence -u en sindhi, -a, c'est-à-dire zéro, dans les autres langues. La forme de 2e sing. d'impératif est donc partout, sauf en sindhi, identique au thème même du verbe.
c5.s5.t4.7
Le vieux marathe possède encore à cette personne une désinence maintenant disparue de l'usage : -em dans les verbes de type intransitif, -im dans les transitifs ; ex. *sāmgem* « dis », *karim* « fais » (v. Joshi, p. 215). Faut-il mettre en rapport cette forme avec la désinence correspondante en -hi conservée dans les vieux poètes hindis et avec le -ya final des dialectes du Kathiawar (Beames, III, 109 ; cf. L. S. I., Guj., p. 427)? Le rapprochement n'est pas sûr, car on sait que -ahi est dans ces langues la désinence de 2e sing. de l'indicatif : à moins qu'on n'admette que les formes de 1re et 2e sing. d'indicatif sont en réalité empruntées à l'impératif. Quoi qu'il en soit, la forme marathe semble bien remonter directement à la forme prākrite en -hi provenant de skr. -dhi et étendue à tous les thèmes ; le prākrit paraît avoir évité d'employer le thème nu : de là les formes comme karesu, karehi; ruasu ruehi et celles, fréquentes notamment en ardhamāgadhī, comme harāhi vandāhi (Pischel, § 467-368) ; la forme en -su a disparu, sans doute parce qu'au moment de la chute des finales rien ne distinguait plus -su de -si ; mais -āhi, -ehi se sont partiellement maintenus, et c'est à ces formes que remontent sans doute mar. -em, -īm (avec nasalisation spontanée ? cf. § 70).
Futur
c5.s5.t5.1
§ 240. Le futur, temps de création moderne, mais attesté dès les plus anciens textes, est formé du présent auquel s'ajoute le suffixe indéclinable l. Seule fait exception la 1re personne du pluriel, qui ne se distingue pas de celle du présent ancien ni de l'impératif ; cette confusion tient sans doute d'une part à l'identité fondamentale du sens dans les trois cas, d'autre part à l'existence d'une forme inconjugable en -ūn, le gérondif. Les désinences du futur sont les suivantes :
c5.s5.t5.2
| Intransitif. | Transitif. |
| -ain, -en | -īn |
| -açil | -içil |
| -ail, -el | -īl |
| (-ūm) | (-ūm) |
| -āl | -āl |
| -alil | -ilīl |
c5.s5.t5.3
Ces désinences ne soulèvent aucune difficulté d'ordre phonétique (sur n final résultant de l après voyelle nasale, v. § 72) ; mais leur formation même est obscure : seule la comparaison des autres langues permet d'entrevoir ce qu'est au juste l'affixe l caractéristique du futur.
c5.s5.t5.4
§ 241. Le futur sigmatique du sanskrit semble avoir existé par-
c5.s5.t5.5
tout ; il ne subsiste plus sans concurrence qu'en guzrati, en penjabi occidental et, avec une déviation de sens, en kaçmiri (v. Grierson J. As. Soc. Beng., 1895, p. 356, 375 ; cf. Beames, III, p. 112) ; mais on le retrouve, coexistant le plus souvent avec des formes plus récentes, dans divers dialectes : le marvari qui se place entre le guzrati et le penjabi occidental (suffixe en -h- ; L. S. I., Rajasth., p. 12), le bhili, contigu au guzrati (suff. en -s- et -h- ; L. S. I., Bhil l., p. 4) ; à l'est des précédents le jaipuri (suff. en -s-), le braj et le bundeli (suff. en -h- ; v. L. S. I., Rajasth., p. 12), et même dans le groupe oriental, les dialectes de l'hindi oriental et le bhojpuri, où le suffixe -b- ne s'est encore implanté qu'aux deux premières personnes (suff. en -h- ; L. S. I., East. hindi, p. 7). On ne trouve plus trace de ce futur à aucune période du marathe.
c5.s5.t5.6
Presque partout il a fait place, ou fait progressivement place à d'autres formes. En sindhi et en singhalais, le futur est constitué par le participe présent auquel s'ajoutent des désinences personnelles (Beames, III, p. 126 ; Geiger, § 61) ; on trouve une variante de la même formation en concani (participe présent, fixé au masculin + l + suffixes personnels ; ex. nidtolom « je dormirai », L. S. I., Mar., p. 170, 173) ; « la troisième variété » du futur en maithili est également faite sur le participe présent (Grierson, Maith. gram., § 204) ; on remarquera que cette formation est celle du présent en marathe (v. plus bas, § 244). Sur un participe encore, mais cette fois sur le participe futur, se forme le futur de tous les dialectes orientaux (-ba- < skr. -tavya ; v. L. S. I., East. hindi, p. 6-7) ; il en est de même, avec un participe différent, dans certains dialectes montagnards du nord-ouest (Grierson, Piç. lang., p. 61-62).
c5.s5.t5.7
Il résulte des observations précédentes que toutes les langues situées sur les confins du domaine indo-aryen ont conservé l'ancien futur sigmatique, ou l'ont remplacé en utilisant un participe. Seule fait exception la langue qui nous occupe : en effet sur ce point le marathe se rattache au groupe des langues centrales, dont le futur est constitué par l'ancien présent suivi d'un suffixe (les dialectes de l'extrême nord-ouest semblent utiliser le présent seul, suivant le mode iranien, v. Grierson, l. l. ; le tsigane fait de même ou emploie des périphrases, p. ex. avec des verbes signifiant « vouloir », selon une formule qu'on retrouve également dans l'Iran ; v. Miklosich, XI, p. 48 et suiv. ; cf. Horn, *Grundr. der iran. Phil.*, I², p. 155, Geiger, ibid., p. 327, 370-371).
c5.s5.t5.8
Le suffixe du futur n'est pas identique partout ; *l* figure outre le concani déjà cité, dans les suffixes *lo* ou *lā* du bhili (*L. S. I.*, *Bhil lang.*, p. 3) et du marvari (*L. S. I.*, *Rajasth.*, p. 13) ; à l'est de ce dernier dialecte, le jaipuri ajoute au présent *lo*, mais ce suffixe est ici déclinable comme un adjectif. La même alternance se retrouve entre le dialecte le plus méridional du Rajputana, le mālvi, où le futur a pour suffixe *gā* (qu'on retrouve en marvari et en bhili) et son voisin oriental le bundeli, où ce suffixe est un adjectif, masc. sg. *go* (*L. S. I.*, *Rajasth.*, *l. l.*). Il semble donc qu'une ligne dialectale sépare les dialectes du sud-ouest (marvari, malvi, bhil, marathe), où les suffixes de futur sont indéclinables, des dialectes proprement centraux, où ce sont des adjectifs déclinés ; et en effet si l'on continue plus à l'est et au nord on trouvera *gā* décliné en penjabi, en braj et dans tous les dialectes de l'hindi, et *lā* également décliné en népalais (en garhwal et kumaon *lo*, v. Beames, III, p. 162) et en bhojpuri (*L. S. I.*, *Bihari*, p. 48-49, 52).
c5.s5.t5.9
§ 242. Le marathe est donc bien à sa place dans le groupe à suffixe indéclinable ; on est, de plus, autorisé à penser que le suffixe indéclinable *l* n'est qu'une forme réduite, un thème n'ayant pas subi ou conservé l'élargissement des adjectifs, de l'adjectif *lo* ou *lā* du groupe oriental. Quel est cet adjectif ? Le mot concurrent *gā* est le participe pkr. *gaa-*, skr. *gata-* ; *h.karuṃ-gā* signifie donc sans doute proprement « je vais faire — (je suis) parti », c'est-à-dire « je suis parti pour faire » (v. entre autres Beames, III, p. 161). Dès lors il est permis de penser que l'adjectif *lā* est aussi un participe, par exemple celui de la racine skr. *lā-* « prendre » ou de la racine qui l'a généralement supplantée en prākrit *le-* (cf. mar. *lāvṇeṃ*, *leṇeṃ*) : c'est ainsi qu'en tsigane de Russie le verbe *la-* « prendre » est employé dans la périphrase servant de futur comme en tsigane de Grèce le verbe *kam-* « vouloir » (Miklosich, XII, p. 49). Si le marathe était seul en cause, on pourrait à la rigueur considérer *l* comme le résidu du participe *gel-* *gelā* équivalant à h. *gā*, skr. *gata-* ; en effet on a vu qu'en concani le suffixe de datif pouvait être *gelo* ou *lo* (cf. § 200) : mais l'existence de *lo* ou *lā* dans des dialectes comme ceux du Rajputana ou du Népal, où le participe passé se forme sans suffixe *l*, et où le
c5.s5.t5.10
participe du verbe « aller » en particulier est gāyo (v. L. S. I., Rajasth., p. 27, 29, etc. ; Grierson, Z. D. M. G., LXI, p. 664), fait obstacle à cette hypothèse.
c5.s5.t5.11
Qu'il s'agisse d'un participe, c'est en tout cas ce que rend extrêmement probable, outre le futur en gā des dialectes centraux, l'existence en sindhi d'un temps formé de façon identique : le présent indéfini (duratif et inchoatif) y est composé du potentiel, c'est-à-dire de l'ancien présent, plus le participe tho (skr. sthita-), ex. : āūṃ halāṃ tho « je vais, je vais aller » (Trumpp, p. 293).
Temps participiaux
c5.s5.t6.1
§ 243. La phrase nominale du sanskrit comportait l'emploi de plus en plus fréquent de participes, éléments nominaux pour la forme, mais à valeur verbale d'autant plus caractérisée qu'ils se substituaient aux formes verbales tombées en désuétude (v. J. Bloch, M. S. L., XIV, p. 56 et suiv., 84 et suiv.). Ces participes étaient ceux en -ta-, -tavya-, -tavant- ; le dernier, d'extension relativement récente, sort cependant tôt de l'usage, malgré sa commodité (ibid., p. 58, 85) ; les deux autres au contraire ont subsisté au point que de nombreuses formations exprimant dans les langues modernes le passé et l'obligation (ou le futur) reposent sur les verbaux en -ta- et -tavya-.
c5.s5.t6.2
Ce n'est pas tout : le participe présent, qui en sanskrit classique ne s'employait guère que comme apposition à un complément ou au sujet d'un autre verbe, a pris à l'époque moderne un emploi semblable à celui des autres participes. On le trouve parfois, surtout dans la prose védique, juxtaposé à un verbe exprimant l'état et prenant ainsi la valeur d'un verbe duratif de temps ou de mode déterminé par la forme du verbe exprimant l'état ; mais cette construction, dont on trouvera des exemples dans Whitney, § 1075, et Speyer, Ved. u. Skr. Synt., § 205, devient exceptionnelle à l'époque classique. Cependant la valeur temporelle du présent ancien s'affaiblissant, le participe a servi à former une nouvelle périphrase exprimant la durée dans le présent. Des périphrases jouant le même rôle se rencontrent dans différentes langues (v. Meillet, Scientia, 1912, p. 399) ; mais il n'existe de type comparable à l'indo-aryen qu'à date moderne en anglais (dans le type I am coming, he is reading the Bible) et en grec, d'une part à l'époque de la κοινή, d'autre part dans quelques dialectes modernes isolés, notamment le tsaconien (v. Moulton, *Einleitung in die Spr. des Neutest.*, p. 357-360; les exemples analogues de l'époque classique sont contestés par Alexander, *Am. J. Phil.*, 1883, p. 291 et suiv.). Encore ne retrouve-t-on ni en anglais ni en grec l'union intime des éléments qui caractérise l'indo-aryen.
c5.s5.t6.3
Là, en effet, sans que rien dans l'histoire du sanskrit ne le fit prévoir, des temps nouveaux se sont constitués sur le participe en -ant- comme sur les adjectifs verbaux en -ta- et -tavya- ; ces créations récentes se retrouvent dans presque toutes les langues de l'Inde continentale (v. Grierson, *J. As. S. Beng.*, 1895, p. 367 et suiv.; Beames, III, p. 126 et suiv.). Parmi les causes qui ont pu favoriser cette extension nouvelle du participe présent, on peut compter, d'une part, le vide résultant dans la conjugaison de la perte de la valeur temporelle propre de l'indicatif présent, d'autre part, la disparition du participe en -tavant-, à peu de chose près homonyme et synonyme du participe en -ant- ; peut-être convient-il de rappeler aussi que le verbe dravidien est essentiellement un participe à suffixe pronominal, comme les pronoms variant en genre à la 3e personne (*L. S. I.*, *Munda & drav. lang.* p. 295 et *passim* ; cf. Vinson, *Man. de langue tamoule*, § 46-48), et qu'au présent la caractéristique thématique de ce participe est t dans les langues dravidiennes les plus septentrionales sauf le brahui (*L. S. I.*, *ibid.*, p. 296).
c5.s5.t6.4
En définitive, on peut dire que le participe présent fournit au même titre que les participes passé et futur des formations nouvelles aux langues indo-aryennes modernes. Du reste, quelle que soit l'ancienneté respective de leurs origines, toutes ces formes participiales sont modernes et se sont développées indépendamment dans les divers dialectes : en effet si le principe en est commun à tous, les procédés ne sont pas les mêmes.
c5.s5.t6.5
La formation des temps participiaux se poursuit encore de nos jours ; ainsi l'on assiste dans les dialectes orientaux au remplacement progressif du futur sigmatique par le futur en -b- (skr.-tavya-): de parler à parler on observe dans la répartition des formes des hésitations qui témoignent d'un état instable (v. *L. S. I.*, *East. hindi*, p. 7) ; de même en marathé les diverses formes tirées du participe passé se font une concurrence où la logique et les autorités scolaires ne peuvent rien ; on y assiste aux débuts de la transformation en verbe conjugué du participe en -vā (-tavya-). On conçoit dès lorsqu’en l’absence de statistiques philologiques et de descriptions dialectales minutieuses, l’histoire de toutes les formes reste souvent obscure, même lorsque l’origine et les principes en sont clairs.
c5.s5.t6.6
Présent, conditionnel.
c5.s5.t6.7
§ 244. L’origine nominale de ces formes transparaît dans les désinences du singulier, qui varient suivant les genres ; celles du pluriel, au contraire, sont presque complètement assimilées au verbe.
c5.s5.t6.8
Les désinences du présent sont les suivantes :
c5.s5.t6.9
Sing. 1. m. -tom, f. -tem (-tyem), n. -tem
2. m. -tos, f. -tes (-tyes, -tīs), n. -tems
3. m. -to, f. -te (-tye, -tī), n. -tem. Plur. 1. -tom
2. -tām
3. -tāt (dial. fém. -tyāt).
c5.s5.t6.10
Les désinences du conditionnel (irréel, v. Navalkar, § 622, 675) sont :
c5.s5.t6.11
Sing. 1. m. -tom, f. -tem, n. -tem
2. m. -tās, f. -tis, n. -tems
3. m. -tā, f. -tī, n. -tem. Plur. 1. tom
2. tām
3. m. -te, f. -tyā, n. -tīm.
c5.s5.t6.12
§ 245. La différenciation entre ces deux formes semble d’origine récente. Dans la Jñāneçvarī les formes nominales du premier type manquent absolument ; les formes du second type ont le sens du présent ; du reste elles manquent à la première personne. On trouve pour le singulier :
c5.s5.t6.13
2e pers. : dāvitāsi (var. dāvisi) « tu montres », pālitāsi (var. pālisi, pālitosi) « tu protèges » (XI, 311), būjhatāsi « tu comprends » (XVIII, 1340), hotāsi « tu as été » (XI, 274), dekhatāsi « tu vois » (XVIII, 1545).
c5.s5.t6.14
3e pers. : *puravitā* « il remplit » (I, 27), *hotī* « elle est » (V, 15), *positā* « il soutient » (XVIII, 1650) ; on rencontre aussi la même forme employée dans des propositions conditionnelles, XVIII, 1702, 1704 : mais comme on trouve dans le même passage le vieux présent construit de la même façon, on n’en peut rien conclure.
c5.s5.t6.15
A la troisième personne du pluriel, la forme moderne est fréquemment attestée : *dumdumitāti* (var. *dumdumitī*) « résonnent » (ou « résonnaient » ; tout le passage est une description de faits passés, I, 130), *himvatāti* « frissonnent, frissonnaient » (I, 135), *varṣatāti* « pleuvent, pleuvaient » (I, 166), *gimvasitāti* (? var. *gimvasīt āhāti*) « purifient, cherchent » (XI, 307), *ciṇatāti* « se fatiguent » (XI, 677), *dekhatāti* « voient » (XIII, 59), *mānitāti* « considèrent » (XIII, 1133), *pusatāti* « demandent » (XV, 1158), *nāṃdatāti* « se réjouissent » (XVIII, 1594), etc.
c5.s5.t6.16
A côté des formes à désinence verbale, on trouve aussi, avec le même sens, la forme du « conditionnel » moderne : *je hote* « ceux qui sont » ou « étaient » (I, 164), *jumjhate je* « ceux qui combattent » (I, 170), *he marte* « ils meurent » (II, 137).
c5.s5.t6.17
§ 246. Les formes du « conditionnel » moderne, dans la mesure où elles ne recouvrent pas celles du « présent », sont en réalité des participes comportant l’élargissement normal des adjectifs en *-ā* (pkr. *-ao*).
c5.s5.t6.18
Le participe en *-t* a seul survécu dans la langue moderne, à l’exception de *hotā* qui a pris le sens passé, et peut-être des formes adverbiales en *-tām*, v. § 194. Mais dans la Jñāneçvarī le participe en *-tā* est aussi normal que l’autre : il se trouve dans des juxtaposés comme *boltā jālā* « disait » litt. « fut (été) disant » (XII, 20, XV, 48), *kartā hoil* « fera » litt. « sera faisant » (IV, 21). Il s’emploie seul avec la valeur d’un verbe à la 3e pers. du présent, par application des règles antiques de la phrase nominale. Joint à un pronom personnel, il a suivant les mêmes règles (cf. J. Bloch, *M. S. L.*, XIV, p. 54, 76, 90) la valeur d’un présent à la personne qu’exprime ce pronom : on trouve par exemple à la 1re du singulier *mī māritā he marte* « je frappe, ils meurent » (II, 137), *mī kartā* « je fais » (XVIII, 515), *tarī mī na mhaṇatā, jari... na dekhatā* « je ne le dirais pas, si je ne voyais... » (VI, 122).
c5.s5.t6.19
Enfin, comme faisait le verbal en *-ta-* du sanskrit (v. J. Bloch, ibid., p. 91-92), les participes présents du marathe peuvent s'accompagner d'un verbe exprimant l'existence.
c5.s5.t6.20
Quelquefois les éléments du groupe sont disjoints, comme dans *karit ci ase* « il fait » (XVIII, 1177) ; le plus souvent ils se juxtaposent. Ainsi l'on trouve dans la Jñāneçvarī :
c5.s5.t6.21
*mī arcit asem* « j'adore » (IX, 14), *mī... bolat āhe* « je dis » (X, 144) ;
c5.s5.t6.22
*tūm... karitu āhāsi* « tu fais » (II, 6, 12) *tūm... mhaṇat āhāsi* « tu dis » (II, 137), *karavit āhāsi* « tu fais faire » (III, 5), *parisat āhāsi* « tu écoutes » (VIII, 54) ;
c5.s5.t6.23
*kāmpat ase* « il tremble » (I, 129), *mhaṇat ase* « il dit » (I, 169), *karit ase* « il fait » (II, 1), *det āhe* « il donne » (VII, 61), *vicarijat ase* « est demandé », *galatī āhe* « s'égoutte » (le sujet est au féminin ; XV, 287) ;
c5.s5.t6.24
*āhmī sāṃgat asom* « nous disons » (VI, 162), *pāhat āhom* « nous regardons » (X, 182) ;
c5.s5.t6.25
*bolat asāṃ* « vous dites » (IV, 184) ;
c5.s5.t6.26
*pāhat āhātī* « regardent » (XIII, 642), *pāvate hoti* « acquièrent » (sujet au masc., III, 44), *kāriteṃ āhāti* « font » (suj. neutre ; XIII, 306), *vartateṃ* (var. *vartat*, *vartatīṃ* ; le sujet est au neutre) *āhāti* « se trouvent » (VII, 37).
c5.s5.t6.27
§ 247. Il suffit de comparer ceux de ces groupes composés du participe non élargi et du verbe *āhṇeṃ* avec les formes citées au § 245 pour constater leur identité. L'aspiration, instable entre voyelles, l'est particulièrement entre deux *ā* : *dekhatāsi* et *dekhat āhāsi*, *pāhatāsi* et *pāhat āhāsi* sont donc formes non seulement équivalentes, mais identiques. Du reste, que ces juxtaposés soient formés exclusivement avec le participe sans élargissement, c'est ce qui n'est pas sûr, ni universel : les dialectes du Concan conservent à la 3e pers. du pluriel une désinence féminine *-tyāt* qui remonte à *-tyā āhāt* ; il est donc possible que dans la langue commune même il se soit produit à date relativement récente des unifications de formes, le masculin l'emportant comme toujours (cf. ci-dessous).
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