La formation de la langue marathe c6.s3: Ordre des mots
La formation de la langue marathe c6.s3
- Language
- French
Ordre des mots
c6.s3.1
§ 273. En sanskrit classique, l'ordre des mots, sans être fixe, obéit à des règles d'usage assez constantes. D'habitude le sujet ouvre la phrase, le verbe ou le prédicat la termine ; dans les groupes de mots qui se déterminent, le déterminant précède le déterminé (sauf l'apposition, qui est en réalité le prédicat d'une phrase insérée dans une autre phrase). Cependant cet ordre peut toujours être troublé pour des raisons momentanées ; le mot important se place volontiers au début de la phrase, quelle que soit sa nature. Seuls sont fixes les mots enclitiques, qui suivent le premier mot de la phrase ou le mot dont ils renforcent la valeur (v. Speyer, *Ved. u. Skr. Synt.*, § 247-250).
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§ 274. L'ordre usuel est : sujet-complément-adverbe-verbe ; l'adjectif épithète précède le nom ; le complément indirect précède le complément direct ; les mots désignant les circonstances, le lieu, le temps se placent immédiatement après le sujet ; les
c6.s3.3
Le marathe, qui a conservé une flexion moins riche que le sanskrit, mais où rien d'essentiel ne manque, a aussi gardé les mêmes principes d'ordre des mots.
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conjonctions se mettent en tête de phrase. Rien en principe ne montre dans l'ordre des mots la valeur affective de la phrase : *mājhi tarvār kholimt* āhe « mon sabre est dans la chambre » peut noter une affirmation, une exclamation, une interrogation, et s'il suit une phrase contenant *jar* (skr. *yarhi*), une condition (v. Navalkar, § 466 à 467, Joshi § 531 à 536).
c6.s3.5
La fixité de l'ordre des mots est plus grande en marathe qu'en sanskrit. On conçoit que la simplification de l'adjectif épithète, par opposition au prédicat, aille de pair avec une constance plus grande de sa place ; de même le complément indirect du verbe passif, exprimant le sujet logique de l'action, qui déjà tendait à occuper la première place en sanskrit (v. Speyer *l. l.*, § 248), s'y installe d'autant plus volontiers dans une langue où la phrase à participe passif s'assimile à la phrase à verbe actif ; de même encore les « fausses prépositions », mots figés à l'un de leurs cas et exprimant des rapports circonstanciels ou logiques, qui en sanskrit tendaient à suivre le mot qu'elles déterminaient (v. Thommen, *Die Wortstellung im nachved. Altind. und im Mittelind.*, § 32), se sont fixées à cette place en marathe au point d'apparaître en certains cas comme des désinences casuelles.
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Cependant il reste une liberté relative à laquelle n'échappent guère que les rares enclitiques servant à mettre un mot isolé en valeur, à savoir *c*, v. m. *ci* (pkr. *ciya*), *hī* (skr. *hi*), *paṇ* (skr. *punaḥ*, pali *pana*, *puna*). Ainsi l'on peut dire *saṃpel koṭhūn* « comment cela serait (*litt.* sera-t)-il fini ? », *pustak mī Harilā dileṃ* « c'est un livre que j'ai donné à Hari », *Mumbaīhūn Rāmā kāl sakālīṃ ālā* « c'est de Bombay que Rāmā est venu hier matin », *Paris-cahrāṃt ekandar 40 var nāṭakgṛheṃ āhet ; āditvārīṃ gardī phār aste* « à Paris il y a en tout plus de 40 théâtres ; c'est le dimanche que l'affluence y est le plus (nombreuse) ». Le pronom interrogatif neutre *kāy* se place à la fin de la phrase, quand il sert uniquement à en noter le sens interrogatif : *āj pāūs paḍel kāy* « pleuvera-t-il aujourd'hui ? » ; mais en dehors de cet emploi sa place est libre : *to kāy deīl, teṃ gheūn de* « apporte ce qu'il te donnera », *kāy heṃ dhairya* « quel est son courage ! » (Navalkar, § 575) ; de même on dit à volonté *tūṃ kāṃ ālā s, kāṃ tūṃ ālā s, tūṃ ālā s kāṃ* « pourquoi es-tu venu ? ». La négation semble même avoir plus de liberté qu'en sanskrit : là sa place est devant le verbe, à une distance variable, et on ne la trouve après que dans quelques exemples isolés de basse époque (v. Thommen, ibid., § 19-22) ; en marathe, na se place ordinairement devant le verbe, au point qu'il s'y est aggloméré en certains cas : nāthi skr. nāsti, navhe < na hoy, nase < na ase, nāhīṃ < na āhe; naye « (cela) ne va pas », nalage « il n'est pas nécessaire », n'existent plus que sous cette forme ; cf. encore nako « il ne faut pas » qui semble contenir le pronom interrogatif, mais a pris des désinences verbales (v. Joshi, § 317, Navalkar, § 266 et suiv.). Cependant nā se place volontiers en fin de phrase, non seulement dans la langue poétique (p. ex. teṇem viçeṣem karmāṭem tyajāveṃ nā, Jñān., III, 168 « il ne doit pas renoncer à l'acte », to karmabandha āṃgiṃ vājail nā, ibid., III, 175 « le lien de l'acte ne touchera pas son corps »), mais encore actuellement après le passé d'habitude ou le conditionnel : karī nā, astā nā « il ne fait pas ; s'il n'était pas » ; la place finale est à ce point usuelle que la négation s'insère souvent devant la désinence : 2e pers. sg. karī-nā-s, karī-nā-t, etc. (v. Joshi, § 613) ; cette tendance a abouti en konkani à la formation d'une véritable conjugaison négative : nidnā « il ne dort pas », nidnānt « ils ne dorment pas », nidnātlom « je ne dormais pas » (v. L. S. I., Mar., p. 171).
c6.s3.7
§ 275. A quelques détails près ces règles s'appliquent à tout l'ensemble des langues de l'Inde proprement dite. En guzrati par exemple « l'ordre usuel est celui-ci : 1. sujet ; 2. complément indirect ; 3. complément direct ; 4. prédicat. Mais il peut être changé pour l'emphase » (Tisdall, p. 95) ; l'adjectif et l'adverbe précèdent les mots qu'ils déterminent (ibid., p. 34, 77) ; la négation na précède généralement le verbe, mais la négation prohibitive mā (qui manque au marathe), se place après, et de même nā quand il s'emploie dans le même sens (v. L. S. I. Raj., p. 343). On verra par l'exposé détaillé de Kellogg (Gramm. of the hindi lang., § 913 à 929) combien l'usage est pareil en hindi.
c6.s3.8
Seul de toutes les langues indo-aryennes, le kaçmiri (et, d'après une communication personnelle de M. Grierson, tout le groupe du nord-ouest himalayen) a eu une évolution divergente, qui le rapproche d'une manière étrange des langues de l'Europe occidentale, et notamment du germanique : le verbe de la proposition principale prend normalement la seconde place ; une phrase comme suh chuh gāṭul" mahanyuv" recouvre exactement la phrase française équivalente « il est habile homme », ou la phrase allemande « er ist (ein) geschickter Mann » ; dans les subordonnées le verbe reste à la fin, en kaçmiri comme en allemand : *yot-tām zinda rōza, tamis kara ādar*, cf. all. *so lange ich lebendig bleibe...* « aussi longtemps que je resterai vivant, je lui rendrai honneur » (*v*. Grierson, *Man. kaçm.*, § 97-99). Mais la position de l'auxiliaire *chuh* ne semble pas différer d'une phrase à l'autre : cf. *suh chuh praṭh rĕta aki phiri dawāḥ khĕwān* « il prend (est prenant) médecine ordinairement une fois par mois » et *tsaḥ chukha zānān kus hakīm chuh tas dawāḥ karān* « savez-vous (êtes-vous sachant) quel médecin le soigne (est à lui médecine faisant) ? » (Grierson, *ibid*. Vocab. nᵒˢ 1773, 1323 ; cf. cependant *ibid*., nᵒˢ 464 et 465). On notera d'ailleurs dans ces dernières phrases que les groupes plus petits du complément et du participe conservent l'ordre ancien ; cf. *kethapöṭhⁱ hĕkān tim kömᵘ karith* « comment peuvent-ils faire l'ouvrage (l'ouvrage faire) », all. « *wie können sie die Arbeit tun ?* » ; de même le mot qui détermine la relation casuelle est affixe, comme en marathe et en sanskrit : *mūlas andar* « dans la racine », *mölis sān* « avec le père » (*v*. Grierson, *ibid*., § 13) ; enfin l'épithète précède le substantif, tandis que l'attribut le suit (*ibid*., § 19 ; cf. Vocab., nᵒˢ 462, 465, 467, etc., et le premier des exemples cités plus haut). Ce n'est donc pas une langue indo-aryenne qui a pu fournir le modèle de l'ordre : substantif-épithète, adopté par le bouddhiste du vᵉ siècle Asanga dans ses œuvres sanskrites (*v*. *Mahāyānasūtrālaṃkāra*, éd. et trad. Sylvain Lévi, II, *Intr.*, p. 12) ; c'est en iranien seulement que cet écrivain, natif de Péchaver, a pu connaître la tournure en question.
Cites (1)
- Jñāneśvarī — Jñāneśvara, Marathi